Horemheb est le dernier pharaon de la . Manéthon le nomme Horus ou Armaîs selon les historiens qui nous ont transmis ses textes.
Originaire de Hout Nesout en Moyenne-Égypte, non loin d'Amarna et d'Hermopolis Magna, Horemheb n'est pas d'origine royale. Il est probablement issu d'une famille noble du nome du Faucon aux ailes déployées ou est d'origine plus modeste. Il appartient de manière sûre à la caste des militaires au moment où il apparaît dans les textes officiels qui témoignent de cette période de transition entre les deux grandes dynasties du Nouvel Empire.
Horemheb va avoir une ascension formidable à la cour royale d'un pays qui souffre des bouleversements induits par la réforme religieuse atonienne.
C'est notamment pendant le règne de Toutânkhamon que cette ascension se réalise. Devenu le premier homme de l'État après Pharaon, il accède au trône au moment où la dynastie des thoutmôsides s'éteint.
Son règne marque deux fins, celle de la et celle de la période amarnienne.
Il fait la transition entre deux périodes majeures du Nouvel Empire, et symbolise la prise du pouvoir royal par la classe des militaires du pays, devenue de plus en plus puissante dans une Égypte qui contrôlait alors un vaste empire et représentait l'une des principales puissances internationales de la région.
Généalogie
Les parents d’Horemheb restent inconnus, faute de document éclairant précisément ses origines. Les inscriptions et sources qui précèdent le règne d'Horemheb ne sont pas prolixes concernant sa famille.
Le texte principal qui décrit de manière synthétique sa carrière avant son accession au trône d'Horus, est le texte du couronnement qui se trouve au verso du groupe statuaire représentant le roi en compagnie de la reine Moutnedjemet. Ce groupe statuaire est conservé au Musée égyptologique de Turin.
Dans ce texte officiel, certains des titres du dignitaire qu'il était alors sont cités. Parmi ces derniers, on trouve celui de chef des prophètes d'Horus de Hout Nesout, cité dont sa famille est originaire. Ce titre qui apparaît à l'Ancien Empire est devenu l'apanage des nomarques au Moyen EmpireCes dignitaires qui avaient acquis une grande puissance lors de la Première Période intermédiaire, représentant puis remplaçant l'administration royale, avaient vu leur puissance limitée à la fin de la mais restaient un maillon important du gouvernement des provinces ou des nomes au début du Nouvel Empire. Capitale du de Haute Égypte, la cité de Hout Nesout – que l’on peut traduire littéralement par le « Château du Roi » - . Cette divinité forme la racine du nom même d’Horemheb qui signifie en égyptien ancien, « Horus est en fête ». Cet indice dans les titres de l'officier Horemheb pourrait donc indiquer une origine noble de sa famille. Il l'aurait reçu en héritage de son père qui l'aurait lui-même reçu en héritage.
Cependant on n'a pas trouvé de monuments ou de témoignages d'Horemheb envers ses parents et aïeuls ce qu'il n'aurait pas manqué de faire si ses origines étaient de haute condition. Il peut tout aussi bien être issu d'une famille plus modeste ou bien de simples militaires qui à la représentent la caste montante dans la société égyptienne. Les reliefs de sa tombe memphite dont la décoration précède l'accession à la royauté d'Horemheb, ne représentent qu'exclusivement les fonctions liées à l'administration militaire. Il est donc certain qu'il s'agit d'un militaire de carrière, entré très tôt au service de sa majesté et ayant gravi les échelons et les grades.
