vignette|L'équipe du film La piel que habito (Pedro Almodóvar) au festival de Cannes 2011 en compagnie de Jean-Paul Gaultier, à droite. Les personnes LGBT au cinéma sont représentées de façons très diverses suivant l'époque, le pays, le contexte culturel ou le regard personnel du réalisateur. Ce thème a été traité dans des comédies, dans le cinéma expérimental, dans des films historiques, policiers, biographiques, d'horreur, de contestation sociale ou de série B.
On distingue le cinéma à thème LGBT, dont l'intrigue tourne autour de personnages homosexuels et de leurs relations avec les autres, et les films faisant intervenir des personnages LGBT dans des rôles secondaires, dont la sexualité n'entre pas en compte dans la trame du film. La plupart des films de la première catégorie ont pour thèmes l'homosexualité et la bisexualité masculines, alors que le lesbianisme et la transidentité ont été moins souvent abordés.
Historique général Alors que la plupart des représentations cinématographiques de l'homosexualité ou, d'une manière plus générale, de l'ambiguïté sexuelle et du travestissement parues entre 1895 et 1934 tendent à donner une image négative de toute « déviance » sexuelle, on assiste à l'époque à une véritable émergence de la question gay au cinéma, qui se manifeste par l'éclosion de talents comme Rudolph Valentino, Louise Brooks ou Jean Cocteau, mais aussi par le succès remporté par les chefs-d'œuvre de Leontine Sagan (Jeunes Filles en uniforme, Allemagne, 1931), Josef von Sternberg (Cœurs brûlés, États-Unis, 1931), James Whale (Frankenstein, Une soirée étrange, États-Unis, 1931 et 1932) ou encore Jean Vigo (Zéro de conduite, France, 1933)..
À partir de 1933, l'homosexualité est bannie des écrans, non seulement dans l'Allemagne nazie, dans l'Italie de Mussolini, en URSS, toujours soumise à un régime clairement autoritaire, et, un peu plus tard, dans l'Espagne franquiste, mais aussi au Royaume-Uni, qui peine à s'affranchir d’une morale victorienne particulièrement virulente, et aux États-Unis, où est adopté un code de censure (Code Hays) excessivement rude. La France reste pratiquement le seul pays au monde où subsiste une certaine tolérance ce dont témoignent Hôtel du Nord (Marcel Carné, 1938) et La Règle du jeu (Jean Renoir, 1939).
Dans les années 1930, 1940 et 1950 les réalisateurs durent aux États-Unis faire preuve d'une inventivité incroyable pour traiter, d'une manière ou d'une autre, de sujets que le Code Hays rejetait catégoriquement. Si quelques-uns de leurs films ont construit leur réputation sur leur évidente ambigüité, il est clair que d'autres œuvres n'ont pas pour ambition de donner une image positive de l'homosexualité. Néanmoins, certains réalisateurs choisissent de montrer au spectateur en quoi la société fait preuve d'une très grande intolérance envers tout ce qui ne correspond pas à la norme.
Depuis le début des années 1960 et l’assouplissement des règles de représentation de l'homosexualité, bon nombre de films posent un questionnement sur le genre, que ce soit de manière inédite (Fassbinder en Allemagne, Almodóvar en Espagne, Gus Van Sant, Todd Haynes et Gregg Araki aux États-Unis) ou en recyclant avec plus ou moins d'habileté les clichés réservés aux homosexuels. En France, les films La Cage aux folles (Édouard Molinaro, 1978), Papy fait de la résistance (Jean-Marie Poiré, 1983) ou encore Le père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982) font preuve d'un regard relativement nouveau sur la question. vignette|Jake Gyllenhaal, l'un des protagonistes du Secret de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2005), film qui présenta l'homosexualité dans un milieu on ne peut plus masculin et hétérosexuel, celui des westerns.
