La franc-maçonnerie s'implante sur le territoire de l'actuelle Belgique . Son évolution suit celle de ce pays. Tout de suite, elle a montré une grande diversité par ses racines multiples, mais elle a également subi des reflux importants, en 1786, en 1814, en 1854, en 1940-1944. Elle a toujours été traversée de multiples courants, entre les et les , entre tradition et modernisme, entre militantisme et retenue, entre spiritualisme, croyance religieuse ou simplement déisme, agnosticisme, athéisme, ésotérisme, pragmatisme, matérialisme.

Histoire

Au , le territoire de la Belgique actuelle est constituée de quatre États : les Pays-Bas autrichiens, la principauté épiscopale de Liège, la principauté de Stavelot-Malmedy et le duché de Bouillon, ces quatre États faisant partie du Saint-Empire et ayant comme souverain l'empereur des Romains.

Les Pays-Bas autrichiens thumb|right|Carte des Pays-Bas autrichiens. La franc-maçonnerie dans les Pays-Bas autrichiensAppelés « autrichiens » car Marie-Thérèse, impératrice du Saint-Empire et Joseph II, faisaient partie de la maison d'Autriche. Il n'y a aucun empire d'Autriche à l'époque. État moderne créé le 11 août 1804 et supprimé le 30 mars 1867, pour faire place à l'Empire austro-hongrois., nom donné au aux Pays-Bas bourguignons, dits ensuite Pays-Bas espagnols, territoires du Saint Empire, sauf le comté de Flandre qui faisait partie du royaume de France jusqu'en 1529De 866 à 1529 le comté de Flandre faisait partie intégrante du royaume de France. Le désastre de Pavie en 1525, oblige François Ier à renoncer à sa suzeraineté sur le comté de Flandre, qui entre, ainsi que le comté d'Artois, dans le cercle de Bourgogne, subdivision du Saint-Empire. Occupé ensuite par les forces de la maison de Habsbourg, le comté de Flandre cessa en 1529 par le traité de Cambrai, d'être un fief du royaume de France et fit alors en droit international partie du Saint-Empire romain germanique., est très diversifiée dans ses origines et dans ses expressions. Cette fragmentation trouve notamment sa source dans la complexité de ses institutions, des influences des puissances qui l'entourent ou qui la gouvernent, de ses particularismes locaux très enracinés.

D'autre part, les tensions maçonniques en Grande-Bretagne entre et qui deviennent aiguës dès le milieu des années 1760 avec des refus de visites entre loges de bords différentsBE Jones, ainsi que les tensions entre la franc-maçonnerie française et la franc-maçonnerie anglo-saxonne, représentant à cette époque les deux sources principales de la franc-maçonnerie continentale, malgré un accord entre ces deux pôles en 1765 (faisant suite à la guerre de Sept Ans, 1756-1763) peu respectés et rapidement dénoncésPY Beaurepaire, vont expliquer également le comportement des loges des Pays-Bas autrichiens et de la Principauté de Liège (en sens inverse) durant la du . thumb|La Parfaite Union à Monsconstruite sur les plans de l'architecte Hector Puchot en 1890 La première loge belge aurait été fondée en 1721, à Mons, sous le nom de . Elle a depuis changé plusieurs fois de nom et d'obédience, mais elle existe toujours aujourd'hui avec le matricule au Grand Orient de Belgique.

D'autres loges, éphémères, semblent avoir été créées à Gand et à Tournai en 1730. Les premières preuves historiques d'une activité maçonnique dans les terres qui correspondent à l'actuelle Belgique, reconnue un siècle plus tard, datent de 1743 à Bruxellesvoir De Schampheleire.. La première loge à recevoir une lettre de constitution officielle, que l'on peut retrouver dans les procès-verbaux des tenues des secrétariats de , est, semble-t-il, la loge militaire à Gand, le , par la Grande Loge des Provinces-Unies. Par la suite, elle ne sera cependant pas reconnue par la Grande loge provinciale des Pays-Bas autrichiensvoir De Shampheleire : "A table avec des soldats" & G Schrans.

