Flavius Valens (nom complet en latin : Flavius Iulius Valens Augustus) né vers 328 et mort lors de la bataille d’Andrinople le , est un empereur de l'Antiquité tardive, coempereur de son frère pour l’Orient de 364 à 378.

Né à Cibalae en Pannonie, il rejoint les rangs de l’armée romaine, tout comme son frère aîné Valentinien, et poursuit une carrière sans histoire, lorsque ce dernier est acclamé empereur par les troupes en 364. Sous la pression de son entourage, Valentinien doit nommer un coempereur. Certain de la fidélité de son frère cadet, le nouvel empereur nomme Valens à ce poste. Les deux frères se partagent ainsi le pouvoir et les armées, Valentinien gouvernant la partie occidentale de l’empire et Valens, la partie orientale.

Presque immédiatement après son avènement, Valens doit faire face à la révolte de Procope, lequel, au titre de lointain cousin de l’empereur Julien, revendique le trône comme dernier descendant de la dynastie constantinienne. Sur le plan intérieur, les deux frères mettent en œuvre diverses réformes administratives visant à protéger les classes les plus faibles de la société, notamment dans le domaine de la fiscalité, et assurent une plus grande stabilité de la monnaie. De confession arienne — contrairement à Valentinien, fidèle au christianisme nicéen —, il fait violence aux tenants du Credo de Nicée, mais s’élève surtout contre les milieux intellectuels païens, auxquels il prête des intentions hostiles grâce, croit-il, à leurs pouvoirs magiques.

Tout comme celui de son frère à l’ouest, le règne de Valens est principalement consacré à combattre les ennemis aux frontières : les Goths en Europe (première campagne : 367-369 ; deuxième campagne : 376-378) et les Perses (373) en Asie mineure.

C’est du reste en combattant les Goths qu’il trouve la mort le 9 aout 378, au cours d’une bataille près d’Andrinople (aujourd’hui Édirne en Turquie).

Contexte historique

thumb|left|L’Empire romain vers 400 montrant la division entre Orient et Occident ainsi que leurs provinces et diocèses respectifs.

La mort de Julien le met fin à la dynastie fondée par ConstantinLenski (1997) chap.1.. Affaibli par les luttes entre officiers supérieurs de l'armée sur le plan intérieur, l’Empire doit faire face à divers envahisseurs sur le plan extérieur : les Perses qui établissent leur emprise dans la région mésopotamienne en Asie mineure ainsi que divers peuples faisant leur apparition sur le Rhin, le Neckar et le Danube en EuropeOstrogorsky (1983) ..

À cela s’ajoutent les conflits religieux qui témoignent déjà de la division apparaissant entre Orient et Occident. Déjà en 325, Constantin a dû convoquer un concile à Nicée pour résoudre (sans succès) la crise ariennePetit (1974) .. Sous Constantin et ses successeurs, la progression du christianisme a brièvement été interrompue par le court règne de l’empereur Julien (r. 361-363) qui a permis le retour au pouvoir d’une partie de l’aristocratie païennePetit (1974) .. Pour succéder à Julien, l’armée a choisi Jovien, jeune officier chrétien d’une trentaine d’années, dont le règne sera aussi court que celui de son prédécesseur (r. 363-364) ; il sera marqué par le retour définitif du christianisme et une paix avec les Sassanides — déshonorante pour l’Empire. À la mort de Jovien, probablement accidentelle, et survenue le , c’est à nouveau l’armée qui lui choisit comme successeur un autre officier chrétien originaire de Pannonie, Flavius Valentinianus, lequel, pressé de nommer un coempereur, choisit son frère cadet ValensMorrisson (2004) .Petit (1974) ..

Jeunesse et apprentissage

thumb|right|La Pannonie au sein de l’Empire romain.

