La numismatique (du latin , « pièce de monnaie »Le mot latin vient lui-même du grec ancien / , « coutume, règle », puis « monnaie ayant cours » dérivé de , la « loi » — Aristote, dans son Éthique à Nicomaque, précise en effet que, à la différence des autres biens, la monnaie n'est pas créée par un effet de nature mais par la loi.) a pour objet l'étude des monnaies et médailles.
Considérée comme une science auxiliaire de l'histoire, elle est particulièrement utile dans les recherches en histoire antique (notamment romaine ou grecque). Elle sert aussi en archéologie, en particulier comme critère de datation.
Hormis sa finalité scientifique, la numismatique est une aide précieuse pour les collectionneurs numismates. La collection de monnaies a en effet été pratiquée depuis l'AntiquitéCependant, les plus anciennes collections parvenues jusqu'à nous ne datent que du . Pour la majorité des collectionneurs, l'intérêt historique au sens strict est secondaire. Les collections sont entreprises à des fins de thésaurisation ou par intérêts artistique, technique ou culturel, voire au titre de simple loisir, etc. C'est principalement en répondant aux besoins de ce marché d'amateurs que la numismatique a forgé ses principaux concepts.
Dans le cadre de la gestion alternative, investisseurs et grands instituts financiers internationaux se sont aussi intéressés au monde de la numismatiqueC'est le cas, par exemple, de la banque helvétique UBS qui propose divers services dans le domaine numismatique, y compris la vente de pièces : UBS Numismatics.
Terminologie
Comme toute discipline technique ou scientifique, la numismatique a développé des concepts et un vocabulaire spécifiques. Pour les questions en rapport avec la terminologie numismatique, le lecteur se rapportera avantageusement à l'article ci-dessus.
Histoire de la monnaie right|thumb|Franc à cheval (1360).
L'origine de la monnaie est très ancienne mais impossible à situer et dater avec précision. On peut penser que, dès l'apparition d'échanges commerciaux réguliers et de la spécialisation des tâches, le troc s'est avéré inefficace et une certaine forme primitive de monnaie a vu le jour. Probablement constituée à l'origine de petits objets précieux naturels (coquillages) ou artisanaux, la monnaie s'est perpétuée sous cette forme dans de nombreuses régions.
Il faut cependant attendre les progrès de la métallurgie, de l'administration et du commerce dans les royaumes anatoliens pour voir apparaître les premières pièces de monnaie métalliques au début du , en Lydie. La monnaie semble apparaître à la même époque en Chine.
Les avantages de la découverte paraissent décisifs, la frappe des monnaies se diffusant rapidement à partir de ses lieux d'invention et déterminant un usage économique qui se perpétuera jusqu'à nous.
Évolution de la monnaie L'évolution de la monnaie est déterminée d'abord par les bouleversements politiques qui ont eu cours depuis son apparition, mais également par l'évolution économique (par exemple, l'inflation) et par un certain nombre de facteurs techniques internes, qu'il est difficile de dissocier, en particulier : le choix de l'étalon monétaire : monométallisme (souvent étalon-or ou argent), le bimétallisme (or et argent ou argent et bronze) et parfois le trimétallisme (or, argent et bronze) durant l'Empire romain. le système de compte : système duodécimal prédominant depuis l'Antiquité (système livre, Sol et Denier), le système décimal aujourd'huiLe Royaume-Uni n'a passé du système £sd au système décimal qu'en 1971 (Decimal-Day), mais a conservé la Livre sterling.. le développement du commerce international, remplacement progressif de la monnaie métallique par la monnaie fiduciaire et scripturale. l'apparition de la monnaie-papier, des billets de banque, des effets de commerce, etc. la protection contre la contrefaçon et circulation de la fausse monnaieLa contrefaçon est un risque permanent. En Suisse, les pièces de 5 francs des années 1986, 87, 89, et 91 ont dû être détruites en raison de la quantité de fausses pièces qu'on y a décelées, ce qui a logiquement fait monter leur valeur numismatique : ces pièces s'échange à une cote 5 à 6 fois supérieure à celle des années voisines. L'importance des fausses pièces de ces millésimes repose sur une modification technique de la frappe des pièces : pour des raisons économiques, il avait été procédé à une impression en creux de la tranche au lieu d'une impression en relief. Si la frappe s'est révélée plus économique pour Swissmint, elle s'est également révélée beaucoup plus facile à contrefaire. et les faux-monnayeurs. la virtualisation de la finance avec la systématisation du recours à des transactions informatisées. l'unification de certaines monnaies (Union monétaire latine au et plus récemment l'Euro) et la disparition de monnaies nationales modernes, ce qui ouvre un nouveau champ d'intérêt pour les collectionneurs (franc français, franc belge, lire italienne, deutsche Mark, etc.). l'utilisation monétaire de nouveaux métaux (platine, niobium)Pour l'heure, ces métaux sont utilisés essentiellement dans les pièces commémoratives et les émissions pour collectionneurs.. etc.
La monnaie : un enjeu politique La monnaie est un enjeu national qui fait l’objet d’un pouvoir particulier des États, celui de frapper la monnaie. Ainsi la France frappe sa monnaie depuis 1973 en Gironde dans l’usine de Pessac. Cependant certains pays peuvent déléguer leur droit de frapper monnaie à d’autres pays, ainsi dans l’usine de Pessac, la Monnaie de Paris frappe la monnaie pour la principauté monégasque.