C'est d'Alost, (Patente anglaise reçue en juin 1765), qui a le matricule un au tableau de l'ordre de la Grande loge provinciale des Pays-Bas autrichiens, la mère-loge de Londres la reconnaissant, à plusieurs reprises, comme la plus ancienne. Elle disparaît avec la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichiensvoir B. Vander Schelden. thumb|Louis XV remettant le cordon de l'ordre du Saint-Esprit au comte de Clermont dans la chapelle de Versailles, 3 juin 1724. Jean-Baptiste van Loo (1684–1745), Versailles. À la faveur de la guerre de Succession d'Autriche, à partir de 1746, de nombreuses loges se forment sous l'influence des armées françaises qui occupent le pays, c'est-à-dire celle de la Grande loge de France, dont un prince de sang, Louis de Bourbon Condé, Comte de Clermont (1709-1771) en est le grand maître. Certaines loges reçoivent des patentes de la Grande Loge de France, de la Grande Loge de Londres, de la Grande Loge de Hollande ou de la Grande Loge d'Écosse (Par exemple la loge « La Parfaite Union » de Namur, une loge des ou plus exactement des (patente écossaise reçue en février 1770), qui devient en 1777, la de Namur). En effet, c'est probablement le traité de la Barrière de 1715, lorsque des troupes bataves, dans lesquels se mêlent d'autres nationalités (anglaises, écossaises), qui occupe durant une longue période différentes places fortes dans les Pays-Bas autrichiens (notamment Namur, Tournai, Furnes, Ypres, Warneton), qui permettent la création et/ou la confirmation de loges d'une manière plus pérenne.

Un autre événement, maçonnique cette fois, va accélérer les demandes de patentes à des puissances maçonniques non françaises. Les disputes internes au sein de la Grande Loge de France vont conduire à la suspension de ses travaux en 1767, conséquence de l'irruption lors du convent de cette Grande Loge à Paris, des exclus des années précédentesPierre Chevalier, Histoire de la franc-maçonnerie française, Fayard, 1974.. Le Grand Orient de France ne prendra la relève qu'en 1773. Dès lors des loges des Pays-Bas autrichiens vont se sentir isolées. C'est certainement le cas pour la « Vraie et Parfaite Harmonie » de Mons, qui avait déjà reçu une patente de « Grande Loge provinciale » de la « Grande Loge de France », au nom du marquis de Gages, en 1765. Elle fut d'ailleurs fort active dans la création de loges en France, mais apparemment très peu dans les Pays-Bas autrichiens ( « La Parfaite Égalité » de Bruges en 1766 et « Les Frères réunis » de Tournai en 1769). En effet, l'absence grandissante de pouvoir régulateur central font que de nouvelles loges françaises de province cherchent leur patente de régularité au niveau de grandes loges provinciales créées par la Grande Loge de France. C'est ainsi que la Grande Loge provinciale de Mons délivra des patentes de constitution à Dôle, Poligny, Luneville et AuxonneDaniel Ligou, Histoire des Francs-maçons, .. Cela montre un état de confusion extrême. C'est pourquoi, le marquis de Gages, probablement homme d'ordre et de régularité, demandera et recevra une patente anglaise (Londres) de « grand maître provincial de la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichiens » (titre personnel), reçue en janvier 1770, sa loge perdant son qualificatif de grande logeGoblet d'Alviella, AQC XXV, 1912. thumb|upright|Contre-sceau et sceau de la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichiens.

