Un monothéisme (du grec [monos], « seul, unique » et [theos], « dieu ») est une religion qui affirme l'existence d'un Dieu transcendant unique, omnipotent, omniscient et omniprésent. C'est notamment le cas des religions abrahamiques : judaïsme, christianisme et islam. D'autres religions ou croyances monothéistes ont vu le jour comme le zoroastrisme, le culte d'Aton, le sikhisme ou encore le déisme. Les religions monothéistes s'opposent notamment aux polythéismes, au panthéisme et à l'athéisme. En effet, les polythéistes croient en plusieurs divinités, tandis que pour les panthéistes, Dieu est immanent et non transcendant. Les athées, eux, en nient simplement l'existence.

Quand une religion conçoit une divinité nationaleCf. Bernhard Lang, « La nostalgie des dieux anciens », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, , ou métaphysique (comme Shiva ou Vishnou), comme simplement supérieure à d'autres, on parle plutôt de « monolâtrie » ou d'« hénothéisme », termes de création récente, types de polythéisme.

Étymologie Le substantif masculin [consulté le 2017]. [consulté le 2017].Entrée des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des éditions Larousse [consulté le 2017]. « monothéisme » (prononcé en français standard) est composé de « mono- » et de « -théisme », lui-même composé de « thé(o)- » et du suffixe « -isme » [consulté le 2017]..

Le terme de « monothéisme » est une création relativement récente, même s'il peut aujourd'hui sembler aller de soi pour un concept qui demeure « difficile à penser »Selon Pierre Gibert cité par Thomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 16.

Le terme de « polythéisme » apparaît pour la première fois au chez le philosophe juif Philon d'Alexandrie pour marquer la différence entre le message biblique et la doxa polutheia (opinion majoritaire dans la cité) des Grecs. Le terme « monothéisme », lui-même, apparaît vraisemblablement au pour désigner deux concepts qui se comprennent de deux manières opposées. L'anglais est attesté dès avec la parution, à Londres, de l' de Entrée de l'Encyclopædia Britannica [en ligne] [consulté le 2017]. (« une explication du grand mystère de la piété ») d'Henry More ; et c'est à ce dernier que sa création est attribuée, en part. , et , ..

Le monothéisme s'opposerait donc spécifiquement aux cultes polythéistes, . Mais dans les milieux déistes, il désigne la religion universelle de l'humanité dans une acception inclusive qui considère que tous les hommes vénèrent une même divinité sans le savoirThomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 8-9.

Cet antagonisme inclusif/exclusif de la notion de monothéisme se trouve déjà dans les textes bibliquesThomas Römer, « Les monothéismes en question », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 8-9. Ces textes, s'ils doivent être lus avec raison comme des documents monothéistes, n'en sont pas moins porteurs des traces de polythéismes intégrés par leurs rédacteursPierre Gilbert date l'affirmation d'un monothéisme strict au retour de l'exil de Babylone au , même si on trouve les prémices chez certains prophètes comme Amos et Osée dès le ; cf. Pierre Gibert, « Le monothéisme est très difficile à penser ! », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 43 qui empêchent d'opposer polythéisme et monothéisme de façon manichéenneThomas Römer, « Les monothéismes en question », op. cit. p. 17 comme ce fut longtemps la norme, suivant la radicalisation de l'opposition au polythéisme des trois religions du Livre, c'est-à-dire l'islam, le judaïsme et le christianismePierre Gibert, « Le monothéisme est très difficile à penser ! », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard/Le Monde de la Bible, 2010, p. 41.

L'idée du Dieu unique Pour l'historienne Mireille Hadas-Lebel, l'idée du Dieu unique, à la fois créateur, miséricordieux et tout-puissant, s'est faite au terme d'une lente évolution dans le cas du monothéisme juif, qui était au contact de cultures et d'empires polythéistesMireille Hadas-Lebel, Monothéisme et exil de Babylone : 6. Le monothéisme philosophique, in Massorti.com, 17/07/2008, article en ligne. Citant à ce propos Marcel Gauchet, l'historienne souligne la nécessité d'une « extraterritorialité » religieuse pour le peuple juif : celui-ci peut alors s'affranchir du pouvoir impérial et du « culte de souverains puissants aisément divinisés par leurs sujets ». Le Dieu unique, transcendant, devient « un souverain invisible plus puissant encore ». Cela dit, le monothéisme juif ne s'est pas développé en vase clos, et encore moins sur le principe seul d'une opposition culturelle systématique avec les peuples voisins ; le contact avec l'Empire achéménide, réalisé après que Cyrus le Grand a envahi Babylone et permis à la diaspora juive de rentrer en Judée, a été déterminant, quelques livres de la Bible hébraïque portant la marque d'une forte influence perse. Le Livre d'Esther par exemple, raconte comment Esther, femme du roi achéménide Assuérus, l'a convaincu de préserver les Juifs des manœuvres de Haman, son grand vizir. Ce livre est pour J.-D. Macchi, une « littérature de diaspora dans le judaïsme de l’époque du deuxième Temple. ». Il serait l’œuvre d'un Perse ayant vécu vers 78-77. En outre, l'usage de mots d'origine persane pour des concepts métaphysiques importants (notamment pairidaeza, espace clos, qui a donné Paradis, attesté par Xénophon dans l’Économique), interroge sur la nature et le profondeur des liens anciens entre zoroastrisme et judaïsme.