Valens est né en 328Lenski (2002) .Bond & Darley (2018) « Valens ». à Cibalae en Pannonie du sud (aujourd’hui Vinkovci en Croatie) dans une famille illyro-romaineLenski (2002) .. Son frère aîné Valentinien (r. 364-375) et lui sont fils d’un important général de l’armée sous et , du nom de Gratianus FunariusTomlin (1973) ., qui est également né à cet endroit. Les deux frères passent leurs jeunes années sur le domaine familialAurelius Victor, Epitome de Caesaribus, 45.5..

Tout jeunes, vers la fin des années 320 ou au début des années 330, les deux frères suivent leur père en Afrique où celui-ci a été nommé comes AfricaePour les titres et fonctions se rapporter à l’article « Glossaire des titres et fonctions dans l’Empire byzantin"., poste qu’il doit bientôt quitter après avoir été accusé de détournement de fondsTomlin (1973) .. Rappelé en service au début des années 340, il devient comes britanniae, avant de se retirer définitivement sur ses terres à CibalaeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 30.7.3.. (r. 337 – 361) doit cependant confisquer celles-ci après que Gratianus Funarius est accusé de complicité avec l’usurpateur Magnence (r. 350 – 353).

Peu avantagé physiquement, Valens ne possède ni le courage ni l’endurance de son frère, auquel il ne ressemble que par la brutalitéNorwich (1989) .. Comme son père et son frère, il décide de faire carrière dans l’armée et fait partie des protectores domesticiUnité d’élite de l’armée romaine de l’Empire tardif. Ses membres servaient comme gardes du corps de l’empereur en plus d’occuper diverses fonctions au sein de l’administration. Après quelques années dans ce corps, les officiers pouvaient recevoir une commission à la tête d’une unité militaire., sous les empereurs Julien (r. 361-363) et Jovien (r. 363-364).

Sa carrière ne semble guère promise à un brillant avenirJones (1964) . lorsque son frère, après la mort accidentelle de Jovien en , est choisi par l’armée comme nouvel empereur. Le temps presse, car l’armée se trouve alors en territoire hostile et en position d’infériorité. L’état-major se réunit à Nicée quelques jours après la mort de l’empereur avec quelques dignitaires civils dont le préfet du prétoire d’Orient, Secundus Salutius, et le patrice Datianus, ancien favori de Constance. Salutius, qui a déjà refusé la pourpre après la mort de l’empereur Julien, décline à nouveau cet honneurPetit (1974) .. Deux nouveaux candidats sont alors proposés : Equitius (ou Aequitius), Pannonien promu comes rei militaris par Jovien, lequel est rejeté comme trop rustre et brutalAmmianus Marce llinus, Res Gestae, 26.1.4., et le frère de Jovien, Januarius, aussi comes rei militaris, mais posté à ce moment en Thrace, et de ce fait, considéré comme trop éloigné pour venir rapidement prendre la tête de l’arméeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.1.5.Jones (1964) .. Finalement, le , un vote de compromis se porte sur Valentinien, pannonien comme son prédécesseur, chrétien modéré, reconnu pour son énergie et son honnêtetéPetit (1974) ..

Ce compromis est accueilli de diverses façons. Au sein des troupes on ne semble guère convaincu des priorités du nouvel empereur et, nous dit Ammianus Marcellinus, celui-ci doit interrompre la préparation de son discours d’acceptation pour aller rassurer les soldats inquiets de ses intentions. Par ailleurs, sans doute pour éviter toute nouvelle vacance du pouvoir en cas de décès subit de l’empereur ou pour apaiser toute opposition civile ou militaire dans la partie orientale de l’empire, soucieuse de ne pas voir ses intérêts oubliés par un empereur siégeant en Occident, on exige de lui qu’il s’adjoigne un coempereurAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.2.2-11..

