Anne de Montmorency, né à Chantilly le et mort à Paris le , est connétable, duc et pair de France, maréchal puis grand maître de France ; il a servi cinq rois. Cet homme extrêmement puissant, qui symbolise la Renaissance française, est un ami intime des rois et .
Biographie
Jeunesse Anne de Montmorency naît à Chantilly, fils de Guillaume de Montmorency et d'Anne Pot, comtesse de Saint-Pol (fille de Guyot Pot et de Marie de Villiers de L’Isle-Adam, elle-même fille de Jacques de Villiers, Seigneur de L’Isle-Adam, et de Jeanne de Nesle, fille de Guy IV de Clermont-Nesle d'Offémont: Racines&Histoire : Maison Pot, p. 4)). Son père Guillaume de Montmorency (vers 1453-1531) est général des finances et gouverneur de plusieurs châteaux royaux. Il accompagne le roi dans la première guerre d’Italie. La maison de Montmorency est déjà à ce moment l'une des plus puissantes du royaume : elle possède des terres très étendues, de nombreux fiefs et est très proche de la famille royale. Anne de Montmorency hérite par sa mère, Anne Pot, du château de la Rochepot, dans le sud de la Côte-d'Or.
Anne est le filleul de la reine Anne de Bretagne, qui lui donne son prénom (Anne est un prénom épicène à cette époque). Il est élevé au château d'Amboise avec le futur roi de France , ce qui explique sa proximité avec ce dernier. se montrera très attentif aux conseils d'Anne de Montmorency, à la fois militaire couronné de succès et grand esthète, même s'ils connaîtront des différends.
Il vit sa première action militaire à la bataille de Ravenne en 1512.
Lorsque François accède au trône de France en , Anne de Montmorency devient un membre influent de sa cour. Lorsque le roi réaffirme la revendication française sur le duché de Milan la même année, Montmorency suit le roi en Italie et se distingue à la bataille de Marignan.
Il est nommé capitaine de la Bastille en 1516 et devient gouverneur de Novare. En 1518, il est l'un des otages en Angleterre pour la dette de envers pour la ville de Tournai. Il retourne en France pour assister à une conférence de paix courte et infructueuse entre les Français et le Saint-Empire romain germanique en . L'année suivante, il est présent au camp du Drap d'Or et ensuite chargé des négociations diplomatiques en Angleterre lorsque les relations entre les deux pays recommencent à se détériorer.
En , Montmorency participe au commandement de la défense de Mézières contre l'armée impériale allemande qu'il dirige avec Bayard. La même année, il commande les Suisses en Italie où ses qualités militaires sont révélées lors de la prise de Novare. Ses troupes sont vaincues à la bataille de la Bicoque le , mais il est nommé maréchal de France en reconnaissance de son courage.
Montmorency passe les trois années suivantes à défendre le nord de la France contre l'invasion anglaise de 1523. À cette époque, l'Angleterre s'est alliée au Saint Empire romain germanique. En 1524, il rejoint à nouveau dans une campagne pour reprendre Milan. Le , une armée d'Italiens, d'Espagnols et d'Allemands bat les Français à la bataille de Pavie et capture à la fois Montmorency et le roi. Tous deux sont envoyés en Espagne, mais Montmorency est libéré peu de temps après contre rançon. Il est l'un des négociateurs du traité de Madrid (1526) qui met fin à la première guerre de et de Charles Quint et assiste le roi lorsqu'il est échangé contre ses deux fils aînés. En 1530, il ramène les fils du roi en France.
Le , Anne de Montmorency est nommé grand maître de France chargé de la surveillance de la maison royale et du service privé du roi. La même année, il obtient le poste de gouverneur du Languedoc, ce qui renforce encore sa puissance au sein du royaume de France ; il occupera ce poste tout au long des décennies suivantes avec une brève interruption pendant sa disgrâce. En 1527, il soutient les efforts du roi pour former une alliance contre Charles Quint et travaille avec le cardinal Thomas Wolsey pour former une alliance entre et . Cela conduit à une nouvelle guerre contre le Saint Empire romain germanique qui se termine par la paix des Dames.
