La province des îles Loyauté est une des trois provinces qui constituent la Nouvelle-Calédonie. Elle correspond à l'archipel des îles Loyauté, arc insulaire situé au nord-est de la Grande Terre et comprenant quatre îles disposées selon un axe sud-est - nord-ouest : Maré, Tiga, Lifou et Ouvéa.
Les îles font partie des aires coutumières Drehu (Lifou et Tiga), Iaai (Ouvéa) et Nengone (Maré).
Histoire vignette|gauche|Carte physique des îles Loyauté. Avant les Européens
Des poteries de type Lapita (dont les dates d'utilisation, d'après les sources archéologiques découvertes, vont du millénaire av. J.C. au ) ont été retrouvées sur deux sites aux îles Loyauté : Luecilla à Lifou et Patho à Maré.. C'est vraisemblablement par la suite, à partir du début de notre ère, que la culture kanakL'origine du terme Kanak est généralement attribué au mot hawaiien « kanaka » qui signifie « être humain », repris ensuite par les Européens pour désigner les populations autochtones du Pacifique, et plus particulièrement de la Mélanésie, sous la forme « canaque ». Celui-ci prit rapidement un terme à connotation péjorative en Nouvelle-Calédonie avant d'être revendiquée sous la graphie « Kanak » par les populations mélanésiennes de l'archipel commence à se développer, issue probablement du développement d'une différenciation régionale de plus en plus poussée au sein des populations austronésiennes de tradition Lapita et de nouveaux apports de populations venant des îles Salomon ou du Vanuatu et issues de la première vague de peuplement de l'Océanie (dite du Sahul). Plus particulièrement, plusieurs récits issus de la tradition orale kanak font de plus état de migrations polynésiennes (surtout de Tonga, des Samoa, de Wallis et Futuna) vers les Îles Loyauté et l'île des Pins, potentiellement entre le et le tout début du .
Ceci a permis de développer aux îles Loyauté une organisation clanique légèrement différente de celle de la Grande Terre. Avant l'arrivée des Européens, les clans sont généralement fédérés au sein d'une entité plus large organisée sur le plan politique, des « grandes chefferies » ou districts coutumiers qui s'apparentent déjà plus au système de la royauté polynésienne. De plus, la présence à Ouvéa d'une langue polynésienne, le faga uvea, variante dialectale du wallisien, témoigne de ces mouvements de population. Apparaissent ainsi une hiérarchisation et une spécialisation des clans en fonction des attributions qui leur sont confiées au sein de la grande chefferie : il existe ainsi notamment des clans des propriétaires fonciers, de la mer (regroupant les pêcheurs), de la magie et guerriers. Le grand-chef symbolise le district et assure la cohésion sociale et à ce titre, il est respecté et adulé par la population du district. Il est la référence, le chef des hommes et de la terre et tranche, en dernier ressort, en cas de litiges, tandis que les chefs de clan lui doivent obéissance et respect.
Navigateurs européens et missionnaires En 1793, le contre-amiral français Antoine de Bruny d'Entrecasteaux, parti en 1791 à la demande de Louis XVI pour retrouver La Pérouse, passe au large de la Nouvelle-Calédonie, reconnaît la Côte Ouest de la Grande Terre et se serait arrêté notamment aux îles Loyauté. Dorothy Shineberg nous dit que ce groupe d'îles fut aperçu la même année par le navire marchand Britannia (Capitaine Raven) au cours d'un voyage de Sydney à Batavia (Jakarta). Plusieurs appellations sont alors données à ces îles par les marins passant au large, notamment Britannia tour à tour donné à l'actuelle Ouvéa, à Maré, ou à l'ensemble de l'archipel, tandis que le nom d'un autre bâtiment en expédition dans les mers du sud entre 1789 à 1790, le Loyalty (ou Loyalist, capitaine Jethro Daggett), commence à être utilisé pour désigner ce qui devient ainsi les Loyalty Island.. Néanmoins, la découverte des îles par les Européens est généralement attribuée à l'explorateur français Jules Dumont d'Urville qui en assure la première exploration complète le à bord de L'Astrolabe. et en dresse la carte définitive après une deuxième expédition en 1840.. Il retient les noms de Loyauté pour l'ensemble, de Britannia pour Maré, et baptise les deux autres îles principales Chabrol (Lifou, en l'honneur de Christophe de Chabrol de Crouzol, ministre français de la Marine de 1824 à 1828) et Halgan (Ouvéa, d'après l'amiral Emmanuel Halgan, directeur du personnel au ministère de la Marine de 1824 à 1831 et membre de la Chambre des députés de 1819 à 1830)..
