Élisabeth Jacquet de La Guerre ou Élisabeth-Claude Jacquet de La GuerreAussi écrit « de la Guerre » avec une minuscule initiale à la dans les sources les plus anciennes., née Élisabeth Jacquet le dans la paroisse Saint-Louis-en-l'Île de Paris et morte le à Paris, est une compositrice et claveciniste française de la période baroque. Elle est une des compositrice les plus connues de l'Ancien Régime sous Louis XIV et Louis XV.

Biographie

Généalogie Élisabeth Jacquet naît dans une famille de longue tradition musicale, mais aussi d'architecte, puisque l'on peut remonter jusqu'à Marceau Jacquet qui porte le titre, en 1600, de . Il épouse Geneviève Fraillon avec qui il aura douze enfants, dont Jehan le cadet, grand-père de la compositrice, qui sera lui même maître maçon. Jehan le cadet épouse Anne Daussy le et ils auront quatre enfants : Marguerite, Charlotte, Anne et Claude. Marguerite Jacquet épouse Thomas Daquin, probablement parent de Louis-Claude Daquin. Cependant, Jehan l'ainé, connu comme et comme . Son fils Claude l'est tout autant et ajoute à cela la profession de . Jean Jacquet l'aîné s'établit, comme d'autres facteurs d'instruments dans la rue Saint-Martin, où sa renommée se fait forte. Son fils prend la relève à partir de 1636, en s'installant rue des Arcis. La renommée de la famille est telle qu'elle perdure jusqu'à la fin du . Claude Jacquet, fils de Jehan Jacquet le cadet, lui-même organiste, épouse Anne de la Touche en 1655. Élisabeth Jacquet naît en 1665.

Jeunesse et mariage Leur père se charge de leur éducation musicale. La petite Élisabeth, remarquée par de Montespan, reste trois ans à ses côtésCMBV Catalogue de l’œuvre d’Élisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729). Élisabeth Jacquet épouse Marin de La Guerre, organiste de l'église Saint-Séverin, le . Ils sont tous deux organistes et se sont probablement connus pendant leur enfance. Elle associe à son nom de naissance le nom de son mari, ce qui lui permet de bénéficier de la renommée des deux familles et de tisser des liens dans la communauté musicale. Ils ont un fils qui meurt à dix ans. Cependant, le mariage avec Marin de la Guerre devait l'éloigner de tout poste officiel à la cour. Après leur mariage, Élisabeth et Marin de La Guerre s'installent rue Guillaume, sur l'île Saint-Louis, là où vivent aussi les parents d'Élisabeth Jacquet de La Guerre.

Premières œuvres Trois ans après son mariage, elle publie, en 1687, son Premier Livre de pièces de clavecin. Cependant, d'autres œuvres précédèrent celle-ci, mais n'ont pas été éditée. Plusieurs témoignages d'époque attestent la composition d'œuvres, notamment un opéra chanté en 1685 chez le Dauphin et chez Madame de Montespan, ainsi qu'une pastorale représentée plusieurs fois devant le roi. Ces œuvres sont réputées perdues à l'exception d'un livret anonyme ayant pour titre Jeux à l'honneur de la victoire. Ce ballet pourrait faire référence à une victoire de Louis XIV, probablement celle de Mons en 1691 ou de Namur en 1692. Le Premier Livre de Pièces de Clavecin démontre l'habileté de la compositrice pour l'écriture propre à cet instrument mais aussi la familiarité de la jeune femme avec le répertoire du clavecin contemporain de l'époque. Elle contribue notamment à établir la suite dans sa forme actuelle, moyennant quelques changements. De plus, elle apporte une grande unicité à son recueil, notamment par l'usage des procédés d'écriture qui lui sont déjà très personnels.

Compositrice pionnière Dans sa préface aux Jeux à l'honneur de la victoire, la compositrice écrit . S'il est vrai qu'en France, elle est la première compositrice à écrire un opéra, ce n'est pas le cas de toute l'Europe, car avant elle, Francesca Caccini avait réalisé ce tour de force en 1625 avec La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina. Cependant, après Élisabeth Jacquet de La Guerre, il faudra attendre 1736 pour que Mademoiselle Duval réitère l'exploit avec son opéra ballet Les Génies ou Les Caractères de l'Amour.

