La guerre parthique de Trajan regroupe l'ensemble des campagnes menées par Trajan entre 114 et 117 pour étendre les limites de l'Empire romain en Orient. Elle fait suite à une succession de conflits plus ou moins importants entre Rome et le royaume des Parthes qui se disputent notamment la suprématie sur le royaume-tampon d'Arménie.
Ces campagnes ont pour conséquences directes l'annexion et la création de provinces éphémères comme l'Arménie et la Mésopotamie. Ces conquêtes sont de courte durée puisqu'elles seront abandonnées par Hadrien, successeur de Trajan.
Relations entre Rome et les Parthes
Les premiers contacts entre Rome et les Parthes s'établissent lorsque les Romains envahissent l'Asie Mineure vers la fin du S'ensuivent plus de sept siècles de relations tumultueuses et tendues sans qu'aucune des deux puissances, qui contrôlent chacune un vaste territoire, ne parviennent à imposer sa suprématie sur l'autre. Malgré tout, les conflits sont séparés de longues périodes de paix qui favorisent la mise en place d'échanges culturels et commerciaux.
Les premières expéditions au-delà de l'Euphrate
Le royaume d'Arménie, qui constituera avec la partie orientale de la Syrie et le nord-ouest de la Mésopotamie un des principaux enjeux des conflits avec les Parthes, devient une puissance majeure en Orient durant la première moitié du L'alliance de , placé sur le trône d'Arménie par les Parthes, et de du Pont déclenche la première d'une série de trois guerres contre Rome. C'est durant la troisième guerre que les Romains sont amenés à franchir pour la première fois l'Euphrate (entre 74 et 63 ).
En 53 , les Romains franchissent de nouveau le fleuve, menés par Crassus, pour affronter les Parthes. L'expédition se solde par une défaite traumatisante pour Rome à la bataille de Carrhes. Les Parthes restaurent leur suprématie sur tous les territoires à l'est de l'Euphrate.
Plus tard, peu avant l'assassinat de César, ses adversaires tissent des liens avec les Parthes qui ne sont pas rompus après la mort du dictateur. Après avoir subi une défaite à la bataille de Philippes, des chefs républicains trouvent refuge à la cour du roi des Parthes et le poussent à entreprendre une expédition dans l'Orient romain. En 40 av. J.-C., envahit la Syrie romaine dans ce qui constitue la seule invasion parthe d'envergure qu'ait subi l'Empire romain, à considérer toutefois davantage comme une expédition opportune que comme une volonté d'expansion. L'expédition bouleverse l'équilibre de la région et de nombreux royaumes clients de Rome passent sous l'influence des Parthes.
Marc Antoine réagit et chasse les Parthes des territoires occupés, rétablissant la frontière orientale le long de l'Euphrate en 38 L'année suivante les royaumes de la région repassent sous l'influence de Rome et l'élimination des derniers Républicains éloigne les Parthes des affaires internes de l'Empire. Marc Antoine rêve de gloire et d'étendre l'Empire jusqu'en Mésopotamie mais il doit bientôt renoncer à son ambition après une sévère défaite infligée par les Parthes. Le conflit qui éclate bientôt entre Octave et Marc Antoine détourne pour un temps les Romains de la frontière orientale. Les campagnes de Marc Antoine contre les Parthes sont un échec car il n'a pas réussi à effacer le souvenir de la défaite de Crassus et les armées romaines ont été défaites une fois de plus en territoire ennemi. Par ailleurs, l'Arménie est revenue sous l'influence du royaume parthe après être brièvement passée dans la sphère d'influence romaine.
