Truman Streckfus Persons, dit Truman Capote, né le à La Nouvelle-Orléans et mort le à Los Angeles, est un écrivain américain.

Il est l'auteur de romans, nouvelles, reportages, portraits, récits de voyages, souvenirs d'enfance, ainsi que de deux adaptations théâtrales de ses écrits antérieurs et de deux scénarios de films. Il est notamment célèbre pour son roman non-fictionnel De sang-froid.

Biographie Années de formation Les parents de Truman Capote, Archulus Persons (1897-1981) et Lillie Mae Faulk (1905-1954), se marient précipitamment le à Monroeville en Alabama. Sa mère souhaitant quitter la maison familiale où elle vit sous la garde de ses cousins. Lillie a bénéficié d'un héritage assez important de sa mère, décédée en 1919. Elle ne tarde pas à être enceinte et met au monde son enfant le , à La Nouvelle-Orléans, dans une suite de l'Hôtel Monteone, louée par son mari. Arch Persons baptise son fils Truman, puis Streckfus, du nom de famille de son employeur« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans Truman Capote. Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2014, .. Le petit Truman assiste, à l'âge de 4 ans, à des scènes si violentes entre ses parents qu'elles le font hurler. L'enfant est souvent seul le soir et la nuit, abandonné dans des chambres d'hôtel, enfermé à clé, terrorisé. Il dira avoir vécu sa petite enfance dans la crainte permanente de l'abandon. Dès 1926, ses parents se séparent et s'ensuit une période instable où sa mère enchaîne les relations sans lendemain et il est confié à sa grand-mère paternelle à Jacksonville. De son côté, son père utilise les amants de sa femme pour faire des affaires.

Alors qu'il a cinq ans, sa jeune mère le confie à ceux qui l'avaient recueillie orpheline : il est élevé à Monroeville, en Alabama par ses trois cousines et leur frère, tous célibataires. Son enfance y est heureuse et tranquille, mais il a toujours ressenti douloureusement l'abandon de ses parents. À Monroeville, il a pour amie d'enfance Harper Lee qui le décrira dans son roman (Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur) comme un « Merlin l'enchanteur de poche », sous les traits du personnage de Dill. Très vite, dans le voisinage, on s'aperçoit qu'il est différent : petit, efféminé, maniéré et doté d'une voix haut perchéeLe Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume 1, ..

Les parents du petit Truman divorcent le , après que son père a été envoyé en prison. Plus tôt, dans la même année, sa mère, qui vit maintenant à New York, a retrouvé José García (Joseph) Capote, natif de La Palma (Îles Canaries) « Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., ., que sa mère a rencontré pour la première fois après son mariage en 1925, à La Nouvelle-Orléans. Il est alors responsable d'un cabinet de courtage et peut subvenir aux besoins de Lillie et de son fils. Le , elle se remarie avec lui. En 1933, sur les instances de sa mère, Truman quitte Monroeville pour New York« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., ..

En 1934, Joe Capote l'adopte légalement« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., . et Truman Persons devient Truman Capote. La famille mène un train de vie aisé, employant une bonne et un chauffeur, d'abord à Brooklyn puis dans l'Upper East Side. Mais Joe Capote et sa mère se préoccupent toujours peu du jeune Truman, passant beaucoup de temps à voyager.

À partir de 1933, il étudie à la , puis, en 1936, à l'académie militaire St Johns à Ossining, dans l'État de New York, avant de revenir dans la première institution en 1937. Il fréquente un temps la de New York, mais les Capote déménagent à Greenwich dans le Connecticut, où ils louent une maison, en 1939« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., .. Truman entre alors à la Greenwich High School, où son professeur d'anglais, Catherine Wood, reconnaît ses talents d'écriture, le guide, le critique, le fait travailler, plaide sa cause auprès des autres professeurs pour les inciter à l'indulgence dans les matières où il est très faible. Les Capote regagnent New York en 1942.

