La révolution américaine ( – ) est une période de changements politiques après 1763 dans treize colonies de l'Amérique britannique, qui ont donné lieu à la guerre d'indépendance des États-Unis contre leur métropole, la Grande-Bretagne (1775-1783), avec l'aide de la France. Épisode fondateur de la nation américaine et de la naissance des États-Unis, la révolution se manifesta par des violences contre les autorités britanniques, une guerre contre les troupes de la Grande-Bretagne et des troubles sociaux.
Afin d'amortir le coût de la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Grande-Bretagne imposa des taxes à ses treize colonies d’Amérique du Nord sans les consulter ; les colons américains protestèrent auprès du roi et du Parlement de Londres, sans succès. Puis lancèrent une révolte, que le roi et le Parlement britannique ont tenté d'étouffer en envoyant des troupes.
En , le gouverneur espagnol de la Louisiane Luis de Unzaga y Amézaga « le conciliateur », avec l'aide de son beau-père, Gilbert-Antoine de Saint Maxent et le réseau d'agents secrets ou d'espions qu’ils créent, ont commencé à aider les colons américains qui voulaient leur indépendance avec des tonnes de poudre à canon, de farine, de médicaments, vêtements et autres à travers le fleuve Mississippi et son affluent l'OhioCazorla, Frank, G. Baena, Rose, Polo, David, Reder Gadow, Marion (2019) le gouverneur Louis de Unzaga (1717-1793), Foundation, Malaga.
Le , les représentants des colonies réunis à Philadelphie adoptèrent la Déclaration d'indépendance, et, après une série de revers de l’armée continentale commandée par George Washington, la guerre contre la Grande-Bretagne tourna à l’avantage des Américains. Les insurgés (en anglais : « ») reçurent l’aide de nombreux Européens, puis du gouvernement de , de l’Espagne et des Provinces-Unies. En 1783, Londres reconnut l’indépendance des États-Unis. Le nouveau pays se dota d’une Constitution (1787) qui s’inspirait de la philosophie des Lumières. George Washington fut élu président en 1789 ; mais les premières années du nouveau pays furent marquées par des oppositions politiques et des tensions sociales.
La révolution américaine débouche sur la rédaction de la constitution américaine, puis la création des États-Unis d'Amérique, une république fédérale dotée de nouvelles institutions. Elle fait émerger, grâce à l'appui de la France, ses marins et ses soldats (Lafayette, Rochambeau, De Grasse) une nation américaine, indépendante de la Grande-Bretagne, avec ses symboles et ses mythes fondateurs. Elle eut un retentissement important en Europe, notamment en France. Elle provoqua d'importants changements intellectuels guidés par les idéaux des Lumières, venus de France, base de la démocratie américaine, qui forment toujours aujourd'hui les valeurs américaines. Elle donne lieu à des textes de référence (Déclaration d'indépendance, Constitution), dans lesquels sont affirmés les droits à la liberté, à l'égalité et à la recherche du bonheur.
Moment fondamental de l'histoire du pays, la révolution américaine suscita également des oppositions entre les tenants d'un État central fort et ceux qui préféraient donner plus d'autonomie aux États fédérés. Elle provoqua également des tensions entre les Pères fondateurs au sujet de la place du peuple dans la politique. Le sujet fit par la suite l'objet de nombreux débats historiographiques sur la nature des événements et leur influence en Europe. La révolution américaine marqua de façon durable la culture américaine en inspirant les écrivains, les peintres et les cinéastes.
Contexte : les treize colonies britanniques vers 1775 thumb|upright=1.3|Carte des treize colonies britanniques d'Amérique du Nord vers 1775.
Cadre géographique Les Treize colonies britanniques (originellement anglaises) se sont formées entre le début du et le premier tiers du , sur plusieurs centaines de kilomètres le long de la côte atlantique (voir la carte). Leur géographie, leur population, leur économie et leurs institutions étaient alors marquées par les différences. Les communications entre les colonies étaient lentes et souvent difficiles : les routes existantes étaient en mauvais état et il existait peu de ponts.
Population Entre 1710 et 1770, la population des treize colonies a été multipliée par dix. Vers 1770, la population totale s’élevait à environ d’habitants (source : Historical Statistics of the United States, Washington, 1960).. Depuis leur fondation, les colonies ont connu une forte croissance démographique liée à l'immigration mais aussi à une importante natalité. La densité de population était relativement faible. Pour la plupart, les colons vivaient à la campagne et la population se concentrait sur le littoral où se trouvaient les principales villes, parmi lesquelles Philadelphie était la plus peuplée (environ en 1780Jacques Binoche, Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003, .), dépassant Boston ou New York.
Société thumb|Les colons américains dépendaient du commerce maritime avec la Grande-Bretagne. Gravure représentant le port de Salem dans les années 1770.
La société coloniale américaine était diverse : à côté de la majorité britannique vivaient des Allemands, des Suisses, des Hollandais, des Irlandais, des Écossais, des Scandinaves et des Français, surtout dans les colonies du Nord et du centre. Pour l'historien Fernand Braudel, ce mélange ethnique aurait favorisé la séparation avec la Grande-Bretagne. Les pratiques religieuses variaient également : si les élites étaient de confession protestante, elles étaient divisées en plusieurs courants. Les Juifs et les catholiques, qui suscitaient de la méfiance, formaient les principales minorités religieuses.
