La Bécasse des bois (Scolopax rusticola) est une espèce d'oiseaux de taille moyenne, de la famille des Scolopacidae, oiseau migrateur discret et essentiellement nocturne.
La bécasse est chassable dans tous les états de l'Union européenneEuropean Parliament, Council of the European Union. (2010) Directive No 2009/147/UE of 30 November 2009 on the conservation of wild birds. Off J Eur Union. L20:7–25.)., ainsi que dans les régions voisines, notamment dans les Balkans et autres pays européens de l'ex-URSS (principalement la Russie), tant par des chasseurs résidents qu'étrangers. La population de l'espèce est considérée comme en régression dans la plupart de ces régionshttps://www.ouest-france.fr/bretagne/quimper-29000/finistere-les-chasseurs-la-becasse-controles-6097180.https://www.aves.be/fileadmin/Aves/Bulletins/Articles/52_3/52-3-129.pdf.
Habitat et aire de répartition C'est un oiseau typiquement forestier, qui semblait également autrefois apprécier les régions bocagères (Bretagne, notamment). Il est réputé plutôt lucifuge : .
En France, des migrateurs et hivernants sont présents de début octobre à fin mars, début avril.
Jusqu'au au moins, cette espèce nichait dans les régions montagneuses élevées (Pyrénées, Alpes, etc.) et rejoignait les plaines en automne ; on la trouvait et la chassait vers la mi-octobre, dans les zones boisées ou bocagères des plaines. centré|vignette|Répartition de la Bécasse des bois
Description Plumage Le plumage de la Bécasse des bois décline toutes les nuances de couleur du brun foncé au beige clair. Son mimétisme la rend extrêmement difficile à observer au sol en milieu forestier.
La coloration brun terne de ce plumage est idéale pour fournir un camouflage pendant la journée et limiter la réflexion de la lumière la nuit, lorsque l'oiseau est le plus actif. Mais lorsque le besoin s'en fait sentir, très probablement à des fins d'accouplement, d'affirmation de la domination territoriale et d'autres modes de communication, S. rusticola peut lever la queue pour révéler des taches de plumes d'un blanc éclatant. En 2023, une nouvelle étude de ces plumes révèle qu'elles diffusent la lumière visible 30 % plus efficacement qu'aucun autre plumage connu... Cette réflectance diffusive est due à une nanostructure désordonnée composée de kératine et d'air à l'intérieur du vexille. De plus, l'aplatissement, l'épaississement et la disposition des barbules créent une macrostructure de type store vénitien qui améliore la réflexion. Les bécasses ont peut-être développé ce dispositif dans le cadre d'une communication visuelle à longue portée dans des environnements faiblement éclairés.
Vision La Bécasse des bois fait partie des oiseaux réputés avoir une excellente vision, y compris de nuit. Elle peut voir à .
Comportement vignette|Eurasian Woodcock (Scolopax rusticola) , Doi Inthanon National Park, Chiang Mai, Thailand Son envol rapide et bruyant, souvent très près du gêneur, ou son atterrissage, assez lourd, donnent l'occasion d'observer la Bécasse des bois dans de bonnes conditions.
Certains auteurs ont écrit qu'elle qui diminuent son accès aux vers de terreAdolphe René, C. Sellier, Traité de la chasse, contenant les chasses à l'affut à tir et à courre, éd. : T. Lefèvre, 1865 - 240 pages (voir p. 156).
Entre légendes et réalité La bécasse, peut-être en raison de sa discrétion, est à l'origine de nombreuses histoires et légendes. On raconte ainsi qu'une bécasse blessée serait capable de panser sa blessure grâce à un mélange de salive, de végétaux, et de terre ; en séchant, cette mixture forme une sorte de plâtre qui arrêterait une hémorragie ou immobiliserait un os fracturé. De même, il serait question de bécasses « chirurgiennes », capables de panser les blessures de leurs congénères par le même procédé.
Il semblerait que différentes espèces de bécasses et d'autres Scolopacidae, dont la Bécasse des bois, soient capables de transporter un ou plusieurs de leurs poussins en vol. L'adulte placerait le juvénile entre ses pattes et l'y maintiendrait tout en volant afin de l'emmener en lieu sûr. Ce comportement, bien que surprenant et jamais étayé par preuve photographique, pourrait être bien réel d'après les nombreux témoignages, parfois très sérieux.