Diplômé du collège privé du , la , il quitte définitivement à 17 ans le système scolaire et travaille de 1941 à 1945 comme pigiste au New Yorker. Sa première nouvelle, Les murs sont froids, est publiée« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., . en 1943. L'année suivante paraissent les nouvelles Un vison à soi et Le Contour des choses. Entre-temps, Truman, qui s'est fait renvoyer du (à la suite d'une lettre de dénonciation du poète Robert Frost pour manque de respect), est reparti dans le Sud pour se mettre à écrire La Traversée de l'été, un roman qui reste inachevé. En 1945, il loue une chambre d'hôtel à La Nouvelle-Orléans et commence à écrire Les Domaines hantés, renouant avec la nature, les paysages et certains personnages de son enfance.

En , à l'époque de la publication de Miriam dans le magazine Mademoiselle, il rencontre William S. Burroughs : Mademoiselle et Harper's Bazaar sont les deux magazines qui publient ses nouvelles, le les juge trop audacieuses. Les directeurs littéraires de ces magazines (Mary Louise Aswell pour Harper's Bazaar et George Davis pour Mademoiselle), des personnages influents de l'époque, détectent avant tous les autres le talent exceptionnel du jeune homme et ce dernier retient aussitôt l'attention du milieu littéraire new-yorkais« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., 2014, ..

En 1946, le jeune homme trouve refuge à Yaddo, une résidence qui accueille écrivains, musiciens et artistes, dans l'État de New York. Il y rencontre Newton Arvin, un professeur de lettres de grande valeur. Pendant les deux ans que dure leur liaison, il passe chaque week-end auprès de celui qui lui donnera la formation qu'il n'a pas reçue à l'université. Il lui rend plus tard hommage en disant qu'Arvin a été « son Harvard »« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., ..

Par ailleurs, la vie de famille chez les Capote est orageuse. Fréquentes et violentes, les crises d'éthylisme de sa mère obligent Truman à quitter l'appartement de Park Avenue. Il loue pour quelques mois un deux-pièces à Brooklyn« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., ..

Premiers succès Portrait de Truman Capote par Carl van Vechten en 1948.|vignette|gauche Durant toute sa vie d'écrivain, Truman Capote n'écrit qu'une quinzaine de nouvelles. Leur charme particulier doit beaucoup au caractère merveilleux ou fantastique de leurs histoires, à leur ironie légère souvent au bord de la préciositéPierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, , Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », , 1973, . et, pour certaines d'entre elles, au don de leur auteur pour évoquer l'enfance. Leur style poétique foisonne d'images originales (« […] glissant quelques sucreries dans le vinaigre de sa voix… », « Miss Sook, sensible comme une capillaire… », « Tico Feo […] chantait une chanson aussi gaie que des sous que l'on remue »).

Ainsi, l'aspect « gothique » de son œuvre correspond à une conception du monde qui repose sur la peur. Le grotesque n'est jamais gratuit. Le précieux est le plus souvent intégré. Ses personnages, mêmes ceux qui ont un rôle secondaire, restent dans la mémoire du lecteur : (Oreilly dans Monsieur Maléfique). C'est grâce à ces nouvelles, et particulièrement à Miriam publié par Mademoiselle dans son numéro de , que le milieu littéraire new-yorkais est le premier à reconnaître son talent.

Il est invité dans les cercles littéraires de Mary Louise Aswell et George Davis. Bennett Cerf, le directeur de , accepte de publier son premier roman, Les Domaines hantés (1948), qui connaît d'emblée un vif succès dans lequel entre d'ailleurs une part de scandale et de sensationnelLe Nouveau Dictionnaire des auteurs, de tous les temps et de tous les pays, volume 1, .. Il arrive rapidement en tête de la liste des meilleures ventes du , où il se maintient pendant neuf semaines« Truman Capote. Vie et œuvre (1934-1984) », dans ibid., .. La même année, il fait la connaissance de Jack Dunphy, lui-même écrivain, qui sera le compagnon de presque toute sa vie. Les dix années suivantes, ils séjournent longuement en Europe.

