vignette|Carte de la Mésopotamie avec les frontières des États modernes, l'ancien tracé du littoral du golfe Persique et les sites des grandes cités antiques.

La Mésopotamie (du grec , de , « entre, au milieu de », et , « fleuve », littéralement le pays « entre les fleuves ») est une région historique du Moyen-Orient située entre le Tigre et l'Euphrate. Elle correspond pour sa plus grande part à l'Irak et la Syrie actuels. Elle comprend deux régions topographiques distinctes : d'une part au nord (nord de la Syrie et de l'Irak actuels, et sud-est de la Turquie), une région de plateaux, zone de cultures pluviales ; d'autre part au sud (est de l'Irak actuel, ouest de l'Iran et nord du Koweït), une région de plaines où se pratique une agriculture reposant exclusivement sur l'irrigation.

Aujourd’hui, le terme « Mésopotamie » est généralement utilisé en référence à l'histoire antique de cette région, pour la civilisation ayant occupé cet espace jusqu'aux premiers siècles de notre ère. Faisant partie des civilisations du Proche-Orient ancien, la civilisation mésopotamienne y occupe une place centrale, considérée comme une des matrices des civilisations historiques du Moyen-Orient et de l'Europe, aux côtés de la civilisation de l'Égypte antique. En effet, elle participe à plusieurs évolutions fondamentales dans l'histoire humaine : s'y trouvent les « origines » de l’État, de la ville, des institutions et de l'administration, de l'impérialisme. Les historiens et archéologues contemporains s'accordent à dire que les Mésopotamiens sont à l'origine du premier système d'écriture créé entre 3400 et 3200 Celui-ci évolua pour donner naissance à l'écriture cunéiforme (du latin cuneus, le « coin »). L'abondante documentation cunéiforme exhumée sur les sites mésopotamiens, combinée à l'étude des autres découvertes archéologiques, permet de connaître de nombreux aspects de la société et de l'économie, la religion et la pensée, les rites, les activités intellectuelles, etc. des différents royaumes mésopotamiens.

thumb|Tablette de comptabilité de la fin du , faisant partie des plus anciens documents écrits connus, musée du Louvre.

La civilisation mésopotamienne prend ses racines dans les évolutions amorcées au Néolithique à partir du au Levant, en Anatolie et dans le Zagros, qui voient les débuts de l'agriculture, de l'élevage et l'expansion des villages sédentaires. Les premiers villages de Mésopotamie sont peu attestés, la région semblant amorcer son développement agricole plus tard que ses voisines. Mais à compter de la fin du Néolithique, à partir de 7000-6000 av. J.-C., elle connaît un développement rapide, que ce soit dans la démographie, les institutions, l'agriculture, les techniques ou les échanges. Au (période d'Uruk) le changement est plus marqué, avec l'apparition des premiers États et des premières villes et celui d'un « système-monde » qui voit rayonner l'influence mésopotamienne sur le Moyen-Orient. L'écriture apparaît à la fin de cette période, qui a donc vu la mise en place des traits caractéristiques de la civilisation mésopotamienne.

thumb|La « face de la Paix » de l'étendard d'Ur, v. 2500 av. J.-C., British Museum. thumb|Détail de « lois » inscrites sur la stèle du Code de Hammurabi, v. 1750 av. J.-C., musée du Louvre. thumb|Sceau-cylindre en calcédoine d'un fonctionnaire babylonien, du règne de (1330-1308 av. J.-C.), musée du Louvre. thumb|Le roi assyrien Assurbanipal et son épouse Libbali-sharrat banquettant. Bas-relief de Ninive, , British Museum. alt=La porte d'Ishtar reconstituée au musée de Pergame.|thumb|La porte d'Ishtar de Babylone, , partie reconstituée au musée de Pergame.

