vignette|Carte des Grands Lacs et du « détroit » par Guillaume Delisle en 1718.
Détroit (Prononciation en français standard retranscrite phonémiquement selon la norme API. ; Prononciation en anglais américain retranscrite phonémiquement selon la norme API., localement ) est la principale cité (.) de l'État du Michigan aux États-Unis, beaucoup plus connue que sa capitale Lansing, et siège du comté de Wayne. Située dans le Midwest américain, au sein de la et de la (anciennement nommée la Manufacturing Belt), et au cœur de la région des Grands Lacs, la ville est fondée en 1701 par un Français : Antoine de Lamothe-Cadillac. Son nom provient d'ailleurs du mot français « détroit », en référence au passage aquatique naturel entre les lacs Sainte-Claire et Érié : la rivière Détroit, sur la rive Nord de laquelle la ville est située, dont le cours marque une partie de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Étape importante du système de navigation qui, par la voie maritime du Saint-Laurent, permet d'atteindre l'Atlantique depuis l'intérieur du continent, cette ville portuaire est donc aussi une ville frontière.
Entre 1900 et 1930, l'industrie automobile lui donne son surnom : « the Motor City » ou « Motown » et est à l'origine de son développement considérable, sa population passant de à plus de d'habitants.
Entre 1950 et 1960, le développement du système de l'Interstate highway permet à ses habitants de se déplacer en banlieue et d'aller au travail en voiture.
À partir de 1950, la population de Détroit (de 1,8 million d'habitants) commence à baisser. La population blanche diminue alors, tandis que des Noirs pauvres du Sud y immigrent. Le , de violentes émeutes éclatent dans les quartiers est, qui restent les plus sanglantes de l'histoire des États-Unis. La réputation de la ville s'en ressent, la population euro-américaine la quittant massivement. En 1973, le premier maire noir (Coleman Young) est élu. À partir du début des années 1980, les Afro-Américains constituent la majorité de la population. Parmi les villes de et plus, Détroit a le plus grand pourcentage de résidents noirs des États-Unis en 2010 avec 82 %.
En 2017, avec ses ., Détroit n'était plus que la dix-huitième ville du pays par sa population, son agglomération (Metro Detroit, .) étant la onzième du pays. En 2013, elle est la première grande ville américaine à demander une mise en faillite., ayant cumulé depuis des années une dette, devenue impayable, d'environ de dollars américains. En 2017, Détroit essaie de conjurer ce déclin, montrant des signes de renaissance dans quelques quartiers, tandis que les relations avec les milieux d'affaires sont peu à peu rétablies.
Histoire
Période française
La ville est fondée en 1701 par le Français Antoine de Lamothe-Cadillac. La colonie est baptisée « Fort Pontchartrain du Détroit » en l'honneur de , ministre de la Marine de , et selon la configuration des lacs Sainte-Claire et Érié dont elle occupe les rives occidentales. La colonie se développe à Détroit, mais sa présence ne consolide pas les liens entre les tribus de l'ouest et les Français, presque toutes les fourrures prenant la route de New York.
En 1710, Cadillac est envoyé en Louisiane. Laissée à elle-même, la colonie survit difficilement. La situation s'améliore en 1728 avec l'arrivée de Henri-Louis Deschamps de Boishébert qui favorise l'arrivée de nouveaux colons. En 1740, environ occupent les lieux..
En 1749, afin d'augmenter l'influence française dans la région, la couronne offre des terres gratuitement aux familles désireuses de s'y installer., notamment sur la rive sud.
Période britannique Après la capitulation de Montréal en 1760, le major Rogers et ses 200 Rangers sont envoyés pour prendre possession de Détroit, alors sous le commandement français de François-Marie Picoté. Ils rencontrent le chef amérindien Pontiac en chemin et ce dernier se montre pacifique avec ces hommes, qui tout récemment encore étaient ses ennemis. Les Britanniques ont promis aux Indiens de l'ouest des échanges commerciaux plus avantageux dans le but d'acquérir leur loyauté. Cependant, les intentions des Britanniques sont bien différentes de leurs promesses. Les Français ont l'habitude d'approvisionner leurs alliés indiens en fusils et en munitions ainsi que de leur assurer certains services gratuitement. Le général Amherst décide que, dorénavant, s'ils désirent des armes, les Indiens doivent les obtenir grâce à des échanges commerciaux. De plus, les tribus doivent maintenant se rendre elles-mêmes aux postes de traite britanniques pour commercer et il est interdit en outre aux commerçants britanniques d'acheter leurs biens avec du rhum. Les Indiens sont furieux et ne manquent pas de protester. En , selon le nouveau commandant de Détroit Donald Campbell, les Outaouais incitent « toutes les nations de la Nouvelle-Écosse jusqu'à l'Illinois à prendre la hache de guerre contre les Anglais ».
Lorsque les troupes britanniques arrivent à Détroit, elles ont en leur possession le texte du traité de Paris par lequel la France renonce à ses possessions en Nouvelle-France. Les nations amérindiennes alliées des Français refusent cette situation et continuent la guerre contre les Britanniques.
Le , le chef Pontiac parlemente lors d'un conseil des chefs des différentes nations amérindiennes, à environ une quinzaine de kilomètres au sud du fort de Détroit. Il rappelle les enseignements du sage prophète Neolin qui prônait l'unité des nations amérindiennes. Pontiac convainc un certain nombre de nations, telles que les Outaouais, Ojibwés, Potéouatamis et Hurons-Wendats à se joindre à lui dans une tentative de s'emparer du fort de Détroit. Commence en le siège de Fort Détroit pour en chasser les Britanniques.
