Margaret Mead, née le à Philadelphie et morte le à New York, est une anthropologue américaine.
Formée à l'université Columbia par Franz Boas, Margaret Mead contribue à populariser l'anthropologie culturelle aux États-Unis et dans le monde occidental.. Figure centrale de la deuxième vague féministe, ses travaux portent notamment sur le rapport à la sexualité dans les cultures traditionnelles de l'Océanie et du sud-est asiatique et sur la division sexuelle du travail.
Son travail sur la sexualité des Samoans publié sous le titre d'Adolescence à Samoa est un best-seller et devient l’étude la plus citée dans les débats concernant l’éducation, la sexualité et l’adolescence, malgré des critiques récentes sur les préjugés concernant la sexualité des Polynésiens.. Dans le contexte de la révolution sexuelle des années 1960, Margaret Mead s'exprime en faveur d'une ouverture des mœurs sexuelles au sein de sociétés occidentales marquées par la vie traditionnelle religieuse.
Biographie vignette|redresse|Une étude d'anthropologie sociale de la France en 1954 avec Rhoda Metraux. Margaret Mead est la fille aînée des cinq enfants d'un professeur d'économie et d'une enseignante qui a quitté son métier au moment de son mariage . Elle entre d'abord à l'université DePauw, qu'elle quitte au bout d'un an pour étudier la psychologie pendant deux ans à l'université Barnard. Elle est reçue ensuite en 1923 à l'Université Columbia dans le département d'anthropologie dirigé par Franz Boas et Ruth Benedict. En 1929, elle obtient un doctorat à l'université Columbia. Son mémoire de thèse est une recherche sur la stabilité de la culture en Polynésie, basée sur les publications disponibles.
Elle épouse en 1923 Luther Cressman, étudiant en théologie. Elle en divorce en 1928 pour épouser l'anthropologue néo-zélandais Reo Fortune qui l'accompagne dans ses voyages jusqu'à leur divorce en 1935. En 1936, elle épouse l'anthropologue Gregory Bateson rencontré chez les Chambulis. En 1939, naît la fille de Margaret Mead et Gregory Bateson, Mary Catherine Bateson Kassarjian.
Sur le terrain Dès 1925, elle part à Samoa (sur Ta‘ū), seule, à , malgré les craintes de ses amis et de Boas, qui lui conseillaient d'effectuer sa première enquête de terrain en Amérique.. Elle y reste entre 5 et . ; accepté par .. En 1926, elle rejoint l'American Museum of Natural History de New York.. Elle retourne en 1928—1929 à Manus dans les Îles de l'Amirauté pendant huit mois, dont elle tirera un livre populaire (1930) et une étude technique (1934).
En 1928, elle produit le livre controversé Adolescence à Samoa et la monographie technique (1930) ; opinion partagée par Peter Worsley dans et .. En 1930 elle fait une saison d'été chez les Indiens Omaha ; l'étude qui en sort en 1932 aura peu d'impact ; elle part pour la Nouvelle-Guinée où elle s'intéresse à trois groupes, les Chambuli, les Mundugumor et les Arapesh, avec un point de vue comparatiste. Arrivée en , elle rentre aux États-Unis au printemps 1933, et produit le livre (1935), ainsi que publié en quatre parties de 1938 à 1949. Selon Clifford Geertz, le premier est un livre , tandis que le second est .
De à , plus six semaines en 1939, elle travaille à Bali, dont elle produit, avec son mari l'anthropologue Gregory Bateson, son ouvrage le plus remarqué, (1942), ainsi qu'un film, . En 1953, elle retourne pour six mois à Manus, et écrit (1956).
Carrière aux États-Unis vignette|gauche|Margaret Mead à l'Académie des sciences de New York, 1968. En dehors de courtes visites à ses sites d'enquête, Margaret Mead aura passé presque six ans de recherches sur le terrain dans six cultures de pêcheurs et d'horticulteurs et dans une culture plus centralisée, à Bali, situées dans le Pacifique Sud (à l'exception des Omaha). En parallèle, elle poursuit sa carrière au musée d'histoire naturelle de New York, d'assistante-conservateur en 1926 à conservatrice en 1964 et conservatrice émérite en 1969.
Au musée, elle réunit des objets, organise des expositions et des films, recueille des fonds (et en donne), et crée la salle des Peuples du Pacifique, ouverte en 1971. Dans les années 1930, elle travaille avec le psychiatre et psychanalyste Harry Stack Sullivan. Avant de devenir professeur-adjoint à Columbia en 1954, elle enseigne dans de nombreuses universitésJulien Clément, « Trois Sociétés primitives de Nouvelle-Guinée de Margaret Mead », Le Point Références - « Comprendre l'autre - Les textes fondamentaux », n°33, mai-juin 2011, p. 62., tout en participant comme chercheure associée au département d'anthropologie de Columbia. Elle y a parfois remplacé Ruth Benedict, avec une influence notoire, et parfois tumultueuse, sur les carrières de femmes plus jeunes qui arrivent dans le département, comme Zora Neale Hurston ou Ruth Landes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle dirige un programme d'étude anthropologiques, basé sur des entretiens avec des expatriés, sur les cultures européennes. Elle développe une notion de caractère national d'où sortiront (1951) et , écrit avec Rhoda Métraux (1954).
Engagement Margaret Mead fut aussi une conférencière et une organisatrice inlassable, dans une foule d'organisations. Elle fut en particulier présidente de la Société américaine pour l'Anthropologie Appliquée (1949), de l'American Anthropological Association (1960), et de l'American Association for the Advancement of Science (1975).
