La Neustrie ou Neustria, NeustrasiaB. Krusch, « Chronicon Fredegari » IV 76 dans Scriptores rerum merowingicarum, II, p. 159, MGH, Hanovre, 1888. ou même Neptrecus dans les chroniques latines, est le royaume franc correspondant à l'ancien royaume de Syagrius, dans le nord-ouest de la France actuelle, et qui a initialement pour capitale Soissons. Annexé en 687 par les Austrasiens, le nom de l'ancien royaume ne désigne plus au que le territoire entre Seine et Loire, gouverné depuis l'époque mérovingienne par un duc du Mans.
Ce duché du Mans prend pour capitale Tours en 843, position de repli face à l'invasion bretonne, laquelle se solde par l'abandon de la marche de Bretagne, du Cotentin et du Bessin. Le résidu occidental de la Neustrie doit faire face également à l'invasion viking, et sa défense est abandonnée en 861 au comte de Tours et au duc du Mans, formant alors une marche double, la marche de Neustrie. La partie sud-orientale de l'ancienne Neustrie, le futur Orléanais, est tout autant laissée à elle-même.
L'apparition de la féodalité disloque, par usurpationsK.F. Werner, « Untersuchungen zur Frühzeit des Französischen Fürstentums », dans Welt als Geschichte, , , W. Kohlhammer Verlag, Stuttgart, 1958 (traduction française)., les deux marches en fiefs, le Maine, l'AnjouA. Eckel, Charles le Simple, , Bibliothèque de la section « Histoire et philologie » de l'École des hautes études, Paris, 1899., source des Plantagenêt, la Touraine, le DunoisJacques Boussard, « L'origine des familles seigneuriales dans la région de la Loire moyenne », , dans Cahiers de civilisation médiévale, , , CESCM, Poitiers, 1962., le PercheJacques Boussard, « La seigneurie de Bellême aux », dans Mélanges d'histoire du Moyen Âge dédiés à la mémoire de Louis Halphen, , PUF, Paris, 1950., qui s'étend sur le Sonnois, le Corbonnais et le Passais c'est-à-dire le Sud de l'Hiémois et le Nord du Maine, le Chartrain et le Blésois. De ce dernier fief sortira Thibault, restaurateur d'une Neustrie indépendante pendant un quart de siècle, et racine des Thilbaldiens, tandis que Hugues Le Grand assiéra la dynastie rivale des Capétiens sur l'Orléanais.
Division est-ouest Le terme, peut-être d'un usage beaucoup plus ancien, apparaît au sous le calame du moine Jonas de Bobbio, dans la Vie de Colomban, pour désigner le royaume de l'Ouest lors des partages entre rois mérovingiens, par opposition au royaume de l'Est, l'AustrasieKarl Ubl, L’origine contestée de la loi salique. Une mise au point », Revue de l'IFHA, 1, 2009, p. 208-234.. La même division se retrouve à la même époque en Lombardie entre les Neustria et Austria lombardes.
Karl Ferdinand Werner, historien allemand, présente la distinction entre Neustrie et Austrasie comme héritière de la distinction entre Francs saliens et Francs rhénans. À ce titre, la Neustrie comprend la partie principale de l'héritage salien que Clovis reçut de son père .
Histoire : un resserrement progressif des frontières Une part d'héritage mérovingien (511-687) La Neustrie est le nom d'un royaume franc qui couvrait le nord-ouest du royaume des Francs, approximativement entre Loire (frontière avec l'Aquitaine) et Escaut, incluant l'Armorique franque, avec une frontière à l'est floue dans l'actuelle Champagne : Reims est ainsi généralement en Austrasie, et la Bourgogne fut souvent détachée en royaume autonome. L'Aquitaine fit parfois partie de la Neustrie.
Le royaume, qui ne s'appelle pas encore Neustrie, est créé lors du partage qui suit la mort de , en 511, et revient à . Celui-ci, au terme de son long règne de cinquante ans, réussit à reconstituer le royaume de son père. C'est le deuxième grand royaume franc, né lors des partages successoraux mérovingiens à partir des territoires conquis sur Syagrius. Son aire géographique est limitée par la Loire au sud, l'océan Atlantique et la Bretagne à l'ouest, et la Champagne à l'est ; incluant le Dentelin, elle s'étend jusqu'à la future Flandre au nord.
