La Prison de l'Entrepôt des cafés était une prison de Nantes sous la Révolution, située dans un entrepôt construit en 1788. Environ à Vendéens, hommes, femmes et enfants y sont enfermés de à , après avoir été faits prisonniers essentiellement lors de la Virée de Galerne. Presque tous trouvent la mort, victimes des noyades dans la Loire, des fusillades dans les carrières de Gigant ou du typhus.

Situation et historique

L'Entrepôt des cafés était situé en bordure du port de Nantes. Après la bataille de Savenay ( - 3 nivôse an II), à , femmes et enfants y sont enfermés. Les noyades, les fusillades, le froid, la faim et une épidémie de typhus vident le lieu en quelques semaines. Le bilan sera terrible : en , seules quelques-unes des milliers de personnes emprisonnées à l'entrepôt auront échappé à la mortAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 53..

L'énorme bâtiment s'étendait au bout du port, à l'écart du centre-ville et à égale distance des carrières de Gigant (où les pelotons d'exécutions opèrent) et de la LoireAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 54.. C'est le département qui prend l'initiative d'écarter le choix du couvent des Petits-Capucins, jugé trop exigu, et de lui préférer l'Entrepôt. Le site présente tous les avantages et les bâtiments, formant un quadrilatère autour d'une cour fermée, sont assez vastes pour abriter environ six mille prisonniers.

Fonctionnement de la prison Le comité révolutionnaire de Nantes nomme Dumais, ancien propriétaire de l’Entrepôt, comme gardien, cependant ce dernier meurt rapidement, touché par l’épidémie de typhus et est remplacé par MussonAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 54-55.. Quant à la garde de la place, elle est forte de 200 soldatsAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 58..

L’Entrepôt, réquisitionné par le département, commence à être employé comme prison dans les derniers jours d’, mais c’est surtout à partir de décembre qu’il voit arriver un grand nombre de prisonniers vendéens pris pendant la Virée de Galerne, notamment après la défaite de SavenayAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 53-54., engendrant une surpopulation carcérale. Des milliers de prisonniers y connaissent alors la faim, la souffrance et la mort. L'absence d'écrouAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 55., le flou des responsabilités, la consigne de silence imposée à tous ceux qui ont affaire à l'endroit, tout prédispose au pire dénouement. Les possibilités de sortir vivant de l'Entrepôt semblent avoir été des plus minimes.

Selon un rapport de Carrier, une révolte frappe l’Entrepôt à cette période ; elle est matée à la suite d'une mitraillade qui coûte la vie à 900 brigands. Cependant, cette déclaration, qui tendrait pour Carrier à justifier les fusillades de Nantes, a été démentie par de nombreux témoins. Ceux-ci précisent même que les prisonniers marchaient avec « docilité » au supplice.

Par ailleurs, la prison est rapidement ravagée par les épidémies, notamment le typhus, qui tuent environ .

Le docteur Pariset écrit :

La commission Bignon à l'entrepôt

thumb|Mémorial situé au 7 rue des Martyrs, à Nantes

Après avoir jugé et fait fusiller les prisonniers vendéens après la bataille du Mans et la bataille de Savenay, la commission militaire Bignon est appelée à Nantes. Elle s'installe à l'Entrepôt des cafés et y tient ses séances presque chaque jour, de huit heures du matin à dix heures du soir, du au . Le , 100 prisonniers condamnés à mort. Le , 97 prisonniers condamnés à mort. Le , 120 prisonniers condamnés à mort. Le , 118 prisonniers condamnés à mort. Le , 289 prisonniers condamnés à mort. Le , 99 prisonniers condamnés à mort. Le , 199 prisonniers condamnés à mort. Le , 250 prisonniers condamnés à mort. Le , 202 prisonniers condamnés à mort. Le , 62 femmes et filles condamnées à mort pour avoir suivi l'armée vendéenne. Le , 45 femmes et filles condamnées à mort pour avoir suivi l'armée vendéenne. Quelques femmes enceintes obtiennent cependant un sursis. Pas de séance du 9 au . Le , un chef vendéen, Jandonnet de Langrenière est condamné à mort. Pas de séance du 14 au . Le , 97 prisonniers condamnés à mort. Le , 57 prisonniers condamnés à mort. Un premier acquittement est prononcé par la commission, Pierre Turpin, 16 ans, est mis en liberté. Le , 207 prisonniers condamnés à mort. Deux accusés, Joseph Joly et Jacques Camus, sont acquittés. Le , 26 prisonniers condamnés à mort. Le , un seul jugement, Jean Barbin, acquitté. Le , 6 prisonniers condamnés à mort. Le , un chef vendéen, Giroud de Marcilly, est condamné à mort. Le , la veuve de Marcilly est condamnée à mort, elle obtient un sursis en se déclarant enceinte. Le , trois accusés sont acquittés. Le , trois accusés sont condamnés à la déportation. Le , un noble, Dailly, est condamné à mort. Pas de séance du au .