Au , durant la période des dynasties archaïques, la Mésopotamie est occupée par un ensemble de petits royaumes, peuplés par des populations parlant une langue isolée, le sumérien, dans la partie méridionale (le pays de Sumer), et d'autres parlant des langues sémitiques, dont l'akkadien. Cet aspect dual devait marquer la suite de l'histoire mésopotamienne, car si le sumérien n'est plus parlé aux alentours de 2000 av. J.-C., il reste une langue prestigieuse dans les milieux religieux et savants. La fin du est marquée par deux brèves phases d'unification de la majorité de la Mésopotamie (empires d'Akkad et d'Ur), donc le développement de l'impérialisme, puis au millénaire suivant s'affirment plusieurs dynasties aux origines diverses, amorrites dans les premiers siècles (Isin, Larsa, Mari, Babylone, etc.), hourrite, kassite (à Babylone) et assyrienne dans la seconde moitié. La culture mésopotamienne exerce une grande influence dans le reste du Moyen-Orient, indiquée notamment par la diffusion de l'écriture cunéiforme, couramment utilisée en Iran, en Anatolie et au Levant. La région voit ensuite l'expansion depuis la Syrie d'une nouvelle population sémitique, les Araméens, qui prennent une grande importance démographique et culturelle. Les premiers siècles du sont marqués par la constitution de l'Empire néo-assyrien, premier empire à couvrir la majeure partie du Moyen-Orient (à son apogée au , de l’Égypte jusqu'à l'Iran), auquel succède l'Empire babylonien, dernier grand royaume mésopotamien antique. En 539 av. J.-C. la Mésopotamie passe sous la coupe des Perses de la dynastie des Achéménides, qui constituent à leur tour un empire multinational, mais dont le centre est désormais situé hors de Mésopotamie. La domination des dynasties grecques (hellénistiques) et parthes accompagne la fin de la culture mésopotamienne antique, illustrée par la disparition de l'écriture cunéiforme dans les premiers siècles de notre ère.

Qu'est-ce que la Mésopotamie ? Étymologie La notion de « Mésopotamie » a été forgée et définie de l'extérieur, dans l'Antiquité classique puis à l'époque contemporaine. Elle est absente des textes cunéiformes mésopotamiensH. Reculeau, « La Mésopotamie a-t-elle existé ? », dans ..

Le terme Mésopotamie vient du grec , de , « entre, au milieu de », et , « fleuves », littéralement le pays « entre les fleuves ». Ce mot se retrouve d'abord chez Polybe au puis Strabon au siècle suivant, mais il est employé par Arrien (qui écrit au ) pour désigner une province de l'époque d'Alexandre (seconde moitié du ), et pourrait donc remonter à cette époque. Il désigne dans l'Antiquité un espace plus restreint que celui pour lequel il est employé à l'époque moderne, puisque son emploi est limité à désigner l'espace situé entre le Tigre et l'Euphrate au nord de Babylone et jusqu'aux contreforts du Taurus, excluant donc la Babylonie. Cela correspond grosso modo à la Djezireh des géographes arabes médiévaux et dans la terminologie actuelle à la Haute Mésopotamie. Le mot grec semble repris d'expressions similaires attestées en araméen antique. Il a pu être proposé que cette expression dérive elle-même d'expressions isolées plus anciennes en akkadien, comme Berît nâri « entre le fleuve » et Mât birîti « pays du milieu », qui désignent des régions situées en Haute Mésopotamie, mais cela est douteuxP. Villard, « Mésopotamie », dans . H. Reculeau, « La Mésopotamie a-t-elle existé ? », dans . Propositions anciennes : ..

Les historiens modernes ont longtemps hésité sur la manière de désigner les civilisations qu'ils redécouvraient. Ce fut d'abord l'Assyrie au milieu du , puis la Babylonie (ou Chaldée) dans les décennies suivantes, ce qui explique que la désignation d'une civilisation « assyro-babylonienne » a été courante. Puis le pays de Sumer fut à son tour redécouvert à la fin du . Avec la découverte d'autres sites de Syrie orientale (Mari avant tout) ayant une culture similaire, mais ne rentrant pas dans les terminologies en usage, l'expression « civilisation mésopotamienne » s'est progressivement imposée afin d'englober ces différentes composantes ; il renvoie à comme article déterminant dans cette évolution terminologique..

