Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres, puis duc d’Orléans (1785-1790), dit Philippe d'Orléans puis Philippe Égalité après 1792, est un prince du sang français né au château de Saint-Cloud le et mort guillotiné à Paris le . Il est le père du roi des Français .

Fils de Louis-Philippe d’Orléans, duc d’Orléans, dit « le Gros », et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, princesse du sang (morte en 1759), il est titré duc de Montpensier à sa naissance en 1747 puis, à la mort de son grand-père, Louis, duc d'Orléans, dit « le Pieux », en 1752, porte le titre de duc de Chartres ; lorsque son père meurt en 1785, il devient duc d’Orléans et premier prince du sang. Il descend en lignée masculine du régent Philippe d’Orléans et du roi , mais aussi du roi par Françoise-Marie de Bourbon, l'épouse du régent et fille légitimée de et de la marquise de Montespan.

Député pendant la Révolution, il vote la mort de son cousin le roi .

Biographie Éducation vignette|gauche|redresse|Portrait du jeune Louis-Philippe par Louis Tocqué. Dès la mort de son grand-père, le jeune duc de Chartres, qui a pris ce titre à , est retiré du giron des femmes (l'habitude aristocratique est de retirer les enfants de leur gouvernante à ).

Son père confie son éducation au comte de Pons Saint-Maurice. Ce dernier a la charge de former le prince à ses devoirs de représentation et choisit des personnalités en vue pour le reste de l'éducation proprement dite tels Étienne Lauréault de Foncemagne ou Carmontelle.

Inquiet à la suite de la variole de sa femme Louise-Henriette, le duc d'Orléans décide de pratiquer l'inoculation sur ses enfants Louis-Philippe et Bathilde, en faisant appel au médecin suisse Théodore Tronchin. Cette initiative, prise en 1756 (le duc de Chartres a ), est suivie avec attention par toute la cour, et son succès favorise ensuite la diffusion de cette forme de protection.

Le jeune duc de Chartres, une fois marié, va aussi faire pratiquer cette mesure de prévention sur sa jeune femme Marie-Adélaïde.

Mariage et descendance alt=Philippe Égalité par Franque, musée d'Art et d'Histoire de Dreux.|vignette|redresse|Philippe Égalité par Franque, musée d'Art et d'Histoire de Dreux. Le duc d'Orléans avait d’abord envisagé de marier son fils à la princesse Cunégonde de Saxe, fille du roi de Pologne , et sœur de la dauphine de France Marie-Josèphe (par son mariage avec le dauphin Louis, fils de ), mais cette dernière insiste auprès de son beau-père pour qu’il s’oppose à ce projet, considérant que Chartres, n'étant pas fils de France, est de trop petite naissance pour prétendre épouser une princesse du sang de la maison de Saxe.

Sur ces entrefaites, en 1768, meurt d'une maladie vénérienne à le jeune prince de Lamballe, petit-fils du comte de Toulouse, bâtard légitimé de et de de Montespan, héritier de la fortune des bâtards de et compagnon de débauche de Chartres. Sa sœur, Marie-Adélaïde de Bourbon dite « », par sa mort, devient à la plus riche héritière de France. Au grand dam de la cour, négligeant la bâtardise, les Orléans se ruent sur l'héritière.

L’abbé de Breteuil, chancelier de la maison d’Orléans, est donc chargé de négocier en substitution un mariage avec celle qui amène dans la maison d’Orléans, avec encore un peu plus du sang des bâtards de , l’héritage fabuleux du duc de Penthièvre.

En effet Chartres, futur Philippe d’Orléans descend, par sa mère Louise-Henriette de Bourbon, de Louise-Françoise de Bourbon, dite de Nantes, une bâtarde légitimée de et de la marquise de Montespan, et, d’autre part, une des arrière-grand-mères paternelles de Philippe d’Orléans était également une bâtarde légitimée de et de la marquise de Montespan, l'épouse du Régent, Françoise-Marie de Bourbon (dite « la Seconde Mademoiselle de Blois »). Leurs enfants ont donc six fois comme ancêtre.

