Michel AflakLa lettre finale étant la translittération de la lettre « qaf » arabe, on trouve écrit Aflak (surtout dans des textes francophones) ou Aflaq (surtout dans des textes anglophones). (en ), né le à Damas (selon les coutumes de l’époque, son âge a été vieilli de , raison pour laquelle la date (1910) figure souvent, mais à tort, comme étant sa date de naissance) et mort le à Paris, est un homme politique, écrivain, et historien syrien.
En 1940, Aflak et Salah Eddine Bitar fondent le Mouvement arabe Ihya (qui se rebaptise plus tard Mouvement Baas arabe, en prenant le même nom que le groupe de Zaki al-Arsouzi). Le mouvement s'avère un succès et, en 1947, le mouvement Baas arabe fusionne avec l'organisation Baas arabe d'al-Arsouzi pour créer le Parti socialiste de la résurrection arabe ou parti Baas, un parti nationaliste arabe prônant le panarabisme. À la tête du parti, Aflak et Bitar posent les bases idéologiques du nationalisme et du socialisme arabe. Zaki al-Arsouzi inspire également le Parti Baas mais n'y participe pas directement.
En 1966, après la prise de pouvoir des militaires sur le Baas, il est contraint avec les autres cadres du parti à l'exil. Au lendemain de la scission du parti Baas originel en 1966, le parti Baas syrien dominé par les militaires de Salah Jedid et d'Hafez el-Assad qui se réfèrent à Zaki al-Arsouzi, ont accusé Aflak d'avoir volé les idées d'al-Arsouzi, le traitant de « voleur ». Après le Coup d'état d'Assad qui renversa Jedid, le régime d'Assad l'a condamné à « mort par contumace » en 1971. Le parti Baas irakien rejette cette affirmation et ne croit pas qu'al-Arsouzi ait contribué à la pensée baasiste.
Il termine sa vie en Irak où il obtient le poste honorifique de Secrétaire général du comité panarabe du Baas.
Biographie Jeunesse et études Né à Damas le , dans une famille de la petite bourgeoisie chrétienne orthodoxe, Michel Aflak est le fils d'un nationaliste arabe convaincu, opposé à l’Empire ottoman puis à la présence française en SyrieCharles Saint-Prot : Le nationalisme arabe : Alternative à l'intégrisme. Son père [Youssef Aflak, يوسف عفلق] a adhéré au Bloc national, dès sa fondation en 1928, il a longtemps milité contre la présence turque puis contre la présence française dans la région et s'est fait arrêter plusieurs fois pour celaPierre Guingamp, Hafez El Assad et le parti Baas en Syrie.
Les membres de sa famille ont participé à la révolution syrienne de 1925, ainsi qu'à toutes les révolutions palestiniennesApproche comparative des discours de Michel Aflak et de Saddam Hussein (consulté le ).
Dans sa jeunesse, guidé et encouragé par son oncle [le Chukri Zaidan), il lisait les livres d'auteurs de la Nahda, d'autres livres sur Abou al Alaa al Maari, et des romans historiques sur le Califat omeyyade et abbasside.
Étudiant à la faculté d'histoire de la Sorbonne à partir de 1928, il s'y passionne pour l'histoire des idées politiques. Ce qui l'intéresse ce sont les grands courants d'idées des . Il s'intéresse tout particulièrement à Pierre-Joseph Proudhon, Karl Marx, Vladimir Ilitch Lénine, Friedrich Nietzsche, Georges Sorel, Maurras, Michał Bergson, André Gide et Romain Rolland. Dans un entretien avec Charles Saint-Prot il explique qu'avant de venir en France il n'était qu'un nationaliste de sentiment, et c'est en entamant ses études à Paris qu'il comprend que le nationalisme arabe doit dépasser le cadre sentimental pour reposer sur des bases solides, et envisager tous les champs : la politique, l'économie, la culture et les problèmes sociaux.