Au début du , les îles Loyauté sont également un point de relâche pour les baleiniers qui viennent s'y approvisionner en vivres et en eau auprès des populations locales ou pour les santaliers, et qui favorisent l'usage des noms actuels des îles à partir de toponymes ou termes particuliers mélanésiens. S'y ajoutent un certain nombre de beachcomber, naufragés et autres aventuriers, essentiellement britanniques qui s'implantent dans l'archipel et se mêlent aux Kanaks. Ceci explique la présence de quelques patronymes anglo-saxons répandus chez les Mélanésiens des îles : les Wright de Lifou et Maré (descendants du négociant anglais James Johnston Wright, installé à Chépénéhé à Lifou à partir de 1855, il épouse la fille aînée du petit-chef ; son fils, Henri Wright, s'est fixé pour sa part à Maré, tandis que les alliances contractées par ses filles ou petites-filles font de lui l'ancêtre de plusieurs grands-chefs : Henri et son fils Nidoïsh Naisseline à Guahma sur Maré, Paul puis Pascal Sihazé du Wet à Lifou, Henri puis Evanès Boula de Loessi à Lifou également), les Forrest ou Forest de Lifou (issus d'un aventurier américain installé vers le milieu du à Lifou et dont peu de choses sont connues, et de ses quatre fils identifiés. L’un de ses fils a épousé Cakine Boula et est donc l'ancêtre de la lignée des grands-chefs de Loessi) ou les Streeter également sur Lifou.
L'influence européenne aux îles Loyauté se fait surtout sentir, et de manière durable, par l'action des missions, notamment protestantes. La (LMS) envoie en 1841 deux pasteurs Samoans, Taniela et Tataïo, à Maré. L'année suivante, un autre missionnaire de la LMS, venu pour sa part des îles Cook, Fao ou Paoo, est envoyé à Lifou après une halte à Maré (il est accompagné jusqu'en 1845 du rarotongien Zakaria, avant que celui-ci ne soit renvoyé pour des affaires de mœurs). Il fonde le foyer Bethany / Béthanie, première école pastorale de l'archipel d'où sortent les premiers natas (pasteurs ou catéchistes en drehu) Kanaks formés afin d'aider à l'évangélisation d'Ouvéa (à partir de 1856) et de la Grande Terre, voire dans les autres îles du Pacifique tels que les Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée, prêchant de manière itinérante en passant de tribu en tribu. Leur tâche est facilitée par la conversion d'autorités coutumières (Nidoïsh Naisseline à Maré en 1848, le grand-chef Boula de Loessi, ou angajoxu, à Lifou en 1851), même si les rivalités claniques ou conflits sociaux ou politiques peuvent parfois la ralentir (Fao doit se réfugier à Maré durant une guerre de succession après la mort du grand-chef Boula entre 1848 à 1849).
