Jacques Duclos, né le à Louey (Hautes-Pyrénées) et mort le à Montreuil (Seine-Saint-Denis), est un homme politique français, dirigeant du Parti communiste français (PCF).

Il est à plusieurs reprises député entre 1926 et 1958 et sénateur de 1959 à sa mort.

Resté plus de trente-cinq ans dans l'équipe dirigeante du parti aux côtés de Maurice Thorez et Benoît Frachon, il est responsable du PCF « clandestin » pendant l'occupation de la France par l'Allemagne. De 1950 à 1953, il est secrétaire général par intérim du PCF en raison de la maladie de Maurice Thorez ; il demeure par la suite dans les faits l'un des principaux dirigeants du parti.

Il se présente à l'élection présidentielle de 1969, où il arrive en troisième position du premier tour avec 21,3 % des suffrages exprimés, manquant de peu d'être qualifié au second tour. Il s’agit du meilleur score obtenu par un candidat communiste à une élection présidentielle en France.

Premières années Origines Jacques Duclos est le second fils d'Antoine Duclos, artisan-charpentier qui tenait aussi une aubergeJacques Duclos, Mémoire, vol. 1, « Entrée dans la vie », chapitre utilisé pour les détails suivants., et d'Anne Louise Cazanave, couturièreArchives départementales des Hautes-Pyrénées, EC Louey, acte de naissance N° 6, 1896, DUCLOS Jacques, consulté le 1 février 2025.. Avant d'aller à l'école il ne parlait pas français, mais l'occitan qu'utilisent entre eux ses parents bien qu'ils connaissent parfaitement la langue nationale.

La fratrie compte trois frères. Son frère aîné, Jean, revient défiguré de la Première Guerre mondiale. Le benjamin s'appelle Louis.

Formation Il entre à l'âge de cinq ans à l'école, où l'instituteur interdit à ses élèves de parler la langue occitane pendant les récréations. L'enfant apprend rapidement à lire et à aimer l'histoire telle qu'elle était enseignée par ceux qu'on appelle les « hussards de la République ». Il va aussi au catéchisme où le curé « parvenait avec assez de succès à communiquer sa foi ». Il passe le certificat d'études primaires, mais la situation de sa famille le contraint à devenir apprenti-pâtissier à Tarbes dès l'âge de douze ans. Il reste avide de lecture pendant toute son adolescence.

Débuts professionnels En , il quitte les Pyrénées pour se rendre à Paris afin d’exercer le métier d'ouvrier-pâtissier. Il arrondit ses fins de mois en faisant la claque au théâtre. Dès l'année suivante, il s'intéresse à la politique. En 1914, il suit la campagne électorale de Marcel Cachin aux élections législatives, dans le arrondissement. Sans travail après la déclaration de guerre, il regagne Tarbes, où il travaille six mois à l'Arsenal.

Première Guerre mondiale En , à dix-huit ans et demi, il est mobilisé par l'ArméeAD Hautes-Pyrénées, classe 1916, fiche matricule 1256, DUCLOS Jacques, vues 507-509.. Il sert dans l'infanterie et participe à la bataille de Verdun. Blessé, vite soigné, il est redirigé vers le Chemin des Dames où il est fait prisonnier en . Il part pour un camp en Allemagne, puis travaille dans des fermes, d'où il est libéré avec l'Armistice. Rentré en France, il n'est démobilisé qu'en .

Parcours politique Débuts au Parti communiste français vignette|gauche|Jacques Duclos lors de sa campagne législative de 1926. À son retour à la vie civile, Jacques Duclos participe à la campagne électorale du Parti socialiste (SFIO) (), sans adhérer à ce parti. Il s'engage à l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC), où milite aussi son frère. Il se syndique à la CGT.