Son mariage avec Marie Adélaïde de Bourbon, fille de Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, et de la princesse Marie Thérèse Félicité d'Este de Modène, a lieu le à Versailles, en la paroisse Notre-Dame en la chapelle du roi, en présence du roi de France et de Navarre, de Louis Auguste de France, dauphin, de Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence, de Charles Philippe de France, comte d'Artois, de Marie Adélaïde de France, Victoire Louise Marie Thérèse de France, Sophie Philippine Elisabeth Justine de France et Louise Marie de France, de Louis Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, père de l'époux, de Louise Elisabeth de Bourbon, princesse de Conti, aïeule de l'époux et de Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, père de l'épouse. La dot se monte à de livres, dont étaient remis sur-le-champ, sous forme d’une dotation produisant un revenu annuel de . Le duc d’Orléans s’engage de son côté à loger, meubler, faire servir les époux et à leur assurer au surplus un revenu de par an.

Le couple, rapidement désuni, a six enfants : d’Orléans (mort-née le ) ; Louis-Philippe d'Orléans (1773-1850), titré duc de Valois puis duc de Chartres, puis duc d'Orléans, puis roi des FrançaisLe duc de Montpensier et le comte de Beaujolais meurent tous deux, l’un au Royaume-Uni et l’autre à Malte, d’une tuberculose contractée lors de leur séjour en prison pendant la Révolution. Leur frère, le futur , y échappe en quittant la France en même temps que Dumouriez, provoquant l’arrestation de toute la famille par mesure de représailles. ; Louis-Antoine-Philippe d'Orléans (1775-1807), titré duc de Montpensier ; Françoise-Caroline-Auguste d’Orléans (1777-1782), titrée Mademoiselle d’Orléans. ; Louise-Marie-Adélaïde-Eugénie d'Orléans (1777-1847), sœur jumelle de la précédente, titrée Mademoiselle de Chartres ; Louis-Charles d'Orléans (1779-1808), comte de Beaujolais, qui adopte, à partir de 1792, les prénoms supplémentaires d'Alphonse et Léodgard.

Les deux époux se séparent en 1790.

Naissances illégitimes Le duc d’Orléans a eu de nombreuses maîtresses et plusieurs enfants naturels, notamment de deux de ses liaisons les plus connues.

Avec Félicité de Genlis avec laquelle il avait entamé une liaison à la fin des années 1760, il a Paméla Brûlart de Sillery (1777-1831). À force d’intrigues compliquées, Félicité parvient à être seule chargée de l’éducation des enfants d'Orléans. À la suite du chevalier de Bonnard, elle est pensionnée en qualité de « gouverneur » desdits enfants, sur lesquels elle expérimente ses idées pédagogiques « modernes ».

Une autre fille, Félicité Élisabeth épouse Compton, aurait également vu le jour vers 1777 (décédée en 1822), et serait la grand-mère de Marie Lafarge (selon Jean Bernard, directeur de la Presse associée à Paris, il existe une note de la Sûreté générale datant du , ainsi qu'une correspondance, attestant de l'origine royale d'Hermine et conservée dans un dossier secret du ministère des Affaires étrangères).

Avec Marguerite Françoise Bouvier de La Mothe de Cepoy, comtesse de Buffon, qu'il avait rencontrée au Palais-Royal au début des années 1780 et qui le recevait régulièrement à Montbard dans une des dépendances de l'hôtel de Buffon, le Petit Fontenet, il a un fils Victor Leclerc de Buffon (1792-1812), dit également le « chevalier de Saint-Paul ».

Sous l’Ancien Régime Un destin militaire contrarié vignette|gauche|redresse|Louis Philippe d'Orléans, duc de Chartres, par Joshua Reynolds. Chartres a eu la promesse, au moment de son mariage, que son beau-père solliciterait pour lui la survivance de sa charge de grand amiral de France. Il s’y prépare en faisant une carrière d’officier de marine. En 1772, il embarque sur le vaisseau l’Alexandre avec le grade de garde-marine (aspirant). Le , l'escadre d'évolution, commandée par Guichen, quitte Brest, avec le duc de Chartres, pour un voyage pendant lequel il sera reçu "royalement". Ruis-Embito, contrairement aux ordres de Sartine a mis à sa disposition un canot particulier décoré. De quoi contrarier le ministre et sans doute le Roi. Après deux campagnes en 1775 et 1776, il est promu lieutenant-général des armées navales (contre-amiral) le .

