Angelo-Fausto Coppi, dit Fausto CoppiÀ sa naissance, Fausto Coppi est baptisé Angelo-Fausto, son père voulant l'appeler Fausto et sa mère Angelo. Domenico Coppi parvient à l'usage à imposer le seul prénom Fausto après quelques années. À l'état-civil, le prénom est cependant resté Angelo-Fausto ., né le à Castellania dans le Piémont et mort le à Tortone, est un cycliste italien. Professionnel de 1940 à 1959, il est considéré comme l'un des plus grands coureurs de l'histoire du cyclisme, ce qui lui vaut le surnom de « ». Premier coureur à réaliser le doublé Tour d'Italie-Tour de France en 1949 (exploit réédité en 1952), il remporte notamment cinq Tours d'Italie, deux Tours de France, cinq Tours de Lombardie, trois Milan-San Remo, un Paris-Roubaix, une Flèche wallonne, quatre Championnats d'Italie sur route et trois championnats du monde : un sur route et deux sur piste en poursuite. Il détient également le record de l'heure de 1942 à 1956. Sa carrière a été marquée par sa rivalité avec Gino Bartali. Coureur complet, son palmarès compte des victoires majeures dans différents types de compétition, sur route et sur piste. Il a acquis nombre de victoires au bout de longues échappées solitaires.

Il est également reconnu pour avoir changé l'approche de la compétition cycliste par son intérêt pour la diététique, le dopage aux amphétamines, les évolutions techniques de la bicyclette, les méthodes d'entraînement, la médecine sportive. Il meurt prématurément en 1960, mal soigné après avoir contracté la malaria en Haute-Volta.

Biographie Sa jeunesse Fausto Coppi est né le à Castellania, petit village de quelques dizaines d'habitants de la province d'Alexandrie. Fils de Domenico Coppi et d’Angiolina Boveri, il est le quatrième d’une famille de cinq enfants. Ses parents sont d'humbles paysans., et Fausto les aide dans les difficiles travaux des champs entre douze et treize ans.. Sa première bicyclette est un vieux vélo, au cadre ., et il admire le champion italien de sa région Costante Girardengo. À 14 ans, il devient commis-charcutier à Novi Ligure, à de chez lui. Il s'y rend à bicyclette, et effectue donc deux fois cette distance chaque jour, en plus des livraisons. En 1935, son oncle Fausto, officier dans la marine marchande, voyant son intérêt pour le cyclisme, lui donne 400 lires afin qu'il s'achète un vélo de course.. Avec celui-ci, le jeune Fausto s'entraîne, tout en conservant son emploi à Novi Ligure. En 1937, il dispute ses premières courses pour non-licenciés et gagne pour la première fois lors de la dernière course de l'année. Entrevoyant une carrière cycliste, il décide en 1938 de revenir à Castellania, où il peut s'entraîner davantage tout en aidant son père aux champs, et prend une licence amateur. Il gagne sa première course en tant que licencié en fin d'année, à Castelletto d'Orba..

thumb|Costante Girardengo.|alt=Portrait de Costante Girardengo. C’est à partir de cette année qu'il est appelé par Biagio Cavanna à faire partie des coureurs dont il s'occupe. Cavanna est un masseur réputé de grands sportifs, dont Costante Girardengo. Il est devenu aveugle quelque temps plus tôt. Étant client de la boucherie qui employait Fausto Coppi, celui-ci le connaissait depuis plusieurs années. Cavanna l'incite à prendre en 1939 une licence d'« indépendant », statut intermédiaire entre amateurs et professionnels, permettant de disputer quelques courses avec ces derniers. En mai, Coppi remporte une épreuve du championnat d'Italie des indépendants, avec sept minutes d'avance sur les suivants. Il gagne de la même manière la Coupe de la ville de Pavie. Cavanna estime qu'il est temps pour lui de se frotter aux professionnels et l'inscrit au Tour du Piémont, auquel participe Gino Bartali, vainqueur du dernier Tour de France. Cavanna a auparavant parlé de Coppi à Eberardo Pavesi, directeur de l'équipe Legnano de Bartali : ce Tour du Piémont est donc un test pour un éventuel passage chez les professionnels. En raison de cet engagement, Fausto Coppi doit repousser une proposition de Girardengo, qui souhaite le recruter dans l'équipe Maino.