Dans cette hypothèse, Horemheb pourrait avoir eu comme ascendants deux militaires homonymes ayant vécu sous la , l'un sous le règne de et l'autre de . Ce dernier possède d'ailleurs une tombe à Thèbes et pourrait être son grand-pèreIl était fort courant en Égypte antique qu'un fils porte le nom de son grand-père. Le fait que plusieurs militaires au cours de la nommés Horemheb aient occupé des fonctions importantes dans l'administration royale est un indice supplémentaire qui milite en faveur d'un lien de parenté entre ces personnages. Cependant, en l'absence de preuves archéologiques formelles, cette relation n'est à l'heure actuelle qu'une hypothèse. Il portait les titres de « Surintendant du bétail sacré », « Capitaine des archers » et « Scribe royal des recrues »Cette dernière fonction importante de l'administration militaire du roi sera d'ailleurs occupée par Horemheb, le futur pharaon. Il est également représenté dans sa tombe en tant que précepteur d'Aménémopet, la fille de , fonction qui le lie de manière étroite à la famille royale.
Biographie vignette|Relief du temple de Louxor réinscrit aux cartouches d'Horemheb.
Carrière diplomatique et militaire
Il semble que la carrière d'Horemheb à la cour des derniers descendants de la famille régnante ait débuté sous le règne d’Akhenaton, et que son ascension ait été par la suite rapide.
Certains spécialistes voient en lui le même personnage que Paatonemheb, c'est-à-dire « Aton est en fête », commandant en chef sous le règne d'Akhenaton et qui s'était fait préparer une sépulture dans la capitale du roi en Amarna. Dans cette hypothèse, il aurait fait changer son nom après le retour à la religion traditionnelle, pour celui d'Horemheb « Horus est en fête ». Mais il existe autant de présomptions que ces deux militaires soient des personnes distinctes.
Quoi qu'il en soit, les sources contemporaines attestent qu'il était au début de sa carrière un scribe royal. Cadre militaire et officier de l'armée du roi, son influence politique est déjà bien développée sous le règne de Toutânkhamon, dont il devient le conseiller et secrétaire particulier.
Il est ensuite nommé à la fonction prestigieuse de « Député du roi sur toute la terre », soit de porte-parole du roi en Égypte et dans toutes les terres étrangères, rôle apparenté à celui de ministre des affaires étrangères. Il est alors à la tête de l'armée, portant les titres de « Supérieur des généraux du Seigneur des Deux-Terres » et « Généralissime », charges les plus élevées de l'administration militaire du pays.
En tant que tel, représentant le roi à l'extérieur des frontières de l'Égypte, il est engagé dans une confrontation assez importante avec les Hittites, qui se termina par une défaite à Amqa, non loin de Qadesh. En Nubie, il conduit personnellement une mission diplomatique, son action aura pour résultat la visite officielle du prince de Miam à la cour de Toutânkhamon. Cette visite, accompagnée de riches tributs, est conduite par le vice-roi de Nubie, le Fils royal de Koush Amenhotep Houy, qui fera représenter la scène dans son tombeau TT40 à Gournet Mourraï.
vignette|gauche|Relief d'une tombe de Saqqarah, représentant un général en chef, prince héréditaire, identifié à Horemheb.
Les reliefs contemporains de cette époque, dont notamment ceux retrouvés dans la tombe du général à Saqqarah, montrent alors les défilés des prisonniers des régions reconquises. Ils sont amenés en captivité avec leurs biens et leurs familles à la cour du roi. Parmi les ethnies représentées, on trouve des Libyens, ce qui suggère que le général ait également opéré dans le désert occidental afin d'y contenir les populations nomades qui menaçaient régulièrement de franchir les frontières du pays et de s'installer sur les riches terres du delta du Nil et du Fayoum.
Outre ce rôle de premier ambassadeur du roi et de chef de l’administration militaire, il organise également des expéditions dans les carrières en tant que Scribe des recrues et de Supérieur des recrues du Maître des Deux-Terres. Ces expéditions demandaient une organisation rigoureuse et une main d'œuvre nombreuse que l'armée en temps de paix fournissait en grande partie, en plus de son rôle classique de sécurisation des longs cortèges qui se déplaçaient ainsi dans des contrées souvent inhospitalières et parfois fréquentées par des bandes de nomades. Ces derniers menaçaient sans cesse les routes et les mines. Or, pour les besoins du programme architectural de Toutânkhamon, il est certain qu'un grand nombre de matériaux de construction a été nécessaire. Partout en Égypte les temples, autrefois fermés sur ordre d'Akhenaton, nécessitaient d'être restaurés, un grand nombre d'entre eux ayant été détériorés par manque d'entretien ou parfois par iconoclasme, notamment à Thèbes. Non seulement le roi rouvre les sanctuaires des anciens dieux, mais il commande de nouveaux monuments que son court règne ne permettra pas d'achever, œuvres qui seront alors reprises par ses successeurs.
