La phytothérapie désigne le traitement thérapeutique fondé sur les plantes, leurs extraits et les principes actifs naturels, dans le but de guérir, soulager ou prévenir une maladie.
Aujourd'hui, il existe une distinction entre deux concepts relatifs à cette médecine : d'une part la phytothérapie traditionnelle qui reprend des usages ancestraux et se consacre par une approche holistique aux effets de la plante dans sa globalité, et sur tout l'individu, en utilisant des préparations domestiques ou à plus grande échelle (consultation de tradipraticiens ou d'herboristes, achat de remèdes de tisaniers…), administrées essentiellement par voie orale (tisanes, infusions, poudres) ou voie externe (frictions, inhalations, cataplasmes, massages).. Cette médecine non conventionnelle est l'une des formes de traitement les plus anciennes qui continue à jouer un rôle important en Afrique, en Asie et en Amérique latine par l'usage de plantes médicinales ;
d'autre part la phytothérapie moderne, appelée aussi « phytothérapie rationnelle » ou « phytothérapie médicale » (termes introduits afin de se différencier de la médecine empirique traditionnelle), qui utilise des méthodes modernes d'extraction des principes actifs contenus dans les plantes médicinales, et valide leurs propriétés bénéfiques pour la santé par une approche scientifique d'analyses biochimiques et pharmacologiques appuyées par la puissance de calcul informatique, ainsi que par des essais cliniques. Cette seconde approche reprend la méthodologie de la médecine fondée sur les faits, si bien que cette méthode de guérison basée sur les plantes est désormais connue sous le nom de « phytothérapie fondée sur les faits ».
Une distinction existe également entre préparations phytothérapeutiques et médicaments à base de plantes, ces derniers consistant en des principes d'extraction purs . Ces molécules, à action pharmacologique importante, sont donc, contrairement aux remèdes phytothérapeutiques, .
Étymologie Le terme « phytothérapie » (du grec ancien , « plante », et , « cure », a été introduit dans la première moitié du par le médecin français Henri Leclerc qui publia de nombreux articles relatifs à l'utilisation de plantes médicinales dans la revue La Presse médicale, et est considéré avec le médecin allemand comme le pionnier de la phytothérapie moderne).
Histoire et enjeux
Le premier texte connu sur la médecine par les plantes est gravé sur une tablette d'argile, rédigé par les Sumériens en caractères cunéiformes 3000 ans av. J.-C. ; ils utilisaient des plantes telles le myrte, le chanvre, le thym, le saule en décoctions filtrées.
Le Papyrus Ebers, du est le premier recueil connu consacré aux plantes médicinales. De loin le plus volumineux de l'Égypte ancienne avec « 110 pages », il fait référence à de plus anciens documents citant des dizaines de plantes accompagné d'un mode d'utilisation Medicine in Ancient Egypt..
Les Grecs et les Romains utilisaient également de nombreuses plantes. On en retrouve des références, entre autres, dans l’œuvre de Dioscoride (médecin grec du ) (cf. illustration), ou dans Histoire naturelle, ouvrage en de Pline l'Ancien qui dès l’Antiquité et jusqu’à la fin du Moyen Âge, a été copié de nombreuses foisVoir l’Introduction à l’Histoire naturelle de Marie-Elizabeth Boutroue, BU Santé, Paris Descartes, (texte en ligne)..
