Georges Eugène Haussmann, communément appelé le baron Haussmann, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un haut fonctionnaire et homme politique français.

Préfet de la Seine de 1853 à 1870, il a dirigé les transformations de Paris sous le Second Empire en approfondissant le vaste plan de rénovation établi par la commission Siméon« Le Baron Haussmann tel qu'en lui-même », Alexandre Gady, Le Figaro Littéraire, 23 novembre 2000, , d'après les travaux de Pierre Caselle, cf. P. Casselle (éd.), Commission des embellissements de Paris : rapport à l'empereur Napoléon III rédigé par le comte Henri Siméon (décembre 1853), Paris : Rotonde de la Villette, 2000, 205 p., qui vise à poursuivre les travaux engagés par ses prédécesseurs à la préfecture de la Seine, Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau et Jean-Jacques Berger. Les transformations sont telles que l'on parle de bâtiments « haussmanniens » pour les nombreux édifices construits le long des larges avenues percées dans Paris sous sa houlette, les travaux réalisés ayant donné à l'ancien Paris médiéval le visage qu'on lui connaît aujourd'hui.

Biographie Famille et formation Georges Eugène Haussmann naît à Paris le au 55, rue du Faubourg-du-Roule, dans le quartier Beaujon.. Il est le fils de Nicolas-Valentin Haussmann (1787-1876), protestant, commissaire des guerres et intendant militaire de Napoléon , et d'Ève-Marie-Henriette-Caroline Dentzel. Par sa mère, il est le petit-fils du général et député de la Convention Georges Frédéric Dentzel, baron d'Empire, et, par son père, le petit-fils de Nicolas Haussmann (1760–1846), député de l'Assemblée législative et de la Convention, administrateur du département de Seine-et-Oise, commissaire aux armées.

À l'âge de deux ans, comme il fatigue sa mère, ses parents l'emmènent vivre à Chaville chez ses grands-parents paternels..

Il fait ses études au lycée Condorcet à Paris puis entame un cursus de droit tout en étant élève au conservatoire de musique de Paris.

Carrière De 1827 à 1830, il officie en tant que clerc de notaire dans l'étude de Maître Clausse à ParisRegistre destiné aux inscriptions des clercs de notaire du ressort de la Chambre séant à Paris, vol. IV, n° 5122 à 6813, MC/RC//4, Archives nationales de France.

Le , il est nommé secrétaire général de la préfecture de la Vienne, puis, le , sous-préfet d'Yssingeaux (Haute-Loire)Louis Passelaigue, Haussmann, sous-préfet d'Yssingeaux, Le Gonfanon , Argha 2012.. Il est successivement sous-préfet de Nérac en Lot-et-Garonne (le ), de Saint-Girons en Ariège (le ), de Blaye en Gironde (le ), conseiller de préfecture de la Gironde (1848), puis préfet du Var (le ), de l'Yonne () et de la Gironde ().

En poste à Nérac, il fréquente la bourgeoisie bordelaise, au sein de laquelle il rencontre Louise Octavie de Laharpe (1807–1890), protestante comme lui (son père est pasteur réformé selon l'acte de mariage), avec laquelle il se marie le à Bordeaux.. Ils ont deux filles : Henriette, qui épouse en 1860 Camille Dollfus, homme politique, et Valentine, qui épouse en 1865 le vicomte Maurice Pernety, chef de cabinet du préfet de la Seine, puis, après son divorce (1891), Georges Renouard (1843–1897), fils de Jules Renouard. Il a une autre fille, Eugénie (née en 1859), de sa relation avec l'actrice Francine Cellier (1839–1891), et descendanceNotamment le lieutenant-colonel Alain Le Gall du Tertre (1911–1955), Saint-Cyr promotion Mangin. Il est l'époux d'Edith Cremer (1912–2005), cofondatrice de l'ACAT - Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (1974)..

Sous l'administration d'Haussmann, les travaux et projets girondins ont été importants. De nombreuses lignes de chemin de fer ont été construites ainsi que des usines à Bègles. Les travaux de défense de la pointe de Grave ont été finalisés. Sur le plan social, il a mis en place un système d'allocations aux filles-mères indigentes pour les aider à élever leur enfant et encouragé l'installation de bureaux de bienfaisance. À Bordeaux, de nombreuses voies ont été percées, l'éclairage au gaz et l'adduction d'eau se sont améliorés, notamment grâce à un projet de construction de trois fontaines monumentales.

