Le Vautour fauve (Gyps fulvus), ou anciennement le griffon, est une espèce d'oiseaux charognards de la famille des Accipitridae.

Description Comme les autres vautours du genre Gyps, il possède un long cou et une tête qui, malgré la croyance, ne sont pas dénudés mais dotés d'un fin duvet. S'ils étaient emplumés, ils se saliraient trop lors des curées ; à l'inverse, une peau nue rendrait difficile le nettoyage. Le duvet permet d'effriter facilement le sang séché et donc d'améliorer l'hygiène de l'oiseau. Leur bec fort permet d'arracher muscles et viscères des carcasses, guidés vers l’œsophage grâce à leur langue en forme de gouttière. Leurs pattes, contrairement à celles de la plupart des autres Accipitridés, ne sont pas préhensiles, puisqu'elles n'ont pas d'utilité pour la chasse et ne leur servent que pour se percher et marcher (ils ne peuvent même pas transporter avec elles une branche pour leur nid et doivent utiliser leur bec). Le poids moyen d'un Vautour fauve est de () et son envergure est de (). Sa longueur varie de . Sa longévité est de 20 à .

D'un aspect général de couleur fauve, la couleur du plumage est néanmoins variable entre les individus, tirant tantôt sur le brun sombre, le doré ou le gris. Les pattes et la cire du bec sont grises. La peau de la face est légèrement bleutée. Il n'y a pas de dimorphisme sexuel. En revanche il est possible de distinguer les immatures des adultes. Les immatures ont une collerette filandreuse brune, alors qu'elle devient cotonneuse et blanche avec l'âge. Le bec noir devient progressivement blanc ivoire. L’œil, d'abord intégralement noir, s'éclaircit vers un jaune ocre avec des tirant un peu sur le rouge au début, puis de plus en plus vers le doré. Enfin la couleur générale change aussi, les jeunes étant souvent bruns et assez unis, alors que les vieux individus présentent souvent des robes plus écailleuses tirant sur le doré.

Systématique Selon , le Vautour fauve est représenté par 2 sous-espèces (ordre phylogénique) :

Gyps fulvus fulvus (Hablizl, 1783) — sud de l'Europe et du nord de l'Afrique jusqu'au centre de l'Asie ; Gyps fulvus fulvescens Hume, 1869 — de l'Afghanistan jusqu'au nord de l'Inde.

Comportement thumb|Vautour fauve en vol dans les Pyrénées (France).

Locomotion Le Vautour fauve est un oiseau planeur ; lourd et massif, il utilise les courants aériens ascendants thermiques et orographiques pour planer et peut parcourir ainsi de grandes distances à la recherche de nourriture. Pour la prospection alimentaire, il parcourt habituellement une centaine de kilomètres par jour, mais peut en faire plus de dans des conditions favorables. En cas de déplacement entre massifs ces distances peuvent encore augmenter.

Comportement social Oiseau grégaire, le Vautour fauve vit en colonie, qui comprennent des aires et des reposoirs où les oiseaux se rassemblent. Ces surfaces sont en général orientées au sud ou au sud-est. Les vautours fauves restent en hauteur, sur des falaises ou des arbres, pour profiter des courants aériens et s'élever sans efforts.

Les vautours partent en petits groupes dans la matinée pour prospecter leur territoire à la recherche de nourriture et reviennent en fin d'après-midi.

Alimentation Strictement charognard, il se nourrit sur les cadavres de grands animaux qu'il détecte en vol uniquement grâce à sa vue. De nos jours, avec la raréfaction ou la disparition des grands animaux sauvages (mouflons, chamois, bouquetins, et plus anciennement équins et bovins), le Vautour fauve se nourrit principalement d'animaux domestiques morts (moutons, chèvres, vaches, porcs, chevaux).

Souvent, tout un cortège d'animaux précède les vautours : grands corbeaux, milans, renards, etc. Ce sont d'excellents indicateurs pour les vautours, car, très farouches, ils ne se risquent à approcher une proie que quand il n'y a pas de danger.

