Le rock progressif, ou sous sa forme abrégée prog rock, est un sous-genre de la musique rock, qui apparaît au Royaume-Uni et en Allemagne vers la fin des années 1960, puis se développe progressivement en Europe, et, enfin, dans le monde entier, au cours de la décennie suivante.. Tirant son origine du rock psychédélique, ce courant a pour particularité de conférer au rock une plus grande crédibilité artistique. Il se caractérise par l'éloignement du format de la musique populaire au profit de techniques musicales et instrumentales plus élaborées et souvent associées au jazz et à la musique classique..
Le rock progressif se distingue par ses expérimentations rythmiques, harmoniques et instrumentales. À cela s'ajoute une certaine liberté dans le choix des instruments. Claviers et synthétiseurs, notamment, occupent une place importante au sein des formations progressives. L'ajout d’instruments rares dans la musique rock — la flûte traversière, le saxophone, le violon, le vibraphone, voire l'harmonium, notamment — est également courant.
C’est dans les années 1970 que le rock progressif atteint sa plus grande popularité. Les principaux groupes ayant participé aux premiers développements sont The Nice, Yes, King Crimson, Genesis, Pink Floyd, Supertramp, Emerson, Lake and Palmer, Soft Machine, Electric Light Orchestra, Jethro Tull, Tangerine Dream, Van der Graaf Generator, Camel. De nombreux artistes et groupes se réclamant de cette mouvance progressive , avec notamment le krautrock allemand et le rock progressif italien.. Le déclin de la vague originelle de rock progressif commence en 1977 ; il est généralement attribué à l'avènement de deux autres mouvements musicaux, le punk et la new wave, qui cherchent à retrouver la simplicité et le côté brut du rock original. Au cours des décennies suivantes, le mouvement néo-progressif adopte une structure musicale moins sophistiquée et prend la relève.. Au début du , le rock progressif connaît une certaine reconnaissance ; il se poursuit non seulement par le mouvement rock néo-progressif mais aussi par le new prog appelé parfois aussi « post-prog ».
Terminologie En préambule, il est bon de rappeler qu'ici, le terme « progressif » vient d'une mauvaise traduction de l'anglais progressive. La traduction exacte de « progressive rock » est en fait « rock progressiste », ce qui rend tout de suite beaucoup plus claires les ambitions des groupes qui en firent la promotion. L'expression « rock progressif », utilisée pour définir le genre, prendrait son origine dans le livret du disque homonyme de Caravan, paru en 1968..
Le terme recouvre bien souvent diverses appellations comme celle de ou bien de ou encore d'« art rock » voire de « rock symphonique » ou « musique planante ». L'appellation la plus communément employée, du moins en France, reste bien . En anglais, le genre est désigné sous l'appellation .
À l'exception des groupes originels de rock progressif des années 1970, peu de groupes acceptent d'être étiquetés sous cette appellation. Certains artistes eux-mêmes évitent d'utiliser ce terme. C'est le cas par exemple de Peter Hammill, qui préfère qualifier sa musique d'art rock. Quant aux artistes évoluant dans le courant , la plupart d'entre eux refusent catégoriquement d'être rattachés à ce style, considérant qu'ils ne font pas du rock. Cela s’explique, notamment par le fait que la ligne éditoriale des revues à grand tirage comme Rock & folk ou, plus récemment, Les Inrockuptibles considèrent cette musique comme savante, et donc éloignée de l’esprit rock des origines qui se voudrait binaire, rebelle et efficace.
Les groupes progressifs des années 2000 se revendiquent plus facilement du rock progressif mais en y ajoutant un qualificatif comme néo-(prog), new (prog) voire post-(prog).
Caractéristiques Le rock progressif est issu directement du rock, mais est caractérisé par ses influences provenant du jazz, du folk et des musiques classique et contemporaine afin d'étendre les possibilités et les limites de la musique populaire. Le style s'attache ainsi à offrir une forme musicale plus libre, ne se limitant pas aux caractéristiques principales du rock (morceaux courts, rythme binaire, schéma caractéristique : couplet/refrain/couplet, les trois accords du blues...). En cela, l'approche des artistes de rock progressif est assez similaire à celle des artistes de jazz de la scène expérimentale : longues explorations instrumentales, suites d'accords complexes, etc.. Les instruments prennent régulièrement le pas sur les voix..
Structure Le rock progressif, lorsqu'il apparaît vers la fin des années 1960, poursuit et accentue l'idée d'abandon du format traditionnel de musique populaire, introduit par les groupes psychédéliques de l'époque tels que Cream et The Jimi Hendrix Experience. Ainsi, l'expérimentation de nouvelles formes musicales devient le pivot central du genre, et les morceaux parfois s'étendent sur des durées relativement longues. Dans ce cas, à l'instar des compositions classiques, certaines chansons sont formées de différentes sections contrastant les unes avec les autres, liées par une thématique commune.. Ainsi, en règle générale, ces différentes sections alternent entre parties chantées mélodiques et explorations instrumentales très complexes, mettant l'accent sur une utilisation poussée de théorie musicale : polyrythmie, contrepoint, gammes inusitées et signatures rythmiques composées. En outre, certains groupes de musique progressive font référence à des techniques de composition typiques à la musique classique ; la structure de la pièce Close to the Edge de Yes est souvent comparée à celle d'une sonate, et plusieurs morceaux du groupe Gentle Giant sont caractérisés par son utilisation du contrepoint et ses emprunts au madrigal et à la musique baroque..