Finalement, les Potowatomis et les Hurons se dissocient alors de Pontiac et brisent l'alliance. Le , Jacques Godfroy revient du fort de Chartres en Louisiane française avec une mauvaise nouvelle : la France n'enverra aucun renfort pour venir en aide à Pontiac. Le moral est au plus bas lorsque, le , les Britanniques organisent une contre-attaque avec qui surgissent du fort Détroit. Pontiac et ses hommes ont été informés de l'attaque par des Canadiens français et attendent les soldats britanniques, qui sont mis en pièces.
Pontiac entreprend alors de se rendre lui-même en Louisiane pour demander des renforts au commandant Neyon. Il arrive sur les lieux en et Neyon lui explique qu'il ne peut se battre puisque la France et la Grande-Bretagne sont à nouveau en paix. Pendant son absence, un rival de Pontiac nommé Manitou entreprend de mettre fin aux hostilités et de pacifier les derniers partisans de Pontiac.
Depuis l'indépendance Selon les termes du traité de Paris, en 1783, Détroit est cédée au nouveau pays indépendant, les États-Unis d'Amérique. Les Britanniques, cependant, refusent de se plier à cette clause du traité. Les Américains ne peuvent prendre possession de Détroit qu'en 1796, au terme du traité de Londres.
En 1805, Détroit subit un incendie dévastateur, qui détruit la majeure partie de l'architecture coloniale française de la ville. Seuls un ancien entrepôt près de la rivière ainsi que les cheminées en briques subsistent.. Peu après, le père Gabriel Richard prononce la fameuse sentence latine, Speramus Meliora ; Resurget Cineribus (« Nous espérons des temps meilleurs ; elle renaîtra de ses cendres. ») qui est devenu la devise officielle de la ville. Le juge Augustus B. Woodward dessine un plan, semblable à la conception de Pierre Charles L'Enfant pour la ville de Washington. Celui-ci organise un quadrillage de rues perpendiculaires autour d'une artère principale, nommée Woodward, elle-même perpendiculaire à la rivière. Ce plan crée également les quartiers de Grand Circus Park et Campus Martius..
De 1805 à 1847, Détroit est la capitale du Territoire, puis de l'État du Michigan. La ville tombe aux mains des Britanniques durant la guerre anglo-américaine de 1812, puis est reconquise par les Américains en 1813.
Avant la guerre de Sécession, la proximité de la frontière canadienne fait de Détroit un arrêt stratégique le long du chemin de fer clandestin..
Au cours du , les urbanistes, suivant la philosophie de City Beautiful, construisent un certain nombre de bâtiments des styles Beaux-Arts et baroque. Vers la fin du siècle, Détroit est alors surnommée le « Paris du Midwest » pour son architecture élégante et ses espaces publics ouverts..
vignette|Cadillac Motor Co. (1910).
La situation stratégique de Détroit au cœur des voies navigables des Grands Lacs en fait un centre logistique. La ville a continuellement grandi à partir de 1830 autour du transport lacustre, des chantiers navals et des industries manufacturières.
En 1896, Henry Ford y construit sa première fabrique automobile, dans un atelier situé sur Mack Avenue. En 1904, il fonde la Ford Motor Company. Henry Ford et d'autres pionniers de l'automobile comme William Crapo Durant (General Motors), les frères Dodge, les frères Packard, Walter Chrysler, etc. sont à l'origine du statut de capitale mondiale de l'automobile attribué à Détroit. Gourmande en espace, l'industrie automobile se développe également rapidement en banlieue, à Hamtramck et Highland Park.
Entre 1900 et 1930, la ville se développe énormément, sa population augmente de à plus de d'habitants. La croissance explosive de la cité ne se fait pas sans dommages. L'air et l'eau de la région sont pollués, et les rives du lac sont outrancièrement industrialisées et interdites aux résidents. Les taudis se sont développés dans plusieurs quartiers, en particulier la partie est, de plus en plus peuplée par les Afro-Américains, dès 1920. La tension raciale entre les résidents noirs et blancs mène à des émeutes, en 1943.. En 1950, Détroit affiche une population de .
Déclin de la ville
vignette|gauche|upright|Le bâtiment du en état de délabrement, 2008. Un des premiers signes du déclin économique de la ville a lieu en 1958 avec la fermeture de l'usine automobile Packard. La même année à Détroit, deux autres constructeurs automobiles indépendants, Hudson et Kaiser-Frazer, ferment leurs portes.. Depuis les années 1970, de nombreux centres commerciaux, bibliothèques, hôtels et banques du centre-ville sont désertés et laissés à l'abandon, laissant un paysage post-apocalyptique.. De nombreux quartiers de la ville sont tombés en désuétude. Les commerces alimentaires ferment un à un laissant les habitants de ces quartiers dans des déserts alimentaires. Capitale américaine de la production automobile jusque dans les années 1970, la ville de Détroit est devenue le symbole de la déshérence urbaine. Détroit s'illustre également par son taux de criminalité record, la classant comme la ville la plus dangereuse des États-Unis et parmi les dix premières au monde pour le taux d'homicide ( pour par an)..
Tandis que la population blanche de la ville commence à diminuer à partir de 1950, la ville continue d'attirer une population noire pauvre du Sud pour occuper les emplois créés par l'industrie automobile. Ceci divise la population de Détroit en communautés cohabitant difficilement à l'époque de la ségrégation raciale. Le , des émeutes éclatèrent dans le nord-ouest de la ville. Ce sont les émeutes les plus sanglantes et les plus destructrices de l'histoire des États-Unis, avec , et plus de détruits. Les victimes ont pour la plupart été abattues par la police, la garde nationale et l'armée..