Paris devient au début du le centre de rayonnement du nationalisme arabe en raison du grand nombre d'étudiants arabes présents dans la ville. C'est à Paris qu'il rencontre son compatriote Salah al-Din al-Bitar, un musulman sunnite qui partage les mêmes préoccupations que lui, ce qui les conduit à fonder l'Union des Étudiants arabes en France. Il milite également au sein de l'Association arabe syrienne et de l'Association culturelle arabe. Ensemble, ils ont participé à de nombreuses conférences et débats politiques pour approfondir leurs connaissances des idéologies et théories économiques.
Enseignement et engagement politique thumb|Aflak à la fin des années 1930. Rentrés tous deux en Syrie, ils enseignent au prestigieux lycée Tajhiz al-Ula de Damas, l'un l'histoire et l'autre les sciences naturelles et la physique. En Syrie, Aflak ne se lance pas immédiatement dans la politique. Entre 1932 et 1936, il était surtout connu pour son enseignement et la littérature et on le considérait alors comme un écrivain et un poète. Il devient un poète à succès et il est salué par la critique. En tant qu'enseignant, il se plie difficilement aux méthodes d'éducation et au système scolaire imposé par la puissance mandataire. Par ailleurs, il utilise avec Bitar sa fonction de professeur pour influencer politiquement ses élèves sur l'actualité du monde arabe. Mais ces méthodes ne sont pas appréciées par le ministère de l'Éducation qui émet contre lui des avertissements avant de lui infliger des sanctions.
Aflak et Bitar s'expriment tout d'abord dans les colonnes de la revue At-Taliya – L'Avant-Garde –, et du journal Al-Aiam de tendance communiste qui rassemblent des auteurs de diverses tendances opposées au maintien du régime des mandats français et anglais dans le Proche-Orient arabeLe Baas, parti de la « résurrection arabe » (consulté le ). Cependant, dès 1936, ils constatent, lors de la victoire remportée en France par le Front populaire, que leurs amis communistes se font beaucoup plus modérés, obéissant en cela aux consignes venues de Moscou. Il affirme alors,
Nous n'avons que faire du mythe de l'Internationale prolétarienne et nous ne voulons pas passer d'une domination à une autre. Nous sommes des nationalistes arabes et nous ne pouvons que constater une divergence fondamentale pour ce qui concerne nos objectifs stratégiques essentiels avec ceux des marxistes. Nous plaçons la question nationale au centre de nos priorités, eux ne prennent en compte que les mots d'ordre et les directives émanant de leur capitale politique : Moscou.
Et c'est à partir de là que Michel Aflak vit une période de sa vie qu'il décrit comme . Cette constatation conduit rapidement à une rupture et à une clarification qui débouche, en 1939, à la création du Cercle de la résurgence arabe (al-Ihya al-Arabi). C'est l'occasion pour Aflak et Bitar d'être rejoints par Zaki al-Arzouzi, un Alaouite d'Alexandrette qui s'est également imposé depuis plusieurs années, avec sa Ligue d'action nationaliste et son Cercle de l'arabisme, comme l'un des intellectuels capables de formuler les idées nécessaires à la résurrection de la nation arabe. C'est avec lui, qu'Aflak et Bitar entrent dans le milieu des intellectuels arabes nationalistes. Ils fondent alors un petit club littéraire, la Jeunesse de la résurgence arabe (Shabab al-Ihya al-Arabi).
Le soutien à Gaylani
Mais la Seconde Guerre mondiale met momentanément fin à leurs activités politiques. En 1941, au royaume d'Irak, un jeune militaire nationaliste, Rachid Ali al Gaylani, renverse le gouvernement probritannique et ouvre le pays aux Allemands. La révolution de Gaylani était alors antimonarchique et anticolonialiste et elle a eu un grand retentissement dans la Syrie voisine. Pour soutenir son coup d'État, Aflak et son groupe se mobilisent, et créent le mouvement Haraka nisrat al irak (mouvement de soutien à l'Irak). Il rédige un appel, « Soutenons l'Irak » rassemble des volontaires, des fonds, des armes et des médicaments. Cependant, Arzouzi condamne très clairement Aflak pour le soutien qu'il apporte à ce coup d'État qui est pour lui incompatible avec les valeurs du nationalisme arabe. Il dénonce également un opportunisme droitier. Quant à Aflak, il se justifie en affirmant que toute aide est la bienvenue pour se débarrasser de la tutelle européenne sur le monde arabe. La révolte irakienne est brisée en . Cependant, la mobilisation qu'elle a suscitée en Syrie a permis de nouveaux rapprochements, notamment avec Djamil as-Sayid qui dirige la Ligue Nationale du Travail. L'embryon d'un parti autour d'un comité exécutif se constitue rapidement, qui réunit Michel Aflak, Salah al-Din al-Bitar, Madhat al-Bitar et Djamil as-Sayid.