À la mort de , en 561, le royaume est à nouveau partagé entre ses quatre fils : , Gontran, et . Tout en abandonnant la ville de Soissons à l'Austrasie, ce dernier reconstitue en 568, au sein de la part qui lui échoit après le partage du royaume de Caribert défunt, une Neustrie. privée de la Touraine, rattachée à un Poitou austrasien, et de l'Orléanais, resté bourguignonne, qu'il récupère par les armes en 583, après avoir en 575 repris Soissons, depuis capitale de la Neustrie.
Âgé seulement de quelques mois, , fils de , hérite de la Neustrie à la mort de son père en 584. À la mort de , en 613, récupère l'Austrasie et devient ainsi roi des Francs, et récupère aussi l'Aquitaine.
Une fraction rémanente de la France unifiée des Pippinides et des Carolingiens (688-842) vignette|redresse|gauche|Localisation de la Neustrie à l'époque mérovingienne puis carolingienne. Après la mort de en 673, la Neustrie, après la déposition d'Ébroïn, se voit imposer un roi — — par les Austrasiens. (L'Aquitaine ayant retrouvé auparavant son indépendance.) Berchaire, maire du palais du roi est vaincu en 687 à la bataille de Tertry, petit village de Picardie proche de Péronne, par Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie. Cette défaite ruine définitivement les prétentions hégémoniques de la Neustrie, qui n’est à partir de ce moment qu'un État vassal de l'Austrasie, que dirigent les Arnulfiens.
Cependant les dénominations mérovingiennes de Neustrie, Austrasie et Bourgogne vont subsister encore sous les Carolingiens, mais s'effaceront progressivement. S'y substituent de nouvelles entités administratives, entre Pas-de-Calais et Cotentin un duché de DentelinJ. Dhondt, Études sur la naissance des principautés territoriales en France (), ey 83, Université royale de Gand, Werken Fac. Wijsbegeer en Letteren, Bruges, 1948., une marche de Bretagne, à l'intérieur des terres au sud de la Seine un duché du Mans, constitué dès l'époque mérovingienne.
En 768, à la mort de Pépin, la frontière orientale de la Neustrie est fixée, comme en 568, à l'Oise, Carloman régnant sur l'Austrasie à Soissons.
Au , le nom de l'ancien royaume de Neustrie n'en désigne plus que la partie gouvernée par le duc du MansJ. Dhondt, Études sur la naissance des principautés territoriales en France (), et 83, Université royale de Gand, Werken Fac. Wijsbegeer en Letteren, Bruges, 1948., tel Roland ou Charles le Jeune. C'est entre Seine et Loire le territoire mouvant des « habitants d'outre-Seine » (transsequaniF. Grat, J. Vielliard & S. Clemencet, Annales de Saint-Bertin, , 166 et 181, Société historique de France, Paris, 1964., homonymes d'une généralité du ). Ces « Transséquanais » sont réputés étrangers à la Francia, jusque sous les CarolingiensE. Ewig, « Descriptio Franciæ », dans Karl der Große. Lebenswerk und Nachleben, , , W. Braunfels & H. Beumann, Düsseldorf, 1965..
Restauration entre Seine et Loire d'une marche de Neustrie (843-884)
Le traité de Verdun en 843, supprimant la légitimité d'un pouvoir impérial unique, provoque l'invasion de la Neustrie par le duc de Bretagne Nominoë. Il s'agit pour les Bretons d'étendre ce qui deviendra le domaine gallo de la Bretagne et de reconstituer le gouvernement libre instauré par les Bagaudes en 409J. Stevenson, Nennii Historia Brittonum, § 25, Sumptibus Societatis, Londres, 1838., reconnu en 410Zozime, Histoire nouvelle, V 10., sous le règne du légendaire Conan Mériadec, éventuellement jusqu'à l'ancien royaume breton de Blois.
