Porphyrogénète (en grec : , Porphyrogennētos), né le à Constantinople et mort le dans la même ville, est empereur byzantin de 913 jusqu'à sa mort, bien qu'il n'exerce effectivement le pouvoir qu'à partir de 944-945. Il appartient à la dynastie macédonienne.
Né dans un contexte de controverse religieuse sur la légitimité de l'union entre sa mère et son père, il est très tôt associé au trône. Toutefois, la mort de son père intervient alors qu'il est encore enfant, ce qui favorise la compétition pour la régence et le pouvoir. C'est l'amiral qui s'impose et met en place une tutelle étroite sur le jeune Constantin. Même parvenu à la majorité, il ne peut gouverner et est cantonné à un rôle largement symbolique. Un temps concurrencé par le fils aîné de Romain, Christophe Lécapène, il finit par obtenir le pouvoir en janvier 945, après une révolution de palais qui expulse les deux autres fils de Romain, parvenus eux-mêmes au pouvoir par un coup d'État.
Durant son règne effectif, il contribue à la consolidation d'un Empire alors prospère. À l'extérieur, il s'appuie sur des généraux de premier ordre, en particulier en Orient, qui permettent à l'Empire d'envisager l'extension de ses frontières au détriment des puissances musulmanes. En Occident et dans les Balkans, il s'efforce de garder de bonnes relations avec les souverains italiens et germaniques et avec les Bulgares. À l'intérieur, il légifère dans différents domaines, en particulier celui du régime de la propriété foncière, un sujet primordial dans l'équilibre social et politique byzantin.
Surtout, son règne est souvent associé à la renaissance macédonienne, un mouvement de grande production culturelle, dont il est lui-même l'un des principaux instigateurs. Parfois dépeint comme un amoureux des arts et de la culture, au détriment de l'exercice politique du pouvoir, il est à l'origine de plusieurs ouvrages fondamentaux dans la compréhension de la civilisation byzantine, en matière d'organisation administrative, de pratiques politiques mais également de relations avec les peuples extérieurs à l'Empire. De ce fait, il est régulièrement vu comme l'incarnation de ce moment d'épanouissement intellectuel, même si les historiens modernes estiment que Constantin, tout en étant le commanditaire ou l'auteur de ces ouvrages, n'en oublie pas pour autant de gouverner l'Empire et que ces deux objectifs ne sont d'ailleurs pas incompatibles dans sa manière d'être empereur.
Sources
Sources anciennes vignette|gauche|Portrait de Constantin Porphyrogénète dans un manuscrit du , le Mutinensis gr. 122. Le règne de est l'un des mieux documentés de l'histoire byzantine du . Les historiens disposent à la fois de chroniques narratives, de textes administratifs et diplomatiques, d'actes législatifs, de sceaux, de monnaies ainsi que d'un ensemble exceptionnel d'ouvrages produits sous le patronage direct de l'empereur et qui éclairent en partie sa personnalité autant que son règne.
Parmi les sources narratives, le recueil connu sous le nom de Théophane Continué occupe une place centrale. Composé au milieu du dans l'entourage impérial, il couvre l'histoire de l'Empire depuis le règne de jusqu'aux premières années du gouvernement personnel de Son dernier livre, consacré à , constitue un véritable panégyrique dynastique destiné à légitimer la dynastie macédonienne. Cette orientation idéologique impose une lecture critique car elle implique une faible objectivité à l'égard de Constantin et de ses parents.
Le Synopsis historiarum de Jean Skylitzès, rédigé à la fin du , fournit quant à lui un récit détaillé des événements politiques et militaires du règne. Bien que postérieur de plus d'un siècle, il demeure l'une des principales sources narratives pour la période. Les chroniques de Jean Zonaras et de Georges Cédrène apportent des informations complémentaires, souvent issues de traditions aujourd'hui perdues. Manifestement, celles-ci sont plus hostiles envers Constantin car l'essentiel des chroniqueurs byzantins ultérieurs lui sont généralement défavorables. Ainsi, Skylitzès le décrit comme faible dans l'exercice du gouvernement mais également sévère dans sa répression, tout autant que porté sur la boisson et renonçant au mérite dans la nomination aux plus hautes fonctions. De même, Michel Psellos juge plutôt négativement son gouvernement. En revanche, les sources s'accordent à mettre en valeur sa haute culture.