Présenté à Napoléon III par Victor de Persigny, ministre de l'Intérieur, il devient préfet de la Seine le , succédant ainsi à Jean-Jacques Berger, jusqu'en . En 1857, il devient sénateur et, vingt ans plus tard, député de la Corse.

Le , l'Empereur lui confie la mission d'assainir et embellir Paris.

La transformation de Paris

vignette|redresse| remettant au baron Haussmann le décret d'annexion à Paris des communes suburbaines (1860).

Au milieu du , le centre historique de Paris se présente à peu près sous le même aspect qu'au Moyen Âge : les rues y sont encore étroites, peu éclairées et insalubres.

Lors de son exil en Angleterre (1846–1848), Louis-Napoléon Bonaparte fut fortement impressionné par les quartiers ouest de Londres ; la reconstruction de la capitale anglaise à la suite du grand incendie de 1666 avait fait de cette ville une référence pour l'hygiène et l'urbanisme moderne. L'Empereur voulait faire de Paris une ville aussi prestigieuse que Londres : tel fut le point de départ de l'action du nouveau préfet.

Haussmann souhaitait instaurer une politique facilitant l'écoulement des flux, aussi bien de population, de marchandises que d'air et d'eau, convaincu par les théories hygiénistes héritées des Lumières et qui se sont diffusées à la suite de l'épidémie de choléra de 1832. Cette campagne fut intitulée « L'urbanisme hier et aujourd'hui. Et demain[...] ? », Jean-Claude Poutissou, dans Les Publications de l'AUEG..

Un autre objectif, politiquement moins défendu, était de prévenir d'éventuels soulèvements populaires, fréquents à Paris : après la Révolution de 1789, le peuple s'est soulevé notamment en juillet 1830 et en juin 1848. En démolissant et réorganisant le vieux centre de Paris, Haussmann a déstructuré les foyers de contestation : parce qu'éparpillée dans les nouveaux quartiers, on avait rendu plus difficile à la classe ouvrière d'organiser une insurrectionLettre de Haussmann à Persigny, 22 juin 1857, cité dans Georges-Eugène Haussmann, Monique Rauzy, Hatier, 200 ; voir aussi P. Casselle (éd.), Commission des embellissements de Paris : rapport à l'empereur Napoléon III rédigé par le comte Henri Siméon (décembre 1853), Paris : Rotonde de la Villette, 2000, 205 p..

Par ailleurs, Haussmann écrit à Napoléon III qu'il faut Louis Girard, Napoléon III, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1986, ..

Haussmann a l'obsession de la ligne droite, ce que l'on a appelé le « culte de l'axe » au ; pour cela, il est prêt à amputer des espaces verts comme le jardin du Luxembourg mais aussi à démolir certains bâtiments comme le marché des Innocents.

En dix-huit ans, des boulevards et avenues sont percés de la place du Trône (actuelle place de la Nation) à la place de l'Étoile, de la gare de l'Est à l'Observatoire. Les Champs-Élysées sont aménagés.

Dans le but d'améliorer l'hygiène, par une meilleure qualité de l'air, suivant les recommandations de son prédécesseur, le préfet Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau, il aménage un certain nombre de parcs et jardins : ainsi est créé un square dans chacun des quatre-vingts quartiers de Paris, ainsi que le parc Montsouris et le parc des Buttes-Chaumont.

D'autres espaces déjà existants sont aménagés. Ainsi, les Bois de Vincennes et de Boulogne deviennent des lieux prisés pour la promenade. Il transforme aussi la place Saint-Michel et sa fontaine, dont la saleté l'avait marqué lorsque, étudiant, il y passait pour se rendre à l'École de droitGeorges Eugène Haussmann, Mémoires, 1890. Réimp. Paris, Guy Durier, 1979, p. 47..

Des règlements imposent des normes très strictes quant au gabarit et à l'ordonnancement des maisons. L'immeuble de rapport et l'hôtel particulier s'imposent comme modèles de référence. Les immeubles se ressemblent tous : c'est l'esthétique du rationnel.

