Rolf le Marcheur, fréquemment latinisé en Rollon (ou plus rarement le Riche), né en Scandinavie vers 846 et mort à Rouen vers 932, est un seigneur viking. Le qualificatif « le Marcheur » viendrait du fait que, en raison de sa haute taille et de sa corpulence robuste, aucun cheval ne pouvait le supporter ; il était donc contraint de se déplacer à pied.

Banni de Norvège par le roi Harald à la Belle Chevelure, il cherche fortune et pille le littoral de la Frise, de l'Austrasie puis de la Neustrie. Il participe sans doute, comme chef subalterne, au siège de Paris entre 885 et 887.

Devenu jarl des Normands de la Seine et comte de Rouen, à la suite du traité de Saint-Clair-sur-Epte conclu avec le roi des Francs en 911, Rollon participe à la première vague d'expansion de son territoire, qui constituera, plus tard, le duché de Normandie. Considéré également comme le premier duc de Normandie, il est à l'origine des Rollonides.

Il est assez difficile de fixer la trame de la vie de Rollon, car elle est l'objet de récits légendaires, voire hagiographiques.

Noms et surnoms de Rollon Rollon Généalogie de Rollon sur le site Medieval Lands. (Rollo en latin., Hrólfr en vieux norrois) est parfois appelé le Riche, Robert étant le nom qu'il reçut à son baptême. Les textes médiévaux le nomment volontiers Rhou ou RouRené Lepelley, Guillaume le duc, Guillaume le roi : extrait du roman de Rou de Wace, Centre de publications de l'université de Caen, 1987, .. La forme Rou résulte de l'évolution phonétique régulière de Hrólfr en dialecte normand, selon le schéma suivant : Hrólfr > Rolf > Rouf ( les noms de famille normands en -ouf) > Rou (voir également Osouf, variante Auzou ou Ingouf, variante Ygout). En effet, atteint par la vocalisation du [l] antéconsonantique, Rolf est rapidement devenu Rouf (Roufs au cas sujet et Rouf au cas régime). D'où par chute du [f] comme dans bœufs (où f est rétabli artificiellement dans la graphie par la suite) : Rous (CS) et par analogie Rou (CR) comme on le constate dans la Chronique des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure, Wace par contre, n'utilise que la forme Rou. Selon Adigard des Gautries, Hrólfr résulte de la combinaison et de la contraction de hróð et ulfr, signifiant respectivement « renommée, gloire » et « loup »Jean Adigard des Gautries, Les Noms de personnes scandinaves en Normandie de 911 à 1066, Lund, 1954., les formes *Hróðolfr et *Hróolfr étant reconstruites.. Une autre option fait de Rolf une forme contractée de Rollef, version modernisée de HróðlæifR., forme reprise par un historien suédois à propos de Rollon..

On trouve aussi une variante à partir du nom équivalent issu du germanique continental latinisé Rodulfus (Rodolphe), et une autre variante latinisée Radulfus (Ralf, Ralph), d'où son autre nom de Raoul, généralement prononcé [ro] en Normandie.

En outre, Rollon est aussi affublé du sobriquet Göngu-Hrólfr dans le Livre de la colonisation (vieux norrois Landnámabók) écrit entre 1100 et 1125 en Islande et Gongurolfr « Rolf le marcheur » dans l'Histoire de Norvège rédigée vers 1200 en Norvège, car la légende raconte qu'aucune monture n'a jamais été capable de porter son imposante stature de plus de deux mètres pour plus de cent quarante kilogrammes. Pour d'autres, cette légende devait montrer Rollon comme un géant puisqu'il était puissant et redoutable. De son côté, Régis Boyer avance que ce surnom fait référence à ses multiples voyages, à son extraordinaire périple (göngu représenterait en fait göngumaðr, à savoir « le vagabond »).. Cependant, ce sobriquet de göngu n'a laissé aucune trace dans l'historiographie normande et française souvent antérieure aux écrits islandais et norvégiens, aussi bien chez Dudon de Saint-Quentin et Benoît de Sainte-Maure que chez Orderic Vital et Wace..