En 1778, lorsque les hostilités recommencent avec la Grande-Bretagne, on lui confie le commandementCompte tenu de l'inexpérience du duc, le commandement réel de l'escadre était confié à La Motte-Picquet. de l’arrière-garde de l’escadre de Brest sur le vaisseau de 80 canons, le Saint-Esprit. Le commandement général est assuré par le comte d'Orvilliers. Le , au large d’Ouessant, la bataille s’engage. Une manœuvre commandée par d’Orvilliers amène les vaisseaux du duc de Chartres sur l’avant ; le prince n’hésite pas à foncer sur les vaisseaux britanniques mais, à la suite d’une mauvaise communication avec le vaisseau amiral, une erreur est commise qui permet aux vaisseaux britanniques de prendre la fuite. La bataille se solde par un demi-succès.

À Paris, chacun rend d’abord hommage à la belle conduite du duc de Chartres avant qu’on ne reçoive le témoignage des marins ayant participé à la bataille. Par peur d'exposer la vie du prince de sang royal, le capitaine du navire a prétendu ne pas avoir compris l'ordre de manœuvre de l'amiral : il a mis en panne sa division et envoyé un canot pour prendre les ordres de vive voix. Le retard ainsi provoqué empêche le mouvement de la flotte française et permet aux Britanniques de s'échapper. Les moqueries qui s'ensuivent dans tout Paris affectent profondément le duc qui essuie une certaine disgrâce et essaye de se venger en montant une cabale contre le ministre de la Marine Sartine sur cette affaire d'Ouessant..

Quoi qu'il en soit, sur demande des responsables de la marine eux-mêmes (qui le considèrent comme trop discrédité)Blanchet, D. (1886). Histoire de France: cours moyen. France: Belin frères, p. 491 il est retiré du service naval et nommé au poste -spécialement crée pour lui- de colonel général des troupes légères (hussards), par , le . Bien qu'il ait lui-même été d'accord d'obtenir cette nouvelle affectation., le Duc de Chartres percevra pourtant cet épisode comme un affront, qui sera selon certains historiens à l'origine de sa haine de Louis XVI et de Marie-AntoinetteBlanchet, D. (1886). Histoire de France: cours moyen. France: Belin frères.p.491. À la même époque, il acquiert une réputation d'alcoolique, ce qui lui vaut le surnom ironique de « Duc de Bourgogne».

En 1780, le roi lui refuse la permission de faire partie du corps expéditionnaire de Rochambeau qui part pour l’Amérique.

Un opposant de plus en plus déclaré vignette|redresse|Philippe d’Orléans en grand maître du Grand Orient de France. Pair de France, Philippe d’Orléans fait de bonne heure preuve d’indépendance. Comme tous les princes des branches cadettes de la maison de Bourbon, il prend le parti des Parlements en 1771 et refuse de siéger au « parlement Maupeou ». Il est exilé sur sa terre de Villers-Cotterêts.

À partir de 1785, devenu duc d’Orléans à la mort de son père, il offre au Palais-Royal — « l'anti-Versailles » — un centre et un point de ralliement aux ennemis de la cour, ses relations avec la famille royale étant devenues très tendues depuis l'affaire d'Ouessant. Si le roi n'a jamais vraiment apprécié son lointain cousin, en revanche Marie-Antoinette avait entretenu des relations cordiales avec le jeune duc de Chartres. Désormais, le ressentiment est grand entre les deux personnalités.

Adepte des idées nouvelles et grand admirateur des institutions britanniques, le duc de Chartres manifeste plus d’une fois avant la Révolution, son hostilité au régime et à la Cour, notamment lors de l’assemblée des notables (1787). Chef du à l’Assemblée des notables (1787), il déclare que les États généraux ont seuls le droit de voter les impôts, et proteste contre les édits bursaux : il est exilé.

Le Palais-Royal