Carlo Lorenzini (Florence, - ibidem, ) est un journaliste et écrivain italien. Critique dramatique en complément de son métier de fonctionnaire affecté à la censure, il est l'auteur, sous le pseudonyme de Carlo Collodi, du chef-d'œuvre mondial de la littérature enfantine Les Aventures de Pinocchio.
Biographie Jeunesse d'ancien régime. Fils de domestiques (1826-1841). vignette|redresse|gauche|Maison natale de Carlo Lorenzini via Taddea, à Florence.
Carlo Lorenzini est l'un des dix enfants du cuisinier et d'une femme de chambre du marquis R. Dedola, Pinocchio e Collodi, , , Turin, 2002., propriétaire florentin de la célèbre manufacture de porcelaine Ginori de Doccia. Son père, Domenico, est né en 1795 à Cortone, dans le sud-est de la Toscane. Sa mère, née Angiolina Orzali à VeneriProietti, op. cité . La plupart des événements relatifs à la biographie de Collodi y sont mentionnés., près de Collodi, entre Pistoia et Lucques, est fille de fermier.
vignette|redresse|Hôtel particulier à Florence, annexe où était logé l'écolier Lorenzini. Ses parents le font baptiser à la basilique San Lorenzo de Florence et peuvent, dans un premier temps, le garder près d'eux, au . À l'âge de trois ans, l'enfant est confié à son oncle maternel Giuseppe et sa tante Teresa, qui habitent Collodi. Le journaliste prendra en 1856 pour pseudonyme le nom de ce souvenir d'enfance, en hommage, dira-t-il, à sa mère, avec laquelle il habitera après le veuvage et jusqu'à la mort de celle-ci, de 1848 à 1862.
Ce séjour champêtre ne dure que deux années. En 1831, l'oncle est embauché comme peintre par le marquis de . Il vient habiter avec sa femme et son neveu dans un hôtel particulier que le marquis possède à Florence , mais le jeune Lorenzini continue d'être élevé par sa tante. Promis, en raison de ses dispositions intellectuelles, à la prêtrise, il est inscrit à onze ans, par le marquis, au petit séminaire de Colle di Val d'Elsa.
S'extraire de sa condition (1842-1848). vignette|gauche|Au 5 , en face du Palazzo Nonfinito, Lorenzini fréquente avec ses amis étudiants une nouvelle librairie, la , qui accèdera à la notoriété grâce à lui. Renonçant à l'aube dès l'été 1842, il fait sa rhétorique et sa philosophie à Florence dans un établissement piariste, le . Libre, il habite, non loin du domicile d'alors de sa tante, un petit appartement du quartier du monastère Sainte-Apollonie. Tout en suivant les cours, il rembourse son inscription et paie son loyer grâce à quelques menus emplois à la principale librairie de la ville, la maison Piatti, via Vacchereccia, mais interrompt son cursus en 1844 quand il est embauché pour travailler au catalogue de son employeur, dans l'imprimerie que celui possède via Calimala.
La maison Piatti est aussi l'éditeur de Jean-Baptiste Niccolini, écrivain patriote et libéral, c'est-à-dire favorable à l'indépendance italienne et à un régime laïc, que le jeune homme admire. Sa tâche amène Carlo Lorenzini à la , où il lie une amitié indéfectible avec l'archiviste Giuseppe Aiazzi, qui est aussi administrateur de la librairie. Celui-ci lui obtient dès 1845 l'autorisation d'accès à l'Index et l'introduit à l'écriture journalistique.
L'aspirant journaliste publie une première critique musicale, intitulée La Harpe, le dans l'Italie musicale, revue milanaise que dirige, en marge de la Rivista Europea, le révolutionnaire mazzinien Carlo Tenca. Il commence sa carrière en animant la rubrique Théâtre de , laquelle soutiendra au début d' le coup d'état avorté de Francesco Domenico Guerrazzi. Il accompagne ainsi la faveur du public pour le théâtre, que , un pharmacien enrichi par son sirop de « longue vie » Centherbes, baryton à ses heures, gratifie de ce qui deviendra en quelques années le théâtre Pagliano.