En Europe, les plantes représentent l'essentiel de la pharmacopée jusqu'à la fin du et l'avènement de la chimie moderne. Encore largement utilisées après la Seconde Guerre mondiale, elles furent ensuite supplantées par les médicaments de synthèse plus simples d'emploi. Par exemple, une étude de 2008 s'est attachée à étudier les résultats thérapeutiques de 63 plantes mentionnées comme ayant un pouvoir anti-rhumatismal dans des « herbiers » parus en Europe entre les et . En résultat, l'étude a fait apparaître l'efficacité in vivo ou in vitro de plus de la moitié d'entre eux, et a conclu à la nécessité d'exploiter de façon systématique les données contenues dans ces parutions. De la même façon, les connaissances ancestrales des chamans et autres guérisseurs d'Amérique latine, d'Afrique ou d'Asie sont répertoriées en vue d'identifier les principes actifs des plantes médicinales. Ces recherches s'appuient sur des compétences développées par ces peuples, et, via le recours à des brevets, s'opposent à ce qu'ils en fassent un usage plus large, sans qu'ils en retirent une rémunération autre que symbolique. Ces pratiques sont dénoncées comme un pillage du capital génétique de ces pays ou populations, et donnent quelquefois lieu à des prises de conscience ou à des réactions comme dans le cas de la Bolivie« Voleurs de plantes », Libération, 15 décembre 1999..
En France, le diplôme d'herboriste a été supprimé en septembre 1941 par le gouvernement de Vichy. De en 1941, il n'existerait plus qu'entre 15 et 50 herboristeries en France en 2018, tandis qu'en Allemagne ou en Italie, on compte plusieurs milliers d'herboristes.
Précautions d'emploi de la phytothérapie Certaines plantes contiennent des principes actifs qui peuvent être extrêmement puissants, d'autres sont toxiques à faible dose. Le fait que l'on n'utilise que des plantes ne signifie pas que cela est sans danger, la culture libre ou l'utilisation de certaines plantes est interdite dans certains pays, le cas le plus courant étant le pavot somnifère dont la culture est réglementée en France et destinée à la seule industrie pharmaceutiqueLes articles L.5132-1 à -9 et R.5150 à R.5219-15 du Code de la santé publique réglementent la production, la fabrication, le transport, l'importation, l'exportation, la détention et la vente des substances et préparations vénéneuses à utilisation pharmaceutique, dont les stupéfiants, et ceci dans le cadre de la convention des Nations unies sur les stupéfiants du 21 mars 1961. En France, c'est Francopia (Sanofi) qui a eu le monopole de la culture du pavot..
La pharmacologie reconnaît l'action bénéfique de certaines plantes et s'attache donc à extraire le principe actif de ces plantes. La consommation « brute » de la plante induit la consommation d'autres produits contenus dans la plante que le principe actif, ne permettant ainsi pas de connaître la dose exacte de principe actif ingéré entraînant un risque de sous-dosage ou de surdosage.
La composition d'une plante peut varier d'un spécimen à l'autre, dépendamment du terrain, des conditions de croissance, l'humidité, la température ou l'ensoleillement, qui vont déterminer ce que l'on appelle en aromathérapie le chémotype.
Ainsi, il n'est pas recommandé d'utiliser des plantes d'origine douteuse, puisque les facteurs de pollution, la cueillette et les méthodes de conservation, de stockage… peuvent altérer les propriétés des plantes. Il convient d'éviter les plantes sèches vendues sous sachet transparent, car la lumière altère en partie leurs propriétésGilles Corjon « Bien choisir ses plantes » Biocontact janvier 2010, , .
En Occident, la phythothérapie traditionnelle, non basée sur la médecine fondée sur les faits, est considéré par la communauté scientifique comme une médecine non conventionnelle comportant, selon les plantes utilisées, des risques de toxicité, d'interaction avec d'autres médicaments, ou de pollution par des produits chimiques ou métaux lourds.
La phytothérapie moderne qui se base sur des preuves scientifiques sans récuser la tradition, fait appel aux recherches pour valider l'efficacité des principes actifs extraits des plantes mais les études et surtout les essais cliniques sont encore trop peu nombreux. Un des goulots d'étranglement dans les études sur les composés actifs des extraits de plantes, réside dans les variations qualitatives, ainsi que les variabilités phénotypique et génotypique des produits phytothérapeutiques, la diversité des méthodes d'extraction, les différences géographique et climatique qui affectent la teneur en principes actifs et/ou toxiques de ces produits, à l'origine de résultats thérapeutiques différents et incohérents pour les patients.
