François de Sales, né le au château de Sales près de Thorens-GlièresBourg du duché de Savoie, et aujourd’hui commune du département de la Haute-Savoie)., bourg du duché de Savoie et mort le à Lyon, est un prélat savoyard.
Nommé évêque de Genève en 1602, il ne put jamais prendre possession de son siège devenu la « Rome des calvinistes », et resta en résidence à Annecy. Cofondateur de l'ordre de la Visitation Sainte-Marie en 1610, il est canonisé en 1665 et proclamé docteur de l'Église en 1877. Il est liturgiquement commémoré le par l'Église catholique et par l'Église d'Angleterre.
Issu d’une famille savoyarde noble, il choisit le chemin de la foi catholique en consacrant sa vie à Dieu et renonce à tous ses titres de noblesse. Il devient l'un des théologiens les plus considérés de son temps. Ce grand prédicateur accède au siège d’évêque de Genève et fonde, avec la baronne Jeanne de Chantal, l’ordre religieux de la Visitation. Il exerce une influence marquante au sein de l'Église catholique, très écouté également des détenteurs du pouvoir temporel, notamment les ducs et , la régente de Savoie Christine de France et les rois de France et .
Homme d’écriture, il laisse une œuvre importante qui témoigne de sa vision de la vie. Son œuvre la plus célèbre, l’Introduction à la vie dévote, remporte un très grand succès dès sa parution, elle est reconnue aujourd'hui comme une œuvre majeure de la littérature chrétienne. Depuis 1923, l’Église catholique le considère comme le saint patron des journalistes et des écrivains en raison de son recours à l'imprimerie. Ses publications comptent parmi les premiers journaux catholiques au monde.
Biographie Jeunesse Enfance vignette|gauche|redresse|Château de Thorens, une des propriétés de la famille de Sales, voisine du Château de Sales. François de Sales est né le dans une famille de la noblesse savoyarde catholique, au château de Sales près de Thorens-Glières, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Annecy, dans le duché de Savoie.
Son père, François, seigneur de Sales, de Boisy et de Novel, et sa mère, Françoise, fille unique de Melchior Urbain de Sionnaz, seigneur de la Thuile et de Vallières, appartiennent à de vieilles familles nobles de Savoie. Il occupa la charge prestigieuse et lucrative de maître d'hôtel du prince Sébastien de Luxembourg-Martigues et servit comme officier dans l'armée du roi de France, . François de Sales est l'aîné de six frères et sœurs..
Lors de son baptême, le , il reçoit le prénom de « François » en hommage à François d'Assise.. Jusqu'en 1569, il est élevé par une nourrice.., puis durant six ans, est éduqué par ses parents qui nourrissent de grandes ambitions à son égard.. Très vite, il apprend le maniement des armes..
De 1573 à 1575, il est élève au collège ducal du Plain-Château, à La Roche-sur-Foron., puis, de 1575 à 1578, il étudie au Collège Chappuisien d'AnnecyLe chanoine Eustache Chappuis, ancien conseiller du duc et ancien ambassadeur de l'empereur Charles Quint auprès du roi , fonde le Collège Chappuisien à Annecy en 1549. Pour cet adepte de la Contre-Réforme, cette nouvelle école est destinée à concurrencer la Réforme protestante toute proche, à Genève, dont l'influence est grandissante en pays de Savoie, en forgeant des esprits capables de résister aux argumentations des pasteurs protestants., où il côtoie la noblesse savoyarde et apprend le français .. À dix ans, il reçoit sa première communion, bientôt suivie de sa confirmation... Gallois de Regard, un ami de la famille de SalesAndré Ravier, Présence de saint François de Sales à Annecy, J. Le Doaré, 1970, ., lui confère la tonsure, dans l'église Saint-Étienne de Clermont, le , il a 11 ans...