Il adhère au Parti communiste, alors appelé Section française de l'Internationale communiste (SFIC), à sa fondation, le . Un an plus tard, il devient le secrétaire de la section du de Paris tout en prenant des responsabilités à l'ARAC. Il exerce son métier de chef-pâtissier jusqu'en 1924 où il suit la première école des cadres du Parti, à Bobigny. Aux élections législatives de 1924, il est pour la première fois candidat, dans le département de la Seine, sans être élu.

vignette|gauche|Jacques Duclos et cinq autres candidats communistes aux élections de 1928. Dans le sens horaire : Cachin, Barbé, Thorez, Alloyer et Doriot. Il est élu membre du comité central en 1926. C'est cette année également qu'il fait son entrée à la Chambre des députés. En effet, au terme d'une campagne électorale médiatisée en raison de la notoriété de leurs adversairesJacques Duclos, Mémoires, vol 1, pp. 243-251, lui et son colistier Albert Fournier triomphent de Paul Reynaud et d'Henri de Kérillis lors d'une élection partielle qui se tient le à Paris. Aux élections de 1928, vainqueur du leader socialiste Léon Blum dans le de Paris, il fait partie des 14 rescapés sur 28 députés communistes sortants.

En fait, Jacques Duclos ne siège pas au Parlement ; à l'avant-garde de la lutte antimilitaristeSylvain Boulouque, Communistes en temps de guerre, nonfiction.fr, 18 novembre 2015, il est constamment condamné pour divers délits liés à son action. En 1928, le total de toutes les condamnations qui l'ont frappé se monte à quarante sept ans d'emprisonnement. Il vit donc dans la clandestinité, mais séjourne souvent à Moscou, assume des responsabilités pour le compte de l'Internationale ou du Profintern, l'Internationale syndicale rouge. En 1932, alors que le radical Édouard Herriot est président du Conseil, Duclos bénéficie d'un non-lieu et peut reprendre des responsabilités officielles dans le parti. Il en devient, de façon officieuse, le « numéro deux », aux côtés de Maurice Thorez, Eugen Fried et André Marty.

Lors des élections législatives de 1932, candidat dans sa circonscription du , il arrive en tête au premier tour mais est battu au second tour par Marcel DéatDuclos obtient au tour, Déat . Au second tour, englué dans une tactique dite « classe contre classe », il recueille , alors que Déat monte à .. Quatre ans plus tard, il est réélu député en se présentant dans une autre circonscription, craignant une nouvelle défaite face à Marcel DéatSelon le témoignage d'Adrien Langumier, recueilli par Bernard Pudal. Cf. Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, 1989, pp. 85-86..

Il signe souvent des articles dans L'Humanité et y défend la ligne « classe contre classe » avant 1934, mais à partir de , il suit les recommandations de l'Internationale communiste (IC) et appelle au rapprochement avec les socialistes et les radicaux. Il représente le Parti communiste au stade Buffalo le , aux Assises de la Paix où il fait chanter La Marseillaise aux militants communistes.

Il est souvent chargé de missions par l'IC : remise en ordre du parti espagnol (1930-1931)Jules Humbert-Droz, De Lénine à Staline, dix ans au service de l'Internationale communiste, La Baconnière, Neufchâtel, 1971, p. 406. Humbert-Droz, qui prend la suite de Duclos, note : « Duclos fut très chic type. Il forma une délégation collective où chacun (ils sont cinq délégués de l'IC) avait des droits égaux […] » supervision du Parti communiste de Belgique (1934-35), nouvelle intervention auprès du parti espagnol (1935). En cette année 1935 il est élu membre titulaire du Comité exécutif de l'Internationale communiste. Il est un des quatre Français, avec Marcel Cachin, Maurice Thorez et André Marty, de cette instance mondiale de la révolution, où siègent entre autres Staline, Dimitrov, Mao Tse Tung, TogliattiJacques Duclos publie la liste des 46 titulaires et 34 suppléants, en annexe du volume 2 de ses Mémoires, signe de l'importance qu'il y attache..

vignette|redresse|Jacques Duclos dans les . En , au congrès, confirmé secrétaire du Parti, il devient officiellement responsable de la propagande. En , au second tour des élections législatives, il est élu député dans la circonscription de Montreuil-sous-Bois (Seine), avec voix d'avance sur son adversaire ; il devient secrétaire général du groupe communiste. Le , il est élu vice-président de la Chambre des députés. Pendant l'été 1936, il participe, avec Maurice Thorez, à des rencontres en tête-à-tête avec Léon Blum. Il est réélu vice-président de la Chambre des députés le , le , et le . Ses fonctions prennent fin lors du renouvellement annuel du Bureau de la Chambre, le , où il ne présente pas sa candidature.

