La première guerre balkanique qui dura d' à opposa la Ligue balkanique (la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et le Monténégro) à l'Empire ottoman. Les armées des États des Balkans en supériorité numérique furent rapidement victorieuses. À la fin de cette guerre, les membres de la Ligue balkanique se partagèrent la quasi-totalité des anciens territoires européens de l'Empire ottoman, mais en Macédoine, la Bulgarie s'estima lésée par ce partage, ce qui provoqua la deuxième guerre balkanique opposant les Bulgares à leurs anciens alliés serbes et grecs.

Arrière-plan historique gauche|vignette|Les Balkans avant l'indépendance de la Serbie, de la Roumanie et de la Bulgarie (1878) : en vert : l'Empire ottoman ; en vert pâle : les États chrétiens vassaux ; en orange : le royaume de Grèce. gauche|vignette|Les Balkans en 1890 jusqu'à la première guerre balkanique. gauche|vignette|Les langues majoritaires dans les Balkans en 1908. gauche|vignette|Les aspirations irrédentistes dans les Balkans en 1912.

La Question d'Orient depuis 1854 L'intervention des grandes puissances occidentales dans la politique des Balkans, au cours de la deuxième moitié du , visait à y maintenir un statu quo face aux prétentions de l'Empire russe qui se posait en protecteur des populations chrétiennes de la région. Cette intervention fit échouer le projet d'une union balkaniqueCe projet d'une union balkanique remontait la guerre russo-turque de 1787-1792, à l'impératrice Catherine II et à son favori Grigori Potemkine qui souhaitaient expulser les Turcs d'Europe afin de reconstruire l'Empire byzantin et de le donner au petit-fils de Catherine, Constantin. Cet empire, qui aurait pour capitale Constantinople, aurait englobé la Grèce, la Thrace, la Macédoine et la Bulgarie, tandis que les principautés danubiennes auraient formé un « royaume de Dacie », promis à Potemkine : voir Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937, trad. et notes de J.C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, et divisa les populations balkaniques sous domination ottomane (processus baptisé « balkanisation »). Certaines (les Turcs et les Slaves islamisés) s'en satisfaisaient, d'autres (les Albanais, les Valaques, les Roms et les Juifs) se tenaient dans l'expectative, tandis que les Grecs, les Serbes, les Macédoniens et les Bulgares menaient une lutte politique (parfois armée) contre le pouvoir ottoman dans l'espoir de voir leurs territoires rattachés à la Grèce, la Serbie, ou la Bulgarie ; une partie des Albanais et des Macédoniens souhaitaient l'indépendance. Mais ces différentes populations étaient très imbriquées territorialement et toutes les localités importantes étaient multiethniques : les différents États balkaniques avaient donc des revendications territoriales qui se chevauchaient en « Roumélie », région comprenant la Roumélie orientale, la Thrace et la Macédoine. De son côté, le pouvoir ottoman menait en retour une répression dont certaines populations civiles furent les victimes (« massacres bulgares » d', près de ).

La Grande-Bretagne et l'Allemagne soutenaient l'Empire ottoman et l'aidaient à se moderniser (y compris sur le plan militaire) : la question d'un renforcement du pouvoir turc fut relancée au cours des années 1909-1911 par le succès de la révolution des Jeunes-Turcs qui forcèrent le sultan à restaurer « l'ancienne constitution ottomane » (celle du 23 décembre 1876). Au tournant du , la Grande-Bretagne change progressivement sa politique de soutien à l'Empire ottoman. Jusqu'alors cheville ouvrière des coalitions européennes qui visaient au maintien de l'intégrité de l'Empire ottoman, la Grande-Bretagne évolue dans son approche de la situation dans les Balkans, tandis que le Reich tend à se substituer comme protecteur et principal soutien du pouvoir ottoman.

La politique des États balkaniques Les aspirations de la Serbie sur la Bosnie-Herzégovine furent anéanties par l'annexion de la province par l'Autriche-Hongrie en 1908. La Serbie focalisa donc son attention sur le nord de l'Albanie, alors sous domination ottomane, pour avoir un accès à la mer. Bien que majoritairement musulmans, les Albanais avaient pris les armes contre les Ottomans (Révoltes albanaises 1910-1912) : les groupes indépendantistes albanais qui se soulevèrent au printemps 1912 furent bientôt rejoints de manière massive par les troupes ottomanes d'origine albanaise. En , les troupes albanaises chassèrent les Ottomans de la majorité du territoire revendiqué par les Albanais, avant de prendre le contrôle des derniers bastions ottomans comme Skopje ou Bitola, forçant les Ottomans à reconnaître que ces territoires étaient dorénavant albanais. Pour la Serbie, la situation devenait problématique : après que ses projets d'expansion vers le nord furent stoppés par l'Autriche-Hongrie, il apparut que sa dernière voie d'expansion allait être bloquée par la création d'un État albanais. Il s'agissait, pour Belgrade, d'une course contre la montre pour éviter l'enclavement définitif.

La chronologie de la création de la Ligue balkanique montre que le rapprochement entre la Serbie et la Bulgarie se fit simultanément aux succès du soulèvement albanais. À partir de l'automne 1911, les royaumes de Serbie et de Bulgarie entament des pourparlers en vue de la conclusion d'une alliance, dont la dimension défensive est actée en et la dimension offensive est définie en . Autour de cette alliance se créent les solidarités des autres États balkaniques ayant des frontières terrestres avec l'Empire ottoman : le Monténégro et la Grèce. Les Bulgares signent avec le gouvernement grec un traité défensif le , tandis que le Monténégro, sans entrer formellement dans le système d'alliance balkanique, fait connaître son intention de soutenir les alliés.