Traces, indices de présence Sa fiente caractéristique (large, blanche et sans odeur Boyard et De Mersan (1845) Encyclopédie Roret ; Nouveau manuel complet du chasseur ; ou, Les secrets et les ruses dévoilés, mis à la portée de tout le monde... ; Nouvelle édition, Librarie encyclopédique de Roret, - 316 pages) est appelée « miroir » ; c'est un marqueur de la présence ou du passage de l'oiseau.
Localement, les populations de bécasses sont ou ont été estimées par la méthode des ICA (indices cynégétiques d'abondance)Fadat, C. (1979). Estimation des variations relatives de densités de bécasses (Scolopax rusticola) par la méthode des indices cynégétiques d’abondance (ICA). Bull. Mens. ONC. No. Sp. Scien. Techn, 71-110.
Alimentation thumb|La bécasse a besoin d'un humus riche et épais, où grâce à son long bec elle prélève les lombrics qui constituent l'essentiel de sa nourritureGranval P (1988). Influence de la disponibilité et de l’accessibilité des lombriciens sur le choix des milieux fréquentés par la Bécasse des bois (Scolopax rusticola). In Proceedings of the Third European Woodcock and Snipe Workshop (pp. 60-66).Bouché, M. B., Fayolle, L., & Richard, P. (1984). Mesure de l'importance des lombriciens dans le régime alimentaire de leurs prédateurs et en particulier de la bécasse (Scolopax rusticola L.). Gibier faune sauvage, (1), 57-71. Chaque soir ou presque, dès le crépuscule, la bécasse quitte ses remises forestières pour aller se nourrir sur des prairies pâturées ou dans des vignes riches en lombrics, où elle passe l'essentiel de ses nuits. En cours de journée, elle peut également se nourrir en fouillant l'humus des sous-bois à la recherche de lombrics, d'araignées et de petits insectes, grâce à son bec doté d'une mandibule supérieure articuléeGranval P (1987) Régime alimentaire diurne de la Bécasse des bois (Scolopax rusticola) en hivernage: approche quantitative. Gibier faune sauvage, 4, 125-147.. Les gelées, en durcissant la terre, la chassent donc progressivement vers les plaines puis vers le sud, jusqu'au Maroc. En période durable de froid, la bécasse privilégie les sols acides qui gèlent plus difficilement, et lui permettent de trouver une alimentation encore accessible.
Reproduction
En mars, certaines bécasses quittent les plaines pour remonter en altitude. Elles partent appariées et volent de nuit ; dès le matin, elles se blottissent dans quelques bois et ne reprennent leur route qu'au soir.
Nidification Selon Aristide & Stanislas Frézard (1866),
La ponte a ordinairement lieu en avril, dans la partie nord de son aire de répartition, la Russie, l'Irlande, la Scandinavie, etc. Une population relativement modeste niche en France. La femelle pond 4 œufs, qu'elle couvera pendant 22 jours, avant que les poussins nidifuges ne voient le jour.
Peinture L'une des premières rémiges primaires est atrophiée et constitue un petit plumeau très fin et très rigide, autrefois très recherché par les artistes (peintres, enlumineurs, etc.) pour les détails de leurs toiles. Cette rémige a conservé le nom de .
État des populations et menaces Les principales menaces pesant sur la bécasse semblent être la chasse, le saturnisme et la dégradation de certains de ses habitats ruraux (sols humiques et humides riches en vers de terreGranval, P. (1988). Approche ecologique de la gestion de l'espace rural: des besoins de la Becasse(Scolopax rusticola L.) a la qualite des milieux (Doctoral dissertation, de Doctorat Nouveau Regime, Écologie, Amenagement: Universite de Rennes I)....). Ses populations sont fortement exploitées par les chasseurs qui en tuent 3 à 4 millions en Europe chaque année. En France cependant, afin de combattre sa régression, la bécasse fait l'objet d'un CPU (Carnet de Prélèvement Universel), qui permet de comptabiliser le nombre d'oiseaux prélevés. De plus, certains modes de chasse sont interdits (pantes, tir à la passée et à la croule, piégeage)
La Bécasse des bois fait partie des oiseaux qui semblent être depuis plusieurs siècles en régression sur une très grande partie de leur aire naturelle ou potentielle de répartition.
