thumb|Incipit du Discours sur l'œconomie politique de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1758.
L'économie politique peut s'entendre dans un sens général comme étant l'économie de la cité par opposition à l'économie domestique. L'expression d'« économie politique » est créée au début du et employée à l'origine selon Charles Gide(Charles Gide, Principes d’économie politique, 1931) pour décrire . Pour Léon Walras, l'économie politique se définit comme l’exposé de ce qui est, et le programme de ce qui devrait être..
Si Antoine de Montchrestien, avec son Traité de l'Œconomie Politique paru en 1615, est traditionnellement considéré comme l'un des premiersHenri Denis, Histoire de la pensée économique, Thémis 1966, §4Histoire des pensées économiques, T1 les fondateurs, , Sirey, 1993 à employer ce vocable dans le sens précité, Gregory King, historien de l'économieVoir Défaillance du marchéau paragraphe 1.2 Loi de King, indique pour sa part que le premier à utiliser l'expression « économie politique » serait Louis Turquet de Mayerne en 1611Gregory King, « », Journal of Modern History, 1948 dans son livre La Monarchie Aristodémocratique ; ou le gouvernement composé et meslé des trois formes de légitimes républiques.
Dans la seconde partie du , le mot « économie » remplace progressivement le terme d'« économie politique ». Si William Stanley Jevons, un tenant de l'emploi de méthodes mathématiques, a dès 1879 plaidé pour l'adoption du terme « économie » qu'il trouve à la fois plus bref et dont il espère la reconnaissance en tant que science (la science économique), il intitule malgré tout encore son livre publié en 1879 Jevons, W. Stanley. The Theory of Political Economy, 1879, ed. p. xiv.. Ce n'est qu'en 1890 que le mot d'économie s'impose avec la publication par Alfred Marshall des Marshall, Alfred (1890) Principles of EconomicsGroenwegen, Peter. (1987 2008). Voir aussi les entrées political economy et economics, dams The New Palgrave: A Dictionary of Economics, v. 3, . [.]. Dans l'esprit de Marshall, le fait d'éviter l'emploi du terme « politique » affranchit l'économie de ses liens avec les partis politiquesVoir Cannan .
Jusqu'à la crise financière mondiale débutant en 2007, le terme d'économie politique peut référer : à l'analyse marxiste ; à des approches émanant de l'école de Chicago (économie), ou à l'école de Virginie ; ou simplement aux conseils donnés par les économistes aux gouvernements concernant les politiques économiques globales ou des sujets plus restreints. Selon Alberto Alesina, Alesina, Alberto F. (2007:3) « Political Economy », NBER Reporter, (press +). Abstract-links version.. Après la crise de 2007, le terme d'« économie politique » revient sur le devant de la scène, notamment en France.
L'économie politique selon Antoine de Montchrestien Antoine de Montchrestien forge le terme d'économie politique pour Henri Denis, Histoire de la pensée économique, Thémis, Paris, 1966.. Il ajoute : Traité de l'économie politique, nouv édit°, Paris, 1889. De même : op cit p. 21 ; ou encore : op cit p. 99.
Montchrestien fait valoir : que l'enrichissement du peuple est au moins aussi efficace que de recourir à la guerre (comme le prône Machiavel) ou de se livrer à la contemplation (comme le préconise Aristote) ; qu'il faut célébrer le travail de l'agriculture, faire l'éloge de l'industrie et de la manufacture ; qu'il faut mettre dans la société au-dessus de tout le rôle du marchand. Dans le corps social il est semblable au cerveau dans le corps de l'individuop cit p. 32. op cit p. 137-138.
Premières évolutions du concept
La signification du terme « économie politique » va fluctuer selon les périodes en fonction des situations économiques rencontrées par les sociétés globales.
Selon les mercantilistes Les thèses développées par Antoine de Montchrestien font entendre un son nouveau et préfigurent les idées mercantilistes : op. cit. page 138.
Le mercantilisme, qui domine la pensée économique entre le et le milieu du , modifie le sens du terme « économie politique » en ne s'intéressant — avec l'émergence des monarques absolus — d'abord qu'à la richesse du Prince, censée être équivalente à la prospérité du royaume et de ses sujets. Les mouvements les plus avancés dans cette perspective sont fournis par le colbertisme français ou le caméralisme allemand. Adam Smith avait conscience de ce que la définition de Montchrestien comporte d'arrière-fonds mercantiliste, aussi .
Selon les physiocrates À la suite de Pierre de Boisguilbert et Richard Cantillon, François Quesnay et le marquis de Mirabeau fondent l'école des physiocrates. Ceux-ci professent que la richesse d'une nation consiste en la richesse des produits agricoles et donc des propriétaires terriens. En étudiant la formation de cette richesse, leur réponse à la question de la politique économique des États est en substance qu'ils ne doivent pas en avoir ou que le pouvoir d'État doit intervenir aussi peu que possible dans la vie économique. Les physiocrates contribuent ainsi de façon décisive à la création de la tradition libérale qui domine la pensée économique jusqu'à la fin du : l'économie qu'ils appellent de leurs vœux est une économie plus « entrepreneuriale et individualiste » que « politique ».