Au-delà de cette autonomie, l’espace européen offre une situation unique où 19 pays partagent la même monnaie : l’euro. Cet espace, nommé zone euro, résulte d’une construction progressive : lors de sa fondation en 1999, il comptait 11 pays (Allemagne, Autriche, Espagne, Belgique, Finlande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal). Des agrandissements successifs ont lieu en 2001 (Grèce), 2007 (Slovénie), 2008 (Chypre, Malte), 2009 (Slovaquie), 2011 (Estonie), 2014 (Lettonie) et 2015 (Lituanie).
Même dans le cadre d'un espace monétaire commun, les monnaies conservent des caractéristiques iconographiques nationales. Chaque pays est libre de choisir ce qui figure sur sa monnaie. Les pays peuvent représenter des monuments, des rois, des symboles importants dans leur culture et pour leur population. Ainsi des pièces de deux euros qui sont frappées en France et où figure un arbre ou celles frappées en Espagne avec comme figuré le portrait du roi ont exactement la même valeur où que ce soit dans la zone euro.
Cependant, il arrive parfois que ce revers où figure ce que le pays a choisi pose un problème diplomatique. Ainsi en 2015 l’État belge souhaite frapper une pièce de deux euros à l’effigie de la bataille de Waterloo pour commémorer la victoire du pays face aux troupes de l’empereur français Napoléon . Les représentants français s’opposent à cette nouvelle pièce car selon eux cela heurte la sensibilité de la population française. La Belgique a donc fait machine arrière bien que 180 000 pièces aient déjà été frappées. La pièce à la mémoire de Waterloo existe bel et bien, mais pour une valeur de 2,50 ,€ ce qui la classe parmi les pièces de collections et non dans la monnaie réelle. Cela évite donc à la pièce de la discorde de se retrouver dans des mains non consentantes.
Histoire de la numismatique vignette|Alexandre le grand. Le premier texte consacré à la monnaie envisagée selon une perspective numismatique est le Présentation de l'Épitome du De Asse sur le site des Belles Lettres, consacré aux monnaies romaines, et au Libellus de moneta graeca de l'humaniste français Guillaume Budé qui parurent en 1514 à Paris, puis réédités et augmentés en 1541. Le De Asse connut un succès tel qu'il fut traduit en français à la demande du roi François Ier sous le titre Summaire ou Epitome du livre de Asse, puis en italien. D'autres auteurs du publièrent des catalogues de monnaies antiques, mais par amateurisme mélangèrent les descriptions d'exemplaires authentiques aux imitations, aux faux et aux inventions. Ce n'est qu'après le milieu du que les progrès de la connaissance de l'Antiquité romaine apportent la rigueur à l'étude numismatique.
Le premier périodique consacré aux pièces de monnaie voit le jour en Allemagne avec les Blätter für Munzkunde qui parut à Hanovre de 1834 à 1844. En France, la Revue numismatique est fondée en 1835 par Louis de la Saussaye et Étienne Cartier. Au Royaume-Uni, John Young Ackerman fonde en 1836 le trimestriel The Numismatic Chronicle qui perdurera jusqu'à nos jours comme journal de la « Royal Numismatic Society »Coins and Coin Collecting, . Voir aussi lien externe vers la « Royal Numismatic Society ».. Aux États-Unis, l'American Numismatic Association (ANA), sans doute la plus importante société numismatique du monde avec membres en 2008, fut fondée à Chicago en . L'un des fondateurs de l'ANA, George F. Heath avait dès 1888 publié un périodique The Numismatist, qui est toujours le journal de l'association.
Les premières études se focalisaient presque exclusivement sur les monnaies antiques (grecques et surtout romaines), avant de s'étendre aux monnaies féodales (occidentales et en usage dans le monde islamique). Ce n'est que vers la fin du que l'intérêt s'élargit à toutes les monnaies et toutes les époques. La première étude consacrée au dollar américain ne parut qu'en 1899Coins and Coin Collecting, .. Quelques scientifiques, comme le Français Gustave Ponton d'Amécourt ou le Polonais Joachim Lelewel, modifièrent durablement le point de vue.
En France, Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu (né le à Paris, mort le à Créteil), directeur de recherche au CNRS, savant et numismate, fut un grand spécialiste de l'étude des monnaies gauloises dont il a révolutionné l'étude en établissant des séries de coins (méthode de la charactéroscopie).
Collections et collectionneurs célèbres Depuis l'époque de la Renaissance, il était de bon ton pour celui qui en avait les moyens de disposer d'un cabinet des monnaies. Joseph de Bimard estime que vers 1560 existent environ 200 cabinets de médaille en France, autant aux Pays-Bas, plus de 380 en Italie et 175 en Allemagne. Parmi ces amateurs, on peut citer Pétrarque, les Médicis, le pape Paul III, la reine Christine de Suède, Charles VI du Saint-Empire ou Bartolomeo Borghesi. Le roi d'Angleterre, George III, mérite une place particulière, puisque sa passion était partagée par son chirurgien, William Hunter dont les collections formèrent les bases du fonds numismatique du musée de Glasgow. Celles de son frère, John Hunter et celles de Hans Sloane formèrent quant à elles le fonds numismatique de base du British Museum.
Plus récemment, les rois Carol Ier de Roumanie, Victor-Emmanuel III d'Italie, Farouk d'Égypte, ou le prince Rainier III de Monaco étaient connus également pour leurs collections numismatiques.
Les collections prestigieuses des monarques ont souvent été à l'origine des fonds patrimoniaux des grands musées spécialisés en numismatique tels le Cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de France ( objets), le musée numismatique d'Athènes ( objets), le Cabinet des monnaies et médailles du musée de Dresde ( objets), le cabinet des monnaies du musée d'histoire de l'art de Vienne ( objets), le département des monnaies et médailles du British Museum ( d'objets) ou le département numismatique du Musée de l'Ermitage ( objets).
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