Djédefrê (ou Djidoufrâ, Râdjédef), connu également sous la forme hellénisée de son nom Didoufri, est un roi égyptien de la , sous l'Ancien Empire. Manéthon le nomme Ratoises. Il aurait régné une décennie ou plus entre le début du et le milieu du , succédant à Khoufou (Khéops) et précédant Khâefrê (Khéphren) ou l'éphémère roi Bikhéris constructeur de la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan, que certains chercheurs pensent être son fils Baka. Sa mère n'est pas connue avec certitude. Il fut le roi qui introduisit le titre royal Sa-Rê (signifiant « Fils de Rê ») et le premier à relier le nom de son cartouche au dieu soleil Rê. Il n'a laissé que peu de traces de son règne, d'autant plus éclipsé que placé entre les trois rois illustres de la dynastie, Khéops, Khéphren et Mykérinos. Son complexe funéraire est situé à Abou Rawash, au nord du Caire.
Nom du roi
Le roi est parfois nommé Djédefrê ou Râdjédef selon les chercheurs. Les hiéroglyphes écrits dans le cartouche sont placés dans l'ordre dont la transcription est la suivante : Rˁw-ḏd(j)=f ou Rˁw-(j)ḏd=f, soit Râdjédef. Cependant, le nom des dieux étant placés systématiquement en début de nom par « antéposition honorifique », un tel ordre n'exclut donc par la lecture Ḏd(j)=f-Rˁw. En utilisant les versions helléniques du nom du roi, Ratoises (Ρατoισης) selon Julius Africanus et Rayosis (Ραυωσις) selon Ératosthène, Roman Gundacker privilégie la transcription Rˁ-(j)ḏd=f.
Généalogie
Ascendance
Djédefrê était un fils du roi Khéops. Sa mère n'est pas connue ; en effet, aucune épouse de Khéops n'est connue avec le titre de « mère du roi » (mw.t nsw.t).
Épouses
Djédefrê eut au moins trois épouses car trois de ses fils portent le titre de « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw). Deux d'entres sont connues : , sœur ou demi-sœur de Djédefrê, fille de Khéops et veuve de , Khentetenka, qui nous est connue par des fragments de statue dans le temple mortuaire d'Abou Rawash.
Descendance
Les fils connus de Djédefrê sont : Setka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu par une statue de scribe trouvée dans le temple mortuaire de son père, potentiel roi ; Baka, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f smsw) ; il est connu grâce à une base de statue trouvée dans le temple mortuaire de son père, le représentant avec sa femme Hétep-Hérès, ainsi que probablement une seconde statue sans provenance connue ; Hernet, connu grâce à un socle de statue le représentant lui et sa femme ainsi qu'un second socle de statue, tous deux trouvés dans le temple mortuaire de son père ; Nykaou-Djédefrê, « fils du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ẖt=f mry=f), enterré dans la tombe F15 dans la nécropole d'Abou Rawash ; il est possible qu'il n'était pas un fils de Djédefrê mais qu'il ait vécu plus tard et que son titre soit seulement honorifique.
Les filles connues de Djédefrê sont : Néferhétepès, connue grâce à des fragments de deux statues trouvés dans le temple mortuaire de son père ; Hétep-Hérès, mentionnée sur un fragment de statue trouvé dans le temple mortuaire de son père.
Règne
Durée
La durée exacte du règne de Djédefrê est inconnue. Le Canon royal de Turin, liste royale datant du Nouvel Empire, lui attribue un règne de 8 ans. La liste royale dressée par Africanus, copie fautive de l'œuvre Ægyptiaca du prêtre égyptien Manéthon, qui vécut au avant l'ère commune, lui attribue 25 ans de règne. Ces durées, issues des listes royales écrites des siècles, voire millénaires, après la , sont à prendre avec précaution.
Les années de règne de la à la étaient comptés en numérotant les recensements de bétail depuis le début de chaque règne ; ces recensements avaient lieu plus ou moins tous les deux ans, avec semble-t-il des exceptions, notamment les et du règne de Snéfrou qui ont été consécutifs selon le sixième registre des annales inscrites sur la pierre de Palerme.