Géographie

La Mésopotamie est structurée autour des deux fleuves à qui elle doit son nom, l'Euphrate à l'ouest, et le Tigre à l'est. Ils naissent tous les deux dans les hauts plateaux de l'est anatolien, puis le premier parcourt au sortir des monts du Taurus les espaces arides syro-mésopotamiens en connaissant un important changement de direction et recevant peu d'affluents, tandis que le second a un tracé plus court et direct vers le Golfe et reçoit plusieurs affluents venus du Zagros à l'est (Grand Zab, Petit Zab, Diyala), qui font que son débit est plus rapideF. Joannès, « Tigre », dans ; F. Joannès, « Euphrate », dans . ..

Sa géographie physique se distingue en deux régions principales au Nord et au Sud dont la césure se situe à la hauteur de l'actuelle Bagdad. La Haute Mésopotamie, ou Djézireh, est une région de plateaux de 200 à d'altitude, où les deux fleuves coulent donc dans des vallées encaissées, située dans l'espace où leurs cours sont les plus éloignés. Elle se divise entre une Haute Djézireh, au nord nord-est, plus arrosée, et une Basse Djézireh au sud sud-ouest, plus aride. La Basse Mésopotamie est formée là où les deux cours des fleuves se sont rapprochés. C'est une plaine extrêmement plane, formée par l'accumulation des alluvions charriées par les deux fleuves, où se forment de nombreux bras de fleuve et espaces marécageux formant un vaste delta à son extrême-sud. De nos jours les deux fleuves fusionnent pour former le Chatt-el-Arab qui se jette dans le Golfe, mais durant l'Antiquité le littoral était situé plus au nord et a progressé vers le sud avec l'accumulation des dépôts d'alluvions. C'est une région très aride, aux précipitations annuelles inférieures à , rendant l'irrigation impérative pour l'agriculture. Le climat antique de la Mésopotamie était grossièrement similaire à celui observé au . Un troisième ensemble géographique est celui de la steppe et du désert qui rejoignent les déserts de Syrie et d'Arabie.

Les modes de vie qui se développent durant l'histoire mésopotamienne dépendent fortement des conditions climatiques à cause de ce contexte géographique particulièrement ouvert. Les parties montagneuses septentrionales ne constituent pas une zone de frontière mais une zone de passage et d'interaction dans les activités des différents groupes humains. La pression du contexte géographique pousse ces communautés à préserver ces échanges et à devenir complémentaires.

Contours généraux

Sur le plan chronologique, si le début des périodes historiques est placé par convention durant la période d'Uruk finale, quand apparaît l'écriture (v. 3400-3300 av. J.-C.), on peut faire remonter l'étude de la Mésopotamie antique au moins jusqu'au début du Néolithique, après 10000 av. J.-C., et parfois plus haut jusqu'aux premières attestations de présence humaine lors du Paléolithique moyen. Où situer la limite finale à l'histoire mésopotamienne ne fait pas l'objet de consensus : certains s'arrêtent à la conquête de l'Empire néo-babylonien par le roi perse en 539 av. J.-C., d'autres par la conquête de l'Empire perse par Alexandre le Grand (331-323 av. J.-C.)Par exemple (justifié )., d'autres intègrent la période hellénistique qui suit (jusqu'aux débuts de notre ère environ, durant la période de l'Empire parthe)C'est le cas de ., d'autres encore vont jusqu'au début de l'époque islamique ( de note ère)Par exemple ..

Sur le plan géographique, dans le vocabulaire des historiens actuels, le terme Mésopotamie est employé pour désigner la région antique correspondant à la majeure partie de l'Irak actuel, avec en plus la frange nord-est de la Syrie, située à l'est de l'Euphrate, et aussi une partie du Sud-est de la Turquie située entre Euphrate et TigrePar exemple et P. Villard, « Mésopotamie », dans ..

Comme souvent, ces contours ne suffisent pas à rendre compte des différents aspects des civilisations étudiées, aussi les archéologues et historiens ont tendance tantôt à prendre un cadre géographique plus restreint, tantôt un cadre plus large.