thumb|Démosthène s'exerçant à la parole, toile de Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ (1842-1923).

La rhétorique est l'art de l'action du discours sur les esprits. Le mot provient du latin , emprunté au grec ancien , « technique, art oratoire ». Plus précisément, selon Ruth Amossy, ..

La rhétorique est d’abord l’art de l’éloquence. Elle a d’abord concerné la communication orale. La rhétorique traditionnelle comportait cinq parties : l’inventio (invention ; art de trouver des arguments et des procédés pour convaincre), la (disposition ; art d’exposer des arguments de manière ordonnée et efficace), l’ (élocution ; art de trouver des mots qui mettent en valeur les arguments → style), l’actio (diction, gestes de l’orateur, etc.) et la memoria (procédés pour mémoriser le discours). La rhétorique a ensuite concerné la communication écrite et a désigné un ensemble de règles (formes fixes) destinées au discours. Au , la linguistique et l’analyse des textes littéraires ont relancé l’intérêt pour la rhétorique.

Au-delà de cette définition générale, la rhétorique a connu au cours de son histoire une tension entre deux conceptions antagonistes, la rhétorique comme art de la persuasion et la rhétorique comme art de l'éloquence. La rhétorique grecque, telle qu'elle fut pratiquée par les sophistes et codifiée par Aristote, se préoccupait principalement de persuader. Dans l'Antiquité romaine se fait jour une nouvelle conception de la rhétorique comme art de bien dire, « », selon les mots de l'orateur romain Quintilien.. À l'époque classique, la rhétorique s'étend à l'étude des textes écrits, et notamment aux textes littéraires et dramatiques, la conception romaine de la rhétorique l'emporte progressivement sur la conception grecque. La rhétorique s'est ainsi progressivement restreinte à la stylistique, c'est-à-dire à un inventaire de figures relevant des ornements du discours. Il en résulte une conception de la parole rhétorique qui se distingue de l'argumentation et de la dialectique par l'usage d'effets pathétiques et éthiques du discours sur le publicMichel Blay (dir.), Dictionnaire des concepts philosophiques, coéd. Larousse / CNRS Éditions, 2005, entrée , .. Contre cette évolution, l'école rhétorique contemporaine de Chaïm Perelman renoue avec la rhétorique grecque en proposant une « nouvelle rhétorique » qui est une théorie de l'argumentation.

Définition La rhétorique correspond à l'art de la persuasion. L'expression a été fondée par Aristote, puis elle fut qualifiée de « manipulation de l'auditoire » par Platon. Plus précisément, la rhétorique est l'art de bien parler, de la faculté dans un discours d'exposer ses arguments afin de convaincre un auditoire..

Problématiques de la rhétorique Polémiques autour d'une définition Marc Fumaroli comme Joëlle Gardes-Tamine ont étudié les conceptions de la rhétorique au cours des siècles et relèvent que celles-ci peuvent se rattacher à deux traditions philosophiques. : la définition d'origine sophistique, selon laquelle la rhétorique doit persuader. Bien que propagée par les sophistes comme Gorgias, il s'agit de la conception héritée d'Aristote qui la définit comme . ; la définition d'origine stoïcienne qui pose qu'elle est l'art de bien discourir. Elle requiert une bonne moralité et se rapproche en cela d'une représentation de la sagesse. Ses représentants sont Quintilien et Cicéron.

Cette double tradition a conduit les auteurs, au cours des siècles, à multiplier les définitions de l'art rhétorique. pour Roland Barthes., la rhétorique est pour Arthur Schopenhauer ou John Stuart Mill la technique du discours publicCité par ., alors que, pour Antelme Édouard Chaignet, dans La Rhétorique et son histoire (1888), elle consiste à , deux buts qui lui sont associés systématiquement dans la conscience populaire et même dans l'enseignement du françaisLe , explique en effet qu’.. Pour le philosophe anglais Francis Bacon, elle est Cité par ., alors que, pour l'Américain Richard Weaver, elle est .

En dépit de toutes ces définitions, parfois nettement divergentes, l'expression d'« art rhétorique » renvoie avant tout, et historiquement, au « système rhétorique », c'est-à-dire l'ensemble des techniques pour structurer son discours, en vue de convaincre ou persuader l'auditeur. Partant de là, selon Michel Meyer, il existe trois définitions historiques concurrentes de la rhétorique. : la rhétorique est une manipulation centrée sur l'auditoire (cette idée prévaut chez Platon qui y voit, pour une part, un mouvement verbal fallacieux. Mais d'autre part, Platon appréhende la rhétorique sous un jour positif lorsque celle-ci est au service du discours philosophique. Il s'agit alors de distinguer, conformément à la méthode dialectique, entre une mauvaise rhétorique faisant abstraction du bien, du juste et du vrai, et une bonne rhétorique ordonnée à la saisie du bien) ; la rhétorique est l'art de bien parler (suivant la formule latine de Quintilien, la rhétorique est un (un ), notion qui renvoie à celle d'éloquence ; la rhétorique est le fait d'un orateur ; en ce sens, elle est l'exposé d'arguments ou de discours qui doivent persuader l'auditoire au sein d'un cadre social et éthique. Selon Michel Meyer, l'humanisme incarne cette définition.

Michel Meyer parle par ailleurs, dans son Histoire de la rhétorique des Grecs à nos jours, de véritable quant à donner une définition acceptable de la rhétorique ; il ajoute : Le chapitre « La problématologie comme clé pour l'unité de la rhétorique » dans , qui présente toutes les conceptions historiques autour de la définition de rhétorique.. Le spécialiste et universitaire Jean-Jacques Robrieux souhaite quant à lui mettre un terme au débat, dans Éléments de rhétorique, en expliquant qu'on peut : .. Enfin, Michel Meyer ajoute que , se focalisant alors sur la portée utile de la discipline oratoire, qui reste un assemblage de techniques prévalant dans une situation de communication socialement cadrée.