Création du parti Baas
En 1942, pour protester contre la répression menée par les forces coloniales françaises contre les lycéens syriens, Aflak et Bitar démissionnent de leur poste. La même année il crée la Jeunesse de la résurrection arabe (Shabab al-Ba'ath al-Arabi), dont le journal aura été interdit par le pouvoir colonial. C'est ainsi qu'il se concentre sur la diffusion des idées nationalistes, et la lutte contre les pouvoirs coloniaux. Il se distingue alors comme un orateur convaincant, sachant utiliser des pauses théâtrales à bon escient..
En 1943, ils fondent le Parti de la renaissance arabe (Hizb al-Ba'ath al-Arabi). En juillet de la même année, avec le soutien des étudiants du lycée où il enseignait, il se présente aux élections législatives. L'intérêt pour lui n'était pas alors de se faire élire député, mais plutôt de faire connaître son parti et ses idées à la population syrienne. C'est pendant ces élections que Michel Aflak rédige un programme qui sera le premier vrai programme politique du Baas. C'est pendant cette campagne qu'a été formulée l'une des devises du parti, Umma arabia uahida thata risala halida (une nation arabe avec une mission éternelle). Dans un communiqué, il déclare,
Nous représentons l'esprit arabe contre le matérialisme communiste. Nous représentons l'histoire arabe vivante, contre l'idéologie réactionnaire morte et le progrès artificiel. Nous représentons le nationalisme en son essence, qui exprime la personnalité contre le nationalisme en mots, qui nuit à la personnalité et contredit les comportements naturels. Nous représentons al risala arabe, contre le métier de la politique. Nous représentons la nouvelle génération arabe.
C'est pendant cette campagne qu'il demande aux chrétiens de participer au mouvement national arabe, et d'accepter l'islam comme culture nationale des arabes. Michel Aflak perd les élections, mais c'est néanmoins pendant ce scrutin que le Baas a eu sa première existence politique concrète.
Les premiers bureaux de son parti sont ouverts à Damas, en 1945. Après la déclaration du président américain Franklin Delano Roosevelt sur l'immigration juive en Palestine, le Baas arrive à canaliser l'indignation et la colère qui touchent le monde arabe. La fondation de la Ligue arabe, qui apparaît comme un instrument visant à pérenniser la domination britannique sur le Proche-Orient, amène aussi au parti de nouveaux militants. Michel Aflak affichait son hostilité au type de coopération entre les pays arabes instaurée par la charte de la Ligue qu'il qualifie d'"inepte". Pour lui, cette organisation est lâche et elle conduit dans la pratique les Arabes à une position de faiblesseÉtude comparative du nationalisme arabe et de l'islamisme à travers les œuvres de Sayyid Qutb et de Michel Aflak (consulté le ). Le parti est alors dissous par Choukri al-Kouatli. Mais les membres du Baas poursuivent leurs activités politiques clandestinement. Et après la Seconde Guerre mondiale ils organisent une révolte à Damas contre les forces françaises, une révolte réprimée par des bombardements le 29 et le Damas, miroir brisé d'un orient arabe, Anne-Marie Bianquis.
Le premier numéro du quotidien Al-Baas sort le , le journal porte le slogan « Unité, Liberté, Socialisme », (Wihda, Hurriyah, Ishtirrakiyah). Il se dépense sans compter pour développer le parti en gestation. Après l'indépendance de la Syrie, dans un éditorial spécial Aflak proclame le combat pour l'unité arabe,