Coppi est la révélation de ce Tour du Piémont. Se trouvant encore parmi les favoris après , il attaque à Castelnuovo et se retrouve seul en tête à de l'arrivée. Sa course est cependant stoppée par un saut de chaîne dans la côte de Moriondo. Replaçant sa chaîne sur un braquet trop grand, il peine dans l'ascension et est rattrapé par Bartali. Surpris de voir le jeune Coppi parvenir à le suivre, il lui demande de collaborer à l'échappée, avec trois autres coureurs. Bartali s'échappe ensuite seul dans la col de la Rezza et part gagner à Turin. Coppi prend la troisième place et est félicité par le vainqueur. Dès le soir de la course, Eberardo Pavesi signe un contrat avec Coppi, l'engageant dans l'équipe Legnano pour une durée d'un an renouvelable. Coppi termine l'année 1939 en indépendant. Il gagne d'autres courses, dont le difficile circuit de Varèse, dernière épreuve du championnat des indépendants. En fin d'année, il est deuxième de la Coppa Bernocchi, course professionnelle, puis troisième du Tour de la province de Milan, course dans laquelle il est associé à Severino Rigoni : il bat lors de la poursuite le champion d'Italie Olimpio Bizzi.

L'avènement au Tour d'Italie 1940 Durant ses premiers mois au sein de la Legnano, Coppi est une aide précieuse pour la victoire de Gino Bartali lors de la classique Milan-San Remo. Après avoir contesté la tactique proposée par Bartali et obtenu gain de cause auprès du directeur d'équipe Eberardo Pavesi, Fausto Coppi respecte son engagement en poursuivant toutes les échappées, jusqu'à épuisement. Il prend finalement la huitième place. Durant ce début d'année, il est du Tour de Toscane et du Tour du Piémont. Il connaît toutefois des périodes de découragement.

thumb|Gino Bartali|alt=Gino Bartali sur son vélo pendant le Tour de France 1938 Le Tour d'Italie, qui part de Milan le , est annoncé comme un duel entre Bartali et Giovanni Valetti, mais également entre leurs équipes respectives, Legnano et Bianchi. Lors de la deuxième étape, Bartali tombe dans la descente du col de la Scoffera en voulant éviter un chien : il arrive plus de cinq minutes après le vainqueur, Pierino Favalli. Bien qu'un médecin lui prescrive un repos de cinq jours après avoir constaté une hémorragie interne au genou, Bartali continue la course. Deux jours plus tard, Coppi est autorisé à se lancer seul à la poursuite des échappées. Il est deuxième à Grossetto, derrière Adolfo Leoni de la Bianchi, et malgré la rupture d'une manivelle dans les derniers hectomètres, qui occasionne une chute et un bris de selle, il accède à la deuxième place du classement général. Il recule à la quatrième place lors de la huitième étape, entre Fiuggi et Terni, à cause d'une chute qui lui fait perdre trois minutes. Alors que le Giro arrive à sa moitié, Pavesi ne fait plus de Coppi un équipier, mais le second de Bartali, qui a désormais un quart d'heure de retard au classement général. Lors de la onzième étape, Coppi attaque à l'Abetone. Il rattrape Ezio Cecchi, échappé plus tôt, et effectue le reste de la course seul, augmentant ainsi son avance dans les différents cols. Il gagne l'étape à Modène avec d'avance sur ses suivants, et prend le maillot rose avec une minute d'avance. Alors que Bartali, toujours souffrant et perdant du temps de jour en jour, songe à abandonner, il est convaincu par Pavesi de continuer en se mettant au service de Coppi. Lors de la , les deux coureurs s'échappent en début de parcours et passent ensemble les cols du Falzarego, du Pordoi et de la Sella, non sans se mettre mutuellement à l'épreuve. Bartali gagne l'étape et Coppi garde le maillot rose. Bartali s'impose à nouveau lors de la à Vérone. Lors de la dernière étape, Coppi est retardé par un saut de chaîne et pénètre dans l'Arena de Milan 32 secondes après ses adversaires. Ce retard est sans conséquence : il gagne son premier Giro dès sa première participation, avec d'avance sur Enrico Mollo et sur Giordano Cottur. Bartali termine à la neuvième place et gagne le Grand Prix de la montagne. Coppi est alors âgé de vingt ans, huit mois et vingt-cinq jours, record de précocité pour cette course. Il gagnera encore quatre fois le Giro entre 1947 et 1953, devenant avec cinq succès le recordman de l'épreuve avec Alfredo Binda et Eddy Merckx.

