Mieczysław (Mietek) Grajewski. , dit Martin Gray, est un écrivain franco-américain d'origine juive polonaise, né le à Varsovie (Voïvodie de Varsovie) et mort le à Ciney (Wallonie/Belgique).

Dans son œuvre la mieux connue, Au nom de tous les miens (1971), il décrit une partie de sa vie et notamment le drame d'avoir perdu à deux reprises toute sa famille, d'abord dans les camps d'extermination nazis, puis dans l'incendie de sa maison dans le sud de la France. Ses mémoires, rédigées avec l'aide de l'historien et romancier français Max Gallo, ont fait l'objet d'une controverse en raison de la façon dont sont mêlées réalité et fiction.

Biographie thumb|upright|gauche| (Martin Gray). Monument érigé non loin de sa résidence bruxelloiseSeconde partie du texte de la plaquette fixée sur le socle du monument..Martin Gray, né le à Varsovie (Voïvodie de Varsovie), est le fils d'un gantier faisant partie de la communauté juive de Varsovie.

Martin Gray a 17 ans quand le , le Troisième Reich envahit la PologneSite officiel de Martin Gray (la notice biographique du Who's Who in France indique toutefois le 27 avril 1925).. Il est transféré avec ses proches dans le ghetto de Varsovie.. Pour franchir les murs du ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il soudoie des soldats nazis, des gardes polonais et des hommes du Jüdischer Ordnungsdienst (police juive du ghetto). Il devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des aller-retours pour rapporter de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle son père est arrêté pour être déporté. Grâce à ses connaissances Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.

Selon son autobiographie « Au nom de tous les miens », il se serait livré pour accompagner sa mère et ses deux frères, déportés à Treblinka où ils sont assassinés tandis qu'il y aurait été affecté à divers kommandos, dont les sonderkommandos (chargés d'extraire les corps des chambres à gaz). Il a cependant admis que cette partie était vraisemblablement une invention de son prête-plume, Max Gallo. Résumant les avis de plusieurs historiens, Sue Vice déclare:« Bien que Gray ait effectivement vécu dans le ghetto de Varsovie et que les membres de sa famille aient effectivement été déportés à Treblinka où ils ont été tués, Gray lui-même n'y a pas été emmené. Il semblerait que Gray ait plutôt quitté le ghetto et vécu avec de faux papiers dans la partie aryenne de Varsovie. »À son retour à Varsovie, il retrouve son père, qu'il croyait mort, et fait désormais partie de la résistance militaire. Cependant, quelques jours plus tard, lors de l'insurrection du ghetto, son père sera abattu devant ses yeux, parmi un groupe de juifs qui s'étaient jetés sur des SS après s'être rendus..

Il rejoint ensuite les partisans, puis l'Armée rouge, au sein de laquelle il finit la guerre, et marche sur Berlin le . Il est lieutenant du NKVD (ancêtre du KGB).

Son chef lui dit : et . Martin Gray accepte, la mort dans l'âme, dit-ilMartin Gray, Au nom de tous les miens, éd. Pocket, 1998, ., mais il dit aussi avoir cherché à utiliser ses fonctions pour se venger. . Dans les prisons, il recherche des policiers polonais du temps de son marché noir dans le ghetto, notamment un qui avait refusé de , c'est-à-dire de fermer les yeux contre rétribution. Quand un collaborateur des nazis est circoncis, il le fait relâcherMartin Gray, Au nom de tous les miens, éd. Pocket, 1998, .. Ses fonctions suivantes dans le NKVD consistent à faire avouer à des garçons du Werwolf qu'ils ont : . . Pour lui, ces garçons de Berlin étaient innocents, comme le montre ce qu'il dit de cas semblables qu'il rencontra dans d'autres localités : Martin Gray, Au nom de tous les miens, Le Livre de Poche, ; éd. Pocket, 1998, .. Il a l'impression de se retrouver dans le camp des bourreaux.

Il est décoré d'ordres prestigieux de l'Armée rouge pour son action au sein du NKVD : ordre de l’Étoile rouge, ordre de la Guerre patriotique et ordre d'Alexandre Nevski.. Cent dix membres de sa famille sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale..

