Les relations entre la Pologne et la Russie (, ) désignent les relations politiques, économiques, militaires et culturelles se déroulant entre la Pologne et la Russie. Malgré une appartenance commune à la sphère culturelle slave, les relations entre les deux pays se caractérisent par des tensions fréquentes.
À la suite de l'annexion de la Crimée par la Russie en , une majorité de Polonais craignent un conflit futur avec la Russie, du fait de la proximité de l'enclave russe de KaliningradSamuel Osborne. Russia could invade Poland "overnight" – The Independence .
Histoire
Le royaume de Pologne et la Rus' de Kiev Un des premiers événements connus de l’histoire des relations entre la Rus' et la Pologne remonte à 981, lorsque le grand-prince de Kiev, Vladimir , s’empare des Villes tchervènes au détriment du duché de Pologne. À cette époque, les relations entre les deux entités restaient généralement proches et cordiales, car il n’y avait pas encore eu de guerres sérieuses entre elles.
En 966, la christianisation de la Pologne s’effectue depuis Rome, tandis que la Rus' de Kiev — considérée comme l’ancêtre de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie — fut christianisée depuis Constantinople. En 1054, le schisme sépara officiellement l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, ce qui accentua la distance religieuse entre les Polonais et les Slaves orientaux..
En 1018, Sviatopolk le Maudit, qui avait fui Kiev, demanda l’aide du roi de Pologne Boleslas le Vaillant.. Celui-ci vainquit Iaroslav le Sage lors de la . La campagne de Kiev de Boleslas Ier s’acheva par la prise de la ville, mais Boleslas, au lieu de remettre le pouvoir à Sviatopolk, commença à gouverner lui-même à Kiev. En réaction, les habitants se soulevèrent et commencèrent à « battre les Polonais ». Boleslas s’enfuit en emportant le trésor, ainsi que les sœurs d’Iaroslav. Les Villes tchervènes furent rendues à la Pologne, avant d’être de nouveau conquises en 1030–1031 par Iaroslav et son frère Mstislav le Brave.
Un épisode similaire eut lieu en 1069, lorsque le grand-duc Iziaslav se réfugia en Pologne auprès de son neveu Boleslas II le Généreux. Celui-ci mena une expédition à Kiev et intervint dans le conflit dynastique en faveur d’Iziaslav. Selon une légende, l’épée de couronnement des rois de Pologne, utilisée lors du couronnement des rois de Pologne, aurait été ébréchée lorsque Boleslas ou Boleslas II s'en servit pour frapper la Porte dorée de Kiev. Toutefois, cette version est jugée invraisemblable, car la Porte dorée fut construite dans les années 1030, et les datations au carbone 14 de l’épée indiquent qu’elle n’aurait pas été forgée avant la seconde moitié du .
Parallèlement, la Rus' de Kiev et la Pologne connurent aussi de longues périodes de coexistence pacifique (par exemple, sous le règne de Vladimir après 981) et d’alliances militaires. Ainsi, en 1042, le roi de Pologne Casimir le Restaurateur conclut une alliance avec Iaroslav le Sage, épousant sa sœur Maria Dobroniega.
En 1074, selon la chronique, une paix avec Boleslas II fut signée à Souteïsk par le prince de Smolensk, Vladimir II Monomaque, et en 1076, celui-ci, avec le prince de Volhynie Oleg Sviatoslavitch, apporta une aide militaire aux Polonais dans une campagne contre les Tchèques.
Le grand-prince de Kiev Sviatopolk II fit également la paix avec le roi de Pologne Boleslas III Bouche-Torse, lequel épousa en 1103 sa fille Sbysława. Lorsque le conflit éclata entre Boleslas III et son frère Zbigniew, les troupes de la Rus' intervinrent en faveur du roi et contraignirent Zbigniew à reconnaître son autorité.