En 1527, en guise de remerciements, le roi lui offre le château de Fère-en-Tardenois lors de ses noces avec Madeleine de Savoie, fille de René de Savoie et d'Anne Lascaris, et cousine du roi.
En 1532, il est fait chevalier dans l'ordre de la Jarretière par d'Angleterre en reconnaissance de son honneur et de sa bravoure, un des rares cas autres que celui de certains rois ou empereurs français.
En 1536, envahit le duché de Savoie, contre l'avis de Montmorency, revendiquant les terres du duché mais aussi pour faire pression sur Charles Quint pour qu'il lui rende Milan. Celui-ci envahit la Provence depuis l'Italie du Nord en représailles. François nomme Montmorency, qui avait alors pris sa retraite de la cour, lieutenant général dans le sud-est de la France. Il mène la défense de la Provence en utilisant la tactique de la terre brûlée. Montmorency évacue Aix-en-Provence et concentre ses forces près d'Avignon. Au début de l'automne, Charles Quint est contraint de retirer son armée à Gênes et de lever le siège de Marseille.
Montmorency rejoint le roi en Picardie et, à la fin de la campagne des Pays-Bas, marche pour relever Turin. Il dirige les troupes françaises en 1537 lorsqu'elles attaquent l'Artois aux Pays-Bas et capturent de nombreuses villes avant la trêve de dix ans. Le , le roi le nomme connétable de France, alors la plus haute distinction : son porteur a la charge du commandement général des armées en l'absence du roi et, en tout lieu, le connétable représente le roi et porte son épée.
Malgré ses nombreux succès militaires, Anne de Montmorency défend la paix, contre l'attitude dominante de la cour. Il renouvelle les négociations avec le Saint Empire romain germanique et encourage le pape à créer un arrangement. Il profite de son crédit auprès du roi pour amener les entrevues de à Nice avec et à Aigues-Mortes avec l'empereur. Il réussit à y faire se rencontrer les deux rois en . Selon l'accord qu'il a négocié, François s'attend à ce que Charles Quint lui rétrocède le Milanais en signe d'alliance, mais Charles Quint en fait don à son fils, offrant le titre de duc de Milan à son fils Philippe.
Cette position le fait entrer en conflit avec Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, favorite du roi. Lorsque renonce à cette politique pacifique en 1541, Anne de Montmorency tombe en disgrâce. Le conflit politique avec le parti de la favorite se double d'une animosité privée qui renforce la haine d'Anne de Pisseleu. En effet, le connétable, qui a la réputation d'être pudibond, volontiers moralisateur, a eu une liaison, brève mais intense, sans doute honteuse, avec une dame de la suite d'Anne de Pisseleu, Mademoiselle de Saint-Gilles. De cette liaison est née une fille, Anne (1539-1570), que le connétable refuse de reconnaître. Depuis lors Anne de Pisseleu œuvre à la disgrâce d'Anne de Montmorency.
À la suite de cet échec diplomatique, Montmorency perd les faveurs de la cour. se tourne vers ses rivaux, le cardinal de Tournon, Claude d'Annebault et sa maîtresse Anne de Pisseleu. Montmorency se retire de la cour en . Le , François abolit tous les gouvernorats, interdisant à ses sujets de tenir compte des ordres de leurs anciens gouverneurs. Dans les semaines suivantes, il crée de nouvelles commissions pour tous les autres ex-gouverneurs sauf Montmorency : il est donc évident qu'il s'agit une méthode détournée pour le relever spécifiquement de ses titres. Montmorency continue à entretenir une correspondance avec le prince Henri. Jusqu'à la mort de , le , le Connétable ne reparait plus à la cour.
vignette|Lettre de Montmorency demandant des renforts au duc de Vendôme contre Charles Quint, . Archives nationales. Anne de Montmorency ne revient à la vie publique qu'à l'avènement d' en . qui succède à , appelle le connétable son compère (Anne de Montmorency est pour ainsi dire un père pour lui, tant il a été proche de ). lui rend toutes ses anciennes charges et renvoie la duchesse d'Étampes et ses partisans ; sa puissance est partagée toutefois avec les Guise. L'affrontement entre les Guise et les Montmorency ne fera que s'aggraver au cours du règne d'.