Parmi les sources extérieures à l'Empire, Liutprand de Crémone, évêque et ambassadeur italien à Constantinople, est de premier ordre. Il reprend d'ailleurs l'image de l'empereur cultivé, toujours plongé dans ses livres. Les sources orientales jouent également un rôle important. Les chroniqueurs arabes, notamment Al-Mas'ûdî, Ibn Hawqal, Yahyā d'Antioche ou encore les auteurs liés aux cours hamdanides, permettent d'éclairer les relations diplomatiques et militaires entre Byzance et le monde musulman. La chronique de Michel le Syrien dénote une vision positive de cet empereur, disant de lui qu'il . D'autres sources plus périphériques sont mobilisables. Ainsi, pour la Rus' de Kiev, plusieurs informations proviennent de traditions slaves et de la Chronique des temps passés, rédigée au début du ..
Perspectives contemporaines vignette|Photographie d'Alfred Nicolas Rambaud, premier historien moderne à consacrer un ouvrage à Constantin Porphyrogénète. a retenu l'attention des historiens en raison tant de l'abondance des sources utilisables pour appréhender son règne et ses réalisations que par son statut, parfois quelque peu exagéré, d'incarnation d'un âge d'or byzantin, en lien avec la renaissance macédonienne et l'expansion plus générale de l'Empire tout au long du .. Cette association de Constantin à l'efflorescence culturelle de son siècle doit en bonne partie à l'ouvrage fondateur d'Alfred Nicolas Rambaud, l'un des premiers byzantinistes modernes, qui fait paraître L'Empire grec au dixième siècle, Constantin Porphyrogénète en 1870. Cet ouvrage constitue un événement dans la byzantinologie française alors encore naissante puisqu'il prend le contrepied de la vision alors en vogue d'un monde byzantin décadent. Malgré son titre, c'est moins une biographie de l'empereur qu'une étude plus large du byzantin et de son dynamisme dans de nombreux domaines.. Cette perspective se retrouve dans l'ouvrage d'Arnold Toynbee, Constantine Porphyrogenitus and his World paru en 1973. Là encore, Constantin, par son règne mais surtout par les ouvrages auxquels il est associé, devient une porte d'entrée sur le monde byzantin.
L'historiographie moderne a longtemps opposé aux grands empereurs soldats du . Edward Gibbon voyait en lui un prince studieux, plus à l'aise parmi les livres qu'à la tête de l'État. Dans son Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, il écrit qu'.. Cette interprétation est reprise, avec des nuances, par plusieurs historiens du , jusqu'au début du , qui font de Constantin l'archétype du souverain érudit mais peu disposé à l'exercice du pouvoir. Georg Ostrogorsky affirme ainsi que . Il dit de lui qu'il vit plus dans le passé que dans le présent, n'ayant d'autre passion que l'étude et la composition d'ouvrages, ce qui expliquerait pourquoi il aurait aussi facilement accepté d'être tenu à l'écart si longtemps du gouvernement de l'Empire. Quant à Louis Bréhier, il est assez critique, y compris sur l'entreprise culturelle de l'empereur : , même s'il lui reconnaît son œuvre de compilation et de préservation de savoirs dispersés.
