Frédéric Mistral (ou Frederi Mistral en provençal), né le à Maillane (Bouches-du-Rhône) et mort le dans la même ville, est un écrivain, poète et lexicographe français du qui s'exprimait en langue provençale, ou langue d'ocLes termes "langue d'oc" et "provençal" désignent la même langue, cf. Lou Felibre de Bello Visto (pseudonyme de F. Mistral), La lengo prouvençalo o lengo d'O, Armana Prouvençau, 1856. Réédition Frederic Mistral, La lenga provençala o lenga d'Òc, Documents per l'estudi de la lenga occitana , Paris: IEO París, 2016, et Prix Nobel de littérature pour une œuvre écrite en occitan., désignée aujourd'hui sous le nom d'occitan.

Membre fondateur du Félibrige, membre de l'Académie de Marseille, maître ès-jeux de l'Académie des jeux floraux de Toulouse en 1878, membre d'honneur de l'Académie d'Aix, chevalier de la Légion d'honneur en 1863, il obtient, en 1904, le prix Nobel de littérature pour son œuvre Mirèio.

En 2014, pour le centenaire de sa mort, des hommages lui ont été rendus en Provence et dans les autres régions de langue occitane.., ainsi qu'en Catalogne..

Biographie Origines familiales et sociales vignette|left|Mas du Juge à Maillane.

Frédéric Mistral est un fils de ménagers« Mes parents, des ménagers, étaient de ces familles qui vivent sur leur bien, au labeur de la terre, d'une génération à l'autre! Les ménagers, au pays d'Arles, forment une classe à part: sorte d'aristocratie qui fait la transition entre paysans et bourgeois, et qui comme toute autre, a son orgueil de caste (…) le ménager, agriculteur en grand, dans les mas de Camargue, de Crau ou d'autre part… » aisésMes Origines. Mémoires et récits de Frédéric Mistral. (François MistralDescendant d'une famille d'origine savoyarde installée à Maillane dès 1471. Source : . et Adélaïde Poulinet, par lesquels il est apparenté aux plus anciennes familles de Provence : Cruvelier, Expilly, de Roux, d'Aurel, elles-mêmes étroitement liées entre elles). Mistral porte le prénom de Frédéric en mémoire .

Le mas du Juge, un domaine de , situé entre Maillane et Saint-Rémy, devient propriété de la famille Mistral en 1803. Après la mort de son père, Antoine, en 1827, François Mistral en hérite. Le père du futur poète était alors veuf de Louise Laville. De ce mariage était né Louis, demi-frère de Frédéric MistralFrédéric Mistral : biographie et bibliographieMaillane, au cœur de la Provence..

gauche|vignette|350x350px|Carte des différents dialectes de la langue d'oc .

Le , François Mistral, veuf depuis 1825, se remarie avec Adélaïde Poulinet, fille du maire de Maillane.. De cette union naît le , Joseph-Étienne-Frédéric Mistral, dit Frédéric, dont toute l'enfance et la jeunesse se passent au mas du JugeFrédéric Mistral : ses lieux de vie..

Études vignette|Plaque apposée sur le pensionnat de la rue Louis-Pasteur d'Avignon où Joseph Roumanille eut comme élèves Anselme Matthieu et Frédéric Mistral.

Mistral va, dès l'âge de sept ans, à l'école de Maillane. Il y pratique lou plantié (école buissonnière), comme il le narre dans ses Memòri e raconte, où au chapitre IV, il part cueillir des fleurs de glai (iris d'eau) pour sa mère. Puis, en 1839, il est inscrit au pensionnat de Saint-Michel-de-Frigolet. Il n'y reste que deux ans, cet établissement ayant fermé, puis est placé au pensionnat Millet d'Avignon. En 1845, il est logé au pensionnat Dupuy et fait connaissance de Joseph RoumanilleBiographie de Frédéric Mistral sur le site maillane.fr..

Durant cette période, il suit ses études au collège royal d'Avignon, dans l'actuelle rue Frédéric-Mistral, puis passe, en 1847, son baccalauréat à Nîmes. Reçu bachelier, il est enthousiasmé par la révolution de 1848 et se prend d'admiration pour Lamartine. Au cours de cette année, il écrit Li Meissoun (Les Moissons), poème géorgique en quatre chants, qui reste inédit.