Lors de cette période, la commission Bignon prononce au total condamnations à mort contre trois peines de déportation et sept acquittements. Les condamnés sont fusillés dans les carrières de Gigant, principalement par des soldats allemands de la Légion germanique. La commission quitte ensuite l'entrepôt à cause du typhus.

Témoignages thumb|Clé de la prison de l'Entrepôt des cafés (alliage ferreux, ), collection du musée Dobrée, à Nantes. Parmi les témoignages de quelques rescapés, celui de Julienne Goguet de Boishéraud. Elle entre à L'Entrepôt le et sort le , grâce à la complicité du médecin Augustin Darbefeuille. Beaucoup plus tard elle relate ses souvenirs :

Les médecins autorisés à entrer dans l'Entrepôt en gardent un souvenir douloureux et inaltérable. Thomas, qui le parcourt à l'époque de son plus grand engorgement raconte lors de sa déposition au procès de CarrierAlfred Lallié, les Noyades de Nantes, 90.-Campardon, Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris (Procès de Carrier), II, 55. Déposition de l'officier de Santé Thomas.Alfred Lallié, Les prisons de Nantes, 57. :

Le chef de bataillon Picard écrit dans le registre des déclarations :

Un autre médecin, Pariset, relate dans une lettre :

Fonbonne, directeur général des hôpitaux, est informé de la présence dans l’entrepôt d’une famille de sa connaissance, il se rend sur place :

Le pharmacien Hectot est chargé de faire des fumigations guytoniennes au chlore pour désinfecter l'entrepôt, il écrit :

Fermeture de l'Entrepôt 170px|thumb|Porche de la conciergerie de l'ancien entrepôt des cafés. Ancienne savonnerie Bretonne occupant le site de l'ancienne Prison, au 2 rue Lamoricière

Par crainte de voir le typhus déborder sur la ville, les autorités révolutionnaires décident d’évacuer les prisonniers qui ne sont plus que quelques survivants à la suite des noyades, fusillades et à l'épidémie qui ont décimé les détenus. Le , le district écrit à la municipalité que

Jean-Baptiste Carrier lui-même s'alarme et réclame .

Déméphitiser (désinfecter) l'Entrepôt demande plus de trois semaines. Les cadavres sont placés sur des tombereaux puis envoyés au nouveau cimetière de Gigant, appelé la Salle-Verte. Le , Pariset, qui supervise l'opération, écrit :

Le , il ajoute :

La prison de l’Entrepôt est vidée pendant ce nettoyage, puis, deux massacres sont à nouveau commis : de l’eau empoisonnée avec de l’acide sulfurique est donnée aux détenusAlfred Lallié, Les prisons de Nantes, 59-60., et des prisonniers sont envoyés à la noyade du 29 au Alfred Lallié, Les noyades de Nantes, 74.. Le , les derniers rescapés sont transférés sur les navires.

Conséquence hypothétique Après une étude détaillée de l'épidémie, le Dr Le Borgne a émis en 1851 une hypothèse sur un lien éventuel reliant cette épidémie aux noyades ordonnées par Jean-Baptiste Carrier. Selon cette hypothèse, la nécessité de débarrasser la ville au plus vite des prisonniers atteints du typhus, à la demande de la municipalité représentée par les citoyens Dufo et Devauge (évacuation par bateau sur la Loire) aurait pu donner à Carrier l'idée de faire d'une pierre deux coups, marquant ainsi le début des noyades et des fusillades de Nantes. Cette hypothèse n'est cependant fondée sur aucun élément probant.

Reconversion et destruction Après la fermeture de la prison, le bâtiment est nettoyé et un atelier de salaisons y est établi fin . L'entrepôt fut ensuite converti en caserne de cavalerie. C'est dans la nuit du 21 au qu'il est détruit lors d'un incendie, faisant 5 morts et de nombreux blessésF.J. Verger, Archives curieuses de la ville de Nantes tome III, 1840. Après l'incendie seule la façade demeura. Le site est ensuite reconverti en savonnerie, aujourd'hui désaffectée.

Bibliographie

. . texte en ligne sur google livres

Notes et références

Voir aussi

Liste des prisons de Nantes sous la Révolution Jean-Baptiste Carrier Noyades de Nantes Fusillades de Nantes Épidémies à Nantes pendant la Révolution

Liens externes Médaille commémorant l’incendie de l’Entrepôt des Cafés de Nantes

Entrepot des cafes Catégorie:Décembre 1793 Catégorie:Janvier 1794