vignette|droite|Richard Hell initiateur du mouvement punk avec son groupe The Voidoids à New York dans les années 1970.
Le mouvement punk (mot prononcé en français ), qui se centre sur le punk rock, s'appuie sur divers types d'idéologies, de modes et autres formes d'expression, incluant art visuel, danse, littérature et films.
Largement caractérisé par des opinions anti flower power, antisystèmes, l'idéologie libertaire et l'éthique du bricolage, il a formé une contre-culture. L'idéologie punk est principalement fondée sur l'anticonformisme, l'antiautoritarisme, l'anti-corporatisme, l'anticonsumérisme et l'action directe.
La mode punk issue de ce mouvement, très variée, est caractérisée par les tee-shirts, les vestes en cuir, les bottes Dr. Martens, les coiffures originales telles que les cheveux colorés et les mohawks à pointes, les maquillages très marqués, les tatouages, les bijoux et les modifications corporelles. Les femmes punk portent généralement des vêtements considérés comme masculins.
À l'origine aux États-Unis, le mot décrit la musique basée sur les guitares électriques des groupes « garage » des années 1960 tels The Sonics, The Seeds, 13th Floor Elevators et des groupes de Détroit, The Stooges et MC5, ce qui est maintenant appelé protopunk (60's punk en anglais) pour éviter une confusion. Le mot punk aurait été utilisé la première fois par Lester Bangs (critique rock) pour qualifier la musique des Motor City Five (MC5).
Influences thumb|gauche|Groupe jouant sur la petite scène du 924 Gilman Street à Berkeley, en Californie.
Proto-punk Les influences du punk-rock sont aussi le groupe américain New York Dolls, mais aussi les groupes de rock britannique comme The Who et The Kinks première manière. Au début des années 1970, un autre groupe américain électronique Suicide, mené par Alan Vega, est l'une des premières formations à être qualifiée de Punk. D'autres artistes de sa scène new-yorkaise du club CBGB du milieu des années 1970, (Patti Smith, Television) et The Heartbreakers avec Johnny Thunders et Jerry Nolan, se démarquent par leur démarche et leur éthique, intransigeantes. On constate un fort désir de retourner à la spontanéité et la simplicité du rock primitif et un rejet de ce que les punks ont perçu comme prétentieux, mercantile et pompeux dans l'arena rock des années 1970, engendrant les formes grandiloquentes du heavy metal et du rock progressif. Par contraste, le punk a délibérément renforcé la simplicité de ses mélodies, refusant toute démonstration ostentatoire de virtuosité, engageant n'importe qui à former son propre groupe dans sa cave ou son garage et adoptant un format de chanson plus court (environ 3 minutes). Les paroles ont apporté une nouvelle radicalité d'expression dans les sujets politiques et sociaux, traitant souvent de l'ennui urbain et du chômage. Les thèmes sexuels étaient abordés de façon crue et ne se limitaient plus à l'amour sublimé qui était chanté ailleurs ou aux métaphores suggestives (et souvent transparentes, d'ailleurs) qui avaient cours dans le rock (puis la pop) et qui avaient suscité à l'origine de vives polémiques.
Première vague américaine Aux États-Unis, les Ramones ont posé, à partir de 1974, les jalons du punk américain. The Germs, formés autour de Pat Smear, ont sorti en 1977 leur single Forming/Sexboy (live), souvent considéré comme le tout premier disque punk de Los Angeles. Richard Hell et ses Voidoids est un autre jalon important, tant pour l'image (t-shirts déchirés et port d'épingles de nourrice) que pour le son avec leur titre Blank Generation. À New York, le magazine Punk est fondé en 1975 par le dessinateur John Holmstrom, Ged Dunn et Legs McNeil. Au Royaume-Uni, certains ont pu écrire que des groupes traditionnellement rattachés au courant « pub rock », l'équivalent des garage bands américains au milieu des années 1970, pourraient représenter les prémices de l'explosion punk britannique de 1976-77, en raison de l'énergie de leur musique et de leur vitesse d'exécution ; parmi eux : Doctor Feelgood ou Eddie and the Hot Rods.
Explosion britannique vignette|Arrière-scène du 924, Gilman Street.
Même si le premier groupe punk britanniqueEn ignorant Peter Hammill (vu que ce n'est pas un groupe) et l'album . Bien qu'usuellement estampillé « rock progressif » à défaut de pouvoir être rangé dans une seule et unique catégorie Peter Hammill a, avec cet album unique dans sa carrière, été reconnu par certains comme précurseur et source d'influence du et en particulier par des noms tels que John Lydon des Sex Pistols (Cf. Coupures de presse attestant le label en 1975 au Royaume-Uni) ayant sorti un disque fut The Damned dont le premier single vinyle parut confidentiellement durant l'été 1976 (son titre phare étant New rose), les véritables débuts du mouvement ont été les premiers concerts des Sex Pistols au Roxy Club et au 100 Club de Londres et l'interview du groupe dans une émission de large audience. Cependant, le manager des Sex Pistols, Malcolm McLaren, s'était considérablement inspiré de groupes américains pour créer les Sex Pistols. Il avait en effet suivi le groupe New York Dolls en tournée quelques années auparavant, et décida de partir son mouvement plus dans sa ville natale.