Ingénierie sociale Proche de Roosevelt, elle fait partie du Comité sur le sentiment national créé en 1940 pour infléchir la communication gouvernementale en matière d'information de guerre.
De 1942 à 1949, elle participa aux rencontres interdisciplinaires connues sous le nom de conférences Macy qui réunit ingénieurs, biologistes, psychologues et anthropologues pour examiner les .
Christianisme De religion anglicaneJane Howard, Margaret Mead: A Life, New York: Simon and Schuster, p. 347–348., membre de l'église épiscopalienne des États-Unis www.notablebiographies.com ; ., Margaret Mead participe à la rédaction du nouveau livre de prières édité en 1979.
En 1949, elle déclare à l'appartement de Clemens Heller rue Vaneau à Paris : Cette citation, éditée en affiche, devient un élément marquant de la personnalité publique de Margaret Mead ..
Bisexualité Dès les années 1950, elle est adoptée par les communautés LGBT américaines pour ses travaux, car ses études sur la variété et la fluidité des expériences sexuelles dans d'autres cultures donnaient un fondement scientifique à leurs critiques de la société puritaine et hétérocentrée.. Dans un article de 1975, Margaret Mead écrit que Elle prend également parti pour l'hypothèse de la bisexualité innée, notant qu'« un grand nombre d'êtres humains – probablement la majorité – sont bisexuels en ce qui concerne leur capacité à éprouver des sentiments amoureux Linda Rapp, « Mead, Margaret », glbtq.com: An Encyclopaedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender and Queer Culture, 2004 (lire en ligne).. » Margaret Mead est elle-même bisexuelle « Views of a culture heroine », The New York Times, 26 août 1984 (lire en ligne)., ce qu'elle cache sa vie durant de peur d'être discréditée dans ses travaux. Cet aspect de sa personnalité ne sera dévoilé qu'en 1984, par sa fille..
Réchauffement climatique
Après avoir assisté en 1974 à Bucarest à la conférence de l'ONU sur la surpopulation, dont elle rend compte la même année dans un article publié dans le magazine ScienceElle écrit : « World Population : World Responsibility » éditorial, Science, vol. 185, n° 4157, 27 septembre 1974., Margaret Mead organise du 26 au en Caroline du Nord avec le parrainage de deux agences du U.S. National Institutes of HealthLe John E. Forgaty International Center for Advanced Study in the Health Sciences et le National Institute of Environmental Health Sciences. et avec la participation de Stephen Schneider, George Woodwell, James Lovelock, George Holdren, William Kellogg, une conférence intitulée « L’Atmosphère : menacée et menaçante », dans laquelle elle alerte l'opinion mondiale sur le fait que les émissions anthropiques de gaz carbonique augmentent massivement en raison de la surpopulation humaine et que cela provoque un réchauffement global de la TerreElle déclare : , ce qui fait d'elle une des premières militantes contre le réchauffement climatique.
Hommages Margaret Mead meurt des suites d'un cancer, le . Elle fait alors la une du New York Times. Elle reçoit la médaille présidentielle de la Liberté à titre posthume en 1979. Elle est inscrite au National Women's Hall of Fame.
Contribution à l'anthropologie vignette|gauche|Mead, ca. 1950. Connue pour être très engagée, Margaret Mead participe activement à définir le concept de « cultural patterns » (modèles culturels) et à promouvoir la dimension humaniste de l'anthropologie.
Dans Trois Sociétés primitives de Nouvelle-Guinée (1935), qui s'inscrit dans le courant culturaliste, elle montre comment les civilisations modifient les caractères et la psychologie humaines, affirmant que toutes sont égales. Elle se situe dès lors à rebours de la pensée politique traditionnelle en ne plaçant pas la civilisation occidentale au sommet de l'humanité (ce qui permettait de justifier la colonisation) ou encore en déconstruisant la prétendue supériorité masculine, en remettant en cause les caractères masculins et féminins jusque là considérés comme naturels. Dans ses travaux, l'éducation est vue comme la base de toute société. Sa pensée nourrira les mouvements féministes, de libération sexuelle et anticoloniaux.
La production de Margaret Mead, extrêmement fournie, est inégale. Dans la biographie qu'il rédige en 1989 pour l'Académie américaine des sciences, Clifford Geertz écrit : Cette inégalité explique sans doute les réactions extrêmement contrastées qu'elle a suscitées.
La contribution de Mead se divise en quatre grands secteurs : l'anthropologie psychologique ; l'anthropologie appliquée ; la méthode ethnographique ; les études sur la famille, l'éducation, et les rôles sexués, qu'on appellerait aujourd'hui les études de genre. Anthropologie psychologique Son travail se répartit en trois phases qui se succèdent progressivement : une attaque sur les vérités admises sur les étapes de l'éducation et du développement des enfants et adolescents ; les études sur la culture et la personnalité, où elle cherche à relier des traits culturels, comme la moquerie, à des tendances psychologiques, comme la réserve ; les études sur le caractère national, où elle caractérise en termes psychologiques des sociétés entières. Dans la première, elle souffre d'une propension à pousser exagérément une thèse, dans la seconde, d'une conception plutôt mécanique de la relation entre socialisation enfantine et le caractère de l'adulte, et dans la troisième un certain excès d'ambition.. Ces trois phases réunies ont cependant formé, pour Geertz, les fondations de pratiquement tous les travaux ultérieurs sur les Manus, les Balinais, et les Américains.. Anthropologie appliquée