Après la guerre Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.

Il fait fortune en vendant à des antiquaires américains des copies de porcelaines et de lustres qu'il fait fabriquer en Europe.. Certains critiques relevèrent sévèrement le fait que Martin Gray, d'après le livre même dont il était coauteur avec Max Gallo, ait vendu, directement aux acheteurs finaux dans un magasin d'antiquités à lui et indirectement via d'autres antiquaires, des copies d'objets anciens qu'il fabriquait lui-même ou faisait fabriquer. Pierre Vidal-Naquet, qui avait d'abord avalisé ces critiques, écrivit ensuite : « Enfin, si M. Martin Gray peut à juste titre se plaindre d'être présenté comme un marchand de fausses antiquités alors que les documents qu'il m'a montrés établissent qu'il ne dissimulait pas le caractère récent des objets qu'il vendait, il ne peut que s'en prendre à M. Max Gallo, qui le présente effectivement comme fabricant et faisant fabriquer des “antiquités”Pierre Vidal-Naquet, « Une lettre de M. Vidal-Naquet. Martin Gray et le camp de Treblinka. », Le Monde, 29/30 janvier 1984, .. » Pourtant, en 2006, une nouvelle édition de langue anglaise dAu nom de tous les miens reproduit un avant-propos, écrit en 1971, où David Douglas Duncan, ami de Martin Gray, évoquait « ce sourire de petit garçon quand il avouait avoir produit en masse des lustres de haute époque dans la cave de son magasin d'antiquités de la IIIe Avenue. » Dans un nouvel avant-propos à cette même édition, on lit : « Bien que Martin admette qu'il a parfois donné un coup de pouce quand il mettait sur pied son commerce d'antiquités (...)Martin Gray, For Those I Loved, 35th Anniversary Expanded Edition, Hampton Roads, 2006, Foreword de David Douglas Duncan (1971), p. xiii, et Foreword de William R. Forschen (2006), p. xii. ».

Il est naturalisé citoyen américain en 1952Notice biographique, Who's Who in France, 2008. et devient Martin GrayPhilippe-Jean Catinchi, « L’écrivain Martin Gray, auteur d’ 'Au nom de tous les miens', est mort », Le Monde, 25 et 26 avril 2016, en ligne.. Il rencontre Dina Cult, jeune mannequin américaine d'origine hollandaise, et l'épouse en 1959. Ils s'installent dans le sud-est de la France, à Tanneron, non loin de Mandelieu.

Le , son épouse et ses quatre enfants meurent dans l'incendie du Tanneron.. Au bord du suicide :, il déclare avoir décidé de lutter pour devenir un témoin et trouver encore une fois la force de survivre :, l'écriture devenant alors, d'après lui, une thérapie.

Depuis lors, Martin Gray, remarié deux fois, est père de cinq autres enfants (Barbara, Larissa, Jonathan, Grégory et Tom)..

En 2001, après plus de quarante ans passés dans le Var, Martin Gray s'installe en Belgique, à Uccle, commune aisée dans l'agglomération de Bruxelles., dont il est fait citoyen d'honneur en 2007.

À partir de 2005 il habite à Cannes.. En 2012 il s'installe à Ciney dans le Condroz belge où il est fait citoyen d'honneur le ... Il est retrouvé mort à son domicile, dans sa piscine, dans la nuit du 24 au , deux jours avant son anniversaire.

Activités philanthropiques Fondation Dina Gray S'attachant à faire vivre le souvenir des siens, il crée la fondation Dina Gray. à vocation écologique, chargée de lutter contre les incendies de forêts et pour la protection de l'Homme à travers son cadre de vie. À l'automne 1971, la Fondation lance la campagne « Un arbre un enfant ».

Arche de la Défense Martin Gray a été le président de l'Arche de la Défense près de Paris durant plusieurs années (1989-2001).D'après Nice Matin, 25 avril 2016, en ligne, il fut nommé président du Toit de la Grande Arche de la Défense en 1995..