Jusque là, les homosexuels étaient représentés sous une forme stéréotypée ou dans des rôles d'assassins impitoyables ou d'êtres perturbés à penchant suicidaire, des exceptions se trouvant dans le cinéma indépendant nord-américain ou dans certaines productions européennes. Le tournant dans le domaine grand public, semble avoir été atteint en 2005 par Le Secret de d’Ang Lee qui, par son succès mondial, le nombre impressionnant de récompenses et les réactions qu'il a déclenchées, a permis sans doute de faire atteindre une nouvelle dimension à ce genre, un impact social avec un vaste écho. Deux ans plus tard, Gus Van Sant tourne où Sean Penn remporte l' Oscar du meilleur acteur ; le scénariste du film, Dustin Lance Black, déclare alors au quotidien Le Monde :
Cette situation évolua peu à peu jusqu'à l'époque actuelle, où les grandes sociétés de production réalisent des films s'adressant avant tout au public LGBT, avec des personnages et des scénarios plus réalistes, et présentés dans des salles commerciales ou dans les nombreux festivals de cinéma LGBT se tenant un peu partout dans le monde. Une grande partie de ces films récents montrent combien il est difficile de faire son coming out et exposent au spectateur la réalité à laquelle sont confrontés les homosexuels.
Cinéma des États-Unis Cinéma de Hollywood
Après de courageux débuts dans le court métrage, avec Lot in Sodom (James Sibley Watson et Melville Webber, 1933), qui traitait les homosexuels comme des satyres dépravés, avides de sexe, mais, s'inspirant de l'histoire sainte, esthétisait le désir homo et ajoutait l'incontournable touche de culpabilité judéo-chrétienne., ce ne fut qu'au que le film Le Secret de Brokeback Mountain (Ang Lee, 2005) présenta les homosexuels au grand public comme des hommes « normaux », à l'aspect traditionnellement masculin et dépourvus de toute pathologie censée justifier la présence de tels personnages dans le film..
Origines : Cinéma muet Le cinéma a traité de l'homosexualité dès ses premiers balbutiements. L'une des premières scènes homosexuelles que l'on ait conservées provient d'une expérimentation de Thomas Edison de 1895, où l'on peut voir deux hommes dansant ensemble alors qu'un troisième joue un air de violon, bien que l'intention ne fût pas précisément celle qu'on veut bien lui prêter. Ultérieurement, dans les premières productions commerciales, l'homosexualité était présentée sous un angle humoristique, sous forme de gags. Ainsi, dans une scène du film , de Sidney Drew, (1914), on voit deux femmes laissant de côté leurs partenaires pour danser ensemble, les deux hommes repoussés de la sorte se mettant à leur tour, après quelque hésitation, à en faire autant..
Pendant cette période, les hommes homosexuels étaient représentés sous une forme stéréotypée, en exagérant leur apparence efféminée pour qu'un public populaire pût distinguer les personnages gays sans qu'il fût besoin de paroles. Citons à titre d'exemple une scène du film de Charlie Chaplin Charlot fait du ciné (Charlie Chaplin et Edward Brewer, 1916), où Charlot donne un baiser à une femme vêtue en homme, mais dont il sait qu'elle est une femme, tandis qu'un autre homme, les voyant, commence à tourner autour d'eux avec des airs manifestement efféminés pour attirer leur attention, mais se fait chasser par Charlot par un coup de pied dans le derrière..
Cinéma classique : des années 1930 aux années 1960 vignette|Marlene Dietrich dans Cœurs brûlés (Josef von Sternberg, 1930). Dans le cinéma muet, le personnage de tapette (« sissy » en anglais) se trouvait déjà dans les films de Hollywood, mais ce n'est qu'après l'apparition du cinéma sonore qu'il devint vraiment populaire. Bien qu'il ne fût jamais fait mention des préférences sexuelles ou affectives de ces personnages, l'audience pouvait facilement les identifier comme homosexuels, car ils reflétaient exactement les clichés colportés à leur égard dans la société. Ils y étaient représentés comme des personnages extrêmement maniérés, affectés, aux fines moustaches et souvent grotesquement maquillés. Ils faisaient rire les spectateurs et, en comparaison avec eux, les hommes se sentaient plus masculins et les femmes plus féminines. On les trouve dans des films comme Broadway Melody (Harry Beaumont, 1929), Haute Société (George Cukor, 1932), La Joyeuse Divorcée (Mark Sandrich, 1934) ou Myrt and Marge (Al Boasberg, 1933).