En décembre 1691, le Mercure galant publie une épître apportée par une qui est une couronne d'éloge à la , oubliant notamment Antonia Bembo qui a vécu à la cour de et qui compose, en 1707 son opéra Ercole amante, dédié au roi, mais jamais représenté ni édité. L'épître fait notamment mention d'un opéra d'Élisabeth Jacquet de La Guerre sans en donner le nom. Il pourrait tout autant s'agir d'une œuvre perdue que des Jeux à l'honneur de la victoire ou encore de son opéra Céphale et Procris. Cependant, s'il s'agit bien de ce dernier, il a fallu que la compositrice attende deux ans et demi avant qu'il ne soit représenté. Cette hypothèse semble accréditée par les frères Claude et François Parfaict qui écrivent .

Élisabeth Jacquet de La Guerre est aussi une pionnière dans l'introduction de la sonate en France et dans son développement. C'est en 1695 que Sébastien de Brossard copie les Sonates en trio de la compositrice. Cependant, les sonates d'Élisabeth Jacquet de La Guerre ne seront alors pas éditée. Dans son Catalogue des livres de musique, Sébastien de Brossard mentionne les premières sonates en trio d'Élisabeth Jacquet de La Guerre. Les deux exemplaires qui nous restent, peut-être de la main même de la compositrice, portent le titre de . Le titre en italien renforce l'idée que le goût italien, après la mort de Jean-Baptiste Lully, s'installe peu à peu en France. Les sonates sont cependant classées différemment selon les deux sources.

De même, ses Sonates pour violon et basse continue sont parmi les premières sonates françaises pour instruments solistes avec celles de Jean-Féry Rebel et Sébastien de Brossard. La forme en est légèrement différentes de celle des Sonates en trio, notamment par l'autonomie de leurs mouvements. Ces sonates s'inscrivent dans la même lignée que celles de ses contemporains en ayant cependant quelques particularités. Elles sont un mélange du style baroque italien et du style français. On y retrouve ainsi une fidélité à la clé de sol pour le violon, des récits de basse et une certaine liberté formelle. L'influence italienne se remarque dans la ligne mélodique des thèmes, l'expressivité des mouvements lents, la complexité harmonique et les nombreuses modulations. Il n'y a que peu de différences entre les sonates pour violon et basse continue, voire imitée lors des dédoublements de basse, et les sonates en trio. La différence se trouve au niveau de la richesse rythmique, des développements séquentiels, de l'amplification thématique et du niveau de virtuosité.

Le cas Céphale et Procris Élisabeth Jacquet de La Guerre a été, après la mort de Jean-Baptiste Lully, parmi les premiers artistes à voir leurs opéra joués à l'Académie royale de musique. En 1685, Philippe Quinault apporte au roi, alors chez Madame de Montespan, trois livrets d'opéra : Malaric fils d'Hercule, Céphale et Procris et Armide et Renaud. Catherine Cessac émet l'hypothèse qu'Élisabeth Jacquet de La Guerre a pu avoir eu vent de ces projets et a pu être séduite par le sujet de Céphale et Procris. C'est pourtant dix ans après, le , qu'a lieu la première, très attendue, de cet opéra. C'est le premier opéra composé en France par une femme, mais il ne rencontre aucun succèsPar Josyane Savigneau, Chantal Bigot, Monique Nemer, Valérie Cadet Femmes mémorables 2023 1564 pages éditeur Robert Laffont (sans pagination)ForumOpera Le magazine du monde lyrique : JACQUET DE LA GUERRE, Céphale et Procris — Versailles (30 janvier 2023) : « Cette tragédie lyrique, qui constitue donc le premier opéra français composé par une femme, s’inspire des Métamorphoses d’Ovide. Le librettiste Joseph-François Duché de Vancy fait de Céphale et de Procris un couple d’amants qui ne peuvent s’aimer, puisque leur amour est condamné par les dieux. ». Cependant, si Céphale et Procris n'a pas été un succès, cela n'est pas un cas isolé, puisqu'après la mort de Jean-Baptiste Lully, son empreinte ne s'est pas immédiatement effacée, et la grande majorité des tragédies en musique des années 1690 eurent du mal à remporter les suffrages du public et de la critique. Il en a ainsi été pour Orphée de Louis Lully, Énée et Lavinie de Pascal Collasse ou encore Médée de Marc-Antoine Charpentier. Céphale et Procris a pourtant été imprimé l'année même de sa création et la compositrice dédie l'œuvre à dans sa préface, mais, à la différence des préfaces des œuvres précédentes, la musicologue Catherine Cessac y décèle malgré tout le doute de la musicienne. Ce doute peut être dû à plusieurs choses comme le rêve empêché par son mariage d'une carrière à la Cour. Il n'y eut que six représentations de Céphale et Procris. La question du lien possible entre la non-adhésion du public et son statut de femme se pose, de même que cet opéra fut créé peu de temps après la mort de Lully.