Avoir vingt et un ans pendant la révolution (mars-août 1848). En , l'Europe se soulève contre l'absolutisme. À Paris, Louis Philippe renversé par la révolution du 24 février, un Gouvernement provisoire met en place la Deuxième République. En Allemagne, la révolution de Mars l'imite par des gouvernements libéraux. À Vienne, les émeutes conduisent le chancelier Clément de Metternich à démissionner le 13 et le 17, Lajos Kossuth obtient la création d'un gouvernement autonome hongrois. Le 18, Milan dresse les barricades. Le 20, les Polonais de Silésie se soulèvent.
À Turin, la première guerre d'indépendance italienne commence le 23. À Florence, Carlo Lorenzini est enrôlé avec son frère aîné, Paolo, par son patron, Giulio Piatti, dans un corps expéditionnaire de quatre-cent-cinquante étudiants toscans. Avec les volontaires napolitains, ils rejoignent à Curtatone, près de Mantoue, les et des Abruzzes de l'B. Poitrenaud-Lamesi, Lettres de guerre d'un conteur. Carlo Lorenzini dit Collodi., Peter Lang, Berne, décembre 2012., face au verrou défensif des troupes autrichiennes, le « quadrilatère des forteresses ». vignette|. Le à , le général De Laugier donne un coup d'arrêt à l'offensive du maréchal Radetzky, qui dispose de cinq fois plus de canons, quatre fois plus d'hommes, et fait mille-deux-cents prisonniers, dont cinq-cents blessés. Le sacrifice héroïque des étudiants à la défense en rase campagne du pont sur le Mincio permet, le lendemain à Goito, aux bersagliers du général La Marmora de faire reculer les Autrichiens et diffère de douze jours la contre offensive qui conduira à la défaite de Custoza mais Carlo Lorenzini a perdu cent-soixante-huit camarades toscans et cent-quatre-vingt-trois napolitains.
Vivre de sa plume. Il Lampione, journal satirique (1848-1849). Quelques mois après l'armistice signé par Salasco, Giuseppe Aiazzi trouve au soldat Carlo Lorenzini un poste de coursier au Sénat du grand-duché de Toscane. Le père de celui-ci est emporté en septembre par la maladie qui frappe toute sa famille et le laisse, ainsi que son frère ainé Paolo, en position de soutien de famille. Pour faire face, il complète sa très modeste pension de fonctionnaire par des piges.
Les quelques économies réalisées sont complétées par un des deux oncles paternels, Lorenzo Lorenzini, modeste commerçant de Cortone, et utilisées à la fondation d'un journal satirique, . Carlo écrit. Paolo gère l'entreprise. Carlo Lorenzini reste très dépendant de sa famille. Hébergé un temps par son aîné, , il s'installe à la fin de l'année 1849 chez son autre frère, Ippolito, lequel travaille avec le second mari de leur sœur, un couturier très en vue de la via Martelli.
Outre des articles anonymes, pas toujours exempts d'une certaine misogynie, qui fustigent en particulier, dans la ligne mazzinienne, les communistes, Carlo Lorenzini écrit dans son journal pour la rubrique Physiologie des portraits caricaturaux, ébauche d'une typologie balzacienneCf. H. de Balzac, Le Père Goriot, , A. D. Wahlen, Bruxelles, 1835. de la comédie révolutionnaire. Le journal publie deux cent vingt deux numéros mais doit s'arrêter au bout de neuf mois, quand, le , le gouvernement de Francesco Domenico Guerrazzi, dans la confusion qui suit la dafaite de Novare, est renverséA. R. Vagnoni, Collodi e Pinocchio: storia di un successo letterario., , UNI Service, Trente, 2007..
Correspondant musical itinérant (1850-1852). Démission ou renvoi, Carlo Lorenzini quitte son emploi au Sénat le lendemain, , alors qu'une contre révolution rappelle Léopold de Hasbourg sur le trône de Toscane, mais il est réintégré en juin. ne reparait pas.
Impécunieux, il se consacre à la traduction d'un conte de Michel Masson, qui paraît à l'automne en feuilleton dans lItalie musicale. Il devient critique de spectacles musicaux itinérant pour cette revue spécialisée milanaise. Tout en livrant des critiques littéraires, dramatiques ou artistiques à divers autres journaux, , , la Gazzetta d'Italia, il voyage à travers l'Emilie et la Lombardie jusqu'à ce qu'il soit mis fin à son contrat, en 1852. Il est alors embauché comme le critique en titre de L'Art, revue qui publient de jeunes auteurs engagés, tel Ippolito Nievo.
