Marcel Mauss, né le à Épinal (département des Vosges), mort le à Paris (14e arrondissement), est un sociologue et anthropologue, généralement considéré comme le « père de l'anthropologie françaiseSociologie-Ethnologie. Auteurs et textes fondateurs. (ss dir) d'Alain Gras. Publications de la Sorbonne, 2003 ».

Biographie Marcel Mauss est issu d'une famille de confession juive. Son père, Gerson Mauss, négociant, est originaire de Bischwiller (département du Bas-Rhin). Sa mère, Rosine Durkheim, née en 1848, est la sœur d’Émile Durkheim. De leur union naissent deux enfants :

Marcel Mauss ; Camille Henri Mauss, né en 1876, mort en 1961 à Paris (14e arrondissement).

Marcel Mauss effectue ses études secondaires à Épinal et ses études supérieures à la faculté de Lettres de Bordeaux où son oncle Émile Durkheim enseigne. En 1895, il est reçu à l'agrégation de philosophie, le troisième sur huit.

À l’issue de l’obtention du concours, Marcel Mauss intègre l'École pratique des hautes études (EPHE) où il étudie, au sein de la quatrième et de la cinquième section, les langues étrangères et les sciences religieuses, avec l’objectif de réunir le matériau nécessaire à une thèse de doctorat sur la prièreMarcel Fournier (2006), , qu'il entreprend à partir de 1909König R.(2014) Marcel Mauss (1872-1950). Trivium. Revue franco-allemande de sciences humaines et sociales-Deutsch-französische Zeitschrift für Geistes-und Sozialwissenschaften, (17).. Ses professeurs se nomment Léon Marillier, Antoine Meillet, Louis Finot, Israël Lévi ou Sylvain LeviMarcel Fournier (2006), . Il rencontre également à l’EPHE quelques-uns des futurs membres du cercle durkheimien, avec lesquels il nouera de véritables liens d’amitié (Henri Hubert avec qui il écrit « Essai sur la nature et la fonction du sacrifice », un des textes fondateurs de l'anthropologie des religions, Robert Hertz…). Il devient en 1901 titulaire de la chaire d’« histoire des religions des peuples non civilisés » à la de l’EPHEJean-François Bert, émission Idées sur RFI, 3 février 2013.

En 1901, il rejoint l'équipe de L'Année sociologique, revue biennale créée par Émile Durkheim. Celui-ci meurt 1917 et Mauss se charge du travail de publication posthume de son oncle. Enfin en 1925, il fonde, avec Lucien Lévy-Bruhl et Paul Rivet l'Institut d'ethnologie de Paris. Il participe en 1928 au premier cours universitaire de Davos, avec de nombreux autres intellectuels français et allemands. En 1931, il obtient après trois campagnes de candidature une chaire au Collège de France ; créée pour l’occasion en remplacement de la chaire de « Philosophie sociale » de Jean Izoulet, cette chaire de « Sociologie » marque l’entrée de cette discipline dans la prestigieuse institutionMarcel Fournier (2006), ..

Durant l'affaire Dreyfus, Marcel Mauss, aux côtés de son oncle Émile Durkheim, prend position aux côtés des dreyfusards.

Durant la Grande Guerre, Marcel Mauss, initialement versé dans les services auxiliaires, s'engage volontairement et est mobilisé en tant qu'interprète en langue anglaise.

En , il donne sa démission de professeur, avant que le statut des Juifs soit décrété ; les années d'Occupation de la France par l'Allemagne nazie sont douloureuses : lois antisémites, pension de retraite non payée, déménagement à la suite de la réquisition de son appartement (1942), maladie de son épouse Marthe, déportation et pour certains de ces élèves, décès (Boris Vildé, Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon, Deborah Lifchitz)Christophe Labaune, "Biographie de Marcel Mauss - présentation pour le fonds d'archives", pp. 9-10, in Fonds Marcel Mauss (cote 57 CDF 1-170), Collège de France - La Salamandre, en ligne: https://salamandre.college-de-france.fr/archives-en-ligne/functions/ead/detached//57CDF/mauss-biographie.pdf (consulté le 2 juin 2025)..

