Tycho Brahe (), né Tyge Ottesen BraheJeune homme, il latinise son prénom en « Tycho ». ( – ), est un astronome danois, issu d'une grande famille associée de longue date aux affaires du royaume. Sa région natale, la Scanie, fait désormais partie de la Suède.

Tycho Brahe marque une rupture dans l'histoire de l'astronomie et plus généralement dans l'histoire des sciences. À une époque où prévaut encore le respect de la tradition et des anciens, il donne la priorité à l'observation, avec le souci constant de valider ses hypothèses au regard de celles-ci. Il prend grand soin de la fabrication et de la mise au point de ses instruments, qui lui permettent de recueillir un nombre considérable de données. Bien qu'effectuées à l'œil nu, ces mesures sont, à leur meilleur, au moins dix fois plus précises que celles de ses prédécesseurs en Europe. Ainsi, ses observations de la supernova de 1572 le conduisent à remettre en cause l'immuabilité du monde supra-lunaire énoncée par Aristote, remise en cause confirmée par ses observations de la grande comète de 1577, dont il met en évidence qu'elle ne peut être un phénomène atmosphérique (sub-lunaire).

Ses observations très précises des positions de la planète Mars jouent un rôle décisif dans la découverte par Johannes Kepler de la trajectoire des planètes et plus généralement des trois lois qui régissent leurs mouvements.

Bien que grand admirateur de Nicolas Copernic, il ne se résout pas à abandonner le géocentrisme et préfère mettre au point un système mixte, dit géo-héliocentrique : la Terre reste immobile au centre de l'univers, les autres planètes tournent autour du soleil, entraînées également par le mouvement de celui-ci autour de la Terre. Bien que ruiné conceptuellement par les découvertes de Kepler puis de Newton, le système sera soutenu tout au long du par les jésuites qui y verront la seule façon de sauver l'immobilité de la Terre, conforme à leurs yeux aux Écritures. Ce système sera définitivement infirmé par la découverte de l'aberration de la lumière qui met en évidence empiriquement le mouvement annuel terrestre.

Jeune homme, Tycho Brahe bénéficie d'une éducation ouverte aux sciences dans un système universitaire protestant, encore très influencé par les idées de Philipp Melanchthon. Il étudie d'abord à Copenhague, où il découvre en particulier l'astronomie, puis fréquente durant de longues années les universités protestantes allemandes.

Grâce au soutien du roi Frédéric de Danemark, Tycho Brahe bénéficie pendant une vingtaine d'années de l'usage de l’île de Ven et de confortables revenus pour mener à bien ses travaux. Il y fait construire le palais d'Uraniborg qui est sa demeure, mais surtout un lieu d'études et un véritable centre de recherche avant l'heure, muni d'un observatoire, mais aussi d'un centre artisanal pour la confection des instruments et d'une imprimerie pour diffuser ses travaux. Il y forme de nombreux étudiants et reçoit des visiteurs de l'Europe entière.

Après la mort de son protecteur et l'interrègne qui suit, Tycho Brahe perd le soutien du successeur de celui-ci, Christian , et choisit d'émigrer. Accueilli par l'empereur Rodolphe qui en fait son mathématicien impérial, il s'installe près de Prague. C'est là que Kepler le rejoint pour devenir près d'une année durant son assistant et hériter, à la mort de l'astronome danois en 1601, de ses exceptionnelles observations.

