1984 ou en toutes lettres Mil neuf cent quatre-vingt-quatreMil est la graphie choisie par l'éditeur français. . (titre original : ), est un roman dystopique de l'écrivain britannique George Orwell. Publié le par , il s'agit du neuvième et dernier livre d'Orwell paru de son vivant. Thématiquement, il se concentre sur les conséquences du totalitarisme, de la surveillance de masse, et de l'enrégimentement répressif des personnes et des comportements au sein de la société. Orwell, fervent partisan du socialisme démocratique et membre de la gauche antistalinienne, décrit dans son roman une Grande-Bretagne, trente ans après une guerre nucléaire entre l'Est et l'Ouest censée avoir eu lieu dans les années 1950, et où s'est instauré un régime totalitaire fortement inspiré à la fois de certains éléments du stalinisme et du nazisme. Plus largement, le roman examine le rôle de la vérité et des faits au sein des sociétés et les manières dont ils peuvent être manipulés.

L'histoire se déroule dans un futur imaginaire. L'année en cours est incertaine, mais on pense qu'il s'agit de 1984. Une grande partie du monde est en guerre perpétuelle. La Grande-Bretagne, désormais connue sous le nom d'Airstrip One, est devenue une province du super-État Océania, dirigée par Big Brother, un leader dictatorial soutenu par un culte de la personnalité intense orchestré par la police de la Pensée. Le Parti s'engage dans une surveillance gouvernementale omniprésente et, par l'intermédiaire du ministère de la vérité, dans un négationnisme historique et une propagande constante pour persécuter l'individualité et la pensée indépendante. La liberté d'expression n'existe plus, tous les comportements sont minutieusement surveillés grâce à des machines appelées télécrans et d'immenses affiches représentant le visage de Big Brother sont placardées dans les rues, avec l'inscription (« »).

Le protagoniste, Winston Smith, est un employé assidu de niveau intermédiaire au ministère de la Vérité qui déteste secrètement le Parti et rêve de rébellion. Il tient un journal interdit et entame une relation avec sa collègue Julia. Ils découvrent un groupe de résistance obscur appelé la Fraternité. Cependant, leur contact au sein de ce groupe s'avère être un agent du Parti, et Smith et Julia sont arrêtés. Smith est soumis à des mois de manipulation psychologique et de torture de la part du ministère de l'Amour. Il trahit finalement Julia et est libéré. Il prend conscience, dans les dernières pages du roman, qu'il est « guéri » et qu’il aime Big Brother.

Résumé thumb|right|Le monde en 1984 selon George OrwellLa description du livre n'est pas aussi détaillée. La carte est donc fondée sur certaines spéculations. En outre, à la fin du livre, l'Océania a conquis toute l'Afrique, du moins si l'on en croit la propagande du Parti : voir la carte suivante.. Le territoire contrôlé par l'Océania est représenté en rose, le territoire d'Eurasia est en mauve et celui d'Estasia en vert. Les territoires en jaune sont ceux qui sont revendiqués par les trois puissances. Le résumé qui suit utilise les noms et expressions proposés par Amélie Audiberti, première traductrice en France du roman.

L’histoire se déroule en 1984 (comme l'indique le titre du roman), à Londres. Le monde, depuis les grandes guerres nucléaires des années 1950, est divisé en trois grands blocs géopolitiques : l’Océania (Amériques, îles de l'Atlantique, comprenant notamment les îles Britanniques, Océanie et Afrique australe), l’Eurasia (reste de l'Europe et URSS) et l’Estasia (Chine et ses contrées méridionales, îles du Japon, et une portion importante mais variable de la Mongolie, de la Mandchourie, de l'Inde et du TibetIl ne faut pas oublier qu'Orwell s'inspire de la situation géopolitique mondiale de 1948.) qui sont en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Ces trois grandes puissances sont dirigées par différents régimes totalitaires revendiqués comme tels, et s'appuyant sur des idéologies nommées différemment mais fondamentalement similaires : l’Angsoc (ou « socialisme anglais ») pour l'Océania, le néo-bolchévisme pour l'Eurasia et le (ou ) pour l'Estasia... Tous ces partis sont présentés comme communistes avant leur montée au pouvoir, jusqu'à ce qu'ils deviennent des régimes totalitaires et relèguent les prolétaires qu'ils prétendaient défendre au bas de la pyramide sociale. Les trois régimes sont présentés comme étant socialement, économiquement et idéologiquement sensiblement les mêmes...