À onze ans, vers 1578, il demande déjà à devenir prêtre, mais son père, qui le destine à la magistratureLa date de son départ à Paris (entre 1578 ou 1582) a été l'objet de conjectures ; toutefois, d'après André Ravier, tout porte à croire que la date de 1578 soit la plus réaliste., l'envoie étudier le droit à Paris. Il poursuit alors ses études au collège de Clermont (collège jésuite, repris et remplacé aujourd'hui par le lycée Louis-le-Grand), sous la direction de son précepteur, Jean Déage, en compagnie de trois de ses cousins.. Il étudie la rhétorique, mais aussi le latin, le grec, l’hébreu, la philosophie et la théologie, savoir qui lui permet ainsi d’...
Il tire de ce séjour un grand attachement pour la France, nation souvent en conflit avec la Savoie, mais dont il se sent proche par la géographie, la manière de vivre et la langue.. vignette|gauche|redresse=0.5|François de Sales à 12 ans étudiant à Paris (Illustration de fantaisie, vers 1900).
Études à Paris Son père l'envoie poursuivre ses études à Paris. Accompagné de son précepteur, le père Déage, et de trois de ses cousins, il traverse à cheval une France ruinée par les Guerres de religion. À Paris, François étudie les d' à 1588. Se vouant alors à la philosophie, aux mathématiques, à l'histoire et à la musique, ainsi qu'à la rhétorique et à la grammaire, il montre également un fort intérêt pour la théologie des saints Augustin d'Hippone et Thomas d'Aquin., en se penchant particulièrement sur la grâce et la prédestination..
L'adolescent est très marqué par la théologie sur la prédestination et la grâce, très discutée alors en raison du développement du protestantisme. Quelques décennies plus tôt, Calvin, s'appuyant sur les écrits d'Augustin d'Hippone et de Thomas d'Aquin, a cherché à justifier une théologie de la prédestination. Cette approche déclenche une grande angoisse chez François de Sales, qui, pendant dix semaines — entre le mois de et —, s'imagine prédestiné à l'enfer.. Affolé, il prie devant une statue de la Vierge Marie dans une église dominicaine, l'église Saint-Étienne-des-Grès, puis se sent libéré de ces peursCette angoisse a trouvé différentes explications par ses biographes, outre l'interprétation spirituelle, certains ont mis en cause le surmenage de François, d'autres ont mis en avant sa nature anxieuse, ou l'ambiance très passionnée du milieu étudiant où il baignait... Il fait alors vœu de chasteté et mène une vie de prière et de pénitence. Poursuivant ses études, il passe sa licence et sa maîtrise au printemps 1588..
vignette|redresse|François de Sales priant la Vierge Noire de Paris, qui le délivrera de ses angoisses (vitrail de la chapelle des sœurs de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Neuilly-sur-Seine).
Études en Italie et retour en Savoie En 1588, François va poursuivre ses études en Italie, accompagné du révérend Déage et de son frère Gallois..
Il arrive à l'automne 1588 à Padoue, qui abrite alors l'une des grandes universités d'Europe..
Cherchant conseil et aide, il se met sous la direction spirituelle du père jésuite Antoine Possevin, qui lui fait effectuer les Exercices spirituels. Comme il confie un jour à un ami : .. Concentrant son attention sur Saint Augustin, Saint Jérôme, Saint Jean Chrysostome et Saint Thomas d'Aquin., il se penche particulièrement sur la question de la liberté humaine, cherchant à donner une place et va s'éloigner des doctrines de saint Augustin et saint Thomas d'Aquin sur la question de la prédestination qui l'avait tourmenté.
Refusant la vie mondaine, il continue à mener une existence très austère. Il tombe gravement malade et, croyant mourir, demande même que l'on donne son corps à la science : .. Il guérit cependant et, après deux ans d’études à Padoue, reçoit son diplôme de doctorat des mains du célèbre Pancirola en 1592. Âgé de 25 ans, il voyage alors en Italie, à Lorette, Rome, Venise puis il retourne en Savoie..