À la veille de la révolution américaine, les colons d'origine européenne appartenaient à des groupes sociaux différents. Si le régime seigneurial et féodal était quasiment absent des Treize coloniesL'idéologie seigneuriale marquaient cependant certains secteurs de la Pennsylvanie et de l'Hudson : R. Middlekauf, The Glorious Cause: The American Revolution, 1763-1789, New York, Oxford University Press, « The Oxford History of the United States », 1982, ., une autre hiérarchie, fondée sur la propriété foncière et la fortune, existait. L'élite était formée des gouverneurs, des planteurs, des grands négociants et armateurs. Ensuite, on trouvait une catégorie d'artisans, de représentants du roi, de fermiers et de petits commerçants : ces classes moyennes représentaient 40 % de la population totale.
Les marins, les tenanciers et les domestiques occupaient le bas de l'échelle sociale. Les indentured servants (appelés « engagés » en Nouvelle-France) constituaient un sous-prolétariat blanc dont la condition était proche de celles des esclaves : il s'agissait de prisonniers, de femmes et d'enfants envoyés de gré ou de force afin de peupler le Nouveau Monde et de travailler dans l'agriculture.
Dès l'époque coloniale, les écarts sociaux se creusèrent. Les différents groupes de colons manifestaient des intérêts divergents qui suscitèrent des tensions, voire des révoltes dans les villes et les campagnes. Les élites éclairées étaient soucieuses de maintenir l'ordre social et de protéger leurs propriétés. Les autres colons souffraient davantage des mesures fiscales britanniques et des inégalités foncières. Les tensions sociales étaient attisées par l’action de certains prédicateurs et relayées dans les lieux de sociabilité urbaine : les tavernes et les auberges étaient des lieux d'information, de débats et de réunion. La presse joua également un rôle actif dans la fermentation révolutionnaire.
L'importance numérique des Afro-Américains était notable : entre 1750 et 1780, leur nombre est passé de à . La plupart des Noirs se concentraient dans les colonies du Sud et étaient esclaves. Cependant, une minorité de Noirs affranchis vivaient dans les villes. Dans les limites du territoire américain de 1790, le nombre d'Amérindiens est évalué entre et .
Hannah Arendt se basant sur les témoignages des voyageurs européens de l'époque estime que si aux États-Unis, la pauvreté existait, par contre la misère si fréquente alors en Europe n'y existait pratiquement pas. Pour elle, ce point expliquerait en partie, pourquoi la révolution américaine fut si différente de la révolution française de 1789Voir , chapitre sur « la question sociale »..
Gouvernement thumb|upright=0.7|left|Palais du gouverneur, Williamsburg.
Chaque colonie possédait un statut politique propre qui dépendait de son histoire. On distinguait habituellement trois catégories : les colonies à chartes étaient réglementées par des chartes octroyées par le souverain à des compagnies maritimes privées ; c'est le cas de Rhode Island et du Connecticut. Les fondations des colonies de propriétaires reposent sur l'initiative d'un grand personnage, le Lord Proprietor ; elles sont au nombre de trois, la Pennsylvanie, le Maryland et le Delaware. Les citoyens y choisissaient leur gouverneur. Enfin, les huit autres sont des colonies de la couronne (ou colonies royales) bénéficiaient d'une constitution rédigée par le pouvoir royal.
Les gouverneurs exerçaient le pouvoir exécutif au nom du roi et disposaient des forces armées. Ils étaient secondés par les agents des douanes ou encore les enquêteurs des revenus royaux.. Le conseil du gouverneur possédait des attributions judiciaire, administrative et législative. Équivalent d'une chambre haute, il avait un rôle consultatif. Enfin, chaque colonie avait une assemblée qui discutait et réglait les problèmes locaux, mais aussi le budget et l'équipement de la milice, avec l'accord du conseil. Elle pouvait envoyer des agents afin de présenter des pétitions et des requêtes à Londres. Les town meetings du Massachusetts permettaient aux colons d'exercer une forme de démocratie directe. L'éloignement et l'immensité du territoire colonial permettaient aux Américains de disposer d'une relative autonomie locale.
À Londres, la politique coloniale relève du Conseil privé du souverain et du Board of Trade and Plantations créé en 1694. Le Conseil privé est une instance consultative. Concrètement les personnalités qui gèrent les affaires coloniales sont le Premier lord du Trésor (Premier ministre) et Secrétaire d'État pour le Département du Sud (ancienne appellation du Foreign Office. La place du Parlement dans ce dispositif est mal définie, mais il vote les lois régissant le commerce du royaume et à ce titre est en droit de fixer les droits de douane des coloniesEdmond Dziembrowski, Le Siècle des révolutions (1660-1789), Perrin 2018 ..
Le véritable pouvoir était bien souvent entre les mains de différents groupes socioéconomiques ; les fermiers indépendants de la Nouvelle-Angleterre rurale, les marchands et artisans des principales villes côtières, les grands propriétaires terriens rivaux de l’État de New York, qui traitaient leurs métayers de manière presque féodale, les négociants liés au commerce atlantique anglais dans la ville de New York, la famille Penn (qui nommait le gouverneur) et un groupe de riches familles quakers en Pennsylvanie, et les planteurs esclavagistes de Virginie et de Caroline du Nord et du Sud, chez lesquels les Blancs pauvres n'avaient pas de droits politiquesChris Harman, Une histoire populaire de l'humanité, La Découverte, 2015, ..
Économie thumb|Old State House (1713) à Boston. Ce bâtiment accueillait les assemblées de la colonie du Massachusetts.
Les Treize colonies formaient un ensemble économiquement prospère.
Au nord, la Nouvelle-Angleterre vivait de l'artisanat, du commerce maritime et de la pêche. Les marchands de Boston faisaient du commerce avec les Antilles : ils exportaient du bois, de la farine, du poisson, de l'huile de baleine et importaient du sucre, des mélasses, du tafia. Ce commerce stimula la production métallurgique et textile, de même qu'elle permit le développement des chantiers navals et des distilleries.