Elle se nourrissait autrefois - de nuit - de larves d'insectes ou vers trouvés en abondance sous les bouses de vaches. Depuis que les vaches sont traitées à l'ivermectine (puissant antiparasitaire et insecticide, très rémanent), cette ressource a fortement diminué.
Son activité se déroule essentiellement dans l'environnement nocturne. À proximité des zones habitées ou industrielles, ou d'axes de circulation éclairés, en tant qu'espèce au comportement nocturne, elle pourrait être sensible au phénomène dit de « pollution lumineuse ».
Elle a pu être localement victime du braconnage ; ainsi expliquaient les Annales forestières de 1866 : en Bretagne, alors qu'au coucher du soleil, les bécasses commençaient à (voir illustration ci-contre). .
Chasse et consommation vignette|On chassait ou braconnait autrefois volontiers la bécasse de nuit, quand elle quitte les fourrés pour partir à la recherche de nourriture, notamment en Bretagne (Illustration gravée par Yan' Dargent pour les Annales forestières (« Chronique forestière », chapitre "Les oiseaux des forêts" ; 1868, vol. 7) Histoire cynégétique La bécasse est depuis longtemps chassée. Selon les Annales forestières de 1866, .
La littérature cynégétique distinguait autrefois en France - au moins jusqu'au - plusieurs variétés de bécasse, qui se chassaient de la même manière : la bécasse ordinaire ; la « petite bécasse » ou « bécasse martinet », au bec plus long, aux pattes bleues et plumage roussâtreAdolphe René, C. Sellier, Traité de la chasse, contenant les chasses à l'affut à tir et à courre, éd. : T. Lefèvre, 1865 - 240 pages (voir p 159), et qui arrivait plus tard que la Bécasse des bois. la grosse bécasse, dont le plumage est plus rembruni que celui de la bécasse ordinaire, et la taille plus grande d'un tiers elle habite les bois, et se tient de préférence dans les grosses haies doubles des pays couverts : ces trois premières variétés paraissent courantes ; la bécasse blanche, dont le bec et les pieds sont jaunes ; la bécasse rousse, à plumage ondé de roux clair sur un fond roux ; la bécasse isabelle, à plumage d'un jaune léger ; la bécasse à tête rousse, à corps blanchâtre, ailes brunes et tête roussâtre ; la bécasse aux ailes blanches, en tout semblable à la commune, si ce n'est par ses ailes qui sont blanches.
La législation encadrant sa chasse varie selon les époques, les pays, et les régions. Le chasseur utilise souvent un ou plusieurs chiens, car le camouflage de la bécasse la rend difficile à détecter. Au Royaume-Uni, on apprécie aussi de la chasser avec une rangée de rabatteurs.
Le nombre de bécasses aujourd'hui chassées en Europe est très mal connu : 3 à 4 millions d'individus par an, selon Ferrand et Gossmann en 2009Ferrand Y & Gossmann F (2009) La Bécasse des bois. Histoire naturelle. Saint-Lucien, France, et au moins 2 730 125 bécasses par an dans la Communauté européenne, la Suisse, et la Norvège, selon Hirschfeld et Heyd (2005) Hirschfeld A, Heyd A. (2005) Mortality of migratory birds caused by hunting in Europe: bag statistics and proposals for the conservation of birds and animal welfare. Ber Vogelschutz. 42:47–74.), mais c'est l'un des oiseaux terrestres les plus consommés par les chasseurs et leurs proches.
Risque de saturnisme pour le consommateur de bécasses Sa chair fait partie des aliments posant un réel risque de saturnisme pour les consommateurs réguliers de gibierAndreotti A, Borghesi F, Aradis A (2016) Lead ammunition residues in the meat of hunted woodcock : a potential risk to consumers. Italian Journal of Animal Science 15:22-29.