Le roi de France Charles le Chauve transfère aussitôt le commandement militaire du duché du Mans à Tours, position de repli face à l'invasionF. Lot & L. Halphen, Le règne de Charles le Chauve (840-877), (840-851), , Bibliothèque de la section « Histoire et philologie » de l'École des hautes études, Paris, 1909., et confie la direction des opérations à un officier, le comte VivienF. Grat, J. Vielliard & S. Clemencet, Annales de Saint-Bertin, , Société historique de France, Paris, 1964.. Nominoë, vainqueur aux batailles de Messac et de Ballon, reçoit le gouvernement de la marche de Bretagne, mais reprend sa campagne d'invasion en 849. En 850, tombent successivement Angers, Rennes, Nantes, Le Mans. Paris n'est sauvé que par la mort de Nominoë, intervenue subitement près de Vendôme le . Son fils et successeur Erispoë signe alors le traité d'Angers, qui conserve à la Bretagne toute la partie de la Neustrie située à l'ouest de la Mayenne et de la Sélune.
En 856, le traité de Louviers accentue l'emprise bretonne. De cette Neustrie, déjà réduite, la partie située à l'ouest de la route Paris-ToursF. Grat, J. Vielliard & S. Clemencet, Annales de Saint-Bertin, , Société historique de France, Paris, 1964. est donnée en apanage au futur roi Louis le Bègue, allié au roi Erispoë par la promesse d'épouser sa fille. L'hégémonie bretonne s'étend alors au-delà de la MayenneF. Grat, J. Vielliard & S. Clemencet, Annales de Saint-Bertin, , Société historique de France, Paris, 1964. jusqu'à la Maine, aux portes d'AngersF. Grat, J. Vielliard & S. Clemencet, Annales de Saint-Bertin, , Société historique de France, Paris, 1964. et jusque dans le Bessin., entièrement occupéF. Lot & L. Halphen, Le Règne de Charles le Chauve (840-877), (840-851), , Bibliothèque de la section « Histoire et philologie » de l'École des hautes études, Paris, 1909.. La Neustrie subit en sus l'invasion normande, qui vient principalement de l'estuaire de la Loire. Charles le Chauve réagit en confiant ce résidu occidental perdu de la Neustrie dès 861F. Kurze, Chronicon Reginoni, , M.G.H., Hanovre, 1890. ou 862 à un marquis de Neustrie, marche double composée du comté de Tours et du duché du Mans. Le premier est tenu par les Robertiens, qui sont mandatés directement par le roi. Le second l'est par la puissante et antique famille locale des Rorgonides. À côté de cette marche double, la partie orientale de l'ancienne Neustrie au-delà de la route Paris-Tours, le futur Orléanais, échappe également à l'autorité directe du roi au moins jusqu'en 898.
L'occupation bretonne jusqu'à la Sarthe est actée par le traité d'Entrammes, que signent en 863 le roi Charles le Chauve et son homologue Salomon, assassin et successeur d'Erispoë. En 866, les Français sont défaits par les Normands à Brissarthe et en 867, par le traité de Compiègne, Charles le Chauve est contraint de reconnaître la suzeraineté de la Bretagne sur le CotentinG. Minois, Nouvelle histoire de Bretagne, , Fayard, Mesnil sur l'Estrée, 1992. qui n'est plus relié que par la mer. À son nord-ouest, la frontière occidentale de la Neustrie recule officiellement sur la Vire, le Bessin et ce qui n'est pas encore appelé la campagne de Caen, précédemment occupés par les Bretons, étant de fait abandonnés à des seigneurs saxons très autonomesCh. Pilet, « Installation anglo saxonnes en Basse Normandie au , , s ? » dans Les barbares de la mer : les migrations des peuples du nord ouest de l'Europe du , , Éditions Jean Yves Marin, Caen, 1992..
Démantèlement (885-955) En 885, les Normands reprennent les hostilités à la fois contre la Bretagne et contre la France, cette fois principalement à partir du Nord du Cotentin, de l'estuaire de l'Orne et de celui de la Seine. Paris est assiégé en 885, Saint-Lô est prise en 889. La double marche de Neustrie est confiée en 886 au comte de Bayeux, Bérenger de Neustrie, puis en 888 à Robert. Ce dernier est le fils de Robert le Fort, tué par les Normands à Brissarthe, il est fait comte de Paris par son frère Odon, usurpateur du trône reconnu par ses pairs. Il la réorganise en deux fronts. Une première marche fait face depuis Tours aux Bretons, lesquels, sous le règne d', respectent une paix relative, d'autant que leur présence jusqu'à la Sarthe n'est pas contestée. La seconde marche, depuis le Mans, fait face aux Normands.