(en grec ), dit l'Aveugle (né en 771 et mort avant 805), est un empereur byzantin de 780 à 797. Fait coempereur à l’âge de cinq ans par son père , il succède à celui-ci en 780. Sa mère, Irène, assure la régence avec le logothète du Drome, Staurakios. Sous l’égide de celle-ci, Constantin signe les actes du deuxième Concile de Nicée qui abolit l’iconoclasme. Avec l’aide du général Michel Lachanodrakôn il dépose sa mère en 790. Il s’avère toutefois un piètre souverain tant sur le plan extérieur contre les Arabes et les Bulgares que sur le plan intérieur, devant faire revenir sa mère en 792. Son divorce de son épouse Marie l’Arménienne donne lieu au « schisme moechien ». Il est victime d’un complot ourdi par sa mère en ; aveuglé d’horrible façon, il doit se retirer dans un monastère hors de Constantinople où il meurt à une date inconnue, certainement avant 805.
Contexte historique
thumb|left| (à gauche) et son fils (à droite) d’après la reconstitution d’une pièce de monnaie de l’époque.
Le très court règne de son père, Sa mère, Tzitzak, était la fille du khan khazar. (775-780), avait été dominé par la question de l’iconoclasme qui, s’étendant sur une centaine d’années (726 à 843), devait se dérouler en deux étapes. Au cours de la première qui nous occupe ici, de 723 à 775, les empereurs () et son fils () adoptèrent une attitude de plus en plus intransigeante et violente à l’endroit du culte des images, ordonnant la destruction systématique des icônes représentant le Christ ou les saints, qu’il s’agisse de mosaïques ornant les murs des églises, d’images peintes ou d’enluminures de livres. continua la politique officielle de son père, mais s’abstint de persécuter les « iconodules »Partisans du culte des images, contrairement aux « iconoclastes ».. Aux dires de Théophane le Confesseur, contemporain des évènements, Léon contrairement à son père avait une grande dévotion à l’égard de la Vierge Marie et comptait parmi ses relations nombre de moines dont il fit nommer certains évêques. Toutefois, il n’hésita pas à sévir contre cinq dignitaires du palais soupçonnés d’avoir introduit des icônes dans les appartements de son épouse, Irène l’Athénienne qui était, elle, iconodule. Sur le plan dynastique, il nomma le fils qu’il avait eu d’elle, Constantin, coempereur dès son plus jeune âge, écartant ainsi les deux fils que son père avait eu de sa troisième épouse et qui avaient reçu le titre de « césar ». Sur le plan extérieur, l’empire maintint la paix avec son voisin bulgare, alors que les Arabes qui avaient repris l’offensive en Asie mineure subirent deux importantes défaites, l’une en Cilicie, l’autre dans le thème des ArméniaquesBréhier (1969) .Ostrogorsky (1983) .Treadgold (1997) ..
Enfance et régence d’Irène
Affirmation du pouvoir d’Irène
thumb|right|Irène, empereur de Byzance, d’après une représentation du Pala d’Oro de Venise.
Cette question de l’iconoclasme devait, à un titre ou un autre, dominer les premières années du règne de . Lorsque mourut subitement de la maladie du charbon en 780, ni son épouse, Irène, ni le fils de celle-ci, Constantin alors âgé de dix ans, ne semblaient capables de faire face aux défis qu’affrontait l’empireNorwich (1989) .. Alors que l’armée, le gouvernement et le clergé avaient été iconoclastes depuis près de cinquante ans, Irène était connue comme iconodule. En tant que femme, elle ne pouvait de plus conduire les armées qui étaient devenues l’élément le plus important de l’ÉtatTreadgold (1997) .. Quant à Constantin, si le principe de la succession au profit du fils aîné de l’empereur défunt avait fait des progrès, il n’était pas encore ancré dans les mœurs. Aussi décida-t-il dès 776 de désigner son fils aîné, Constantin, comme coempereur, « à la demande de l’armée » nous dit Théophane le Confesseur, et obligea ses officiers ainsi que les représentants des corporations de la capitale à lui prêter serment d’allégeanceThéophane, 447.Auzépy (2008) .. Cela éloignait les deux frères de l’empereur, Nicéphore et Christophe, déjà nommés « Césars » en 769 qui croyaient avoir des droits d’accéder au trône. De fait, un complot fut ourdi rassemblant nombre de hauts fonctionnaires iconoclastes pour mettre Nicéphore sur le trône. L’impératrice étouffa rapidement ce début de soulèvement et força les frères de son époux à embrasser la prêtrise et à donner la communion aux fidèles le jour de Noël 780 comme preuve de leur « conversion »Ostrogorsky (1983) .Bréhier (1969) ..