L'installation de missions catholiques maristes commence à la fin des années 1850 : le père Jean Bernard (1807-1878), assisté par le wallisien Siriano, s'implante à Ouvéa en 1857 ; le père Jean-Baptiste Fabvre (1823-1883) s'installe en 1858 dans la grande-chefferie de Gaitcha dans l'ouest puis à Eacho dans le Wet au nord ; le père François Beaulieu (1839-1926) fonde enfin en 1866 la mission de La Roche sur Maré. Pour faire face à ces nouveaux rivaux, les protestants organisent mieux leur action dans les Loyauté avec l'arrivée de pasteurs méthodistes anglais : Stephen Mark Creagh (1826-1902) et John Jones (1829-1908) s'installent à Maré en ; Samuel Macfarlane (1837-1911) et William Baker (né en 1834) arrivent à Lifou en , Baker démissionnant dès 1861 pour être remplacé l'année suivante par James Sleigh (1818-1901) ; Samuel Ella (1823-1899) débarque à Ouvéa (où les catholiques ont pris l'ascendant) en 1864.
Les tensions religieuses s'ajoutent à des oppositions coutumières et aux rivalités franco-britanniques, entraînant le déclenchement de véritables « guerres de religion » entre tribus catholiques (avec maristes français) et protestantes (avec pasteurs anglais) dans les années 1860 et 1870, nécessitant l'intervention des autorités coloniales pour rétablir l'ordre, généralement en faveur des catholiques. Les sources sur cette période sont soit rares, soit particulièrement partiales (les premiers récits et travaux historiques ayant été réalisés par des religieux de l'un ou l'autre culte). À Lifou, les conflits durent réellement de à , et sont marqués notamment en 1864 par la « bataille de Chépénéhé » entre Mélanésiens protestants et les troupes françaises du gouverneur Charles Guillain. Ce dernier demande à partir de 1867 le renvoi du révérend MacFarlane, qu'il qualifie d'agitateur et qui finit par quitter l'archipel en 1871 (il est remplacé par le révérend Creagh, dépêché depuis Maré).
L'archipel est, de fait, rattaché, ou annexé, à la Nouvelle-Calédonie (Grande Terre) dès 1864-1865, en même temps que le premier bagne ouvre sur l'île Nou (Nouméa).
À Ouvéa, ce sont les catholiques, majoritaires, qui attaquent les protestants entre 1872 et 1875, ce qui entraîne l'envoi sur l'île des pasteurs Sleigh et Creagh de Lifou en l'absence du chef de la mission, le révérend Ella.
À Maré, le père Beaulieu doit quitter l'île avec ses néophytes d'abord de janvier à pour se réfugier à Lifou, puis de manière plus durable à l'île des Pins à partir du mois de décembre de la même année, estimant « le gouvernement […] incapable de les protéger » contre les protestants. Il ne peut revenir à Medu qu'en , et finalement à La Roche en 1881, tandis que le pasteur Jones est expulsé sur ordre du gouvernement français en (il essaye en 1887 de revenir dans l'île mais est à chaque fois éconduit par les autorités).. Les tensions ne retombent véritablement qu'à la toute fin du , notamment avec la rupture des missions protestantes avec la (LMS) au profit de la Société des missions évangéliques de Paris (SMEP), ce qui supprime la question des rivalités nationales et donc la méfiance que pouvaient avoir les autorités françaises à l'encontre des pasteurs anglais.
À la mortalité induite de ces conflits, s'ajoutent, dès les premiers contacts avec les Européens dans les années 1840, un choc infectieux entraînant une série d'épidémies rapportées par la tradition orale (une à Maré et Lifou vers 1842, et la dysenterie qui frappe l'île principale en 1842 et 1845). Toutefois, l'absence de source fiable sur la population des îles avant 1870 empêche de connaître les réelles conséquences démographiques de ces épidémies aux Loyauté. Selon Christiane Kasarhérou-Leurquin, de 1840 à 1860, .. Quoi qu'il en soit, la relativement faible présence européenne en l'absence d'une colonisation de peuplement (contrairement à la Grande Terre) permet le maintien de la population mélanésienne à un niveau assez élevé et stable à la fin du et au début du : elle passe d'un peu plus de en 1860-1870 à un peu moins de à partir de 1885, avec des variations peu marquées..
Réserves mélanésiennes intégrales