La Nouvelle-France est un ensemble de territoires coloniaux français d'Amérique septentrionale, ayant existé de 1534 à 1763, avec le statut de vice-royauté de France et dont l'unique vestige actuel est Saint-Pierre-et-Miquelon. Sa capitale était Québec.

Son territoire était constitué des colonies d'Acadie, du Canada et de la Louisiane. À son apogée vers 1745, elle comprenait le bassin versant du fleuve Saint-Laurent, des Grands Lacs et du Mississippi, le nord de la Prairie, et une grande partie de la péninsule du Labrador. Les descendants des habitants de cette ancienne colonie sont les Acadiens, les Brayons, les Cadiens, les Créoles louisianais, les Canadiens français (en majorité au Québec) et les Métis du Canada. Ce fut d'abord une colonie-comptoir administrée par des compagnies coloniales, puis une colonie de peuplement sous le gouvernement royal du Conseil souverain de la Nouvelle-France.

La position géographique de la Nouvelle-France gênait l'expansion vers l'ouest des Treize Colonies américaines sous obédience britannique, ainsi que la liaison entre ces dernières et la Terre de Rupert. Cela entraîna des tensions militaires qui culminèrent avec l'affaire Jumonville en 1754, événement déclencheur de la guerre de la Conquête, aspect nord-américain de la guerre de Sept Ans, qui se termina par la reddition de la Nouvelle-France en 1760, suivie du traité de Fontainebleau de 1762 puis du traité de Paris de 1763, après lequel la France céda à l'Espagne et à la Grande-Bretagne une part importante de son premier empire colonial.

Origine de la dénomination Giovanni da Verrazzano est le premier émissaire français à utiliser l'expression de « Nouvelle-France » (en latin : Nova Francia) pour nommer les terres qu'il avait découvertes en Amérique. En effet, en 1524 il avait accompli au nom du roi de France François une mission de reconnaissance le long du littoral atlantique de l'Amérique du Nord, faisant escale sur la côte almouchiquoise. Il inscrit sur les cartes le titre de « Nova Gallia » comme première appellation.

Histoire

1534-1645 : exploration et création d'une colonie-comptoir thumb|left|Carte de la Nouvelle-France, par Samuel de Champlain, 1612. Le golfe du Saint-Laurent fut exploré par Jacques Cartier dès 1534. L’implantation de la croix par ce dernier le 24 juillet 1534 à Gaspé, épisode célèbre de l’histoire du Québec, apparaît en quelque sorte comme l’acte de baptême de la Nouvelle-France. On y a souvent vu un geste de prise de possession du territoire, mais il est probable qu’il ne s’agissait que d’un moyen de reconnaissance pour les navigateursGilles Thérien, « L’inscription dans le paysage. Un examen des modes d’habitation en Nouvelle-France depuis le XVIe siècle », Études françaises, volume 22, numéro 2, automne 1986, p. 48 (lire en ligne)..

Jacques Cartier rencontra des nations autochtones et fit, en tout, trois voyages dans le golfe du Saint-Laurent ; la légende du Royaume de Saguenay ayant contribué aux expéditions subséquentes. La Nouvelle-France fut progressivement occupée de façon permanente par le royaume de France de l'Ancien Régime.

Alors que les coureurs des bois entreprirent la traite des fourrures pendant la seconde moitié du , ce n'est qu'en 1600 que le premier comptoir commercial permanent fut établi en Nouvelle-France, à Tadoussac. Puis en 1603, sur la pointe Saint-Mathieu, Samuel de Champlain conclut un traité d'établissement au Canada avec des tribus amérindienne, les Montagnais, Malécites et Micmacs. Et alors, des colons français s'y implantèrent de façon permanente après la fondation de la ville de Québec en 1608. La vallée du Saint-Laurent devenait alors le cœur d'un développement colonial maritime, avec pour centre le cap Diamant et l'île d'Orléans.

Ce n'est qu'en 1604 qu'on établit le premier établissement permanent en Amérique du Nord à Port-Royal en Acadie (Nouvelle-Écosse).

Cette colonie servait alors uniquement à la pêche et à la traite des fourrures. C'était alors une colonie-comptoirJulie Charette, Maude Daniel, Luc Dujardin, Philippe Vigneault, Questions d'histoire, Les Éditions CEC, 2007, 255 p.. Elle portait ce titre puisqu'on ne vivait que temporairement en Nouvelle-France à cette époque. Les Français exploitaient les ressources dont ils avaient besoin et repartaient en Métropole.

Cependant, Louis Hébert, après deux séjours en Acadie (de 1606 à 1607 et de 1610 à 1613), revint en 1617 avec femme et enfants pour s'installer définitivement à Québec, devenant ainsi le premier des colons français à s'établir de façon permanente en Nouvelle-France. Son gendre Guillaume Couillard s'était installé à peu près à la même date.

Le mercantilisme (ou colbertisme) inspirait alors les décisions prises pour la Nouvelle-France, dont le développement et gouvernement était confié aux compagnies de commerce à monopole.

En 1627, le Cardinal de Richelieu créa à cet effet la Compagnie des Cent-Associés. La Coutume de Paris et le régime seigneurial furent alors introduits en Nouvelle-France.

Plusieurs compagnies coloniales se sont succédé dans le but d'assurer le gouvernement et le développement commercial de la Nouvelle-France :

En 1629, les frères Kirke conduisirent l'invasion de Québec qui mena à l'occupation de la Nouvelle-France, par le royaume d'Angleterre, qui se termina à la restitution du territoire au roi par le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1632.