Les têtes dirigeantes de ce complot avaient été le logothète du dromePrincipal ministre de l’empereur; à la tête de la poste impériale et, à ce titre, des affaires étrangères. et le domestique des excubitesCorps d’élite créé par pour servir de garde impériale.. Le poste de logothète fut immédiatement confié à Staurakios, eunuque déjà élevé au rang de patrice qui, s’il apportait à Irène le soutien de la bureaucratie, lui valut aussi la hargne de l’arméeGarland (1999), .Treadgold (1997) ..
Menaces extérieures
thumb|left|Dinar d’Hâroun ar-Rachîd, hégire 170-193.
Or ce dernier appui lui aurait été grandement nécessaire, car sitôt en place son gouvernement dut faire face à de graves menaces sur plusieurs fronts. Déjà l’armée d’Anatolie s’était mutinée et déclarée en faveur de Nicéphore; ses commandants furent sévèrement punis. Ce devait être le début d’une purge au sein des armées, traditionnellement iconoclastes, qui privaient aussi celles-ci d’éléments de grandes valeurs face à l’ennemi : révolté, le stratège de Sicile Helpidius se déclara indépendant en 781 et se rangea du côté des Sarrasins d'Afrique du nordNorwich (1988) .. Constatant que la majeure partie de l’armée était occupée en Sicile, les Arabes attaquèrent la Cappadoce, mais furent refoulés par le stratège du thème des Thracésiens, Michel Lachanodrakôn, ardent et cruel iconoclaste. Le calife répliqua l’année suivante en envoyant son fils, Hâroun ar-Rachîd, à la tête d’une armée forte de soldats. Se méfiant des généraux nommés par son mari, Irène plaça à la tête de l’armée son ministre Staurakios, lequel fut trahi par l’un des généraux, si bien qu’Irène dut accepter une trêve et payer une rançon de nomismatas pour la liberté de son ministre. Immédiatement après, en 783, une expédition dut être envoyée dans les Balkans contre les Slaves. Staurakios devait y sauver sa réputation regagnant en une année autant de territoire en Thrace que l’avait fait durant tout son règneTreadgold (1997) ..
Rétablissement de l’orthodoxie
thumb|right|Icône du représentant le deuxième concile de Nicée (couvent de Novodievitchi).
Les plus hautes fonctions de l’État et de l’Église ainsi que la majorité des hauts gradés de l’armée étant iconoclastes, Irène dut user de prudence pour procéder au rétablissement du culte des images. Une occasion se présenta l’année suivante lorsque mourut le patriarche Paul nommé par . Bien qu’ayant dû prêter serment de défendre l’iconoclasme à son avènement, Paul avait rejeté comme inauthentiques certains documents sur lesquels se basaient cette doctrine et ressentait douloureusement l’isolement de l’Église de Constantinople, les autres patriarches étant demeurés fidèles aux images. Ayant abandonné sa charge, il aurait suggéré à l'impératrice que le protasekretis Taraise, haut fonctionnaire mais simple laïc, était le mieux à même de prendre sa succession. Avant d’accepter la charge, ce dernier exigea qu’un concile soit réuni pour condamner l’iconoclasme. Taraise fut consacré le et l’impératrice écrivit au pape pour lui faire part de ses intentions. Le , le concile se réunit dans l’église des Saints-Apôtres de Constantinople. Les discussions avaient à peine commencé qu’elles furent interrompues par les soldats de la garde impériale de la capitale qui, dégainant leurs épées, dispersèrent les évêques rassemblés (au grand bonheur de certains d’entre eux, encore fidèles iconoclastes)Ostrogorsky (1983) .Treadgold (1997) ..