Dès que la rébellion franquiste éclate en Espagne, il est chargé de superviser l'action du Parti communiste espagnol (PCE). Il lui conseille de participer au gouvernement. Émissaire du Komintern en Espagne, il aide à la livraison d’armes à l’Espagne républicaine.

Le , Jacques Duclos épouse une infirmière, Gilberte Roux (1911-1990), fille d'un père mort au front en 1914 et élevée par un beau-père militant communiste et syndicaliste. Le couple emménage au 258 bis, rue de Paris à Montreuil, puis, début 1939, dans un pavillon de Montreuil mis à sa disposition par le parti et que le couple habite jusqu'à sa mort.

Passionné d'histoire, une matière qu'il apprend à connaître en autodidacte, il initie dans sa ville d'adoption la création du musée de l'Histoire vivante, dont il confie l'organisation à l'historien Jean BruhatJean Bruhat, Il n'est jamais trop tard. Souvenirs, Albin Michel, Paris, 1983, p. 99-100. Voir aussi Jacques Duclos, Mémoires, vol 2 (1935-1939), p. 392 et suiv.. Il en inaugure l'ouverture en au moment de la célébration du Anniversaire de la Révolution françaiseSelon Jean Bruhat, la présentation des salles de l'exposition consacrée à la Révolution est assumée par son collègue Albert Soboul.

Il se rend encore souvent en Espagne pour rencontrer les dirigeants du Parti communiste espagnol.

Seconde Guerre mondiale Lorsque après le pacte germano-soviétique et la déclaration de guerre le Parti est dissous par Édouard Daladier, le , Jacques Duclos, qui n'est pas mobilisé en raison de son âge, quitte la France, et fait partie du groupe de l'équipe dirigeante qui se rassemble à Bruxelles autour d'Eugen Fried, le délégué de l'IC. Selon les termes du « Maitron », dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, « Une nouvelle fois, il se montra totalement fidèle à l'URSS, à Staline, à l'IC et soutint fermement Maurice Thorez ». Jacques Duclos reste à Bruxelles d' à , alors que Maurice Thorez a été aiguillé vers Moscou après sa désertion de l'armée en , sur ordre de l'IC, et que Benoît Frachon est resté en région parisienne, dans la clandestinité.

Député membre du groupe ouvrier et paysan français, il est déchu de son mandat, le , et condamné par défaut le par le militaire de Paris à cinq ans de prison, d'amende et cinq ans de privation de ses droits civiques et politiques pour être resté fidèle à la ligne du Parti communiste et ne pas avoir dénoncé le pacte germano-soviétique.

En , alors que l'équipe de direction constituée autour de Benoît Frachon et d'Arthur Dallidet a quitté la région parisienne et s'est repliée dans le sud de la France, Jacques Duclos et Maurice Tréand sont convoyés de Bruxelles par un diplomate chilien et arrivent à Paris aux alentours du .

En contact régulier avec l'Internationale communiste de Moscou, les deux hommes assument ensemble la prise de contact avec les autorités allemandesRoger Bourderon, La négociation, été 1940 : crise au PCF, éditions Syllepse, Paris, 2001 Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 1940 la négociation secrète. Les communistes français et les autorités allemandes, L'Atelier, 2006 en vue de faire reparaître légalement l'Humanité. Ces pourparlers avec les autorités allemandes furent un fiasco complet, et jusque dans les années 1970 (publication des Mémoires de Duclos) on en fit porter le chapeau au seul TréandSylvain Boulouque, L'affaire de L'Humanité, Larousse, 2010 . Ce n'est que le qu'une directive de l'IC à Moscou clarifia la situation : ordre était donné de suspendre tout contact, et Duclos était nommé responsable du PCF clandestin. Il assume ce rôle jusqu'au retour de Maurice Thorez en , toujours en contact étroit avec Benoît Frachon, remonté à Paris en .