Valentinien obtempère et choisit quelqu’un dont il peut être certain de la loyauté absolue : son frère Valens (r. 364-378). Préparant le terrain, il promeut d’abord son frère, jusque-là simple protector, au rang de tribun le et le met en charge des écuries impériales. Ce n’est qu’une fois arrivé à Constantinople que, passant outre aux objections de son magister equitum (commandant de la cavalerie), DagalaifusAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.4.1-2., il en fait son coempereur. La proclamation a lieu à l’HebdomonFaubourg de Constantinople situé à une dizaine de kilomètres du Milion. Abritant plusieurs palais et églises, c'est le point de départ des triomphes impériaux vers la Porte d'Or de la capitale. Aujourd'hui, le quartier s'appelle Bakırköy., devant le mur de Constantin, le ; Valens est ainsi le premier d’une longue série d’empereurs intronisés à cet endroitAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.4.3. Socrate de Constantinople (ci-après: Socrate), Histoire ecclésiastique, 4.1.Dragon (1974) ..

Arrivée au pouvoir et révolte de Procope

vignette|Avant d’être défait par Valens, Procope a eu le temps de frapper sa propre monnaie avec l’inscription REPARATI O FEL TEMP (Retour des jours heureux).

Après un court séjour de deux mois à Constantinople, les deux frères se mettent en route vers leur Pannonie natale où ils se partagent l’Empire et les arméesAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.5.1-4; Philostorgius, Histoire de l’Église, 8.8.. Valentinien se charge de l’Occident, avant de retourner d’abord à Milan, puis à Trèves, qui demeurera sa capitale jusqu’en 375Zosime, 4.3.1.; 4.2.3.. Valens quant à lui obtient la préfecture du prétoire d’Orient, soit la Grèce, les Balkans, l’Égypte et l’Asie mineure jusqu’à la frontière avec l’Empire sassanideJones (1964) .. Ce choix peut paraitre curieux, compte tenu de l’absence de qualités militaires de Valens et des craintes qu’inspire l’Empire sassanide.

En effet, après la désastreuse campagne de Julien, son successeur, Jovien, a dû conclure un traité de paix humiliant d’une durée de trente ans avec , aux termes duquel les Romains doivent se retirer de cinq de leurs provinces orientales, renoncer à leurs intérêts en Arménie et permettre aux Sassanides d’occuper les forteresses de Nisibis, Castra Maurorum et SingaraTreadgold (1997) .. Aussi, après le retour de Valens à Constantinople en , la priorité de celui-ci est de préparer une expédition pour rétablir la situation. Cette campagne doit cependant être remise à plus tard. Valens se trouve à Césarée de Cappadoce à l’automne 365, lorsqu’il apprend qu’à Constantinople, un usurpateur tente de s’emparer du trône : Procope, un lointain cousin de l’empereur Julien, le dernier des ConstantiniensAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.7.2.PLRE 1, Procopius 4., s’est fait proclamer empereur le Kienast (2017) « Valens » .. Originaire de CilicieBond & Haarer (2018) « Procopius »., celui-ci est entré dans l’armée comme tribunus et notarius, avant d’être nommé comes primi ordinis sous Julien. Déjà suspect sous Jovien, il a jugé plus prudent de se retirer et de vivre sur ses terres. Avec l’arrivée au pouvoir de Valentinien et de Valens, il joue le tout pour le tout.

Prenant avantage du fait que les légions Divitenses et Tungricani Juniores passent par Constantinople pour affronter les Goths sur le DanubeAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.6.11-12; 7.5.9., Procope convainc celles-ci de se joindre à lui. Pour affirmer ses droits dynastiques, il se montre en public avec la fille posthume de et de l’impératrice douairière Faustina. Il fait courir la rumeur que Valentinien est mortAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 26.7.3. et commence à émettre sa propre monnaie. S’il connaît quelque succès auprès des soldats loyaux aux Constantiniens ainsi qu’aux intellectuels qui se sentent menacés par les deux frères, il doit augmenter les taxes, ce qui ne contribue pas à sa popularité.