Afin de mettre en valeur les monuments nouveaux ou anciens, il met en scène de vastes perspectives sous forme d'avenues ou de vastes places. L'exemple le plus représentatif est la place de l'Étoile, dont le réaménagement est confié à Hittorff.

Haussmann fait aussi construire ou reconstruire des ponts sur la Seine ainsi que de nouvelles églises, comme Saint-Augustin ou la Trinité.

Il crée en parallèle, avec l'ingénieur Eugène Belgrand, des circuits d'adduction d'eau et un réseau moderne d'égouts, puis lance la construction de théâtres (théâtre de la Ville et théâtre du Châtelet), ainsi que deux gares (gare de Lyon et gare de l'Est). Il fait construire les abattoirs de la Villette afin de fermer les abattoirs présents dans la ville.

En 1859, Haussmann décide d'étendre la ville de Paris jusqu'aux fortifications de l'enceinte de ThiersLoi sur l'extension des limites de Paris (du 16 juin 1859), dans le Bulletin des lois de l'Empire français, , série, , 3 novembre 1859, , .. Onze communes limitrophes de Paris sont totalement supprimées et leurs territoires absorbés par la ville entièrement (Belleville, Grenelle, Vaugirard, La Villette) ou en grande partie (Auteuil, Passy, Batignolles-Monceau, Bercy, La Chapelle, Charonne, Montmartre). La capitale annexe également une partie du territoire de treize autres communes comprises dans l'enceinte. Dans le même temps, il procède à l'aménagement du Parc des Princes de Boulogne-Billancourt, dans le cadre d'une vaste opération immobilière sous l'égide du duc de Morny.

La transformation de la capitale a un coût très élevé puisque Napoléon III souscrit un prêt de 250 millions de francs-or en 1865, et un autre de 260 millions de francs en 1869 (soit un total de 25 milliards d'euros de 2011)Bernard Marchand, Le Financement des travaux d'Haussmann : un exemple pour les pays émergents ? 2011.. En plus de cela, la banque d'affaires des Pereire investit 400 millions de francs jusqu'en 1867 dans des bons de délégation, créés par un décret impérial de 1858. Ces bons de délégation sont des gages sur la valeur des terrains acquis puis revendus par la ville : la spéculation a donc aidé le financement des travaux parisiens.

Mais au-delà de ces gigantesques travaux, le baron Haussmann est à l'origine de l'homogénéité esthétique de l'architecture des immeubles de Paris. En effet, il impose aux propriétaires des normes de construction très strictes favorisant l'émergence de l'immeuble de rapport et la construction d'hôtels particuliers.

Les intérieurs des immeubles haussmanniens sont également normalisés : parquets en chêne massif posés sur lambourdes (principalement en point de Hongrie et en lames droites), moulures, cheminées en marbre et hauteurs sous plafond réglementées. Ces parquets en chêne massif de 22 à 25 mm d'épaisseur, issus des forêts royales gérées depuis l'Ordonnance forestière de Colbert (1669), constituent encore aujourd'hui un élément patrimonial majeur des appartements parisiensBnF Passerelles, « Immeubles haussmanniens »..

Selon les estimations, les travaux du baron Haussmann ont modifié Paris à hauteur de 60 % : ont été démolies entre 1852 et 1868 (dont avant l'extension des limites de Paris en 1860), alors que sont recensées en 1851 dans le Paris d'avant l'annexion des communes limitrophesJ.E. Horn, Les Finances de l'Hôtel de Ville, 1869..

Son influence dans le reste de la France et à l'étranger L'action d'Haussmann a influencé l'aménagement urbain de plusieurs villes françaises sous le Second Empire et au début de la Troisième République. Il s'agit notamment de Rouen, où plus de deux cents parcelles ont été expropriées pour la création de plusieurs nouvelles rues, Dijon, Angers, Lille, Toulouse, Agen, Avignon, Montpellier, Toulon, Nîmes et enfin Marseille qui est l'une des villes dont la physionomie a le plus changé. La ville d'Alger, alors colonie française, a également été profondément remaniée à cette époque.