Traditionnellement, les armées d’Asie étaient favorables à l’iconoclasme alors que celles d’Europe étaient partisanes du culte des images. Sous prétexte de prévenir de nouvelles attaques arabes, Irène envoya en Orient les troupes iconoclastes de la capitale, les remplaça par des troupes venues de Thrace et licencia les gardes de la capitale qui avaient interrompu le concile. En de nouvelles invitations furent lancées, mais par précaution, le concile se réunit à Nicée, en dehors de la capitale. Ce fut le septième concile œcuménique et le deuxième de Nicée. Cette fois tout se déroula selon les vœux de l’impératrice. Le patriarche Taraise (dont le pape réprouva la nomination non conforme aux canons) présida une assemblée réunissant 350 évêques, de nombreux moines et les représentants des autres patriarcats. Au cours de sept sessions en septembre et octobre, ceux-ci discutèrent moins de l’iconoclasme en soi, chose déjà entendue, que du sort qui devait être réservé aux évêques qui, sous les trois règnes précédents, avaient appuyé l’iconoclasme. Ceux-ci furent réintégrés après avoir abjuré leurs erreurs. Toutefois cette attitude modérée déplut à nombre de moines, partisans acharnés de la rigueur canonique et refusant tout compromis. Leur attitude devait bientôt créer de nouvelles divisions au sein de l’Église orthodoxe. Sur le plan dogmatique, toutefois, la session de clôture qui se tint au palais impérial, condamna l’iconoclasme comme une hérésie et ordonna la destruction de tous les écrits iconoclastesCe qui explique pourquoi presque tous les écrits parvenus jusqu’à nous sont ceux des partisans du culte des images qui font largement état des atrocités commises par les iconoclastes.. L’impératrice Irène et son fils, , y apposèrent leurs signaturesOstrogorsky (1983) .Treadgold (1997) .Norwich (1989) ..
Règne personnel de Constantin
thumb|left|Les thèmes byzantins vers 780.
Irène sortait ainsi gagnante de la longue querelle de l’iconoclasme qui continua néanmoins à avoir des répercussions politiques. À ce moment, Constantin avait atteint l’âge de la majorité et aurait dû régner seul. Irène entendait bien toutefois demeurer à la tête de l’État. Un conflit se développa entre la mère et le fils, celui-ci pouvant compter sur les éléments qui dans le gouvernement, l’armée et l’Église continuaient à avoir des sympathies iconoclastes, dont le général Michel LakonodrakônNorwich (1989) ..
Se considérant comme le premier personnage de l’empire, Irène s’en remit à ses deux conseillers principaux, les eunuques Staurakios et Aetios qui faisaient régner au palais une atmosphère étouffante, chacun d’eux offrant les meilleurs emplois aux membres de sa famille. Pour se gagner les faveurs de la population elle fit des remises de taxes que pouvait difficilement se payer un État en guerre. Or les armées subirent plusieurs défaites contre les Arabes en 788 qui défirent l’armée des Anatoliens près des Portes de Cilicie, puis contre les Bulgares qui s’avancèrent jusqu’au Strymon et, enfin, contre les Francs qui avaient envahi la principauté de BénéventOstrogorsky (1983) ..
Une conspiration fut ourdie au printemps 790 qu’elle réussit à étouffer. Confinant son propre fils à résidence dans ses appartements, elle fit prêter à l’armée un serment de fidélité dans lequel elle tenait la première place, son fils ne venant qu’en deuxième. Si les armées d’Occident prêtèrent assez fidèlement un tel serment, il n’en alla pas de même des armées d’Orient où les Arméniaques proclamèrent Constantin seul empereur. Ayant échappé à son cloisonnement, celui-ci se mit à la tête de ces régiments et put faire une entrée triomphale à Constantinople, confinant à son tour sa mère à son palais d’Éleuthérios récemment complété et faisant arrêter et flageller le conseiller Staurakos ainsi que nombre de ses partisansNorwich (1989) ..
Le « schisme moechien »