Comme la Serbie ne pouvait pas se permettre d'attendre en raison des progrès des Albanais, la Bulgarie en profita pour obtenir de Belgrade des compromis concernant la MacédoineThe war correspondence of Leon Trotsky: The Balkan Wars 1912-13, 1980, . L'accord prévoyait qu'en cas de victoire contre les Ottomans, la Serbie se contenterait de la moitié nord-ouest de la Macédoine du Vardar, au nord d'une ligne passant par Kriva Palanka et par Ohrid. Cette zone d'expansion de la Serbie comprenait le Kosovo et s'étendait jusqu'à la côte Adriatique soit la moitié nord de l'actuelle Albanie, donnant à la Serbie un accès à la mer.

Après avoir obtenu son autonomie interne lors de la guerre russo-turque de 1877-1878, son unité nationale en 1885 par l'union des deux états bulgares créés par le congrès de Berlin (principauté de Bulgarie et Roumélie orientale), puis son indépendance à la faveur de la crise bosniaque de 1908, la Bulgarie menait une politique à long terme vis-à-vis des Ottomans. Son objectif était d'obtenir les frontières qui lui avaient été initialement attribuées lors du traité de San Stefano en 1878, mais que les puissances occidentales lui avaient refuséesBismarck's Diplomacy at Its Zenith, Joseph Vincent Fulle, 2005 . C'est pourquoi la Bulgarie soutient en Macédoine l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (ORIM) en lutte pour la libération du peuple macédonien (orthodoxe comme les Bulgares et parlant une langue slave suffisamment proche du bulgare standard, pour que les cartes linguistiques de l'époque la considèrent comme du bulgare). Le gouvernement bulgare pensait que l'ORIM faciliterait la constitution d'un nouvel État autonome en Thrace ottomane et en Macédoine, pourrait ensuite s'unir avec la Bulgarie comme cela fut le cas pour la Roumélie orientale. Après des succès initiaux, la Serbie et la Grèce découvrirent le véritable objectif de l'ORIM, ce qui déclencha une guerre de guérilla des mouvements serbes et grecs contre l'ORIM. Par la suite, la Bulgarie se tourna vers une méthode d'expansion plus directe, en développant une grande armée et en se considérant comme la « Prusse des Balkans ».. Cependant, il était clair qu'elle ne pourrait pas vaincre l'Empire ottoman seule.

En Grèce, le coup de Goudi d', dirigé par des officiers grecs, instaura un régime progressiste, dirigé par Eleftherios Venizelos, qui devait leur permettre de résoudre la question de la Crète en leur faveur et de prendre leur revanche sur leur défaite de 1897 face aux Ottomans. La réorganisation de l'armée hellénique fut menée avec le soutien de la France, mais n'était pas terminée au commencement de la guerre. Dans les discussions qui amenèrent la Grèce à rejoindre la Ligue, la Bulgarie refusa tout accord avec elle sur la répartition des gains en Macédoine, tout en recherchant un accord avec la Serbie. La stratégie bulgare était de conclure un accord avec la Serbie limitant son accès à la MacédoineThe making of a new Europe, 1981, Hugh Seton-Watson & Christopher Seton-Watson , tout en refusant un tel accord avec la Grèce, considérant que son armée pourrait occuper une grande partie de la Macédoine et l'important port de Salonique avant les Grecs.

En 1911, l'Italie déclencha la guerre italo-turque et s'empara de la Libye et des îles du Dodécanèse. La victoire rapide des Italiens malgré leur revers face à Kemal Bey à la Bataille de Tobrouk, influença grandement les États balkaniques, qui y voyaient la possibilité d'une victoire facile contre les Ottomans. C'est pourquoi, au printemps 1912, les quatre États chrétiens des Balkans s'allièrent dans ce qui fut appelé la Ligue balkanique.

Acteur de premier plan de la scène balkanique, un temps éclipsée par sa défaite en Mandchourie, la Russie, en influençant la Bulgarie, est en réalité la principale instigatrice de cette Ligue. Ce soutien russe porte en germe les termes d'un conflit avec la double monarchie, les responsables austro-hongrois étant opposés à tout accroissement de puissance de la Serbie et craignant l'influence russe.

La plupart des grandes puissances de l'époque, et principalement la France et l'Autriche-Hongrie, échouèrent dans leur tentative diplomatique d'empêcher la constitution de la Ligue balkanique et la guerre. À la fin , la Ligue et l'Empire ottoman mobilisèrent leurs armées et, le , le Monténégro fut le premier à déclarer la guerre à l'Empire ottoman, suivi neuf jours plus tard, le , par ses trois alliés.

Ordres de bataille et plans L'armée ottomane disposait au déclenchement de la guerre de , , d'artillerie et 388 mitrailleuses répartis en quatre armées. Face à l'Empire, les membres de la Ligue coordonnaient leurs efforts. Le gros des forces bulgares attaquerait la Thrace et affronterait les de l'armée ottomane de ThraceThe war between Bulgaria and Turkey 1912-1913, Volume II, Ministry of War 1928, . Le reste de l'armée ottomane soit était positionné en Macédoine face aux Serbes ( et sous commandement serbe) et aux Grecs (), et divisé en deux armées, celle du Vardar et celle de Macédoine. De fortes garnisons défendaient les forteresses d'Ioánnina (face aux Grecs en Épire) et de Shkodër (face aux Monténégrins).

Bulgarie La Bulgarie, militairement l'État le plus puissant des quatre alliés, possède alors une armée nombreuse, bien équipée et entraînée. Elle mobilisa presque sur une population de 4,3 millions d'habitants, soit neuf divisions d'infanterie, une de cavalerie et d'artillerie. Le commandant en chef, tsar Ferdinand, confie au général Michail Savov la direction des opérations. Les Bulgares possèdent également une petite marine de six torpilleurs engagés dans des opérations le long de la côte.