OpenBSD est un système d'exploitation libre de type Unix, dérivé de 4.4BSD. Créé en 1994 par Theo de Raadt, il est issu de la séparation avec NetBSD, le plus ancien des trois autres principaux systèmes d'exploitation de la famille des BSD aujourd'hui en activité. Trois décennies plus tard, en 2024, est annoncé qu'OpenBSD n'utilise plus aucune brique de NetBSD. Le projet OpenBSD est réputé pour son intransigeance sur la liberté du logiciel et du code source, la qualité de sa documentation, et l'importance accordée à la sécurité et la cryptographie intégrée.

OpenBSD inclut un certain nombre de mesures de sécurité absentes ou optionnelles dans d'autres systèmes d'exploitation. Ses développeurs ont pour tradition de réaliser des audits de code à la recherche de problèmes de sécurité et de bogues. Le projet suit des politiques strictes sur les licences et préfère sa propre licence open source ISC et autres variantes de la licence BSD : dans le passé, ceci a conduit à un audit exhaustif des licences et des remplacements, voire des suppressions de codes sous licences considérées comme moins acceptables.

À l'instar de la plupart des systèmes d'exploitation basés sur BSD, le noyau d'OpenBSD et ses programmes utilisateurs, tels que le shell et les outils habituels comme cat et ps, sont développés dans un seul et même dépôt de sources géré avec CVS. Les logiciels tiers sont fournis sous forme de paquets binaires ou peuvent être compilés depuis leurs sources grâce à la collection des « ports ».

Le projet est coordonné par Theo de Raadt de sa maison à Calgary (Alberta), et la mascotte du projet est Puffy, un diodon. thumb|right|Développeurs d'OpenBSD au MIT lors du c2k1 hackaton, en juin 2001

Histoire Theo de Raadt était le cofondateur de NetBSD, et membre de l'équipe de développement. En 1994, l'équipe lui demanda de démissionner et son accès au dépôt des sources CVS fut révoqué. Les raisons de cette éviction restent incertaines à ce jour, mais plusieurs autres membres de l'équipe de NetBSD ont évoqué des problèmes de relations avec de Raadt. Il lui était notamment reproché d'être désagréable avec les utilisateurs en employant un ton agressif sur les listes de discussion de NetBSD.

La personnalité de Theo de Raadt Aux dires de nombreuses autres personnalités du logiciel libre, dont Linus Torvalds, celle de Theo de Raadt est réputée comme étant franche et difficile. Ses prises de positions tranchées sont source de conflits, et sont parfois considérées comme blessantes. De Raadt déclarait ceci à propos du système d'exploitation GNU/Linux dans une interview au journal Forbes :

Bien que sa personnalité laisse rarement indifférent, la plupart des commentateurs s'accordent à reconnaître en Theo de Raadt un programmeur talentueux et un gourou de la sécurité. Sa spontanéité, que certains apprécient, s'est illustrée dans ce conflit avec l'équipe de NetBSD, dont la plupart des membres gardent encore aujourd'hui le silence sur cet épisode in .. À l'inverse, Theo de Raadt a répondu à toutes les questions qui lui ont été posées et a mis à disposition les courriels échangés et les logs des salons de discussion avec l'équipe de NetBSD.

Une démission contrainte Theo de Raadt ne fut pas exclu d'emblée du projet NetBSD. Le dépôt CVS de ce projet nécessite différents niveaux de droits en lecture et en écriture. En tant que cofondateur et deuxième contributeur le plus actif, de Raadt disposait d'un accès en lecture et écriture sur la base du système. L'équipe de NetBSD lui retira alors la possibilité d'envoyer directement des modifications dans le dépôt, et de rendre ces changements permanents. De Raadt était alors contraint d'envoyer chacune de ses contributions par courriel à un membre de l'équipe pour examen.