Coordination française pour la Décennie Il a été également membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Écrivain Malgré une douzaine d'ouvrages publiésBibliographie commentée, avec des extraits, sur le site officiel de Martin Gray., Martin Gray dit ne pas se considérer lui-même comme écrivain, mais plutôt comme un témoin. « Je n'écris pas, je crie », affirme-t-il dans une interview en 2004..

Ses livres sont au service de ses activités philanthropiques, comme le montre la préface de Max Gallo à Au nom de tous les miens : « Martin Gray voulait dire sa vie. Parce que, pour les siens disparus, pour lui-même, pour sa fondation, il avait besoin de parler, besoin qu'on sache.. » À la sortie dAu nom de tous les miens, la Shoah est encore peu médiatisée, et le livre publié chez Robert Laffont connaît un franc succès. Il est par la suite traduit en . Il fait l'objet d'une adaptation cinématographique sous le même titre par Robert Enrico en 1983.

Controverse

Une controverse existe au sujet de la véracité d’Au nom de tous les miens. Gitta Sereny Sunday Times, 2 mai 1973, et New Statesman, 2 novembre 1979, 670-673. accuse Gray et Max Gallo d'avoir inventé le séjour de Gray à Treblinka. Pierre Vidal-Naquet, après avoir d'abord emboîté le pas à Gitta Sereny, s'est laissé convaincre par des attestations fournies par Martin Gray et a retiré ses accusations contre lui, mais a continué à reprocher à Max Gallo d'avoir pris des libertés avec la véritéLe Monde, 27-28 novembre 1983, 9..

En 2010, Alexandre Prstojevic., universitaire spécialiste de littérature, mentionne dans une même phrase les livres de Martin Gray, de Jean-François Steiner et de Misha Defonseca comme exemples de récits .

Publications Au nom de tous les miens, avec Max Gallo : 1971 ( http://www.martingray.eu/bibliography.htm) ; 1975, Le Livre de Poche ; 2002, Pocket, For Those I Loved (trad. de Anthony White, 1972, puis de Anne-Marie Dujany, 2006) ; 2006, Hampton Roads Publishing Company, Inc. Le Livre de la vie : pour trouver le bonheur, le courage et l'espoir : 1973 () ; ; 1999, J'ai Lu ; 2005, Les Éditions du Rocher, A Book of Life: To Find Happiness, Courage and Hope (trad. de Michael Roloff) : 1975, Seabury Press, Les Forces de la vie : 1975 () ; ; 2006, Les Éditions du Rocher The Force of Life : 1978, New American Library, Les Pensées de notre vie : 1977 () ; La Vie renaîtra de la nuit : 1977 () ; Le Nouveau Livre : 1980 (), Robert Laffont J'écris aux hommes de demain : 1983 () ; La Maison humaine : 1984 (), Robert Laffont, Entre la haine et l'amour : 1990 () ; Vivre debout : 1993 () ; La Prière de l'enfant : 1994 () ; Au nom de tous les hommes : 2004 (), Les Éditions du Rocher, ; 2006, Pocket, Ma vie en partage, entretiens avec Mélanie LoiselPrésentation écrite de Ma vie en partage, sur collectif-litterature.comPrésentation orale de Ma vie en partage, par interview audio des auteurs, Martin Gray et Mélanie Loisel, sur Radio-Canada, le 27 mai 2014 (de 9 h 07 à 9 h 18). : 2014 (), Les Éditions de l'Aube,

Distinctions 2007 : citoyen d'honneur de la commune d'Uccle en Belgique. Prix international Dag Hammarskjoeld pour Au nom de tous les miens. Docteur honoris causa de l'université américaine de Paris, de l'université de Genève de diplomatie et relations internationales Médaille d'or du Mérite européen. 2013 : citoyen d'honneur de la ville de Ciney en Belgique.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Au nom de tous les miens, film de Robert Enrico (1983) , film de Frits Vrij (2007) Jerzy Kosinski Binjamin Wilkomirski Herman Rosenblat

Documentation Entrevue avec Martin Gray, par Steve Proulx

Ressources radiophoniques Martin Gray, le témoin, Affaires sensibles, France Inter, Liens externes

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