Le passage des Sex Pistols et du Bromley Contingent à la télévision a suscité un véritable engouement mais aussi une très vive hostilité (aboutissant à l'interdiction de la plupart de leurs concerts), qui fut l'un des engrais essentiels du phénomène. À partir de là le punk, médiatisé, a enflammé une partie de la jeunesse. La scène punk londonienne influence notablement la chanteuse allemande Nina Hagen en particulier dans son album Unbehagen, sorti en 1979. En France, les pionniers du mouvement furent le « petit cercle d'initiés » qui se créa autour d'Élodie Lauten. Revenant du CBGB à New York, où elle avait entendu Patti Smith réciter d'étranges poèmes rock toutes les nuits, elle fit découvrir à ceux qui allaient former Angel Face et European Son (et plus tard, Métal Urbain), à Alain Pacadis et à Patrick Eudeline (qui décida alors de former le premier line-up d'Asphalt Jungle), cette vague explosive qui commençait à envahir la planète. De son côté, Marc Zermati, qui avait depuis plusieurs mois ouvert une boutique, l'Open Market, rue des Lombards (dans les Halles), où se côtoyaient Iggy Pop, les Flaming Groovies et Doctor Feelgood lorsqu'ils passaient à Paris, et aussi Yves Adrien, organisa, en , le premier festival punk de Mont-de-Marsan. The Damned clôturèrent les deux journées de délires. Au même moment, Philippe Bone, passant l'été à Londres, ramenait en France le premier single de ce groupe « vinylisé » paru chez un petit label discographique indépendant qui venait juste d'en presser quelques exemplaires. C'est ainsi que , sur la face A de ce disque, retentit pour la première fois dans un lieu public en France, au Gibus.
Culture punk Philosophie, esthétique L'expression reste associée aujourd'hui à la période 1976-1980, incarnée par les Sex Pistols, The Clash, The Damned, Stiff Little Fingers, Buzzcocks, The Saints, Ramones, Strychnine et Stalag en France, entre autres et à une nouvelle forme d'énergie, d'esthétique et de radicalité prenant le pas sur la contestation hippie de la décennie précédente. La scène permet aussi à plusieurs chanteuses de percer et d'être les leaders de groupes avec notamment Siouxsie Sioux pour Siouxsie and the Banshees, Poly Styrene avec X-Ray Spex, et le quatuor féminin The Slits. À Londres, Malcolm McLaren, le manager des Sex Pistols était vu comme l'initiateur machiavélique et secret du mouvement. On note aussi l'influence du mouvement situationniste et du mouvement Dada dans l'esthétique et l'activisme punk, dominés par une économie de moyens et un sens aigu de l'auto-dérision. Ces courants ont marqué l'avant-garde du mouvement punk britannique, avec les Sex Pistols et leurs « satellites » : le Bromley Contingent (leur cercle rapproché), la boutique Sex de Malcolm McLaren et de la styliste Vivienne Westwood, Jordan, « créature » travaillant pour eux, The Flowers of Romance, etc. Le couple McLaren-Westwood a su habilement faire des Sex Pistols, dont ils se chargeaient de confectionner les tenues, leurs ambassadeurs les plus médiatiques, posant ainsi les fondations de l'apparence punk telle qu'elle reste ancrée dans la culture populaire.
Graphisme, look Dans d'autres domaines artistiques, le graphiste Jamie Reid, proche des situationnistes, avait précédemment travaillé dans les revues et . Les pochettes de disques, dans les mains des graphistes punks, servent d'instrument de détournement des valeurs sociales et de la culture populaire comme la pochette du disque des Dead Kennedys . Pourtant la petite histoire a surtout gardé du punk des symboles : les épingles à nourrice utilisées comme bijoux, les coupes de cheveux extrêmes et colorées comme la crête iroquoise (mohawk en anglais) qui n'est d'ailleurs apparue qu'à partir du début des années 1980, le piercing (souvent avec des épingles de nourrice), le tatouage et la réappropriation « artistique » des vêtements de massePhilippe Liotard, « Body Modifications from Punks to Body Hackers: Piercings and Tattos in Postmodern Societies », in Damian Skinner, Contemporary Jewelry in Perspective, New York, Lark Jewelry & Beading, 2013, p. 209-214. Après le punk pauvre est apparu le « punk chic », recyclage commercial et industriel de ce qui en 1977 s'inventait dans la rue. Au-delà du nihilisme prétendu ou affiché, le punk est un mouvement assez largement créatif et solidaire, un mouvement qui en profondeur semble avoir posé les bases de différentes alternatives sociales et économiques, qui ont parfois réussi à durer.
Contre-culture La scène punk s'est exportée mondialement, a créé une scène propre avec ses labels (Rough Trade, Factory, New Rose, Bondage Records, All or Nothing Records, Folklore de la zone mondiale…) et concerts alternatifs autogérés. Les groupes punk alternatifs comme Bérurier noir ou Crass ont imposé des places de concert moins chères, les travellers ont inventé des modes de vie alternatifs, le mouvement des squats alternatifs est également issu de l'autonomie active voulue et animée par l'esprit originel du mouvement, qui cherche d'abord à vivre autrement et remet en question le mode de vie bourgeois traditionnel. La vague punk a vu naître également une presse underground indépendante, les fanzines créés par des amateurs. Aux États-Unis parmi les plus connus : et , au Royaume-Uni , en France (réapparu en 2004), On est pas des Sauvages, Hello Happy Taxpayers, etc. Chaque scène locale a eu au moins son fanzine édité avec des informations, un graphisme différent, des entrevues avec les groupes locaux ou en tournée. Le magazine a énuméré et chroniqué les milliers de publications underground des années 1980 et années 1990.
Le mouvement punk se développe notamment dans les squats communautaires et autogérés, comme le Wagon, entre 1997 et 2004, à Saint Brieuc.
Contexte politique