La kétamine est un psychotrope utilisé comme anesthésique injectable. Elle est aussi employée comme analgésique, sédatif, et en médecine vétérinaire.
Aux États-Unis, elle est commercialisée depuis comme antidépresseur sous le nom de « Spravato » (laboratoires Janssen), en spray nasalLire en ligne, sur letemps.ch.. L’Agence européenne des médicaments a autorisé son usage dans ce cadre la même année.
D'un point de vue pharmacologique, elle est une amine dissociative qui agit comme inhibiteur du glutamate au niveau des récepteurs NMDA, mais son effet est dû principalement à la conséquence du blocage de ces récepteurs, à savoir l'activation maintenue de récepteurs AMPA.. Elle est très proche de la phéncyclidine (PCP) et ressemble au dextrométhorphane au niveau pharmacologique.
Elle fait partie de la liste modèle des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en ) WHO Model List of Essential Medicines, list, avril 2013..
En psychopharmacologie, la kétamine fait l'objet de recherches pour son puissant effet antidépresseur. Les résultats étaient encore incomplets (pour l'obtention de l'AMM, dans cette indication) en 2017, malgré des indices d'efficacité datant de plus de vingt ans... ; ils sont documentés de façon plus approfondie, et l'agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) et l'Agence de régulation européenne les ont approuvés dans le traitement de la dépressionJelen L.A. et Stone J.M., Ketamine for depression, Int. Rev. Psychiatry, mai 2021, 33 (3), 207-228, , Epub 11 février 2021, (consulté le 30 décembre 2022)..
La kétamine est aussi prise de manière récréative pour ses fortes propriétés psychodysleptiques, notamment dans les rave parties. Généralement, l’utilisation de kétamine correspond à une recherche d’expérience ponctuelle.
La kétamine fait partie des substances utilisées pour la soumission chimique, ayant un effet sédatif et provoquant une amnésie antérograde.
La complication principale d'une trop grande consommation de Ketamine est la fibrose de la vessie, qui est douloureuse et irréversible.
Les risques majeurs proviennent de la kétamine issue du marché noir, coupée avec des adultérants. Les accidents cardio-vasculaires, les troubles respiratoires, et surtout les blessures et les accidents dus à la confusion et au trouble de l'équilibre, ainsi que les risques provenant de l'anesthésie.. Le risque principal d'un point de vue psychologique est un syndrome psychotique aigu, qui disparaît généralement après plusieurs heures, ou plusieurs jours. Certains évoquent le « K-hole », il se manifeste lors de prises de doses importantes du produit. Il résulte une déconnexion totale de l’usager avec son environnement qui lui apparaît alors comme inconnu. Cet état peut être déstabilisant, angoissant et traumatisant pour une majorité d’usagers qui préfère l’éviter. Il est généralement considéré que cet état résulte d’une surdose. Cependant il est aussi recherché par une partie des consommateurs. Notamment lorsque la kétamine est injectée, cette pratique est réalisée presque systématiquement dans la volonté d’atteindre ce « k-hole ».
Médecine humaine Anesthésie La kétamine est une molécule quotidiennement utilisée par les médecins anesthésistes-réanimateurs et urgentistes. Chez l'être humain, même à des doses importantes, elle provoque peu de variations hémodynamiques et permet de maintenir une ventilation spontanée relativement efficace ainsi que des réflexes de toux. Elle s'utilise pour ses propriétés hypnotiques à forte dose () lorsqu'une induction d'anesthésie générale est nécessaire en vue d'une intubation chez des patients instables sur le plan hémodynamique (par exemple patients victimes d'accidents de la route en état de choc). À plus faible dosage (), elle est utilisée comme antalgique majeur, en adjonction ou remplacement de la morphine (par exemple soulagement d'un patient avec une fracture de membre chez qui l'on souhaite éviter la dépression respiratoire induite par la morphine ; mise en place d'un drain thoracique en complément d'une anesthésie locale). Toujours sur le plan de la douleur elle possède des propriétés anti-hyperalgésiques qui vont conduire à diminuer l'incidence des douleurs chroniques post-opératoires..
Elle est utilisée en anesthésie de guerre et dans les situations où il n'existe pas de matériel de réanimation ou de personnel expérimenté, en particulier dans le tiers monde. Elle est également utile lors d'interventions en haute altitude., où les opioïdes exercent une dépression respiratoire trop importante pour la pression partielle en oxygène, qui nécessite des infrastructures importantes.
Dans ces pays, elle est particulièrement utilisée pour la chirurgie en urgence ou la césarienne.
Elle provoque une anesthésie dite « dissociative » (dissociation entre le cortex frontal et le reste du cerveau) responsable des rêves, ainsi que des possibles hallucinations lors de la période de réveil. Les hallucinations ne sont pas systématiques, et peuvent être atténuées par l'administration concomitante d'autres drogues comme les benzodiazépines. Les hallucinations sont également moins fréquentes chez les petits enfants et les personnes âgées.
Même en présence de personnel expérimenté, elle est aussi employée en raison de son coût plus faible que les autres analgésiques, dont le prix les rend inaccessibles aux pays en voie de développement.
Dépression Elle constitue la première évolution majeure dans le traitement de la dépression depuis le Prozac. Elle est commercialisée depuis sous le nom de « Spravato » (Laboratoires Janssen). En , ce même laboratoire a déposé une demande d'autorisation de mise sur le marché auprès de l’Agence européenne des médicaments. Selon le docteur Michaël Barde, psychiatre à la clinique du Château de Garches, . Ses propriétés antidépressives étant maintenant bien documentées, la kétamine révolutionne la prise en charge de la dépression sévère. Cette grande efficacité à court-terme serait potentiellement liée à l'activité sur des récepteurs NMDA...