Quand il revient à La Thuile, en Savoie en 1592, son père lui offre la seigneurie de Villaroger. et lui présente une fiancée.. François de Sales réaffirme sa volonté d'être prêtre.. Le , au décès de François Empereur, prévôt du chapitre de Genève, certains cherchent à faire nommer François comme chapelain à Rome, mais son père lui demande de s'inscrire comme avocat au barreau de Chambéry, vœu auquel il répond le ..
François a cependant un autre désir : celui de devenir homme d'Église.. Claude de Granier, évêque de Genève (au nouveau siège d'Annecy à la suite de l'introduction de la Réforme à Genève), obtient pour François la position de prévôt du chapitre de Genève à Annecy.. François de Sales revêt la soutane le et le jour suivant, devient Chanoine d'Annecy ; le , il renonce à son droit d'aînesse, ainsi qu'à son titre de seigneur de Villaroger.. Il se retire alors au château de Sales jusqu'au , en lutte contre ses doutes et tentations.. Il reçoit le diaconat le . et commence ses visites de malades et de prisonniers. Le , il est ordonné prêtre et prévôt de Genève..
Vie sacerdotale de François Début de la vie sacerdotale À partir de la Réforme protestante et de l'émergence du calvinisme à Genève, le siège de l'évêché de Genève est déplacé à Annecy. C'est là où le nouveau prévôt définit la méthode qu'il compte utiliser face à ceux que beaucoup nomment alors des hérétiques : François appelle à la reconquête de Genève. Dans un discours resté célèbre, il annonce son programme : .. Il refuse les dons et confesse beaucoup, ayant été nommé du diocèse..
La Réforme s'étant répandue en Savoie à la faveur d'une période de domination bernoise (1535-1564), le Chablais avait conservé la nouvelle religion. Après avoir retrouvé son pouvoir sur cette région, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie s'était montré fort tolérantD'après l'Encyclopædia Britannica.. Son fils , gendre du roi d'Espagne, veut y restaurer la religion catholique, « par la douceur si l'on peut, par la violence s'il le faut ». Aussi, lorsque en 1594, Charles-Emmanuel demande à l'évêque Claude de Granier d’envoyer des missionnaires François de Sales se porte volontaire..
Missions dans le Chablais François part seul, armé seulement de la Bible et de Robert Bellarmin.. Il quitte Annecy le et, pour des raisons de sécurité, s'installe à la forteresse d'Allinges.... vignette|gauche|Plaque commémorative à la rue du Vallon D'Allinges il se rend à Thonon, ville réformée, où il prêche dans la seule église restée catholique.. L'hiver 1594-1595 s'avère difficile : outre la rigueur du climat, une ordonnance publique interdit aux protestants de se rendre aux prêches de François de Sales, et ce dernier est calomnié.. On aurait même cherché à l'assassiner, mais le prêtre refuse toute escorte militaire, ne voulant rien devoir au pouvoir des armes...
Il fait imprimer ses sermons sur des feuilles volantes, qu'il placarde en ville.. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'Église catholique romaine fera de lui le saint patron des journalistes et des écrivains. Une partie de ses sermons seront publiés également sous le titre : . François décide alors de s'installer à Thonon, principale ville du ChablaisRue de Vallon à Thonon-les-Bains..., il n'obtient que peu de conversions spectaculaires, hormis celle de l'avocat Pierre Poncet, le . Il écrit à son souverain qu'au bout d'un an « on a commencé de prêcher ici, avec fort peu de fruit ». À Pâques 1595, il part pour Annecy, afin de participer à un synode organisé par l'évêque. Rentré à Thonon en dépit de certaines difficultés financières, il reprend les discussions théologiques et les visites de malades..
Les années 1596 et 1597 marquent un tournant dans le Chablais, avec l'instauration de débats contradictoires.., tout particulièrement après la conversion d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully.. Accompagné d'Antoine de Saint-Michel., François de Sales se rend à Genève pour y débattre avec Antoine de La Faye..
Conversion du Chablais vignette|redresse|, duc de Savoie.