Les recherches menées depuis la seconde moitié du ont profondément renouvelé cette lecture. Sans remettre en cause son exceptionnelle culture, Romilly Jenkins, Arnold Toynbee, Jonathan Shepard, Paul Magdalino ou Anthony Kaldellis soulignent que son intérêt pour les lettres ne saurait être interprété comme un désengagement politique. Les historiens insistent désormais davantage sur la cohérence de son action gouvernementale. Son attachement à la mémoire historique, à la codification des pratiques administratives et à la mise en scène de la légitimité impériale apparaît comme une manière originale d'exercer le pouvoir. Dans cette perspective, ne se distingue pas tant par une opposition entre activité intellectuelle et gouvernement que par la volonté de faire du savoir un instrument de l'autorité impériale. Cette réévaluation contribue aujourd'hui à faire de l'une des figures les plus singulières de l'histoire byzantine : un souverain dont l'influence durable tient autant à sa conception du pouvoir qu'à la prospérité et au rayonnement retrouvés de l'Empire sous la dynastie macédonienne.
Naissance et légitimation
vignette|Le baptême de Constantin par Nicolas Mystikos, chronique de Skylitzès de Madrid (Bibliothèque nationale d'Espagne).left|thumb|À droite, le jeune avec son père (à gauche) sur un solidus (Metropolitan Museum of Art). Constantin naît à Constantinople, vraisemblablement le . Un horoscope de sa naissance a été conservé, qui le décrit comme blanc de peau, avec une certaine pilosité et des yeux avenants, une description reprise plus tard par Théophane continué . Il est le fils de l'empereur et de Zoé Carbonopsina, sa maîtresse puis épouse. L'origine de cette dernière est incertaine, seul son oncle, Himérios, est connu et elle est souvent apparentée à Théophane le Confesseur. Néanmoins, ce lien de filiation pourrait avoir été créé par Constantin pour la rattacher à une grande figure de l'orthodoxie byzantine, d'autant que sa naissance intervient dans un contexte politique et religieux particulièrement délicat, car elle résulte de la quatrième union de , situation sans précédent pour un empereur byzantin..
À la fin du , la question de la succession préoccupe fortement . Ses trois premiers mariages n'ont pas permis d'assurer durablement la continuité dynastique. Son union avec Théophanô Martinakia, conclue vers 883, ne lui donne qu'une fille, Eudocie. Après la mort de Théophano, il épouse Zoé Tzaoutzina, qui meurt à son tour sans lui laisser d'héritier masculin survivant. Son troisième mariage avec Eudocie Baïana se solde également par un échec lorsque celle-ci décède peu après avoir donné naissance à un fils mort en bas âge. vignette|gauche|Le couronnement de Constantin par le patriarche (Bibliothèque nationale d'Espagne). L'absence d'héritier menace alors la stabilité de la dynastie macédonienne. entretient depuis plusieurs années une relation avec Zoé Carbonopsina, membre d'une famille aristocratique de Constantinople. La naissance de Constantin en septembre 905 apporte enfin au souverain le fils qu'il attend depuis longtemps. D'autant que Léon a pris la précaution de faire accoucher Zoé dans la Porphyra, la chambre impériale du Grand Palais, donnant au jeune Constantin la qualité de porphyrogénète, « né dans la pourpre », susceptible de consolider sa légitimité. En effet, celle-ci est susceptible d'être remise en cause car l'enfant naît alors que ses parents ne sont pas mariés, ce qui renforce l'importance de son statut de porphyrogénète..
Le droit canonique byzantin tolérait difficilement les remariages successifs. Même un troisième mariage se heurte généralement au droit canonique. rappelle d'ailleurs cette interdiction dans les propres lois qu'il édicte. Malgré tout, soucieux de légitimer son héritier, cherche à épouser Zoé Carbonopsina après la naissance de leur fils. Cette décision provoque une grave crise religieuse et politique connue sous le nom de « controverse de la tétragamie ». Le patriarche Nicolas Mystikos s'oppose fermement au projet impérial. Bien qu'il accepte de baptiser Constantin afin d'éviter une rupture ouverte avec le souverain, il refuse de reconnaître pleinement le quatrième mariage de Léon. Le conflit s'envenime rapidement et aboutit à la déposition du patriarche en 907. lui substitue Euthyme, plus favorable à sa politique matrimoniale, ce qui permet une normalisation provisoire de la situation.