En français, le nom de l'astronome a été souvent orthographié Tycho-Brahé ou Tycho Brahé. Biographie L'importance de Tycho Brahe dans l'histoire de l'astronomie a été longtemps diversement appréciée. À sa mort en 1601, il était le scientifique le plus célèbre d'Europe.. À la fin du , Jean Sylvain Bailly ne voyait, depuis l'Antiquité, que Hipparque qui puisse lui être comparé, cité par ., sans méconnaître l'importance de Copernic que Bailly juge . Cependant, Tycho a parfois été considéré comme un simple observateur, certes sans rival, mais n'exploitant pas lui-même ses observations, ses apports théoriques étaient souvent réduits à son système géo-héliocentrique, vu comme trop complaisant envers les préjugés religieux de l'époque.. Bien que le ne l'ait pas oublié, ce n'est que dans la seconde moitié du que ce tableau a été largement complété et corrigé et que Tycho a trouvé sa place, au premier rang, dans l'histoire de l'astronomie et dans l'histoire des sciences.. Ainsi il ouvre le second volume de l'histoire générale de l'astronomie de René Taton et Curtis Wilson, comme étant celui qui, par le primat qu'il donne aux observations, inaugure l'astronomie moderne, à l'égal au moins de Copernic, dont l'héliocentrisme était révolutionnaire, mais dont la pratique était restée celle de l'astronomie ancienne préface de Wilson et article de Thoren .. En ce qui concerne sa vie, les historiens bénéficient, outre leurs sources habituelles, de la biographie de Pierre Gassendi., une des premières du genre, écrite moins de cinquante ans après la mort de l'astronome. On doit à Tycho lui-même une courte autobiographie, mais Gassendi put la compléter par d'autres sources, interrogeant entre autres des membres de sa famille, voir aussi .. En 1890, l'astronome et historien de l'astronomie John Louis Emil Dreyer publie une biographie. qui a longtemps fait autorité, même si elle ne prend pas en compte une partie de ses propres travaux, publiés ultérieurement. Dreyer est également le principal éditeur des œuvres complètes de Tycho Brahe publiées entre 1913 et 1929. Plus récemment, la biographie de Victor Thoren publiée en 1990 est une somme tant sur la vie que sur l'œuvre de Tycho qui tient compte des derniers travaux publiés au moment de sa parution, y compris ceux en langues scandinaves, Christianson a participé à la biographie de Thoren.. De haute naissance Tycho Brahe naît en 1546 au château familial de Knudstrup, en Scanie, alors province danoise.. Il est le second des douze enfants (dont huit dépasseront la prime enfance) d’ et de et leur premier fils.. Son frère jumeau, auquel il écrira une ode plus tard, ne survit pas. Sa sœur Sophia, qui sera sa collaboratrice, naîtra dix ans plus tard. La famille Brahe comme la famille Bille sont toutes deux de haute et ancienne noblesse et associées de près aux affaires du royaume. Ses deux grands-pères, ses quatre arrière-grands-pères sont ou ont tous été membres du Rigsraad (ou Riksråd), le conseil du royaume, qui, fort d'une vingtaine de membres, assiste le roi, voire le supplée à l'occasion.. Son père et ses oncles en font ou feront partie à leur tour, puis deux de ses frères cadets, Steen et Axel. Les Brahe sont propriétaires terriens et gens d'épée. Tôt convertis au protestantisme, ils ont participé à la prise de pouvoir du roi Christian , qui impose le luthéranisme au Danemark en 1536. Les Bille sont plutôt financiers et gens d'Église. La quasi-totalité des évêques du Danemark sont liés à leur famille, mais ils ont aussi fourni des hommes de guerre pour la défense du catholicisme. Leur influence reste grande, malgré l'avènement de la Réforme, et l'alliance matrimoniale avec les Brahe est aussi, pour le père de Beate, une façon de maintenir celle-ci. Très jeune, Tycho est enlevé à ses parents par son oncle . L'évènement, dont les historiens jugent probable qu'il ait eu lieu dans sa deuxième année., est mentionné dans son autobiographie sans autre détail ni explication. Il reste difficile à interpréter. Promesse non tenue d'Otte à son frère Jorgen ? Il s'avère que ce dernier, dont la femme n'a pas plus de au moment de l'enlèvement, n'aura jamais d'enfant. Otte et Beate, qui ont eu à nouveau un fils, Steen, un an après la naissance de Tycho, ne paraissent pas avoir tenu rigueur de l'enlèvement à Jorgen, qui élève, avec sa femme Inger Oxe, Tycho comme s'il était leur propre fils, assurant son entretien et son éducation jusqu'à la disparition accidentelle de Jorgen en 1565. La famille Oxe est moins ancienne que celles des Brahe et des Bille, mais a déjà fourni plusieurs conseillers au Rigsraad. Inger est aussi la sœur de , dont l'habileté en matière de finances et de diplomatie vont faire, en dehors d'une période de huit ans d'exil, l'homme d'État danois le plus influent de l'époque. C'est sous l'influence d'Inger Oxe, que l'éducation du jeune Tycho Brahe va être très différente de celle de ses frères.. Enfance et études au Danemark On a peu de détails sur les années d'enfance du jeune Tycho Brahe. Son oncle est établi dans le , à l'est de la Scanie, mais il administre aussi successivement diverses places-fortes, et il est probable que son neveu le suive lors de ses déplacements. En 1552, il est nommé gouverneur du château de Vordingborg et des terres qui en dépendent par le roi Christian III, puis la reine mère Sophie (veuve de Frédéric et belle-mère du roi ) le nomme en 1555 responsable du château de Nykøbing voisin, ce qui met Jorgen à la tête d'un ensemble de fiefs considérable. Cependant le roi et sa belle-mère ne s'entendent pas et, en 1558, Jorgen perd la gouvernance de Vordingborg, un évènement également lié à la disgrâce de son beau-frère Peder Oxe, qui se voit confisquer ses biens, et part en exil la même année pour huit ans.. Il est donc probable que la vie de cour seigneuriale, avec de fréquents déplacements, soit celle de Tycho jusqu'à ses , âge auquel on sait qu'il entame des études élémentairesSelon son autobiographie, .. Depuis au moins deux siècles, celles-ci ont lieu traditionnellement pour les jeunes nobles dans l'école attachée à la cathédrale d'une ville épiscopale, ceux-ci étant logés chez l'évêque ou un religieux important. La Réforme n'a guère changé cette tradition, à la différence que les théologiens luthériens, originaires des classes moyennes, ont pris la place des évêques qui étaient nobles, et qu'ils ont importé un autre mode de vie, inspiré de celui qu'ils ont connu lors de leurs études dans les universités allemandes en particulier à Wittenberg. Tycho rejoint vraisemblablement l'école de la cathédrale de Vordingborg, à l'instar de ses deux frères puinés Steen et Axel (on sait qu'ils étaient inscrit à celle d'Aalborg, centre du fief gouverné par leur père Otto). Il y suit des enseignements de langue et grammaire latine, de religion, de chant et probablement de mathématiques élémentaires..