En 1951 paraît La Harpe d'herbes où, tout en évoquant son enfance en Alabama auprès de ses cousines qui l'ont élevé, il présente une douce révolte de la fantaisie et du cœur contre l'hypocrisie de la vie morale américaine : les protagonistes s'évadent du monde de la logique et de l'argent en allant s'asseoir dans les branches d'un arbre d'où viennent les déloger des personnages incarnant l'Église, le Commerce, l'Armée et la LoiJacques-Fernand Cahen, La Littérature américaine, , Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », , 1991, .. Cette fantaisie n'est pas sans rappeler, dans une tonalité plus légère et moins tragique, l'isolement recherché par les héros de Carson McCullers.

Truman Capote écrit aussi des récits de voyages et des scénarios de films dans lesquels jouent les grands acteurs de l'époque (Humphrey Bogart, Gina Lollobrigida...), mais son travail pour les scènes new-yorkaises, une adaptation théâtrale de La Harpe d'herbes et une comédie musicale, tirée de sa nouvelle La Maison des fleurs, connaît un succès mitigé. De façon générale, ses tentatives théâtrales se révèlent peu convaincantes. En 1956, il suit une tournée de Porgy and Bess en URSS et en tire un reportage conçu comme un roman comique, Les muses parlent (The Muses Are Heard). Les éloges sont presque unanimes. Extrêmement polyvalent, Truman Capote ne se laisse pas enfermer dans un style ou une conception du monde : il passe du style onirique des Domaines hantés au style journalistique de Les muses parlent sans difficulté apparente.

En 1958, Petit Déjeuner chez Tiffany consacre la dernière étape de la pensée et du style de CapotePierre Domergues, Les Écrivains américains d'aujourd'hui, , Paris, P.U.F., coll. « Que sais-je ? », , 1973, .. Bref roman de cent-vingt pages, il connaît un grand succès et fait de son auteur un écrivain en vue chez ses pairs. Ce roman est le récit de la rencontre d'un écrivain débutant, le narrateur, avec sa voisine du dessous, une jeune femme déroutante et anticonformiste d'à peine dix-neuf ans et d'un charme fou. Tel un papillon de nuit attiré par les lumières d'une vie new-yorkaise futile et mondaine, Holly Golightly vit aux crochets de quelques riches amis et amants. Femme-enfant, fantasque et imprévisible, elle est rétive à toute morale qui restreigne sa liberté. Le jeune narrateur tombe rapidement amoureux de cette femme seule, blessée par une enfance difficile. Cet amour n'est pas payé de retour et une mauvaise fréquentation (celle d'un chef mafieux emprisonné auquel Holly rendait service en transmettant à l'extérieur ses messages météorologiques) oblige la jeune femme à s'envoler précipitamment pour le Brésil. Elle disparaît mais pas dans le souvenir du narrateur à qui elle laisse un sentiment de manque et le regret du bonheur enfui. Le style léger et ironique de Truman Capote sert merveilleusement ce récit doux-amer où, à la fin, l'héroïne affronte la vie, sort dans le monde, voyage, ayant réussi à se libérer de ses incertitudes et de son angoisse.

De sang-froid () vignette|Truman Capote en 1959. Truman Capote découvre dans le New York Times du un fait divers qui, tout de suite, le passionne : un quadruple meurtre frappant une famille de fermiers du Kansas. Il pense qu'il pourra traiter ce fait divers sanglant sous une nouvelle forme littéraire et en faire un « roman de non-fiction » qui permet également à l'auteur d'analyser (ou de projeter sur les meurtriers) les mobiles d'un crime que le lecteur est invité à vivre par procuration. Il obtient du New Yorker de partir enquêter sur les lieux du drame, à Holcomb. Son amie d'enfance Harper Lee, à qui il a demandé de l'accompagner, facilite beaucoup ses relations avec la population locale du Midwest et lui est d'une aide précieuse durant son travail de recherches.