Sa famille le voyant bien devenir avocat, il étudie le droit à la faculté de droit d'Aix de 1848 à 1851, où il sort de la faculté avec sa licence en droitMistral, Frédéric (1830-1914), Thèse pour la licence / par Frédéric Mistral, Occitanica - Mediatèca Enciclopedica Occitana / Médiathèque encyclopédique occitane, http://occitanica.eu/omeka/items/show/3782.

Chantre du provençal vignette|upright|left|La maison du Lézard en 1914.

Il se fait alors le chantre de l'indépendance de la Provence, et surtout du provençal, . Au cours de ses études de droit, il apprend l'histoire de la Provence. Émancipé par son père, il prend alors la résolution . Mistral va également élargir son combat à l'ensemble de la langue d'oc et proposer son propre découpage de ses différents dialectes..

La maison du Lézard Frédéric et sa mère furent contraints de quitter le mas du Juge, en 1855, après la mort de François Mistral. Comme le mas revenait à Louis, le fils aîné, ils durent s'installer dans une petite maison familiale, au sud du village, qui leur avait été attribuée dans le partage d’hoirie. Frédéric lui donna, en 1903, le nom de maison du Lézard après avoir fait installer un cadran solaire orné de ce petit reptile et gravé du poème Gai lesert, béu toun soulèu, (Gai lézard, bois ton soleil,) l’ouro passo que trop lèu (l’heure ne passe que trop vite), e deman plóura belèu. (et demain il pleuvra peut-être.) C'est là qu'il termina Mirèio, commencé au mas du Juge, et qu'il écrivit Calendau.

Prix Nobel de littérature Mistral reçoit le prix Nobel de littérature en 1904, conjointement à José Echegaray. Il consacrera le montant de ce prix à la création du Museon Arlaten à Arles. Il y habita jusqu'en 1876, année où il put emménager dans la maison qu'il avait fait construire à Maillane, juste devant la maison du Lézardaprès s'être marié le à Dijon avec Marie Louise Aimée Rivière. Ce fut ici qu'ils vécurent. La maison devint, après la mort du poète, le et celle de sa veuve, le , le Museon Frederi Mistral.

Appel à création de la Ligue de la patrie française Comme les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir, le critique Jules Lemaître, les poètes José-Maria de Heredia et Pierre Louÿs, le compositeur Vincent d'Indy, Mistral co-signa l'appel à création de la Ligue de la patrie française, parce qu'elle était régionaliste, avant quelle devienne antidreyfusarde, et s'en éloigna quand elle le devintClaude Mauron, Frédéric Mistral, p. 321-323 : .

Testament Dans son testament du , Mistral avait légué à sa commune de Maillane, sa maison . Il spécifiait en outre que la commune n'en entrerait en possession qu'après la mort de son épouse.

Descendance Frédéric Mistral étant mort sans enfant de son union avec Marie-Louise Rivière, ses neveux et nièces (enfants de ses frère et sœur aînés, Marie et Louis, nés du premier mariage de son père) demeureront sa seule famille vivante avec son épouse. Cependant il eut, d’une jeune servante de son père, Athénaïs Ferréol, un fils naturel appelé Marius Ferréol, né à Maillane en 1859. L'écrivain ne reconnut jamais ce fils mais s’occupa de son éducation. Marius Ferréol fut directeur général des écoles d’Aix et offrit à Mistral sa seule descendance connue, dans laquelle figure entre autres son arrière-arrière-petite-fille, la comédienne Andréa FerréolSébastien Avy, « Frédéric Mistral (1830-1914), le nouvel Homère provençal », GénéProvence, Généalogie et histoire locale en Provence, 19 janvier 2014..

Le Museon Frederi-Mistral est classé monument historique depuis le , son mobilier depuis le , ce qui a permis à la demeure de conserver l'aspect qu'elle avait du vivant de Frédéric Mistral. Le Museon est labélisé "maison d'écrivain" et "maison des illustres". Il a été rénové, tout comme le jardin attenant, en 2024 et est depuis lors prolongé par une salle didactique.

Son œuvre Pseudonymes Frédéric Mistral écrit sous son nom de naissance mais aussi sous différents pseudonymes : Mèste Franc, Gui de Mount-Pavoun, Cousinié Macàri, Michèu Gai, Lou Cascarelet, Grand la Borgno, Lou Felibre de Bello Visto, Un Maianen, Lou Felibre dóu Mas, Antoine Chansroux, Lou Canounge de N-D. de Casten, Lou Felibre de Bèuvezet, Lou Felibre Calu, Jan Chaplo Verne, Un Jouine Felibre, Lou Medecin di Torro, Tounin Clapo, Lou Tout-Obro, Ambròsi Boufarel.