Les recherches contemporaines ont disséqué la rhétorique et les interprétations se sont multipliées. En dépit de cela, remarque Michel Meyer, la rhétorique est demeurée cohérente avec ses fondements. En effet, selon cet auteur., autrement dit, il existe un irréductible au sein de la discipline, en dépit d'applications très différentes les unes des autres. Il existe ainsi une rhétorique judiciaire, une autre politique, une troisième scolaire Cette logique interne à la discipline concerne en effet à la fois le droit, la littérature, la vente, la publicité, le discours religieux comme politique et bien sûr le parler quotidien. Ainsi pour les Grecs, la rhétorique est ..

Une définition globale de l'art rhétorique doit donc prendre en considération l'acte de communication et la dimension proprement personnelle de celui-ci :

Trois notions centrales : le logos, le pathos et l'êthos

thumb|Allégorie de la rhétorique. La rhétorique utilise, dès ses fondements, trois notions centrales dans la pensée grecque et latine, que résume Cicéron lorsqu'il dit que la rhétorique consiste à ..

Michel Meyer les nomme les , dont les relations déterminent les genres rhétoriques ou « institutions oratoires » (juridique, politique, littéraire ou économico-publicitaire principalement) : .

Tout d'abord, la rhétorique est un discours rationnel, ce que traduit le grec . L'argument permet ainsi, par la logique, de convaincre l'auditoire. Mais le logos désigne à la fois la « raison » et le « verbe » (la parole). Selon Joëlle Gardes-Tamine en effet, dès les débuts grecs, les deux conceptions ont existé. La conception d'une rhétorique comme discours rationnel fut promue par le philosophe Socrate alors que celle d'un art () avant tout lié à la parole fut prônée par l'orateur Isocrate. Cette autrice ajoute que selon Isocrate la parole est l'instrument de l'intelligence et la rhétorique différencie les hommes des animaux mais aussi les Grecs des « barbaros », des étrangers. Par ailleurs on peut voir dans la dichotomie moderne à propos du langage, divisé en une fonction cognitive et une fonction communicative, la reconduction de ces postulats fondateurs.. Cependant, il existe aussi une relation émotionnelle, que véhicule la notion de / . L'auditoire doit être séduit ou charmé ; la raison n'est ainsi pas le seul but de la rhétorique. Selon Michel Meyer, le pathos comporte trois éléments passionnels : la question choc, le plaisir ou le déplaisir qu'elle occasionne et la modalité sous forme de jugement qu'elle engendre comme l'amour et la haine par exemple. L' / , enfin, est la dimension de l'orateur, ses vertus et ses mœurs exemplaires, même si c'est avant tout une image que donne l'orateur de lui-mêmeRoland Barthes résume ainsi l'ambivalence de lêthos aristotélicien : .. Cette notion est davantage romaine, mise en avant par Cicéron notamment, alors que le pathos et le logos sont des acquis grecs. Pour Aristote, en effet, le logos est premier, a contrario de Platon pour qui ., la raison étant l'apanage de la philosophie, discipline maîtresse pour Platon.

La linguistique et la sémiotique modernes fonderont leur discours épistémologique sur la reprise de ces trois pôles de la rhétorique classique. Roland Barthes liait ainsi l'êthos à l'émetteur, le pathos au récepteur et le logos au message. Néanmoins, l'histoire de la rhétorique peut aussi se voir comme, à certaines périodes, une focalisation particulière sur l'une ou l'autre de ces notions.

Évolution de la définition : linguistique et rhétorique

Cette triple conception de l'art rhétorique a ainsi parcouru toute l'histoire de la rhétorique, l'une ou l'autre des notions prenant le pas sur les autres, et, par extension, déterminant tout un art oratoire d'une zone géographique ou d'une période données. Ce phénomène fut largement le moteur de la dispersion de la rhétorique comme discipline, qui culmina en 1890, en France, avec sa disparition au programme des bacheliers, explique ..

Les conceptions modernes, qui ont vu le jour au grâce aux travaux des linguistes comme Ferdinand de Saussure, John Searle, le Groupe µ ou Roman Jakobson parmi les plus importants, vont ainsi redécouvrir l'art oratoire. Les notions de , de et d' sont réinterprétées à la lumière de la sociolinguistique notamment, discipline qui examine l'usage du langage au sein des groupes humains. Des concepts comme ceux d'argumentation ou de négociation permettent ainsi de dépasser les imperfections des définitions classiques pour aboutir, selon les mots de Michel Meyer, à une conception selon laquelle ., définition qui influence profondément les modèles communicationnels actuels. Michel Meyer nomme ces théories modernes foisonnantes de propositions . Cependant, tout au long du , , au mépris du discours en lui-même et de sa dimension relationnelle et sociale.. Elle ne fut dès lors comprise et étudiée qu'à travers le prisme de la grammaire ou de la stylistique. Ce n'est que qu'elle fut redécouverte comme discipline autonome ayant sa propre épistémologie.

La redécouverte de la rhétorique, par les intellectuels comme Kenneth Burke mais aussi par les professionnels de la communication (publicité, médias, politique), permit de redécouvrir les textes classiques et toute la richesse et les techniques de cet art oratoire. Pour Jean-Jacques Robrieux, la « société du savoir » et de la communication y est pour beaucoup, le locuteur du a en effet ..