Scaramuccia, journal de la modernité (1853-1856) En 1853, Carlo Lorenzini a acquis suffisamment de reconnaissance pour quitter cette revue et espérer réussir, pour son second essai, dans la sienne propre. Scaramouche sera une revue littéraire consacrée au théâtre et, contrairement au , ne se limitera pas à un registre satirique. Il choisit pour collaborateur , un spécialiste de la langue italienne à l'heure où celle-ci se cherche un nouveau standard et où lui-même ambitionne un Risorgimento littéraire et linguistique, à travers le théâtre populaire florentin de la commedia dell'arte et de la stenterellata. Il donne sa chance à un jeune étudiant, fils d'émigré napolitain, , bientôt connu sous le pseudonyme de Yorick fils de Yorick, et en fait le correspondant de Scaramuccia à Sienne. Dès 1854, il enflamme l'opinion en incendiant le pompeux Rodolphe de Giovanni Prati et en dénonçant l'académisme qu'honnissent les « Macchiaioli », ses amis peintres véristes du bar Elvetichino et du Caffè Michelangiolo avec lesquels il prend l'habitude de boire excessivementD. Rossana, Pinocchio e Collodi, , , Turin, 2002..
{| class="toccolours" style="float: right; margin-left: 0em; margin-right: 1em; font-size: 100%; background:#c6dbf7; width:26em; max-width: 75%;" cellspacing="5" | style="text-align: left;" | Si vous aimez rester debout, prenez la quatrième classe, nouvelle forme de torture récemment inventée, pour le bénéfice de personnes quelque peu argentées, telles que les actionnaires des chemins de fer. (...)si vous voyagez aux frais de quelques clients, il n'y a pas à hésiter : la première classe est celle qui convient le mieux.
| style="text-align: right; font-size: 90%;" |Conseils aux voyageurs dUn roman en vapeur.
Son style direct marque une étape vers la modernité de la langue italienne. Il est salué par comme celui qui a élevé l'écriture journalistique au rang d'art. Il s'essaie au genre dramatique mais est censuré, puis au roman, et à un nouveau genre burlesque, qui mêle dans une intrigue diffluente des caricatures de voyageurs à un guide touristique pour la nouvelle ligne de chemin de fer Florence Livourne. Un roman en vapeur parait en 1856 et est bien reçu.
Il continue de publier chez des confrères, tel qu'a fondé l'historien après avoir été déchu, pour militantisme pro Savoie, de sa chaire de l'Institut de la Très Sainte Annonciade. Il doit prendre un pseudonyme quand, en 1856, il s'offre le plaisir d'écrire dans une revue humoristique, . Ce sera Collodi, le village de son enfance.
Un rêve de théâtre (1856-1859) Au-delà de son métier de critique dramatique, il s'engage en mars de cette année 1856 pour une troupe de théâtre populaire typique, le Theâtre picène, et en prend la charge de secrétaire. Les multiples démarches entreprises pour cette compagnie jusqu'en entre Ancône, Bologne et Florence se compliquent d'un amourachement malheureux pour la mezzosoprane Giulia Sanchioli, de huit ans sa cadetteDivision Musique, Gravure de Mlle. Sanchioli, in Collection Muller, cote 33433017232467, NYPL, New York, 2013.. A trente ans, il éprouve ce qu'il n'a jusqu'alors jamais connu au travers de multiples aventures sentimentales de basse qualité, Collodi e Pinocchio, , , Florence, 1954.. C'est alors qu'il publie une critique sociale acerbe en forme de parodie des Mystères de Paris qui frôle le surréalisme, Les Mystères de Florence.
Au printemps 1858, il est de nouveau correspondant pour L'Italie musicale, prétexte à une errance amoureuse entre La Scala de Milan et le Regio de Turin. Il finit par s'effacer devant un rival avocat quand la cantatrice qu'il poursuit lui signifie ne vouloir entretenir avec lui qu'une relation professionnelleG. de Filippi Sanchioli, Lettre à , 27 ? 1859, cité in An., Giulia De Filippi Sanchioli: un’amante di Carlo Lorenzini, , Collodi, 11 mars 2012..
Censeur éditorialiste Second engagement pour la liberté (mars-août 1859)