Comme tous les vautours du genre Gyps, le Vautour fauve est un « tireur-fouilleur ». Son long cou lui permet de s'introduire dans les carcasses par les orifices naturels ou les zones de peau fine (mamelles, aines, aisselles). Il ne se nourrit que des chairs molles (muscles et viscères) et laisse le reste (tendons, cartilages, os…) qui est exploité par d'autres espèces, comme le Vautour moine ou le Gypaète barbu.

Reproduction thumb|upright|Œuf de Vautour fauve, Muséum de Toulouse. Entre novembre et janvier, les couples de Vautours fauves se forment au sein de la colonie. Les oiseaux font alors des vols en tandem, le mâle planant au-dessus de la femelle le plus près et le plus longtemps possible. Le couple formé, ils construisent un nid d'un peu moins d'un mètre de large pour vingt centimètres de haut, fait de branches enchevêtrées au sein desquelles est creusée une légère dépression garnie de brindilles, plumes et lambeaux de peaux.

Ils pondent chaque année un œuf unique d'environ au mois de janvier ou février. L'incubation dure en moyenne (50 à 57). L'adulte lui apporte sa nourriture, qu'il quémande énergiquement : l'avant du corps est baissé, les ailes à demi-écartées, la tête relevée, il piaille plaintivement tout en donnant régulièrement de petits coups de bec sur le bec de l'adulte. Il fait son premier vol à l'age de quatre mois, alors qu'il pèse environ huit kilogrammes, entre juillet et août et reste dépendant de ses parents encore un à deux mois.

État des populations en France +Nombre de couplesBaronniesVerdonVercorsArdècheGrds CaussesAudePyrénées françaises1985915019890202201998168450199975200075200108920022559820033581162004451311820055318144200655251624092007642418352520088234321520091063614233201011852252830201113464293332201214673370883020131569141414201415611044321201518412653498262016195166529512017222165655772018228200625201920202021020222202342024319363177710151557

Répartition et habitat L'aire de répartition du Vautour fauve est comprise entre les et  parallèles Nord, et s’étend du Portugal au Népal. La sous-espèce nominale fulvus occupe le bassin méditerranéen et les zones montagneuses plus au Nord, l'Asie mineure et la péninsule arabique. La sous-espèce fulvescens est présente en Asie centrale autour de l'Himalaya. La limite entre les deux populations se situe en Afghanistan.

Le Vautour fauve est rupicole, il est donc relativement dépendant de la présence de falaises pour nicher. Cela dit, de rares cas de nidification sur des arbres sont connus. C'est la présence de falaises pour nicher et la présence de ressources alimentaires dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres qui rendent attractifs une région pour une colonie. Il niche en dessous du niveau de la mer dans un canyon à Ein Gedi en Israël, sur des falaises maritimes sur l’île de Cres, en Croatie, et jusqu’à d'altitude dans l'Himalaya.

Aux zones de nidifications s'ajoutent : les zones de prospection alimentaires, généralement entre 50 et autours des colonies ; les zones de transits entre les colonies, qui forment des couloirs dans lesquels des vautours circulent régulièrement ; les zones d'hivernages, principalement utilisée entre deux reproductions, par les immatures, les individus solitaires ou ayant échoués précocement leur reproduction ; les zones d’erratismes, les immatures mais aussi parfois des groupes d'adultes s'aventurent loin de leurs territoires « habituels », on peut par exemple voir chaque année des vautours de la Bretagne à la Pologne en passant par les Pays-Bas.

En Europe, au Moyen Âge, le Vautour fauve nichait encore dans les Vosges, le Sud de l'Allemagne et possiblement jusqu’aux Ardennes. En raison de différents facteurs (modifications des pratiques agricoles, destructions directe volontaire ou involontaire) son aire de répartition a progressivement diminué. Après avoir failli être exterminé au début du , le Vautour fauve ne subsistant plus que dans la péninsule Ibérique, la Crète et de manière très précaire dans de rares endroit dans les Balkans. La mise en place de mesures de protections et de programmes de réintroductions dans la seconde moitié du ont permis la création de plusieurs nouvelles populations. Depuis les populations augmentent et recolonisent petits à petits leurs anciens territoires. En 2008, l'île de Majorque a été colonisée : après une tempête, un groupe de vautours s'y est retrouvé et y a formé une nouvelle population. La situation est plus préoccupante au Maghreb et dans la péninsule arabique où les faibles noyaux de populations se maintiennent encore mais sont toujours menacés.