Les années de guerre Incorporé plus tôt dans le d'infanterie de Tortona, Fausto Coppi a bénéficié d'une permission pour disputer ce Giro. Il a également la possibilité de s'entraîner durant la journée et de rentrer le soir à la caserne. Peu après ce premier grand succès, il obtient un premier titre sur piste en battant au championnat d'Italie de poursuite le tenant du titre Olimpio Bizzi, au vélodrome Vigorelli de Milan. En octobre, le Tour de Lombardie n'a plus d'enjeu pour le championnat d'ItalieEn 1939 et 1940, de 1947 à 1949 et de 1951 à 1958, le championnat d'Italie sur route est disputé par addition de points attribués lors de plusieurs courses du calendrier national. : Bartali a obtenu suffisamment de points lors des précédentes épreuves pour emporter le titre, et est même autorisé à revêtir le maillot tricolore lors de cette dernière course. Malgré deux crevaisons, une chute et un saut de chaîne, Fausto Coppi est l'un des cinq coureurs en tête au col du Ghisallo. Il distance ses adversaires et se trouve seul en tête, puis est rattrapé par Bartali. Celui-ci le distance peu avant le sommet et s'en va gagner. Coppi est seizième de cette course et sixième du championnat d'Italie. En décembre, il est invité à affronter au vélodrome d'Oerlikon, près de Zurich, le jeune champion suisse Ferdi Kübler dans une épreuve de poursuite. Devant le public suisse persuadé de la victoire de son champion, Coppi inflige une large défaite à Kübler, le rattrapant avant la fin des cinq kilomètres de course..

En 1941, du fait de la Seconde Guerre mondiale, le Tour d'Italie n'est plus disputé. Fausto Coppi fait en revanche main basse sur les classiques italiennes. Il commence, au printemps, par battre Bartali chez lui au Tour de Toscane, pour sa première victoire sur ce type de course. Il gagne ensuite le Tour de Vénétie, le Tour d'Émilie et les Trois vallées varésines. En fin d'année, il s'incline au sprint lors de la Coupe Marin, à Pavie, battu par Bartali qui le considère désormais comme son principal adversaire. Coppi gagne aussi le Tour de la province de Milan, en duo avec Mario Ricci, et conserve le titre de champion national de poursuite. La fin d'année est marquée par la mort de son père. Très affecté, c'est poussé par son frère Livio que Fausto Coppi finit par reprendre l'entraînement..

Encore hors de forme lors de Milan-San Remo en début d'année 1942 (), Coppi obtient plusieurs places d'honneur durant le printemps. Le championnat d'Italie, disputé cette fois lors d'une épreuve unique en juin, est l'occasion d'un premier vrai affrontement avec Bartali cette saison. Coppi parvient seul à rattraper deux échappés qui comptaient plus de quatre minutes d'avance, Bizzi et Ricci, et à battre ce dernier au sprint à Rome. Il décroche son premier titre de champion d'Italie sur route. Quelques jours plus tard, il s'aligne au championnat de poursuite. Il se fracture cependant une clavicule en tombant à l'échauffement. Son adversaire en finale, Cino Cinelli, accepte de repousser la finale au mois d'octobre. Remis de sa blessure, Coppi bat Cinelli et obtient son troisième titre de champion..

vignette|Maurice Archambaud, précédent détenteur du record de l'heure, ici en 1932|alt=Maurice Archambaud, pendant le Tour de France 1932.