Plusieurs auteurs dont David GraeberPour une anthropologie anarchiste, éditions Lux, 2006, page 31, Alain Guyard ou Bruno Viard "À 22 ans, en 1894, Mauss adhéra au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane, organisation anti-guédiste" Les trois neveux, ou, l'altruisme et l'égoïsme réconciliés: Pierre Leroux, 1797-1871, Marcel Mauss, 1872-1950, Paul Diel, 1893-1972. Bruno Viard, Presses universitaires de France, 2002, pages 64-66, le classifient comme socialiste révolutionnaire.

Travaux thumb|Envoi autographe de Marcel Mauss à Georges Dumas conservé à la Bibliothèque de sciences humaines et sociales Paris Descartes-CNRS.

Considéré comme l'un des pères de l'anthropologie, Mauss n'a jamais publié d’ouvrage de synthèse de sa pensée mais un grand nombre d'articles dans différentes revues (dont L'Année sociologique), d'esquisses, de comptes-rendus et d'essais. Sa thèse sur la prière reste inachevée. De ses rares monographies, on retient surtout l’Essai sur le don.

Il est surtout connu pour quelques grandes théories, notamment celle du don et du contre-don (liée à l'étude du potlatch (anthropologie), et de la dépense pure), et il a abordé une grande variété de sujets comme en témoignent ses études sur les techniques du corps, la religion ou la magie.

Il veut saisir les réalités dans leur totalité et pour cela élabore le concept novateur de « fait social total », qui connaîtra un vif succès d'intérêt et d'usage en sciences sociales. Pour lui un fait social est intrinsèquement pluridimensionnel ; il comporte toujours des dimensions économiques, culturelles, religieuses, symboliques ou encore juridiques et ne peut être réduit à un seul de ces aspects.

Marcel Mauss veut aussi appréhender l'être humain dans sa réalité concrète : physiologique, psychologique et sociologique. Il esquissera ainsi le concept « d'homme total » qui nourrira notamment Pierre Bourdieu dans ses analyses en termes « d'habitus ».

Il s'intéresse à la signification sociale du don dans les sociétés tribales, ainsi qu'au phénomène religieux : la magie est considérée comme un phénomène social qui peut notamment s'expliquer par la notion de mana. Tout en créant du lien social, le don est agoniste (il « oblige » celui qui reçoit, qui ne peut se libérer que par un « contre-don »). Pour Marcel Mauss, le don est essentiel dans la société humaine et comporte trois phases : l'obligation de donner, l'obligation de recevoir et l'obligation de rendre« le caractère, pour ainsi dire, apparemment libre et gratuit, et cependant contraint et intéressé de ces prestations ». S'il prend les sociétés « primitives » comme terrain d'étude, c'est moins parce que le primitif serait toujours aussi le simple et l'originel, que parce qu'il est difficile de rencontrer ailleurs une pratique du don et du contre-don c'est-à-dire comme un « fait social total ».

Méthode : il est partisan d’une division du travail entre celui qui collecte les faits — tâche qu’il assigne à l’ethnographe — et celui qui les interprète pour les rendre intelligibles. Mauss, « Le manuel d'anthropologie de Kroeber », in Œuvres, Éditions de Minuit, Paris, vol. 3, . Cité dans Victor Karady, « Durkheim et les débuts de l'ethnologie universitaire ». In Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 74, septembre 1988. Recherches sur la recherche, .

Marcel Mauss a très peu pratiqué les études de terrain, à une période où cette méthode qui s’impose progressivement dans le monde anglo-saxon, notamment sous l’influence de Malinowski, restait marginale, en particulier en France. Ses quelques observations directes figurent par exemple dans ses travaux sur « les techniques du corps », elles sont issues de son expérience dans l'armée ou de son enfance en Touraine. Cependant, signe d’une évolution de la discipline, il a incité ses élèves à se rendre sur place pour les observations et a rédigé un Manuel d’ethnographie qui répertorie l’ensemble des dispositions à prendre lors d’une étude de terrainRobert Deliège, Une histoire de l’anthropologie. Écoles, auteurs, théories, Éditions du Seuil, 2006, ..