Biographie

Origine vignette|Le périple de Rollon. Rollon serait né dans les années 850 ou 860, puisqu'il est un contemporain du roi Harald à la Belle Chevelure.. Cependant, ses origines sont incertaines. L'historien Lucien Musset fait remarquer que « le succès de sa dynastie (Rollon est à l'origine de la lignée des ducs de Normandie) a créé autour de lui un halo de légendes »Lucien Musset, « Naissance de la Normandie » dans Michel de Boüard (dir.), Histoire de la Normandie, 1970.. De plus, les sources qui évoquent ce personnage sont presque toutes tardives.

Les textes les plus anciens, à savoir ceux de tradition normande, en particulier Dudon de Saint-Quentin (début ) avec son Histoire des Normands, font de Rollon un « Dace » né en « Dacie », rectifié en Danois et Danemark par Guillaume de Jumièges (). Un temps mis en doute par les historiens, les écrits de Dudon sont aujourd'hui soumis à une relecture moins critique, car il tient ses informations directement des descendants de Rollon, à savoir Richard Sans Peur et son fils . Cependant, sur ce point, les connaissances géographiques de Dudon sont estimées faibles, et sa volonté de donner des ascendances nobles voire légendaires à Rollon lui fait probablement confondre Daci (descendants des Troyens) et Dani, terme désignant les scandinaves en général, pas seulement les Danois.

À la suite de ces deux premiers auteurs, Orderic Vital, Wace et Benoît de Sainte-Maure donnent tous une origine danoise à Rollon. En revanche, les sources danoises contemporaines, dont La geste des Danois de Saxo Grammaticus (), passent sous silence l'existence de Rollon. Si Dudon n'évoque pas le père de Rollon, Richer de Reims au contraire en fait le fils d'un certain Ketill (Irruperant enim duce Rollone filio Catilli intra Neustriam repentini)Richer de Reims, Histoire, , 28. Il pourrait s'agir du chef viking Ketil., il lui donne même un frère, Gurim, possible adaptation du nom scandinave Gorm (vieux norrois Gormr / GórmR).

Des sagas islandaises dès le le présentent plutôt comme un Norvégien. Il s'agit notamment du Livre de la colonisation qui indique que Göngu-Hrólfr, fils de Rögnvaldr, jarl de Möre dans le centre-ouest de la Norvège, « conquit la Normandie »Georges Bernard Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands, et de leur établissement en France au dixième…. On trouve cependant des détails dans la saga des Orcadiens qui évoque la femme de ce Rögnvaldr, une certaine Ragnhildr, fille de Hrólfr nefja. Les ruines de son château se trouveraient dans la banlieue sud d'Ålesund. Comme beaucoup d'autres Scandinaves, il est finalement contraint à quitter son pays et à parcourir les mers. La Heimskringla, plus précisément la saga de Harald à la belle chevelure, rédigée par Snorri Sturluson, raconte qu'il est banni de Norvège par le roi surnommé à la belle chevelure pour s'être livré à des actes de pillage dans le paysHeimskringla, Histoire de Harald à la Belle Chevelure, traduction de François-Xavier Dillmann, , ..

Selon toute vraisemblance, il prend la tête d'une bande de Vikings, essentiellement des Danois et quelques Norvégiens, s'attaque principalement aux côtes de la mer du Nord et de la Manche. Dudon de Saint-Quentin, historien du début du , ajoute plusieurs détails, invérifiablesLe De moribus et actis primorum Normanniae ducum de Dudon de Saint Quentin est un long récit puisé dans la tradition orale ; ce qui lui vaut d'avoir été considéré par des critiques compétents comme peu fiable. Cependant, d'autres autorités comme Pierre Bauduin, François Neveux ou Pierre Bouet considèrent néanmoins, sans pour autant nier la présence de la légende, la valeur de cet ouvrage comme considérable pour l’histoire des Normands. : après son bannissement de Norvège, Rollon trouve refuge auprès du roi anglo-saxon AlstelmusCe roi est inconnu. Peut-être s'agit-il d'Alfred le Grand, qui vit à la même époque.. Ce dernier lui confie une petite troupe d'Angles, et le Viking part ainsi avec sa bande anglo-scandinave ravager la Frise et le littoral de l'Austrasie, à l'embouchure du Rhin et de l'Escaut.