Seul un « premier recensement » de son époque est attesté avec certitude : la mention a été découverte sur des fragments de granit portant des inscriptions d'ouvriers du chantier trouvés dans la tranchée du passage descendant de la pyramide de Djédefrê. La mention d'un « dixième » ou « onzième recensement » sur une dalle de couverture d'une des fosses à barques du sud de la pyramide de Khéops de Gizeh est incertaine ; on ignore s'il s'agit de Khéops ou de Djédefrê, qui commandita la construction de ces fosses. Miroslav Verner note que dans les marques de maçon et les inscriptions de l'équipe de travail, . Verner souligne également que ces marques et inscriptions concernent généralement la casse des blocs dans la carrière, leur transport, leur stockage et leur manipulation sur le chantier : . Verner écrit que l'opinion académique actuelle concernant l'attribution de cette date à Djédefrê est contestée par les égyptologues : des chercheurs comme Wolfgang Helck, Anthony Spalinger, Jean Vercoutter et W.S. Smith attribuent cette date à Khéops en supposant que , d'autres chercheurs comme Rainer Stadelmann, Vassil Dobrev, Peter Jánosi et Dieter Arnold attribuent cette date à Djédefrê car, comme l'indique Dieter Arnold, les marques et les inscriptions des blocs de la fosse de Khéops semblent former une collection cohérente concernant les différentes étapes du même projet de construction réalisé par les équipes de Djédefrê.
Verner note également que l'équipe franco-suisse qui a fouillé la pyramide de Djédefrê a découvert que la pyramide de ce roi était vraiment terminée sous son règne. Selon Michel Valloggia, la pyramide de Djédefrê utilisait en grande partie un promontoire rocheux naturel qui représentait environ 45% de son noyau ; le côté de la pyramide faisait deux-cents coudées de long et sa hauteur . Le volume original du monument de Djédefrê était donc à peu près égal à celui de la pyramide de Mykérinos. Par conséquent, l'argument selon lequel Djédefrê a bénéficié d'un court règne parce que sa pyramide était inachevée est quelque peu discrédité. Cela signifie que Djédefrê a probablement gouverné l'Égypte pendant au moins onze ans si le recensement du cheptel bovin était annuel, ou au moins vingt-deux ans s'il était bisannuel sans évènement exceptionnel : Verner soutient le chiffre plus court de onze ans et note que pour ce roi, tandis que d'autres chercheurs envisagent plutôt un règne plus long, pouvant atteindre 25 ans, compte tenu des importants travaux de construction entrepris par le roi.
Années conservées sur la pierre de Palerme
Le règne de Djédefrê est conservé sur un ou deux fragments de la pierre de Palerme, et devait être situé sur le huitième registre du recto de la pierre initiale : une première partie, incertaine car pouvant également correspondre à la toute fin du règne de Khéops, est conservée sur le fragment du Caire et seconde sur le fragment du Caire .
Sur le registre inférieur du fragment du Caire (huitième registre de la pierre initiale), deux « cases-années » sont partiellement préservées : « Construction (?) ... établi pour la (fête ?)-Sed ; création (et célébration de la cérémonie d') « ouverture de la bouche » pour (une statue de) « Horus des dieux » (?) et Khnoum (?) » (ḫwz (?) ... smnt n (ḥb- ?)sd ; ms(t) wp-r(ȝ) Ḥr-nṯr.w ... H̱nmw (?) ...), « Apparition du roi en tant que nésout ... suivants d'Horus (?) ... » (ḫˁ(t)-nsw.t ... Šms-Ḥr (?) ... rnw ...).
Sur le registre inférieur du fragment du Caire (huitième registre de la pierre initiale), une seule « case-année » est partiellement préservée : « ... année (?) 20 1(+x) mois (?) : le scelleur royal et scribe de dieu ... (de) 20 coudées et deux doigts (un bloc de) granit pour la chambre funéraire royale ; le roi de Haute et Basse-Égypte Djedefrê : il a fait en tant que (sa) dotation pour [sa mère] Bastet : ... » (... 20 ȝbd (?) 1(+x) ḫtmw-bjty zš-nṯr.w ... mḥ 20 ḏbˁtj mȝṯ m ḥw.t-nbw (?) ; nsw.t-bjty Ḏd.f-Rˁ jr.n.f m mn(w).f n [mw.t.f] Bȝst ... m ...).