Archives de Marcel Mauss Celles de ses archives qui ont survécu à deux guerres mondiales sont conservées à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC). Elles concernent son travail de sociologue, mais aussi son exploration de l'ethnographie et de l'histoire des religions, de l'Économie et de l'innovation sociale. Ce fonds d'archives est commun avec celui de Henri Hubert qui fut le frère de travail de Mauss à partir de 1896 lors de leur rencontre à l'École pratique des hautes études (c'est par exemple avec lui qu'il va construire et co-écrire « l'Essai sur la nature et la fonction du sacrifice » ou « l'Esquisse d'une théorie générale de la magie » comme le montrent des correspondances et des manuscrits souvent inédits conservés dans ce fondJean-François Bert (2010) Les archives de Marcel Mauss ont-elles une spécificité ? – le cas de la collaboration de Marcel Mauss et Henri Hubert. Durkheimian Studies, 16(1), 94-108 (résumé).

Prix et distinctions 1938 : Huxley Memorial Medal Croix de guerre 1914-1918 (France) Collège de France

Bibliographie

Écrits de Marcel Mauss par année de publication (liste non exhaustive)

« La religion et les origines du droit pénal d'après un livre récent », la Revue de l'histoire des religions, no 34, 1896, pp. 269 à 295, (lire en ligne)

« L'école anthropologique anglaise et la théorie de la religion selon Jevons. » l'Année sociologique 1, 1898, pp. 169 à 170, (lire en ligne). « Religions populaires et folklore de l’Inde septentrionale. », l'Année sociologique, n°1, 1897, pp. 210 à 218. (lire en ligne)] « Essai sur la nature et la fonction du sacrifice », l'Année sociologique, no 2, 1899, pages 29 à 138. (avec Henri Hubert), (lire en ligne) « Rites funéraires en Chine. », l'Année sociologique, II, 1899, pages 221-226, (lire en ligne)

« Les tribus de l’Australie centrale. » l'Année sociologique, 3, 1900, pp. 205 à 215, (lire en ligne) « Sociologie » , la Grande Encyclopédie, vol. 30, Société anonyme de la Grande Encyclopédie, Paris, 1901. (avec Paul Fauconnet), lire en ligne. « Magie malaise. » L'Année sociologique, 4, 1901, pp. 169 à 174, (lire en ligne). « Métier d’ethnographe, méthode sociologique. », “ Leçon d’ouverture à l’enseignement de l’histoire des religions des peuples non civilisés ”. Revue de l’histoire des religions, 45, 1902, pp. 42 à 54. (lire en ligne). « Esquisse d'une théorie générale de la magie », l'Année sociologique, 1902-1903. (avec Henri Hubert), (lire en ligne). « De quelques formes de classification - contribution à l'étude des représentations collectives », l'Année sociologique, 6, (1901-1902), pp. 1-72. (avec Émile Durkheim) (lire en ligne) « Mythologie et symbolisme indiens. », l'Année sociologique, no 6, 1903, pp. 247 à 253 (lire en ligne) « L’origine des pouvoirs magiques dans les sociétés australiennes. Étude analytique et critique de documents ethnographiques », l’École pratique des hautes études, section des sciences religieuses. Paris : 1904, pp. 1 à 55. (avec Henri Hubert) (lire en ligne). « Les Esquimo », l'Année sociologique, no 7, 1904, pp. 225 à 230, lire en ligne «Essai sur les variations saisonnières des sociétés eskimos. Étude de morphologie sociale» (1904-1905), l'Année sociologique, tome IX, 1904-1905, avec la collaboration d'Henri Beuchat. (lire en ligne) « Étude sommaire de la représentation du temps dans la religion et la magie », l’École pratique des hautes études, section des sciences religieuses. Paris, 1905, pp. 1 à 39, lire en ligne. « Les tribus de l’Australie centrale et septentrionale », in L'Année sociologique, 8, 1905, pp. 243 à 251, lire en ligne. Les tribus de l’Australie du Sud-Est. » Extrait de L'Année sociologique, 9, 1906, pp. 177 à 183. (lire en ligne) « Les Euahlayi. », L'Année sociologique, 10, 1907, pp. 230 à 233, lire en ligne « L’art et le mythe d’après M. Wundt», Revue philosophique de la France et de l’étranger, 66, juillet à décembre 1908, pp. 48 à 78, lire en ligne