À côté de ces trois blocs subsiste une sorte de « quart-monde », dont le territoire ressemble approximativement à un parallélogramme ayant pour sommets Tanger, Brazzaville, Darwin et Hong Kong. C'est le contrôle de ce territoire, ainsi que celui de l'Antarctique, qui justifie officiellement la guerre perpétuelle entre les trois blocs1984, éditions Gallimard, ..

Winston Smith Winston Smith, , habitant de Londres en Océania, est un employé du Parti extérieur, c'est-à-dire un membre de la « caste » intermédiaire du régime océanien, l'Angsoc. Winston officie au ministère de la Vérité., ou Miniver en novlangue. Son travail consiste à remanier les archives historiques afin de faire correspondre le passé à la version officielle du Parti. Ainsi, lorsque l'Océania déclare la guerre à l'Estasia alors qu'elle était en paix deux jours avant avec cet État, les autres membres du ministère de la Vérité, notamment ceux du commissariat des archives (« Commarch » en novlangue) où travaille Winston, doivent veiller à ce que plus aucune trace écrite n'existe de l'ancienne alliance avec Estasia.

Toutefois, contrairement à la majeure partie de la population, Winston n'adhère pas à cette vérité imposée par le Parti. Il prend alors conscience qu'il n'a pas de pensées aussi orthodoxes qu’il devrait en avoir aux yeux du Parti. Susceptible d'être traqué par la police de la Pensée, une redoutable organisation de répression, il dissimule ses opinions contestataires aux yeux de ses collègues de travail. Le roman s'ouvre sur les projets d'écriture de Winston ; il désire en effet garder une trace écrite et donc fixe du passé, en opposition à la propagande de l'Océania. La ténuité des possibilités de rébellion apparaît rapidement ; la simple rédaction de son journal n'est possible à Winston que grâce à une singularité dans le plan de son appartement qui permet d'échapper au regard omniprésent du télécran, sorte d'écran installé dans chaque foyer qui sert à la diffusion continue de la propagande du gouvernement et à voir et entendre ce qui se passe chez les gens.

Winston Smith servira également de prétexte dans la suite du roman pour exposer la société totalitaire qui l'entoure, les hommes qui y collaborent et ses ressorts les plus impitoyables. On verra ainsi exposés au fur et à mesure de ses rencontres le mépris de l'amour et de la sensualité par l'ensemble de la société ou encore une présentation de la destruction de la langue par un des artisans enthousiastes de cette entreprise. La délation dans la famille et même le refoulement généralisé des membres les plus dévoués à la société qui finissent par prononcer dans leur sommeil ce qu'ils n'osent prononcer de jour seront abordés au cours du roman.

Rencontre avec Julia Lors des Deux Minutes de la Haine, moment rituel de la journée pendant lequel le visage de l’« ennemi » de l’Angsoc, Emmanuel Goldstein, est diffusé sur des écrans, Winston croise Julia, une jeune femme du commissariat aux romans, membre de la « Ligue anti-sexe des juniors », d’apparence particulièrement disciplinée. Il la hait, pensant qu’elle est une espionne de la police de la Pensée. Plus tard, elle lui remet discrètement un papier où est écrit :

Ils se fréquentent, font l’amour clandestinement dans une mansarde louée dans le quartier des prolétaires. Ils savent qu’ils seront condamnés, que tôt ou tard ils devront payer le prix de tous ces crimes envers le Parti. Ils rêvent cependant d’un soulèvement, croient au mythe d’une Fraternité clandestine qui unirait les réfractaires. C’est pourquoi ils prennent contact avec O’Brien, personnage intelligent et charismatique, membre du Parti intérieur, dont Winston a l’intime conviction qu’il est membre de la Fraternité.