En 1548, Anne de Montmorency écrase les insurrections dans le sud-ouest, réprimant durement la jacquerie des Pitauds à Bordeaux due à la tentative d’application de la gabelle, l’impôt sur le sel : malgré la reddition de la ville, il fait exécuter cent bourgeois et magistratsHistoire physique, civile et morale des environs de Paris, Jacques-Antoine Dulaure, Jules Léonard Belin, 1858.
De 1549 à 1550, Montmorency mène la guerre dans le Boulonnais, négociant le traité de reddition de Boulogne le . En récompense, le roi le crée duc et pair de France et en 1551, sa baronnie est élargie en duché. Il ne peut empêcher les Guise de provoquer une rupture avec Charles Quint, puis avec . En 1552, ses armées combattent dans le nord-est lorsque l'armée française s'empare de Metz, Toul et Verdun au début du « Voyage d'Allemagne ».
Vaincu par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie (1528-1580), commandant en chef de l'armée impériale du roi d'Espagne, , à la bataille de Saint-Quentin le , il est fait prisonnier par les forces espagnoles des Habsbourg : pour obtenir sa libération, il contribue à la signature des traités du Cateau-Cambrésis les 2 et qui mettent un terme au conflit entre la France d'un côté, l'Espagne, les États de Savoie et l'Angleterre de l'autre.
À partir de 1551, il tient également la charge de gouverneur de Caen.
À cette période, les Guise l'ont supplanté et le roi , âgé de , le traite avec indifférence. Montmorency doit céder son statut de Grand Maître au duc de Guise. Cependant, son fils est nommé maréchal à titre d'indemnité. Il se retire de lui-même dans ses terres.
Guerres de religion À l'avènement de en 1560, Anne de Montmorency reprend ses fonctions à la cour. Cependant, lorsque son neveu protestant et le chancelier humaniste Michel de L'Hospital affirment leur influence sur la régence du jeune roi, Montmorency, résolument catholique, quitte la cour. Pendant les guerres de religion, en , il s'allie à François de Guise, son ancien ennemi, et à Jacques d'Albon de Saint-André pour former l'équipe dirigeante du parti des zélés pendant la première guerre de religion, un « triumvirat » catholique, pour défendre le catholicisme.
Montmorency est un commandant militaire de premier plan dans les guerres de religion. Le , Catherine de Médicis préoccupée par la montée de l'influence huguenote, convoque le « triumvirat ». Montmorency adresse une pétition au nonce apostolique pour de l'argent et des troupes, bien que sur l'insistance de Catherine, le « triumvirat » écrive à , faisant appel au soutien militaire espagnol. En , Montmorency et l'armée catholique du « triumvirat » sont près de Jargeau face à l'armée huguenote de . Après quelques manœuvres stratégiques des armées catholiques et huguenotes autour d'Orléans et de Blois, des escarmouches mineures éclatent pendant que Montmorency s'engage dans des négociations trompeuses. Lors de la bataille de Dreux le , la seule grande bataille de la guerre, il est capturé tôt lorsque la cavalerie qu'il commande est mise en déroute. Les soldats de Montmorency remportent finalement la bataille qui est l'une des plus sanglantes du .
Emprisonné à Orléans sous la garde de son neveu François de Coligny d'Andelot, il se rapproche après la paix de du frère d'Andelot, , après avoir contribué à la signature de la paix d'Amboise le .
Même au plus fort des guerres de religion, et investi militairement du côté catholique, il sauve de l'exécution plusieurs artistes protestants en obtenant leur grâce auprès du Roi.
Montmorency dirige par la suite le siège du Havre (1562-1563) contre les Anglais, mais repousse toute intervention aux Pays-Bas.
Mort vignette|Gisant d'Anne de Montmorency, actuellement conservé au Louvre.