En défendant l'existence de droits naturels supérieurs dans leur théorie du despotisme légal,les physiocrates rejoignent aussi la tradition libérale de philosophie politique inaugurée par John Locke et diffusée notamment par Frédéric Bastiat (1801-1850).
L'école d'économie politique anglaise Présentation et membres En général on distingue trois générations : La première, celle des fondateurs, couvre la période de 1798 à 1830 et comprend notamment : James Mill, David Ricardo (qui écrit en 1817 ses Principes d'économie politique), Thomas Malthus (qui écrit en 1798 son Essays on Population), Robert Torrens, Thomas Tooke]. À ces économistes, on peut ajouter Jean-Baptiste Say, qui est élu en 1822 membre étranger honoraire du de Londres (cercle fondé en 1821 et dont furent membres l'essentiel des économistes politiques anglais de l'époque), ainsi qu'une vulgarisatrice influente, Mrs Marcet, qui écrit en 1817 Conversations on Political Economy. La seconde génération, qui va de 1830 à 1860, regroupe des auteurs comme Richard Whately, Nassau Senior (le premier professeur d'économie politique à Oxford, en 1826), McCulloch (qui écrit en 1847 Literature of Political Economy), et John Stuart Mill (qui publie en 1848 ses Principles of Political Economy, un livre utilisé dans le monde anglophone jusque dans les années 1930). La troisième génération inclut notamment : Bagehot, Stanley Jevons, Henry Sidgwick (qui écrit un livre intitulé Political economy en 1883 et qui joue un rôle important dans la mutation de l'économie politique anglaise à une vision cambridgienne de l'économie), John Neville Keynes (père de John Maynard Keynes et auteur de Scope and Method of Political economy en 1891).
Art, science et politique Les nuances, pour ne pas dire les différences, entre les membres de l'école d'économie politique anglaise sont notables. Ainsi David Ricardo écrit à Malthus en 1820Lettre à Malthus du 9 octobre 1820, citée par A. Piettre dans « Fondements, moyens et organes de la répartition du revenu national », Annales des Semaines sociales, Dijon 1952 :
Mais ce qui fait la spécificité de cette école, c'est qu'elle distingue nettement l'art de gouverner de la , dont le but pour Nassau Senior est d'établir . Au contraire, les économistes politiques des autres pays ne font pas cette différence à cette époque et chez eux, l'économie politique était à la fois un art et une science. Toutefois, si la distinction entre l'art du politique et la science de l'économie politique est forte dans cette école, il n'en demeure pas moins que le lien entre l'économie politique et la politique est dans les faits complexe. En effet, il y a une volonté de propager notamment par le biais du les « vrais » principes de l'économie politique. Les membres de ce club sont hautement impliqués dans la vie politique anglaise puisque 52 des 151 membres de ce club élus entre 1821 et 1870 furent parlementaires. Parmi eux, certains furent des hommes politiques de premier plan tel William Ewart Gladstone, un des grands premiers ministres anglais du .
Il y a entre ces membres une très forte controverse vers 1820, entre le courant dit du « radicalisme philosophique » ou utilitarisme, courant laïque, et ceux qui pensent qu'il faut réconcilier l'économie politique et la théologie, qui veulent monter que . Finalement, un accord est trouvé entre les deux parties en séparant l'économie politique de la théologie. Mais en réalité, le débat ne cesse jamais réellement car il sous-tend le problème du laissez-faire et reparaîtra très fortement sous cette forme à la fin du et au début du .
Les principaux axes analytiques Les principaux axes sont : La loi de la population de Malthus ; la théorie des rendements décroissants ; la théorie de la valeur travail de Ricardo ; La Loi de Say, qui dans sa version forte conduit au principe de neutralité de la monnaie (c'est-à-dire que la monnaie ne peut pas créer de l'activité) ; La théorie des avantages comparatifs de David Ricardo, complétée par John Stuart Mill qui introduit la demande réciproque.
L'économie politique allemande, dite « école historique allemande » (1848-1918) Présentation et membres L'école historique allemande a été, pour Heath Pearson, . Elle compte trois générations d'économistes qui ont été très influents dans leur pays, en particulier dans l'instauration de lois sociales ; raison pour laquelle ils ont parfois été appelés (socialistes de la chaire, au sens de chaire universitaire).
La première génération est composée de Wilhelm Roscher (1817-1894), qui écrit en 1843 Outline of Lectures on Political Economy according to the Historical Method, Bruno Hildebrand (1812-1878) et Karl Knies (1821-1898). La seconde génération compte notamment Gustav Schmoller (1838-1917) et Lujo Brentano. Pour la dernière génération, on peut citer Werner Sombart (1863-1941), ainsi que des auteurs souvent associés à eux : Max Weber et Adolph Wagner.
D'une manière, les membres de l'école d'économie politique allemande sont plus interventionnistes que les membres de l'école anglaise. Si Gustav Schmoller est en faveur d'une , d'autres sont en faveur d'un gouvernement plus démocratique, et d'autres encore (Robert Wagner et le jeune Werner Sombart) pour un socialisme d'État. D'une façon générale, ils réinterprètent le caméralisme et seront les conseillers du Prince, dont ils .
La méthode