Pour , et les historiens spécialisés rejoignant ses travaux, la première religion monothéiste est probablement le mazdéisme, dont le dieu principal, Ahura Mazdâ (pehlevi : Ohrmazd), est le seul responsable de l'ordonnancement du chaos initial, le créateur du ciel et de la Terre. Cependant, ce culte n'a pas supplanté dans un premier temps les divinités plus anciennes, comme Inanna ou Mithra, qui ont fini par être considérés comme des divinités mazdéennes à part entière. Le zoroastrisme, religion monothéiste encore pratiquée à ce jour (sous la forme du parsisme) en Inde et dans quelques réduits en Iran (autour de Yazd notamment), est une réforme du mazdéisme pensée par Zoroastre, recentrant sur le seul créateur l'attribut divin et reléguant Mithra et les autres divinités dont le culte était venu se greffer à celui d'Ahura Mazda au rang d'anges, d'envoyés.

Monolâtrisme Vers l'époque de l'Exil, l'histoire du monothéisme biblique n'est pas une histoire linéaire mais plutôt un processus de maturation qui est le fruit d'une somme d'influences, de traditions et d'évènements qui mèneront à l'élaboration de l'expression d'une foi monothéiste régionale originaleAndré Lemaire, « L'émergence du monothéisme en Israël avant l'Exil », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, . Le premier commandement du Décalogue (Tu n'auras pas d'autres dieux face à moi.... Tu ne te prosterneras pas devant d'autres dieux que moi, et tu ne les serviras point) sur lequel se fonde le monothéisme des juifs et des chrétiens est davantage la formulation d'un monolâtrismeBernard Renaud, « Est-ce Moïse qui inventa le dieu unique », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p. 104, puisqu'il n'enseigne pas le néant des autres dieux, voire suppose leur existence antérieurecf. ou concurrente. En comparaison, l'islam qui apparaîtra quelque douze siècles plus tard sera immédiatement plus directif, plus explicite pour affirmer la seule existence du Dieu unique, et critiquer le polythéisme. La chahada nie toute autre forme de divinité, mais est postérieure. .

Un premier yahvisme monôlatrique pourrait remonter à la sortie d'Égypte mais on ignore comment le dieu Yahvé devient le dieu national des deux royaumes de Juda et d'IsraëlThomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, p.34. Yahvé revêt de multiples formes, fonctions et attributs : il est vénéré comme une divinité de l'orage à travers une statue bovine dans les temples de Béthel et de Samarieainsi que l'atteste , cité par Thomas Römer alors qu'à Jérusalem, il est plutôt vénéré comme un dieu de type solaire sous le nom de Yahvé-TsebaotYahvé des armées (célestes) cité par Thomas Römer.

À l'époque des deux royaumes, Yahvé n'est probablement pas le seul dieu pour les Hébreux. Un poème du Deutéronome, voir aussi , comme un passage du Livre de Michée attestent de cette forme de monolâtrie polythéiste pour laquelle chaque peuple a son propre dieu national reconnaissant les divinités des peuples voisins. On trouve ainsi une tradition monolâtrique assez similaire au judaïsme yahviste de cette période dans le royaume de Moab à travers le dieu KamoshUne stèle du roi, au , en atteste, ainsi que de Yahvé en tant que dieu tutélaire des israélites, cf. André Lemaire op.cit. et Thomas Römer, op.cit., comme la concurrence entre le populaire dieu Baal et Yahvé pourrait expliquer la virulence des textes vétérotestamentaires à l'encontre du premier. Le dieu national Yahvé est ainsi à considérer à l'époque de la monarchie israélite – entre le et le – comme une divinité assurant la sécurité et la fertilité à son peuple à travers le roi.

Par ailleurs, certains indices épigraphiques laissent supposer qu'Yahvé était peut-être honoré avec une déesse parèdre d'origine ougaritique nommée Ashéra mais sans qu'on sache avec certitude – les chercheurs en débattent encore – s'il s'agit de cette déesse ou d'un attribut, l'ashéra biblique désignant également un arbre sacréAndré Lemaire, « L'émergence du monothéisme en Israël avant l'Exil », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p. 101.

Le Deutéronome confirme cependant l'unicité du Dieu de cette religion, par rapport aux polythéismes avoisinants : « Écoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel » ... «Vous n'irez point après d'autres dieux, d'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous».

Vers le dieu unique Le texte deutéronomique ne niant pas encore les autres dieux, déjà mentionné précédemment, semble avoir été écrit vers quand le roi Josias entend faire de Yahvé le seul dieu de Juda et empêcher qu'il soit vénéré sous différentes manifestations, comme cela semble être le cas à Samarie ou à Temanainsi que l'exprime l'ouverture primitive du texte, dans l'idée de faire de Jérusalem le seul lieu saint légitime de la divinité nationaleThomas Römer, « Yahvé l'Unique », in Le Monde des religions : 20 clés pour comprendre Dieu, hors-série n°11, 09/2009, p.35.

L'émergence du monothéisme judaïque exclusif est lié à la crise de l'Exil. En , l'armée babylonienne défait le Royaume de Juda, l'occupe et déporte en exil à Babylone la famille royale, l'intelligentsia et les classes supérieuresArmand Attal et Yalérie Rivière-Tancer, Jérusalem : destin d'une métropole, éd. L'Harmattan, Paris, 1998, p. 41. Dix ans plus tard, les Babyloniens ruinent Jérusalem et détruisent son Temple. S'ensuit alors une seconde déportation qui semble cependant laisser sur place près de 85 % de la population, essentiellement rurale. C'est au sein de cette élite déportée et de sa descendance que l'on trouve la plupart des rédacteurs des textes vétérotestamentaires qui vont apporter la réponse du monothéisme au terrible choc et la profonde remise en question de la religion officielle engendrée par cette succession de catastrophesThomas Römer, « Exil à Babylone, creuset du monothéisme », in Enquête sur le Dieu unique, éd. Bayard, 2010, p. 107-113Jean Soler, « Qui est Dieu ? », Éditions de Fallois 2012, pp.63-64 & « L'invention du monothéisme », Éditions de Fallois 2002, pp.91-93.