Dudon de Saint-Quentin place l'arrivée de Rollon dans le royaume franc en 876, année d'une importante incursion viking sur la Seine.. Là encore, aucune preuve ne permet de vérifier cette affirmation. Aujourd'hui, plusieurs historiens, comme Jean Renaud ou Lucien Musset avant lui, doutent de l'exactitude de cette date, et proposent une datation plus tardive (890-905)Selon Dudon de Saint-Quentin, la date de 876 correspond à la rencontre entre Rollon et l'archevêque de Rouen Francon à Jumièges. Francon aurait traité avec le chef scandinave et l'aurait laissé entrer dans Rouen sans combat. Le spécialiste des Vikings, Jean Renaud, ne conteste pas la réalité de cet accord (l'épargnement de la ville et de sa population par les Vikings contre le droit de s'installer) mais préfère le placer plus tard. En effet, une interpolation tardive, faite par un moine de Limoges dans la Chronique d'Adémar de Chabannes, situe l'arrivée de Rollon dans l'estuaire de la Seine entre 896 et 900.. Pierre Bouet pense que Rollon était présent en Neustrie , car cela est nécessaire à son excellente connaissance des coutumes Franques, et pour nouer des relations étroites avec les familles aristocratiques, de manière à devenir un en 910..

L'installation de Rollon en Neustrie vignette|redresse|Statue de Rollon, à Rouen, par Arsène Letellier (jardins de l'Hôtel de Ville) qui a subi des dégradations à plusieurs reprises (index amputé, socle tagué, épée brisée)..

Premiers contacts avec la Neustrie En tous cas, quelle que soit la date, Rollon aborde la Francia par la Seine. Il y découvre la Neustrie, pillée régulièrement depuis 841 par les Vikings. Sa bande s'installe à l'embouchure du fleuve et de là, lance différents raids dans le royaume franc. Notre principale source, Dudon de Saint-Quentin, rapporte que Rollon participe au siège de Paris entre 885 et 887, défendu victorieusement par Eudes de France qui réussit à contre-attaquer....

Pendant le siège, Rollon part pour Bayeux vers 886. Battu par le roi breton Alain le Grand, il se serait replié pour hiverner à Noyon. Mais il revient à Bayeux un an plus tard, et cette fois ci s'empare de la ville et la détruit complètement. C'est à cette occasion qu'il capture Poppa de Bayeux qui devient sa concubine, puis sa femme more danico.. De cette union naitra la lignée des Ducs de Normandie, commençant avec Guillaume Ier de Normandie.

L'historien Pierre Bauduin défend la thèse d'une installation précoce de Rollon en Normandie, installation suffisamment longue pour que le chef viking noue des contacts avec les représentants du pouvoir carolingien et de l'Église. Rollon développe sûrement des alliances avec les autorités en place, de telle manière qu'au début des , il est un chef viking de premier ordre.

Le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911)

vignette|gauche|Le duché de Normandie entre 911 et 1050. Après 886/890, Rollon quitte la Neustrie probablement pour la Grande-Bretagne. C'est outre-mer que naît son fils Guillaume Longue-Épée. Il revient vers 898 (ou en 905Jacques Le Maho.) et conclut avec l'archevêque de Rouen le « pacte de Jumièges » afin d'épargner la ville de Rouen.. À l', il attaque Paris mais échoue. L'armée de Rollon assiège alors Chartres mais elle est défaite le . participe à la bataille qui libère Chartres, défendue par son évêque Jousseaume, du siège normand. Avec l'aide du marquis de Bourgogne Richard et d'Ebles comte de Poitiers, les Normands sont sévèrement battus, ce qui permet au roi de négocier avec Rollon la sédentarisation des Normands autour de Rouen. ; la légende prétend que GancelmeGancekme ou Jousseaume, deux graphies d'un même personnage., évêque de la ville, aurait fait partir Rollon en brandissant le voile de la Vierge Marie. Il faut surtout y voir l'intervention conjointe des grands aristocrates du royaume : Robert, duc des Francs et marquis de Neustrie ; Richard le Justicier, duc de Bourgogne et Manassès, comte de Dijon.