La République des Deux Nations et la Moscovie
vignette|Capitulation de la garnison russe à Smolensk devant Ladislas IV Vasa en 1634 Les relations entre le royaume de Pologne et la Moscovie se caractérisent par des tensions dès le , quand le grand-duché de Lituanie entraîne le royaume de Pologne dans une guerre contre la Moscovie. L'historien polonais Andrzej Nowak note que si des contacts occasionnels entre Polonais et Russes ont pu avoir lieu, la nouvelle union de la Pologne et de la Lituanie voit la Pologne catholique et la Russie orthodoxe s'engager dans une « compétition politique, stratégique et civilisationnelle en Europe centrale et orientale »Andrzej Nowak, The Russo-Polish Historical Confrontation, Sarmatian Review, January 1997 Issue. Malgré des tentatives d'alliance sporadiques entre le nouvel État polono-lituanien et la Moscovie, dont plusieurs tentatives d'accession des tsars au trône polonais pour créer la république polono-lithuano-moscovite, toutes ont échoué. À la place, des guerres se manifestent.
Guerre polono-russe (1605-1618)
Lors de la guerre polono-russe, les forces polonaises s'emparent de Moscou – un événement-clé dans la définition des relations futures entre les deux paysPeter Cheremushkin, "Russian-Polish relations: A long way from stereotype to reconciliation", Intermarium, vol. 5, no. 3. (2003), School of International and Public Affairs (Columbia University), Columbia University..
Guerre russo-polonaise (1654-1667)
Par la suite, le tsarat de Russie prend l'ascendant sur une république des deux Nations vieillissante, s'empare de territoires disputés et à la suite de la guerre russo-polonaise (1654-1667), étend son territoire vers l'Ouest. Moscou apporte son soutien au Déluge. Au début du , l'anarchie croissante au sein de la république des deux Nations permet à Moscou de renforcer son influence dans les affaires intérieures polonaises, tant sur les plans politiques que militaires.
Au milieu du , l'influence des ambassadeurs russes en Pologne peut être comparée à celle des vice-rois coloniaux et la république des deux Nations est perçue par les Russes comme un protectorat.
Partages de la Pologne
Avec l'échec de la Confédération de Bar qui tente de s'opposer à l'ingérence de la Russie, le premier partage de la Pologne intervient en 1772 ; trois partages de la Pologne, amenant de facto à la disparition du pays en 1795. Comme le souligne Andrzej Nowak, l'émergence des Lumières donna de nouveaux arguments favorables à l'interventionnisme russe. La Pologne est présentée par la Russie comme un pays dangereux, en proie à l'anarchie : ses idées catholiques et démocratiques sont perçues comme vectrices d'instabilité, la Pologne doit donc être mise sous tutelle de ses voisins, jugés plus stables.
Pendant les suivantes, une grande partie des anciens territoires polonais et de leurs habitants deviennent sujets de l'Empire russe. Plusieurs soulèvements ont lieu, dont l'insurrection de Novembre (1830) et l'insurrection de Janvier 1863 (1861-1864), qui tentent de reconquérir l'indépendance polonaise, de contrer la russification du pays et d'empêcher Moscou d'effacer toute trace culturelle polonaise. La Pologne ne recouvre son indépendance qu'après la Première Guerre mondiale.
La deuxième république de Pologne et l'Union soviétique
Dès le recouvrement de son indépendance en 1918, la seconde république de Pologne fait face à la nouvelle Russie bolchévique. La guerre soviéto-polonaise se conclut par une victoire de la Pologne, empêchant Lénine d'envoyer l'Armée rouge vers l'Ouest pour étendre la révolution communiste.
Pendant l'entre-deux-guerres, la Pologne est perçue par l'Union soviétique comme une ennemie. L'URSS soutient des activités de déstabilisation du Parti communiste de Pologne, du Parti communiste de Biélorussie occidentale, et du Parti communiste d'Ukraine occidentale. En URSS, le NKVD exécute Polonais pendant l'opération polonaise du NKVD (1937–38) et déporte de nombreuses familles polonaises vers le Kazakhstan.