La politique orientale d'Auguste
Il faut attendre la fin de la guerre civile avec la victoire définitive d'Octave à la bataille d'Actium pour que les Romains se concentrent davantage sur leur politique orientale. Octave, devenu Auguste, renforce les troupes en garnison le long du limes oriental, figuré par le fleuve Euphrate Santo Mazzarino, L'Impero romano, Laterza, Bari, 1976, et réorganise la région en annexant certains royaumes clients et en renouant de vieilles alliances avec les rois des royaumes limitrophes qui deviennent à leur tour rois clients de Rome. De la mer Noire au nord de la Syrie, Rome est dorénavant en contact, direct ou non, avec l'empire des Parthes.
Auguste suit une politique complexe et réagit aux diverses situations en privilégiant les relations diplomatiques aux expéditions armées, s'efforçant de faire coexister pacifiquement les deux empires malgré des périodes de fortes tensions. Il obtient notamment la restitution des enseignes perdues lors de la bataille de Carrhes, mettant fin à un traumatisme vieux de plus de trente ans. Néanmoins, le royaume d'Arménie demeure un sujet de discorde du fait de sa situation géographique et chaque empire tente d'y étendre son influence en y plaçant des rois vassaux plus ou moins fidèles. Les villes sont généralement plus favorables aux Romains, pour des raisons essentiellement commerciales, mais le reste du pays, qui partage la même religion et la même culture iranienne, est plus favorable aux Parthes.
En 20 , Auguste parvient à imposer un roi pro-romain en Arménie grâce à la présence des armées de Tibère qui n'ont pas à combattre. Mais, même si cet évènement est fêté à Rome comme une victoire, les Parthes n'ont en fait rien cédé. Seulement vingt ans plus tard, le compromis trouvé par Auguste est remis en cause et il doit de nouveau intervenir, par l'intermédiaire de Caius César, pour rétablir un roi favorable à Rome. Une fois encore, la paix est de courte durée puisque quelques années plus tard, un nouveau roi parthe étend son influence sur l'Arménie. Finalement, la politique pacifique suivie par Auguste concernant les Parthes donne des résultats plutôt décevants.
Politique orientale des empereurs du Tibère et la mission de Germanicus
Tibère poursuit la politique d'Auguste en préférant les solutions diplomatiques aux conflits armés. L'annexion de royaumes clients de Rome continue avec la Commagène et la Cappadoce. En 18, Germanicus se rend en Arménie et couronne un roi choisi par les Arméniens eux-mêmes, Zénon Artaxias. Mais à la mort de celui-ci, en 34, une nouvelle crise débute avec les Parthes. Rome reprend la situation en main après des échanges diplomatiques appuyés par une démonstration de force le long de la frontière. En 37, les Parthes cèdent et laissent les Romains placer Mithridate, originaire d'Ibérie, sur le trône arménien.
Caligula Dès son accession au trône, Caligula prend la politique extérieure de ses prédécesseurs à contre-pied et multiplie les créations de royaumes vassaux de Rome en Orient. Il fait emprisonner le roi arménien Mithridate, laissant l'Arménie livrée à elle-même. Profitant de la situation, les Parthes reprennent le royaume sous leur contrôle.
Claude Après le règne mouvementé de Caligula, Claude tente de réparer les erreurs de son prédécesseur et renoue avec les principes prônés par Auguste. Les royaumes vassaux sont progressivement annexés, au moment de la mort de leurs monarques. Claude profite des troubles apparus au sein de l'Empire parthe pour reprendre le contrôle de l'Arménie, jusqu'à ce que Vologèse parvienne à réunifier le royaume parthe en 51.
Néron et les campagnes de Corbulon
À partir de 51, les tensions entre Rome et les Parthes au sujet du royaume s'intensifient. Finalement en 54, , roi des Parthes, conquiert l'Arménie et place son frère Tiridate sur le trône.