Méthodes : modes de préparation et modes d'administration vignette|Plantes à propriétés digestives.
Il existe de nombreux modes de préparation des plantes ou des parties de plantes (décoction, infusion, tisane, jus, grattage, broyage, trituration, organe nature ou cuit, …). Ces préparations phytopharmaceutiques sont administrées essentiellement par voie interne orale (tisanes, infusions, poudres) ou voie externe cutanée, nasale ou buccale et éventuellement oculaire, auriculaire, vaginale ou rectale (applications, frictions, inhalations, cataplasmes-compresses, massages…).
Parmi les principales formes de préparation :
Tisane En phytothérapie traditionnelle, les plantes peuvent être utilisées fraîches ou, beaucoup plus fréquemment, sèches. C'est en général une partie bien précise de la plante qui est employée, en conformité avec les préconisations des pharmacopées (racine, feuille, fleurs), la composition chimique d'une plante étant rarement uniforme (voir Plante médicinale). Ces parties de plantes, entières ou finement broyées dans un sachet-dose (alias infusette), sont utilisées pour l'obtention d'une tisane que l'on peut préparer par infusion (on verse de l'eau chaude sur la plante), par macération (la plante est laissée plus ou moins longtemps au contact de l'eau froide), ou par décoction (la plante est laissée plus ou moins longtemps au contact de l'eau portée à ébullition).
Poudres et gélules Des procédés plus récents permettent de fabriquer des formes plus « modernes », en particulier des poudres, qu'elles soient obtenues par un broyage classique ou par cryobroyage. Ces poudres totales, qui peuvent ensuite être conditionnées sous la forme de gélule, ou autre forme, sont présentées par leurs adeptes comme représentant « l'intégralité » — le « totum » — du végétal. Cela n'est pas faux, mais cela doit être pris en compte en matière de sécurité : leur composition diffère de celle des tisanes traditionnelles (qui ne comportent en principe que les substances hydrosolubles de la plante), et l'on s'écarte donc de « l'usage traditionnel bien établi ». On ne peut donc pas exclure qu'elles conduisent à l'absorption de substances toxiques (ou à des concentrations trop élevées en actifs). C'est, entre autres, pour cette raison que la réglementation en vigueur en France demande, dans le cas des médicaments à base de plante (alias phytomédicaments, ou médicaments de phytothérapie) enregistrés auprès de l'ANSMAgence du médicament (1998), Médicaments à base de plantes, Les cahiers de l’Agence, 3, 81, Saint-Denis., que soit réalisée une expertise toxicologique minimale.
Extraits hydroalcooliques de plantes fraiches ou alcoolatures Un autre procédé, l’extraction, permet l’obtention d’une forme pulvérulente (extrait sec, atomisat), pâteuse (extrait mou) ou liquide (extrait fluide, teinture, teinture-mère) concentrée en principes actifs. Après le broyage de la plante, la poudre obtenue est traitée par un solvant, par simple contact ou par lixiviation. On utilise généralement de l'eau ou un alcool, ou un mélange hydro-alcoolique de titre variable, le plus souvent à chaud. Le solvant est choisi en fonction de la solubilité des principes actifs recherchés. Cette extraction permet d’isoler tous les actifs et de conserver leur éventuelle synergie d’action. Le liquide (soluté) ainsi obtenu est ensuite filtré afin d’éliminer le résidu insoluble (marc). Puis une phase d'évaporation élimine tout ou partie du solvant. La forme ainsi obtenue : est une forme concentrée en principes actifs ; peut être ajustée à une teneur fixe en principe actif (pour assurer une reproductibilité de l'action) ; peut être incorporée dans une forme galénique permettant un usage aisé, y compris en ambulatoire (gélules, comprimés, solutions buvables).