O’Brien leur fait parvenir « Le Livre » de Goldstein, l’ennemi du peuple et du Parti, objet de la haine et de la peur la plus intense en Océania. Y sont expliqués tous les tenants et aboutissants du système et des manipulations psychologiques mises en place en Océania.

« Le Livre » de Goldstein explique notamment qu’une révolution ne peut réussir que si une classe moyenne peut remplacer la classe dirigeante. Cela explique que le Parti intérieur (classe dirigeante) surveille tout particulièrement le Parti extérieur (classe moyenne). Prolongeant sa fable La Ferme des animaux, c’est une véritable théorie des révolutions qu’Orwell expose, en présentant dans 1984 son contraire et corollaire : les techniques utilisées pour empêcher toute révolutionThèse soutenue à l’université d’Ottawa.

Arrestation Un après midi, avant qu’ils passent à l’acte, Winston et Julia sont arrêtés par la police de la Pensée et amenés au ministère de l’Amour (M. Charrington, qui louait une chambre à Winston et Julia, y avait caché un télécran derrière un tableau). Winston y retrouve O'Brien lui-même, qui n’a en fait jamais été membre de la Fraternité, bien au contraire, car il est justement chargé de traquer les . O'Brien lui apprend que Winston était repéré comme peu fiable bien avant que lui-même n’en prenne conscience (sept ans plus tôt)1984, George Orwell, , chapitre 1..

Sa réintégration comporte trois stades : étudier, comprendre et accepter. Winston est torturé et humilié pendant des jours et des semaines, voire des mois (la notion du temps n’est pas très bien précisée à ce moment de l’histoire car Winston n’a aucun instrument auquel se fier pour mesurer le temps, il est même sous entendu durant le récit que Winston est en captivité depuis un an), jusqu’à ce qu’il perde toutes ses convictions morales et soit prêt à accepter sincèrement n’importe quelle vérité, aussi contradictoire soit-elle (2 et 2 font 5, Winston n’existe pas en réalité…), pourvu qu’elle émane du Parti— Vous êtes un étudiant lent d’esprit, Winston, dit O’Brien gentiment. — Comment puis-je l’empêcher ? dit-il en pleurnichant. Comment puis-je m’empêcher de voir ce qui est devant mes yeux ? Deux et deux font quatre. — Parfois, Winston. Parfois ils font cinq. Parfois ils font trois. Parfois ils font tout à la fois. Il faut essayer plus fort. Il n’est pas facile de devenir sensé. 1984, George Orwell, , chapitre 3. « Mais il y avait eu un moment, il ne savait combien de temps, trente secondes, peut-être, de bienheureuse certitude, alors que chaque nouvelle suggestion de O’Brien comblait un espace vide et devenait une vérité absolue, alors que deux et deux auraient pu faire trois aussi bien que cinq si cela avait été nécessaire. » 1984, George Orwell, , chapitre 3..

Sa « rééducation » se finit lorsque confronté à sa phobie la plus forte (les rats), il trahit et renie Julia« Vous avez pleurniché en demandant grâce. Vous avez trahi tout le monde et avoué tout. Pouvez-vous penser à une seule dégradation qui ne vous ait pas été infligée ? Winston s’était arrêté de pleurer, mais ses yeux étaient encore mouillés. Il les leva vers O’Brien. — Je n’ai pas trahi Julia, dit-il. O’Brien le regarda pensivement. — Non, dit-il, non. C’est parfaitement vrai. Vous n’avez pas trahi Julia. » 1984, George Orwell, , chapitre 3. « Les rats savaient maintenant ce qui allait venir. […]. Winston pouvait voir les moustaches et les dents jaunes. Une panique folle s’empara encore de lui. […] Mais il avait soudain compris que, dans le monde entier, il n’y avait qu’une personne sur qui il pût transférer sa punition, un seul corps qu’il pût jeter entre les rats et lui. Il cria frénétiquement, à plusieurs reprises :