Cependant, malgré ces fréquentes références à la musique classique, il existe également plusieurs artistes de rock progressif empruntant au jazz en forme et en structure. Cette branche du genre prend ses origines dans la , scène locale de l'université du Kent, en Angleterre, avec ses groupes phares comme Soft Machine, Caravan et Gong, et est caractérisée par une approche dirigée davantage vers l'improvisation et la fusion du free jazz et du rock psychédélique.. À l'image de la scène jazz qui commençait au même moment à intégrer des influences rock, avec le Bitches Brew de Miles Davis et le groupe Mahavishnu Orchestra, par exemple, certains groupes de la scène progressive anglaise incorporaient de longues séquences d'improvisation dans leurs morceaux. Un exemple notoire serait certainement King Crimson, dont la musique emprunte au free jazz (avec des morceaux tels que Moonchild et Providence) suit une forme moins rigoureusement structurée que celle de Yes, Gentle Giant et Genesis.
Néanmoins, comme le décrit John Petrucci de Dream Theater, la musique progressive est justement caractérisée par l'absence de limites stylistiques.. Ainsi, les influences liées à la structure musicale dépendent largement du groupe dont il est question : il est fréquent de retrouver des influences folk (Jethro Tull, Harmonium), atmosphériques (Pink Floyd, Hawkwind), pop (Supertramp, Nikka Costa, Phil Collins, Peter Gabriel), expérimentales (Magma, Frank Zappa) et hard rock (Rush, Uriah Heep).
Instrumentation vignette|gauche|Minimoog, instrument typique du rock progressif des années 1970.
Outre les instruments classiques du rock (guitare, basse, batterie), plusieurs musiciens et groupes progressifs incluent dans leur musique une instrumentation inusitée et variée, contribuant à leur volonté de repousser les limites de leur musique . Ainsi s'ajoutent à la liste des instruments de base du rock progressif les claviers, à commencer par le piano, mais également l'orgue Hammond, le piano électrique Würlitzer, le mellotron et les synthétiseurs. Coïncidant avec la naissance du genre, plusieurs de ces instruments furent conçus et commercialisés durant les années 1960, et à l'origine utilisés comme substituts à la présence d'un orchestre. Cependant, le mellotron plus spécialement, devint rapidement un élément caractéristique de certains groupes tels que Genesis, Yes et les Moody Blues, non pas pour la précision de la qualité de sa reproduction de sons orchestraux, mais pour sa capacité à construire des ambiances..
Cependant, des instruments plus atypiques à la musique populaire ne sont pas rares parmi les groupes du mouvement: la flûte traversière (Genesis et Jethro Tull), le saxophone (Van Der Graaf Generator), la trompette (Ekseption) et le violon (U.K. et Van Der Graaf avec Graham Smith) sont parfois intégrés parmi l'instrumentation principale caractéristique. De plus, certains groupes aux influences plus classiques intègrent des ensembles de cordes, de cuivres ou de bois et des chœurs.
Concepts, thèmes et imagerie La genèse de l'idée d'album-concept dans la musique rock est généralement attribuée à l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles, paru en 1967. L'aspect conceptuel apporté par cet album fut particulièrement développé et exploité dans les années 1970, devenant rapidement un élément important chez plusieurs groupes de la scène progressive. Il devint pratiquement une norme au sein du mouvement que de regrouper les morceaux d'un album sous un thème commun, et parfois même dans des formes plus développées et théâtrales Tommy des Who, Tales from Topographic Oceans de Yes, The Dark Side of the Moon et The Wall de Pink Floyd, The Lamb Lies Down on Broadway de Genesis et Thick as a Brick de Jethro Tull constituent quelques exemples des plus notoires de cette notion d'utilisation de l'album comme moyen de narration.. L'idée de l'album-concept sera reprise plus tard par des groupes de la tendance dite néo-progressive des années 1980 et 1990, tels les albums Misplaced Childhood et Brave de Marillion ou The World de Pendragon.
En outre, les concepts utilisés par les artistes progressifs sont généralement recherchés, et tentent de s'éloigner des thèmes communs à la musique pop, tels que l'amour, la danse et la sexualité. Des domaines plus intellectuels tels que la philosophie et la psychologie comptent parmi les plus fréquentes sources d'inspiration thématiques de plusieurs paroliers de la scène progressive.. De plus, les œuvres de fiction et la littérature classique font souvent des influences, et on retrouve régulièrement des thèmes associés au fantastique, à l'ésotérisme et à la science-fiction, et touchent parfois à la critique sociale.. Par exemple, inspiré du roman La Ferme des animaux de George Orwell, l'album Animals de Pink Floyd constitue une vive critique métaphorique du système capitaliste, de même que Thick as a Brick de Jethro Tull critique satiriquement la division des classes sociales au Royaume-Uni. En France, le groupe Ange comptera plusieurs albums à thème dans sa discographie dont les légendes de la paysannerie de la Haute-Saône au siècle dernier dans l'album Émile Jacotey, le Moyen Âge dans l'album : Au-delà du délire, l'univers magnifié du cirque et des gitans dans Par les fils de Mandrin ou encore une transposition de la guerre de Troie au dans La gare de Troyes...