Expéditions à l'étranger vignette|droite|Inscription de Djédefrê à de Dakhla Des inscriptions attestent que Djédefrê envoya une expédition à l'oasis de Dakhla, dans le désert libyen, à l'instar de son père Khéops à deux reprises. L'objectif de toutes ces expéditions était l'extraction de pigments minéraux. La preuve inscrite provient d'un campement situé dans le désert, à environ de Dakhla. Ce campement se trouve au pied d'une falaise de grès et était apparemment désigné à l'époque pharaonique comme la « Montagne d'eau de Djédefrê ».
Au sud de l'Égypte, Djédefrê a envoyé au moins une expédition dans les carrières de diorite du Gebel el-Asr, situées à au nord-ouest d'Abou Simbel car son nom y est attesté sur un bloc (Le Caire, JE 59481), carrières déjà exploitées sous le règne de Khéops comme l'atteste une stèle de ce dernier (Le Caire, JE 68752).
Religion
Sous Djédefrê, le culte du dieu soleil Rê d'Héliopolis fut élevé au rang de religion d'État suprême. On peut d'ailleurs noter que sa pyramide, localisée à Abou Rawash, est située en face de la ville du dieu soleil. À quelques exceptions près, le nom de Nesout-bity incluaient désormais le nom de Rê jusqu'à la fin de la l'Ancien Empire. Conformément à cela, Djédefrê introduisit l'épithète « Fils de Rê » (sȝ Rˁ), qui devint partie intégrante de la titulature royale dès la . Ce changement religieux nécessita également une nouvelle interprétation de la nature du roi. Alors qu'auparavant il était considéré comme l'incarnation d'Horus et donc le dieu suprême du monde, le concept de filiation divine prit alors le dessus, diminuant la divinité propre du roi et le plaçant dans une position de plus grande responsabilité vis-à-vis des dieux.
Succession
Après sa mort, son successeur sur le trône est soit le roi Khéphren, son frère, soit le mystérieux roi Bikhéris, qui est peut-être son fils Baka, ou bien son fils Setka. L'ordre de succession entre ces deux rois fait débat : en effet, les listes royales du Nouvel Empire placent systématiquement Khéphren comme successeur de Djédefrê, mais certains chercheurs préfèrent placer Bikhéris avant Khéphren : ils évoquent des arguments d'ordre architectural, qui rapprochent la pyramide inachevée de Zaouiet el-Aryan à la pyramide de Djédefrê. Cependant, cette analyse est réfutée par d'autres, notamment Roman Gundacker qui indique que, si la pyramide de Djedefrê est plus proche de celle de Snéfrou à Meïdoum que de celle de Khéops, on peut également noter que celle de Khéphren est plus proche de celle de Khéops que de celle de Djedefrê, et qu'on ne peut donc en déduire la position chronologique exact de Bikhéris sur la base d'une telle analyse.
Dans le cas d'une succession directe entre Djédefrê et Khéphren, et sachant que le pouvoir se transmettait normalement de père en fils, celle-ci mena à de nombreuses spéculations de la part des chercheurs. Par exemple, George Andrew Reisner supposa que des conflits familiaux avaient éclaté après la mort de Khéops, deux branches de la famille se disputant la suprématie. Selon cette théorie, Djédefrê n'était même pas destiné à être l'héritier légitime du trône, et Khéphren s'empara du pouvoir après sa mort. Cependant, l'hypothèse de Reisner n'est étayée par aucune preuve archéologique. Aucune damnatio memoriae n'eut lieu après la mort de Djédefrê ; il fut vénéré et figure dans des listes royales postérieures. Une prise de pouvoir illégitime peut donc être exclue. La question de savoir pourquoi son frère Khéphren lui succéda et non l'un de ses fils demeure cependant sans réponse.
Monuments et statues
Statues