Carrière Après l'échec de son opéra, la musicienne va vivre une tragédie bien réelle : elle perd ses deux parents, son frère, son mari ainsi que son enfant. Pendant une décennie, elle ne compose plusAliette de Laleu · Mozart était une femme. Histoire de la musique classique au féminin Stock 2022 (sans pagination)..

Par la suite, elle travaille parfois de pair avec Sébastien de Brossard, accès réservé..

En 1707, elle publie six sonates pour violon et pour le clavecin, ainsi que ses Pièces de clavecin. Les six Sonates pour le Viollon et pour le Clavecin sont jouées à la Cour au petit couvert du Roi. On rapporte qu'à la fin du dîner,

Elle publie également deux collections de cantates françaises tirées de textes d'Antoine Houdar de La Motte. De ces cantates provient l'histoire de Judith. Sébastien de Brossard en donne également sa propre version, et, comme l'explique Cabrini, le compositeur suit de près la narration en mettant l'accent sur les mouvements et l'action, plutôt que sur les personnages et leur développement au fil de la pièce. Jacquet de La Guerre, pour sa part, toujours d'après Cabrini., a préféré un accompagnement instrumental et symphonique afin de laisser de la place mélodique à Judith, quoique le texte minimise son rôle. Les dédicaces de ses œuvres sont adressées au roi Louis XIV.

Trois cantates françaises sont dédiées à l'électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, frère de la Dauphine, grand amateur de musique et lui-même joueur de viole de gambe : pour ce dernier, alors en séjour à Suresnes, elle compose La Musette ou les Bergers de Suresnes, qui fut joué devant lui, p. 210-215..

Sa contribution au monde de la musique Pratiquer un instrument de musique en tant qu'amatrice faisait partie de l'instruction que recevaient les femmes. En revanche, mener carrière indépendante en tant que musicienne est une chose exceptionnelle.

Élisabeth Jacquet de La Guerre est considérée comme l'une des premières femmes en France à avoir composé un opéra-ballet. ; en effet, avant Céphale et Procris, « elle avait composé ce qui est peut-être le premier des « ballets » (dits parfois opéras-ballets), Les Jeux à l'honneur de la victoire, vers 1691, dont la partition est aujourd'hui perdue »Hervé Lacombe Histoire de l'Opéra français. siècle, 2021.. Avant Céphale et Procris, elle a composé en tout trois opéras qui ne nous sont pas parvenusmusicologie.org Jacquet de la Guerre. et elle est reconnue pour sa musique pour le clavecin. .

Liste des œuvres EJG.01-04 : Premier Livre de Pièces de Clavecin EJG.05 : Second Livre de Pièces de Clavecin - Suite I en ré mineur (1707) EJG.06 : Second Livre de Pièces de Clavecin - Suite II en sol majeur (1707) EJG.07 : Menuet de Mlle La Guerre, pièce de clavecin EJG.08-11 : Sonates en trio (1695) EJG.12-13 : Sonates pour violon et basse continue (1695) EJG.14 : Sonates II - Sonate I en ré mineur (1707) EJG.15 : Sonates II - Sonate II en ré majeur (1707) EJG.16 : Sonates II - Sonate III en fa majeur (1707) EJG.17 : Sonates II - Sonate IV en sol majeur (1707) EJG.18 : Sonates II - Sonate V en la mineur (1707) EJG.19 : Sonates II - Sonate VI en la majeur (1707) EJG.20 : Pastorale en musique (1687)