Contrairement aux autres antidépresseurs la kétamine se fixe sur les récepteurs NMDA au glutamate Cécile Thibert, « La kétamine révolutionne la prise en charge de la dépression sévère » sante.lefigaro.fr, publié le 27 février 2018..
En France, elle est administrée par des services hospitalo-universitaires spécialisés comme le département de psychiatrie de la Pitié-Salpêtrière et à l'hôpital Sainte-Anne à Paris. Des protocoles de recherche sont menés dans ces services pour comprendre les processus associés à l'effet antidépresseur de la kétamine.
Par ailleurs, la kétamine possède aussi un effet anti-suicide quasiment immédiatDémontré dans une étude publiée en 2009 dans le journal Biological Psychiatry, lire en ligne, sur sante.lefigaro.fr.. Le docteur Pierre de Maricourt, chef de service de psychiatrie au centre hospitalier Sainte-Anne, à Paris, indique ainsi : .
Son mécanisme reposant sur le système glutamatergique, par opposition à monoaminergique pour les antidépresseurs conventionnels, en fait une nouvelle possibilité de traitement pour les personnes résistantes aux monoamines, c'est-à-dire un tiers des malades. De plus, son effet antidépresseur à court terme pourrait être intéressant en cas de crise suicidaire., les antidépresseurs ISRS n'agissant par exemple qu'après un délai de plusieurs semaines..
Des recherches sont actuellement menées sur son utilité pour traiter aussi la douleur, l'alcoolisme, et la dépendance à l'héroïne et aux autres opiacés. Dès 2009, l'efficacité de la kétamine pour le traitement de ces pathologies est rapportée par le docteur Chambon dans son ouvrage La médecine psychédélique - Le pouvoir thérapeutique des hallucinogènes aux Éditions Les Arènes, notamment en Russie où les expériences spirituelles vécues sous kétamine créent une libération vis-à-vis de l'alcool.
Toutefois, la revue médicale française Prescrire rapporte en que l'évaluation clinique de l'eskétamine par voie nasale (Spravato), centrée sur deux essais chez des patients adultes hospitalisés en urgence, montre un effet incertain sur les symptômes dépressifs, un surcroît de comportements auto-agressifs, et une augmentation des tentatives de suicide dans les semaines qui suivent. Un suivi de pharmacovigilance après une année de commercialisation aux États-Unis confirme un risque inquiétant d'idées suicidaires et de suicides avec l'eskétamine..
Lutte contre la douleur Cette molécule est utile pour ses effets antalgiques. En effet, ses propriétés anti-hyperalgésie préviennent la tolérance aiguë aux morphiniques et limitent l'apparition de phénomènes douloureux chroniques (allodynie péri-cicatricielle). Ainsi la kétamine prend une part importante dans la pratique de l'anesthésie générale. Elle peut également avoir un intérêt dans une approche multimodale de . Elle reste aussi utilisée en pédiatrie, pour de petites opérations chirurgicales et accessoirement pour le traitement de la migraine.
Médecine vétérinaire vignette|Flacons de kétamine vétérinaire, . En médecine vétérinaire, elle est utilisée aussi bien pour de grands animaux, comme les chevaux, que pour des opérations chirurgicales sur de plus petits animaux, notamment pour anesthésier chiens, chats, lapins, furets, rats.
La kétamine est particulièrement adaptée aux interventions de courte durée, c’est-à-dire inférieures à trente minutes, ou pour une induction avant une anesthésie gazeuse (relais avec de l'isoflurane par exemple). Elle est souvent employée lors de castrations.
Des injections répétées ou une perfusion en intraveineuse vont permettre de prolonger l’anesthésie pendant plusieurs heures. La kétamine n’est généralement pas utilisée seule : il est en effet conseillé d'associer le produit à des anesthésiques injectables ou inhalés, spécifiquement pour des anesthésies douloureuses.
Le relâchement musculaire requis pour les procédures chirurgicales ne pouvant être obtenu avec la kétamine seule, des myorelaxants supplémentaires doivent être utilisés en parallèle. Pour améliorer l'anesthésie ou en prolonger les effets, la kétamine peut être associée à des agonistes des récepteurs α2. Lorsque l’on souhaite opérer sous anesthésie générale, il est nécessaire de procéder à une anesthésie fixe (agents injectables uniquement), éventuellement transitoire et sans relais gazeux, pour coucher l’animal.
L’utilisation d'un cathéter intraveineux est fortement recommandée pour administrer sans danger et de manière efficace des doses supplémentaires. Chez le cheval, trois agonistes des récepteurs alpha2 associés à la kétamine sont cités : la détomidine, la xylazine et la romifidine. Ces trois associations sont injectées en intraveineuse (pose d’un cathéter, plus facile pour prolonger l’anesthésie). Ces derniers ont pour effet de diminuer la libération de noradrénaline., provoquant une inhibition du système parasympathique, et induit une diminution de la vigilance, de la nociception et du tonus musculaire. Ils jouent donc le rôle de myorelaxants, ou sédatifs.
La kétamine peut également être associée au diazépam (Valium) lors de l’induction de l’anesthésie générale. La kétamine dispose de deux modes d’administration principalement en médecine vétérinaire : par voie intraveineuse (IV) et intramusculaire (IM). La voie intraveineuse nécessite une dose initiale moins importante qu’en intramusculaire ( contre ). Une injection intraveineuse de détermine une anesthésie durant , tandis que pour une intramusculaire, une dose de provoque une anesthésie durant . L’injection en intraveineuse doit être pratiquée lentement, afin d’éviter une dépression respiratoire..