Félibrige vignette|upright|left|Portrait de Frédéric Mistral, par Jean Barnabé Amy. vignette|upright|Premier portrait connu de Frédéric Mistral, fait à Tarascon le 18 juillet 1852, par Jean-Joseph Bonaventure LaurensBibliothèque Inguimbertine. Rentré à Maillane, Mistral organise avec le poète Joseph Roumanille (Jousé Roumaniho en provençal) la renaissance de la langue d'oc. En 1854, ils fondent, avec cinq autres poètes provençaux, à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse), le Félibrige, association régionaliste qui a permis de promouvoir cette langue. Placé sous le patronage de sainte Estelle, le mouvement accueille des poètes catalans chassés d'Espagne par Isabelle II. Mistral en est le premier capoulié (président), de 1876 à 1888.

Son orthographe, qu'on appelle depuis la graphie mistralienne, élaborée avec J. Roumanille, rejette les formes historiques qui ne correspondent plus à la prononciation, rassemble et met en cohérence les tendances observées dans l'écriture du provençal moderne. Elle est avant tout phonétique, et s'inspire pour beaucoup de celles de l'italien et de l'espagnol, à l'exception de l'écriture du son « ou », identique à celle du français, pour distinguer le son « u » qui existe aussi en provençal.

Les sept primadié, fondateurs du Félibrige, sont Joseph Roumanille, Frédéric Mistral, Théodore Aubanel (Teoudor Aubanèu), Jean Brunet (Jan Brunet), Paul Giéra (Pau Giera), Anselme Mathieu (Ansèume Matiéu) et Alphonse Tavan (Anfos Tavan). Le Félibrige est encore aujourd'hui une organisation culturelle présente dans l'ensemble des départements de langue d'oc.

Par son œuvre, Mistral veut réhabiliter la langue d'oc et sa poésie épique : la qualité de cette œuvre est reconnue par de nombreux prix. Il réalise un dictionnaire très complet et fouillé des différentes formes des mots de la langue, écrit des chants, des romans en vers à l'imitation d'Homère, dont il se réclame dans les quatre premiers vers de Mirèio : Cante uno chato de Prouvènço Dins lis amour de sa jouvènço A través de la Crau, vers la mar, dins li blad Umble escoulan dóu grand Oumèro, iéu la vole segui.

Je chante une jeune fille de Provence, Dans les amours de sa jeunesse, À travers la Crau, vers la mer, dans les blés, Humble élève du grand Homère, je veux suivre ses pas.

Il fonde en 1891 le journal félibréen d'inspiration fédéraliste, L’Aiòli, mais échoue dans sa tentative de faire enseigner la langue d'oc à l'école primaire. et qualifie de les promoteurs, comme Henri Oddo, mainteneur du Félibrige de Paris, de l'enseignement du provençal dans l'objectif de faciliter l'apprentissage du français : […] si le provençal ne doit servir dans les écoles qu'à cirer les bottes de son dédaigneux rival, autant vaut-il qu'on le laisse, comme il l'a fait jusqu'ici, vivre par les prés et par les champs..

Lexicographie : Lou Tresor dóu Felibrige

vignette|upright|Frédéric Mistral avec sa barbe en pointe qui attire l'œil. Mistral est l'auteur du Tresor dóu Felibrige (1878-1886), un des premiers grands dictionnaires de la langue d'Oc. C'est un dictionnaire bilingue, en deux grands volumes, englobant l'ensemble des variétés d'oc. Tous sont abordés et représentés, les textes et les auteurs du gascon (ex. Jasmin) à l'auvergnat (ex. Faucon, Ravel) en passant par le bazadais (ex. Ferrand), le languedocien (ex. Arnavielle, Aubanel) et le limousin (ex. Boecis, Chastanet). Réalisé minutieusement avec l'appui de correspondants locaux, il donne pour chaque mot (l'entrée est en provençal) les variantes en langue d'oc d'un même mot, sa forme en graphie occitane médiévale, sa traduction dans les autres principales langues latines, ainsi que des expressions ou citations incluant le dit mot.

Mireille et le prix Nobel de 1904