De Raadt considéra cette mesure comme abusive et essaya vainement de recouvrer un plein accès au dépôt CVS de NetBSD. L'équipe de développement voulant s'assurer que ses contributions seraient « positives », elle proposa à de Raadt plusieurs solutions parmi lesquelles une lettre à signer, résumant les conditions, les droits et les devoirs de Raadt. Après plusieurs mois de disputes sur les listes de discussion du projet, de Raadt démissionna officiellement et créa en 1994 le système d'exploitation OpenBSD d'après la version 1.0 de NetBSD, comme l'en autorisait la licence.

La création d'OpenBSD Après la création d'OpenBSD, chaque projet essaya d'attirer à lui des développeurs. Deux camps quasi hermétiques se formèrent rapidement, et plusieurs développeurs de NetBSD suivirent de Raadt. Ce dernier s'aperçut qu'un certain nombre de courriels et de lettres publiées sur son site web personnel avaient disparu. Bien qu'il refusa formellement d'incriminer des membres de l'équipe de NetBSD, Theo de Raadt décida d'examiner la sécurité de NetBSD, qu'il jugea déficiente.

Peu après la création d'OpenBSD, Theo de Raadt fut contacté par Secure Networks inc. (ou SNI), une société locale de logiciels de sécurité qui développait un outil d'audit de la sécurité réseau nommé Ballista (renommé en Cybercop Scanner après le rachat de SNI par Network Associates), destiné à trouver et à essayer d'exploiter les possibles failles de sécurité d'un logiciel. Ceci coïncida avec l'intérêt propre de De Raadt dans la sécurité : les deux parties décidèrent ainsi de coopérer, dans une relation particulièrement bénéfique qui conduisit à la publication d'OpenBSD 2.3.

La sécurité et l'audit du code Pour plus de détails sur cette section, reportez-vous à la page .

Cette coopération permit également au projet de se concentrer sur un point précis : les développeurs OpenBSD devraient essayer de faire ce qui est correct, propre et sécurisé, même au détriment de la facilité d'utilisation, de la vitesse ou des fonctionnalités. Les failles d'OpenBSD devenant plus difficilement détectables et exploitables, l'entreprise de sécurité statua que l'audit de code était devenu trop difficile et peu rentable. Après des années de coopération, les deux parties s'accordèrent à penser que leurs objectifs communs avaient été atteints et se séparèrent.

L'argument du faible nombre de failles exploitables à distance Jusqu'en juin 2002, le site web d'OpenBSD affichait le slogan suivant :

En , Mark Dow de la société Internet Security Systems découvrit une faille dans le code d'OpenSSH qui implémentait l'authentification par question. Ce fut la première vulnérabilité découverte dans l'installation par défaut d'OpenBSD qui permet à un attaquant d'accéder à distance au compte superutilisateur. L'usage répandu d'OpenSSH à ce moment était à l'origine de la gravité de la faille, qui affectait un nombre considérable d'autres systèmes d'exploitation. Ce problème nécessita l'ajustement du slogan du site web d'OpenBSD :

Cette affirmation a été critiquée du fait du peu de logiciels activés dans l'installation par défaut d'OpenBSD, et du fait également que des failles distantes avaient été découvertes après la publication d'une version. Toutefois, le projet insiste sur le fait que le slogan fait référence à l'installation par défaut, et qu'il est donc correct à ce niveau. Une des idées fondamentales sous-jacentes à OpenBSD est de concevoir un système simple, propre et sécurisé par défaut. Par exemple, les réglages minimaux par défaut correspondent à la pratique standard en sécurité informatique qui consiste à activer aussi peu de services que possible sur les systèmes en production, et le projet pratique des audits de codes considérés comme étant des éléments importants de la sécurité d'un système.

En , la découverte d'une nouvelle faille dans OpenBSDOpenBSD's IPv6 mbuf's remote kernel buffer overflow (13 mars 2007), se situant dans la pile IPv6, nécessita le remplacement du slogan par :

À la sortie de la 4.5 le , le compte des années est retiré :

Les principales fonctionnalités de sécurité OpenBSD inclut un grand nombre de fonctionnalités spécifiques destinées à améliorer la sécurité, notamment : des modifications des API et des toolchains, tels que les fonctions strlcpy et strlcat, et une vérification des static bounds ; des techniques de protection de la mémoire pour empêcher les accès invalides, tels que ProPolice, StackGhost, et des fonctionnalités de protection des pages mémoires W^X (W xor X), et des modifications de malloc ; des fonctionnalités de cryptographie et de génération de nombres aléatoires, notamment par des améliorations de la couche réseau et l'ajout de l'algorithme Blowfish pour le chiffrement des mots de passe.