En 1938, alors que l'Allemagne nazie s’apprête à envahir la région des Sudètes (Tchécoslovaquie), l'Armée rouge mobilise des forces considérables afin d'intervenir, à condition que la France s'associe à l'opération, en soutien à la Tchécoslovaquie. Toutefois, malgré ses bons rapports avec la France, le gouvernement polonais refuse le passage des forces soviétiques sur son territoire.
Invasion soviétique de la Pologne
En 1939, le pacte germano-soviétique permet au Troisième Reich et à l'Union soviétique d'envahir la Pologne faisant disparaitre la frontière entre la Pologne et l'URSS et de la diviser. Les années qui suivent sont marquées par une répression sévère de l'URSS envers les citoyens polonais.
Massacre de Katyń
Le , le sort de 25 700 prisonniers de guerre polonais transférés en Russie est scellé par Staline : ils sont exécutés dans le plus grand secret, un crime de guerre connu sous le nom de massacre de Katyń (dont l'URSS fera porter la responsabilité à l'Allemagne nazie jusqu'en 1991) pour décapiter toute résurgence du nationalisme polonais et également éliminé toutes les personnes dangereuses pour le système soviétique.
En 1941 puis à partir d', dans la forêt de Katyn, les forces allemandes découvrent plusieurs charniers composés de , rapidement identifiés comme des officiers polonais exécutés.. Moscou rejette toute implication. Toutefois, la Croix Rouge arrive à la conclusion après examen approfondi des corps, que les exécutions ont été commises en avril et , au moment où les forces Soviétiques occupaient la région.
L'événement aura de lourdes conséquences sur la relation polono-soviétique.
Insurrection de Varsovie
En 1944, l'Armia Krajowa organise une insurrection dans la capitale, Varsovie, pour se coordonner avec l'Armée rouge, qui se rapproche.
Sur ordre de Staline, celle-ci s'arrête aux limites de la ville et n'intervient pas, dans le but de casser le mouvement de résistance nationale polonais et placer ses propres hommes poursuivant en réalité sa stratégie de reconstituer l'ancien empire tsariste. En outre, l'URSS n'autorise pas les Alliés à utiliser les aéroports environnants pour larguer du matériel aux insurgés. Cela permit aux forces allemandes de briser la résistance et d'anéantir la ville, causant la mort de nombreux civils, avec une estimation allant de à morts. Les circonstances tragiques entourant la libération de Varsovie renforceront les tensions entre Russes et Polonais.
Le 2 Octobre 1944, personnes civiles et insurgés se rendent après morts dans la résistance polonaise et civils tués. La prolongation des combats a permis à Staline, par sa duplicité, de saigner davantage l'armée allemande et d'affaiblir une résistance polonaise hostile à tout contrôle de la part de l'URSS et qui garde en mémoire les conséquences du pacte Germano soviétique de 1939.
À la conférence de Yalta en 1945, Staline présente aux Alliés l'occupation de la Pologne comme un fait accompli. Ses forces militaires occupent le pays, ses agents contrôlent l'administration. L'URSS absorbe les territoires occupés entre 1939 et 1941. Staline est déterminé à faire de la Pologne un État fantoche contrôlé par les soviétiques. Les liens avec le gouvernement polonais en exil ont été rompus en 1943, mais pour donner des garanties à Roosevelt et Churchill, le chef de l'URSS accepte qu'un gouvernement de coalition soit formé. De nombreux Polonais furent tués ou déportés en Union soviétique.
En 1946, Staline malgré ses promesses faites à Yalta, refuse la tenue d'élections libres et met en place, dans tous les pays d'Europe Centrale et Orientale conquis par l'Armée rouge, au premier desquels se trouve la Pologne, des Républiques Populaires, qui sont en réalité des décalques du système autoritaire soviétique sans marge de manœuvre possible.
République populaire de Pologne et l'Union soviétique