Le Vautour fauve et l'Homme Victimes de leur mauvaise réputation, les vautours avaient fortement régressé en Europe, et dans le pourtour méditerranéen, et même totalement disparu sur une vaste partie de leur aire naturelle de répartition. Les populations ont commencé à remonter dès les années 1980 après l'interdiction des pratiques d'empoisonnement des nuisibles dans les années 1970. En effet, oiseau nécrophage, il capte les substances toxiques des charognes dont il se nourrit.

Pour accélérer ce retour naturel, des programmes de protection et de réintroduction ont été mis en place (notamment par le FIR, depuis fusionné avec la LPO, en France dès 1976 dans les Grands Causses). Les lâchers de jeunes adultes ont été les plus efficaces (au niveau de la survie à long terme A. Robert, D. Couvet, F. Sarrazin et S. Legendre, « Releasing young versus adult in reintroductions: interaction between demography and genetics », Conservation Biology, , 2004, (article commenté dans Nature , )) et ils ont permis de reconstituer une population viable. On dénombrerait en 2022 : dans le Massif central, 800 dans les Alpes et environ dans les Pyrénées.

Protection Dès 1928 un arrêté préfectoral protège le Vautour fauve (et le Vautour percnoptère) dans les Hautes et les Basses-Pyrénées. L'arrêté ministériel du interdit sa chasse. Le Vautour fauve bénéficie d'une protection totale sur le territoire français depuis 1972, renforcé par la protection de l'ensemble des rapaces en 1976 et enfin par l'arrêté ministériel du relatif aux oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire. Il est inscrit à l'annexe I de la directive Oiseaux /409/CEE de l'Union européenneLe statut juridique des oiseaux sauvages en France, Ligue pour la protection des oiseaux, à l'annexe II de la convention de Berne du relative à la conservation de la nature en Europe, à l'annexe II de la convention de Bonn du relative à la conservation des espèces migratrices (du fait de l'erratisme juvénile amenant les oiseaux à beaucoup voyager au début de leur vie), à l'annexe II de la convention de Washington du relative au commerce international d'espèce menacée (CITES) et de fait, par l'annexe I du Règlement communautaire /82/CEE déclinant la convention de Washington à l'échelle européenne.

Il est donc interdit de le détruire, le mutiler, le capturer ou l'enlever, de le perturber intentionnellement ou de le naturaliser, ainsi que de détruire ou enlever les œufs et les nids et de détruire, altérer ou dégrader leur milieu. Qu'il soit vivant ou mort, il est aussi interdit de le transporter, de le colporter, de l'utiliser, de le détenir, de le vendre ou de l'acheter.

Programmes de réintroduction et de renforcement France : Grands Causses : 4 oiseaux lâchés en 1971, échec de l'établissement d'une population. Grands Causses : 61 oiseaux lâchés entre 1981 et 1986. Cirque de Navacelles : 50 oiseaux lâchés entre 1993 et 1997, tous rejoignent la colonie des Grands Causses. Baronnies : 61 oiseaux lâchés entre 1996 et 2001. Verdon : 90 oiseaux lâchés entre 1999 et 2004. Vercors - Diois : 80 oiseaux lâchés entre 1999 et 2008. Italie : Parc naturel des Alpes maritimes (Piémont): 75 oiseaux lâchés entre 1986 et 1994. Parc national du Gran Sasso e Monti della Laga (Abruzzes) : 80 oiseaux lâchés entre 1994 et 2002. Parc national du Pollino (Calabre): 70 oiseaux lâchés depuis 1992. Parc national Alta Murgia (Pouilles): 30 oiseaux lâchés entre 2003 et 2006.