Par bien des égards, les titres qu’Horemheb porte pendant cette période, et qui reflètent sa carrière, rappellent ceux d’Amenhotep fils de Hapou, célèbre personnalité de la cour d’. On citera notamment celui de « chef des travaux dans la montagne de quartzite ». En plus du fait de commander les expéditions dans les carrières afin d'en rapporter les matériaux nécessaires aux édifices du règne, cette fonction le distingue comme l'un des principaux architectes du règne du jeune et dernier héritier de la lignée des .
Politicien et courtisan vignette|gauche|Le général Horemheb et ses interprètes à la cour royale
Horemheb reçoit ensuite à Memphis le titre de prince repâ, c'est-à-dire de « Prince royal », titre honorifique qui le place à la tête du gouvernement du pays devant les vizirs.
Ses principaux titres illustrent le haut degré de sa place auprès du roi. On retiendra notamment ceux de « Prince héréditaire de Haute et Basse-Égypte et comte », « Compagnon unique du roi », « Le premier devant les courtisans du roi », « Flabellifère à la droite du roi », « Celui qui est choisi par le roi dans toute la Haute et Basse-Égypte pour assurer le gouvernement des Deux Rives ».
Il aide avec dynamisme à l’œuvre de réforme de Toutânkhamon. Plus proche confident du roi, il a certainement influencé sa politique intérieure dont l’acte principal est le retour à l’orthodoxie religieuse et l’abandon définitif de la capitale d’Akhenaton. La capitale royale est à nouveau transférée à Thèbes, tandis que la cour s’installe avec le souverain et sa reine à Memphis. Il entreprend la réorganisation totale du pays et y refait régner l'ordre en améliorant les conditions de vie du peuple, alors dans une très grande misère.
À la cour, il est le contemporain des grandes personnalités qui accompagnent le règne du jeune roi, telles que le trésorier Maya, le grand prêtre de Rê Méryrê, le grand prêtre de Ptah Méryptah puis son successeur Ptahemhat Ty et surtout le vizir Ousermontou et le Père divin et général Aÿ, qui a traversé les turbulences de la fin de l'expérience amarnienne. Ils forment avec Horemheb le conseil privé du roi qui siège au palais et administre le gouvernement du pays.
Ces personnalités du royaume sont connues grâce aux dédicaces qu'ils laissèrent en l'honneur du roi, pendant son règne ou à l'occasion de ses funérailles. On a retrouvé dans le viatique funéraire qui accompagnait le pharaon dans son ultime demeure de la vallée des Rois, des objets offerts par certains de ces dignitaires portant leur dédicace propre. Mais c'est surtout grâce aux tombeaux qu'ils se sont fait creuser dans la nécropole memphite que l'on peut restituer une image de la société d'alors et du degré de prospérité du pays grâce aux reliefs et aux textes qu'ils portent. En effet, si l'abandon d'Akhetaton avait permis à Thèbes de retrouver son statut de capitale religieuse de l'empire et de la royauté, notamment en étant à nouveau le siège de la nécropole dynastique, c'est avant tout la vieille capitale de l'Égypte, Memphis, qui a profité de la situation. Le roi, sa grande épouse royale et la cour s'y étaient installés à demeure y transférant toute l'administration et la cour, ainsi que probablement une grande part des artisans qui avaient œuvré dans la capitale d'Akhenaton.
Monument funéraire à Saqqarah
vignette|Relief représentant le général Horemheb, déjà orné de l'uræus royal, recevant l'or de la récompense des mains de Toutânkhamon.