La gestion des privilèges Pour réduire le risque d'une vulnérabilité ou d'une mauvaise configuration permettant l'usurpation de privilèges, certains programmes ont été écrits ou adaptés pour utiliser la séparation des privilèges, la révocation des privilèges ou la mise en cage (chroot).

La séparation des privilèges est une technique, pionnière sur OpenBSD et inspirée du principe du moindre privilège, dans lequel un programme est divisé en deux ou plusieurs parties, dont l'une effectue les opérations privilégiées, et l'autre — presque toujours le reste du code — fonctionne sans privilège. La révocation des privilèges est similaire et implique qu'un programme réalise toutes les opérations nécessaires avec les privilèges avec lesquels il a été lancé, puis qu'il abandonne ces privilèges. La mise en cage implique de restreindre l'environnement d'exécution d'un programme à une partie du système de fichiers, l'interdisant ainsi d'accéder à des zones qui contiennent des fichiers systèmes ou privés.

Les développeurs ont appliqué ces fonctionnalités aux versions OpenBSD des applications communes, notamment tcpdump et le serveur web Apache, lequel n'est qu'une version 1.3 lourdement modifiée en raison de problèmes de licences avec la série Apache 2.

Audits de code Le projet suit une politique d'audit permanent du code à la recherche de problèmes de sécurité, un travail que le développeur Marc Espie décrit comme « jamais terminé […] plus une question de processus que de recherche d'un bug spécifique. » Ce dernier a d'ailleurs produit une liste de plusieurs étapes typiques à suivre lorsqu'un bug est détecté, notamment l'examen complet des sources à la recherche de problèmes identiques et similaires, « [en] essayant de déterminer si la documentation nécessite d'être amendée », et en enquêtant pour savoir « s'il est possible d'améliorer le compilateur pour produire des avertissements sur ce problème spécifique. » À l'instar de DragonFly BSD, OpenBSD est l'un des deux systèmes d'exploitation libres dont la politique est de rechercher du code C au format classique pre-ANSI, et de le convertir en son équivalent moderne ANSI. Ceci ne doit pas impliquer des changements de fonctionnalités et n'est réalisé qu'à des fins de lisibilité et de cohérence. Un standard de style, le Kernel Normal Form, qui dicte quelle doit être la forme du code pour faciliter sa maintenance et sa compréhension, doit être appliqué à tout code avant qu'il ne puisse être inclus dans le système d'exploitation de base. Le code existant est sans cesse mis à jour pour correspondre à ces conventions de style.

Plates-formes supportées et compatibilité OpenBSD fonctionne ou a fonctionné sur 34 plates-formes matérielles différentes : 14 plates-formes matérielles prises en charge officiellement : alpha, systèmes basés sur Digital Alpha ; amd64, processeurs AMD de la famille Athlon-64 en mode 64-bit ; arm64, systèmes ARM 64-bit comme Raspberry PI 3/4, Pine64, Pinebook Pro ; armv7, basé sur les cartes ARM, comme BeagleBone, BeagleBoard, PandaBoard ES, Cubox-i, SABRE Lite, Nitrogen6x et Wandboard ; hppa, systèmes Hewlett-Packard Precision Architecture (PA-RISC) ; i386, PC standards et clones basés sur les architectures Intel i386 et les processeurs compatibles ; landisk, systèmes Landisk IO-DATA (comme le USL-5P) à base de processeur SH4 ; Loongson, systèmes basés sur le Loongson 2E- et 2F-, comme le Lemote Fuloong et Yeeloong, Gdium Liberty, etc ;