Néron, empereur depuis peu, réagit et nomme Corbulon commandant des forces armées d'Orient. Il place les légions de Cappadoce et de Galatie sous ses ordres et le charge de régler le problème arménien. Progressivement, la tension monte entre les deux empires mais aucun grand affrontement n'est engagé : les Romains affrontent les Parthes par une série d'escarmouches et de sièges sans grande envergure. En 58, la guerre est finalement déclarée et Corbulon parvient à s'emparer des deux capitales arméniennes, Artaxate et Tigranocerte. L’Arménie redevient un royaume vassal de Rome avec sur le trône. Vologèse, qui n'a pu intervenir sur le moment à cause d'une révolte en Hyrcanie, n'accepte pas cette situation et, soutenu par la population d'Arménie majoritairement défavorable aux Romains, il envoie Tiridate réoccuper le royaume. Néron semble projeter l'annexion définitive de l'Arménie dans l'Empire et confie à Paetus la tâche de conquérir le royaume. Ce dernier échoue et, battu par Vologèse, est contraint de signer un armistice. En 63, Vologèse, profitant de son avantage temporaire et voulant éviter une guerre directe contre Rome, signe avec Corbulon le traité de Rhandeia par lequel les Romains acceptent de couronner Tiridate roi d'Arménie en tant que vassal de Rome. Ce traité permet de stabiliser la situation en Orient pendant près de cinquante ans.
Les Flaviens Le compromis trouvé en 63 à Rhandeia maintient un équilibre en Orient entre les empereurs romains et les rois parthes. Néanmoins, cet équilibre est fragile et quelques incidents diplomatiques ont failli le rompre. Vespasien annexe l'Arménie mineure, avec Satala, et la Commagène, avec Samosate, faisant ainsi disparaître les derniers royaumes clients d'Asie mineure. Il fait de Samosate et Mélitène des camps légionnaires, verrouillant l'accès à la vallée de l'Euphrate. Il fait construire des routes stratégiques permettant un accès rapide à la région en cas d'attaque. Impressionnés par l'important dispositif mis en place sous les Flaviens, les Parthes cessent leurs offensives. La mort de Vologèse les affaiblit encore, permettant aux empereurs romains de se concentrer sur les autres fronts. Cette situation stable en Orient permet à Trajan de préparer minutieusement sa grande expédition.
L'expédition de Trajan en Orient Les sources Il ne reste quasiment aucune trace des monuments qui commémorent les victoires de Trajan en Orient, contrairement à ceux commémorant les guerres daciques, comme la colonne Trajane et le Tropaeum Traiani d'Adamclisi. Un arc célébrant les victoires en Orient est bien érigé dans le forum de Trajan à RomeRIC II, 255 et un autre arc de triomphe est élevé en Mésopotamie, à Doura Europos, mais tous deux ont disparu aujourd'hui.
Pour reconstituer les évènements de cette guerre, il ne reste quasiment que les passages de l'Histoire romaine de Dion Cassius qui ont été préservés par Xiphilin, les fragments du Parthica d'Arrien et les sources épigraphiques et numismatiquesKarl Strobel, Kaiser Traian. Eine Epoche der Weltgeschichte, Friedrich Pustet, Ratisbonne, 2010. Dion Cassius, historien du , décrit les faits près d'un siècle après qu'ils ont eu lieu, ce qui rend son témoignage peu fiable. En revanche, Arrien a pu vivre ces évènements qui se sont déroulés alors qu'il devait avoir entre . On ne sait pas s'il a participé directement aux campagnes contre les Parthes (rien dans les fragments du Parthica qui nous sont parvenus ne permet de l'affirmer ou de l'infirmer) mais s'il était présent aux côtés de Trajan, ce devait être comme officier de cavalerie, étant trop jeune pour s'être vu confié un commandement de légion.
Les objectifs
On peut raisonnablement penser que Trajan avait planifié son expédition en Orient contre les Parthes et l'annexion de l'Arménie et de la Mésopotamie depuis au moins 111, si ce n'est depuis le début de son règne comme le laisse entendre Pline le Jeune quand il affirme que Trajan a relié le Rhin à l'Euphrate (« Rhenumque et Euphraten ») dans son Panégyrique de Trajan.