1645-1745 : d'une colonie-comptoir à une colonie de peuplement thumb|left|300px|Situation politique du nord-est de l'Amérique du Nord en 1664. Ce n'est que sous le règne de que furent envoyées les Filles du Roy et que furent adoptées les politiques de croissance de la population par l'intendant Jean Talon.gauche|vignette|Carte des territoires colonisés ayant constitué la Nouvelle-France (le Canada y est indiqué en rose, s'étendant jusqu'à la frontière de la Louisiane). La carte de base est de Nicolas de Fer, et fut réalisée en 1719.

Si le fut l'ère des premières expéditions et des établissements français éphémères, le règne d' donna une impulsion importante à la colonisation de la Nouvelle-France. Au , Richelieu puis Colbert furent les principaux acteurs de la politique coloniale au sein du Conseil du roi de France.

En 1663, le Conseil souverain de la Nouvelle-France fut créé hors du domaine royal, chargé de prendre la relève des compagnies coloniales. Malgré la monarchie absolue qui demeurait en vigueur en Métropole, la vice-royauté se voyait alors investie de pouvoirs qui rappelaient le régime féodal du Moyen Âge. Dès lors, ce gouvernement royal releva du secrétaire d'État de la Marine.

C'est en 1664 que débarquent les premières «Filles du Roy ». Huit cents sont venues de France et éduquées à Paris par la fine fleur de l'aristocratie française s'installent à demeure en Nouvelle-France jusqu'en 1673, soit un apport représentant près de 25 % de la population d'avant leur arrivée. Tant et si bien que après les premières arrivées, la population double pour un total de « en 1672 » ; elle triple en 1682 moins de après l'arrivée des premières Filles du Roy pour un total de ..

En 1665, la France envoie en Nouvelle-France le Régiment de Carignan-Salières pour protéger les établissements français des attaques des indiens, en particulier des Iroquois, et atteindre un traité de paix avec ceux-ci. De nombreux officiers et soldats de ce régiment restèrent au Canada et y firent souche, contribuant ainsi à la croissance de sa population.

Un siècle plus tard, la population s'élevait à Havard, Vidal, Histoire de l'Amérique française, Flammarion, 2003, 67.. Les colons français ayant peuplé le Canada de la Nouvelle-France provenaient principalement de Paris, de l'Île-de-France et des provinces françaises d'Aunis, d'Anjou, de Bretagne, du Maine, de Normandie, de Bourgogne, du Pays basque, de Perche, de Picardie, du Poitou dont les Deux-Sèvres et la Vendée, de Saintonge et de Touraine. Les Filles du Roy provenaient de l'Orléanais alors que quelques dignitaires arrivaient directement d'Île-de-France. Plaisance, ou la colonie de Terre-Neuve, fut fondée par les Basques du Sud-Ouest de la France. La Louisiane et la Baie du Nord furent principalement peuplées par des colons provenant de Nouvelle-France où ils s'étaient établis préalablement.

Claude-Thomas Dupuy, ancien avocat général au conseil du roi, fut intendant de la Nouvelle-France entre 1725 et 1728Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du , tome 15, pages 159 à 160 Dupuy de la Grandrive..

1745-1763

C'est vers les années 1750 que la Nouvelle-France atteignit son apogée territoriale. Elle regroupait alors cinq colonies possédant chacune sa propre administration régionale.

Au terme de la guerre de la Conquête, le Canada tomba sous occupation militaire britannique de 1760 à 1763. À la suite de la guerre de Sept ans et du traité de Paris de 1763, le royaume de France ne conserva que ses territoires aux Antilles ainsi que les îles de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Politique administrative

Outre les nations et groupes autochtones, la Nouvelle-France partageait principalement le territoire de l'Amérique du Nord avec les colonies britanniques, dont la Nouvelle-Angleterre, et la vice-royauté de Nouvelle-Espagne. thumb|Carte de la Nouvelle-France dédiée à Colbert (Joannes Ludovicus Franquelin fiinxit, 1678). thumb|left|Partie occidentale du Canada, par Vincenzo Coronelli, 1688.

Contrairement à l'Acadie, la Louisiane et Plaisance, le Canada relevait directement du gouverneur de la Nouvelle-France, qui siégeait à Québec. Cependant, la colonie connut la création de trois gouvernements régionaux distincts, soit ceux de Québec (1608), des Trois-Rivières (1634) et de Montréal (1642). La région des Pays-d'en-Haut comprenait le bassin versant des Grands Lacs, dont les forts de Pontchartrain (Détroit) et Michillimakinac (Sault-Sainte-Marie) formaient à peu près les uniques pôles de peuplement français après la destruction de la Huronie.

Lors du premier recensement effectué en Nouvelle-France, par Nicolas Levieux, sieur de HautevilleMusée canadien de l’histoire, Honorius Provost, « LE VIEUX DE HAUTEVILLE, NICOLAS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto ., secrétaire du conseil des finances de Monsieur, frère du roi, et lieutenant général civil de la Nouvelle-France et lieutenant général criminel de la Sénéchaussée de Québec, en 1666, on comptait quelque dans la vallée du Saint-Laurent (voir Canada).

Acadie

L'Acadie fut une colonie dont le territoire s'étendait globalement sur la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et le Maine ainsi que sur l'Île-du-Prince-Édouard, les îles de la Madeleine et le Sud de la Gaspésie (baie des Chaleurs). Ses administrations siégeaient à Port-Royal , et son centre culturel, au Grand-Pré. Cependant, la capitale fut déménagée à La Hève de 1632 à 1635.

L'Acadie fut cédée par les traités d'Utrecht de 1713 à la Grande-Bretagne. Mais par suite de cette cession, l'île Royale et l'Isle Saint-Jean furent élevées au rang de gouvernements administratifs de la Nouvelle-France. On entreprit alors le renforcement des colonies depuis les villes nouvellement fondées de Louisbourg et Port-la-Joye.