À cette époque, les hommes portant des habits ou adoptant des attitudes propres aux femmes suscitaient des réactions tout autres que les femmes assumant un rôle masculin. Alors que les premiers faisaient l'objet de plaisanteries ou de situations comiques, les secondes étaient considérées comme attractives autant par les hommes que par les femmes. On peut constater cette réaction dans le film Cœurs brûlés (Josef von Sternberg, 1930), où Marlene Dietrich revêt un smoking d'homme dans une boîte de nuit et est applaudie par toute l'assistance lorsqu'elle donne un baiser sur la bouche à une autre femme..
vignette|Greta Garbo, icône lesbienne. Autre film évoquant le lesbianisme, La Reine Christine (Rouben Mamoulian, 1933), qui, bien que l'histoire eût été modifiée pour ne pas faire directement allusion à l'homosexualité de Christine de Suède, relatait l'étroite amitié qui la liait à l'une de ses servantes..
Sa protagoniste, Greta Garbo et Marlene Dietrich, mentionnée plus haut, devinrent les deux icônes lesbiennes par excellence de l'histoire du cinéma..
Dans les années 1930, l'Église catholique et certaines branches du protestantisme, menacèrent, par le biais de la Ligue pour la vertu et de la Ligue des femmes, d'appeler au boycott pour protester contre le contenu de certains films considérés comme indécents et nuisibles pour la société. Pour atténuer ces pressions, l'industrie cinématographique de Hollywood approuva le Code Hays, imaginé par William Hays, dont l'objectif était de censurer tous les contenus considérés indécents.. Figuraient parmi ces contenus les nus, les baisers trop fougueux, l'avortement, la prostitution ou les perversions sexuelles, dont l'homosexualité. Entre 1934 et 1967, la censure était autorisée à modifier des dialogues, des scènes, des personnages ou des trames qui ne respectaient pas les principes du code. Ainsi, dans Le Poison (Billy Wilder, 1945) les doutes qui hantent le protagoniste au sujet de sa sexualité, explicites dans le roman sur lequel le film se base, sont passés sous silence.. Feux croisés (Edward Dmytryk, 1947) modifie le propos du livre dont il s'inspire, L'Aventure du caporal Mitchell de Richard Brooks, éliminant les allusions à des meurtres perpétrés contres des homosexuels pour en faire un film sur les assassinats de juifs.. vignette|Tant dans sa période britannique qu'américaine, Alfred Hitchcock traite de l'homosexualité, dans des films comme Rebecca (1940) ou La Corde (1948).
La nouvelle censure du Code Hays interdisait toute référence à l'homosexualité, mais ne parvint pas à éradiquer sa présence dans le cinéma. La principale différence avec la période antérieure était que les homosexuels n'étaient plus un élément comique, mais assumaient le rôle de personnes dépravées, conformément au concept d'homosexualité que le Code Hays s'appliquait à transmettre à la société, obligeant réalisateurs et scénaristes à rechercher des formes éludées ou sous-entendues pour raconter ce qu'ils avaient à dire. Dans certains films comme La Fille de Dracula (Lambert Hillyer, 1936), Rebecca (Alfred Hitchcock, 1940), ou, plus tard, Femmes en cage (John Cromwell, 1950), on voyait des lesbiennes capables de poursuivre leurs objectifs sans aucun scrupule, bien qu'il ne fût pas dit explicitement qu'elles étaient homosexuelles. Dans La Femme aux chimères (Michael Curtiz, 1950), une biographie du cornettiste de jazz Bix Beiderbecke, Lauren Bacall interprétait une femme bisexuelle qui mène une vie autodestructrice et désordonnée. De même, dans le film La Corde (Alfred Hitchcock, 1948), deux jeunes étudiants, interprétés par John Dall et Farley Granger, dont la relation amoureuse est suggérée en filigrane, assassinent un camarade..