Constitution de la Grande loge provinciale des Pays-Bas autrichiens En 1770, se constitue donc la Grande Loge provinciale des Pays-Bas autrichiens, qui comptera jusqu'à 26 loges. Le grand maître de cette grande loge provinciale, dépendante de la Grande loge de Londres (« les Modernes »), est donc le marquis de Gages, et sa loge « La Vraie et Parfaite Harmonie » à Mons, la plus brillante du aux Pays-Bas autrichiens, en sera le centre. Petit à petit, les loges s'affilieront à cette dernière. C'est par exemple le cas pour la « Discrète Impériale » d'Alost, les « Amis réunis » de Tournai, la « Constante Fidélité » de Malines, l'« Heureuse Rencontre » de Bruxelles, la « Concorde universelle » d'Anvers, la « Bienfaisante » de Gand, la « Parfaite Union » de Mons, la « Parfaite Union / Bonne Amitié » de Namur, les « Vrais Amis de l'union » de Bruxelles.

En 1773, est fondée la loge maçonnique de l'Université de Louvain, sous l'impulsion du marquis de GagesPaul Duchaine, La Franc-Maçonnerie belge au XVIIIe siècle, avec préface par le comte Goblet d'Alviella, Bruxelles, 1911, p. 111 : .

En , un édit impérial de Joseph II réduit à trois le nombre des loges à Bruxelles et les interdit dans les autres villes des Pays-Bas autrichiens. Joseph II n'est pas hostile à la franc-maçonnerie, mais il veut une franc-maçonnerie structurée et contrôlable, directement rattachée à l'État du Saint-Empire, et non plus « dépendante » d'une puissance étrangère. C'est à sa volonté que s'était créé en 1784 la « Grande Loge d'Autriche et de ses dépendances » comportant sept grandes loges provinciales dont celles des Pays-BasPaul Naudon, Histoire générale de la Franc-maçonnerie.. Le mouvement était lancé. Le marquis de Gages essaie de temporiser. Cependant le de la même année, le mal est fait et le marquis de Gages donne sa démission. Des trois loges bruxelloises officielles, une seule continue réellement à vivre : « les Vrais Amis de l'union ».

Au , la majorité des loges appartenaient à une personne qui en était le président. En général, ces loges disparaissaient le plus souvent avec la disparition de leur propriétaire. C'était par exemple le cas de la « Parfaite Union » (Famille Fonson), de la « Vraie et Parfaite Harmonie » (marquis de Gage), de l'« Union des cœurs » (le chevalier de Sicard, voir plus loin), etc. D'autres ne présentaient pas cet aspect, comme la « Parfaite Union / Bonne Amitié » de Namur dont les présidents se succédaient assez régulièrement. C'est pourquoi l'édit de Joseph II a condamné encore plus sûrement la majorité des loges de cette époque à la mise en sommeil.

Cependant, un certain nombre de loges continuent leurs travaux dans la clandestinité. Elles ont été aidées en cela par la révolution brabançonne dont on perçoit les prémices dès 1787 et qui éclate réellement en 1789 à la suite de la Révolution française. De façon assez certaine, il s'agit d'une loge à Bruxelles, d'une à Tournai, de deux loges à Mons, d'une loge à Namur, d'une loge à Anvers et d'une loge à Luxembourg. Les loges de la principauté de Liège, non soumises à l'édit impérial, continuent un parcours plus classique.

La principauté de Liège Dans la principauté de Liège, la première loge semble avoir été de Chaudfontaine en 1749.

En 1760, le prince-évêque interdit la franc-maçonnerie. Par contre son successeur François-Charles de Velbrück (1772-1784) appartient à l'ordre, et le protège. Il est membre de la loge .

Il était le candidat de la France. Rapidement, contrairement à ce qui se passe dans les Pays-Bas autrichiens, l'ensemble des loges (sauf une) se retrouvent sous le giron du Grand Orient de FranceHervé Hasquin, voir bibliographie..

Pendant le , de nombreux prêtres catholiques auront appartenu à la franc-maçonnerie.

En 1774 serait créée à Liège la loge fondés par le chevalier Pierre de Sicard, qui avait déjà fondé quelques loges ailleurs dont il tirait profit (selon U. Capitaine). Dans le règlement de la loge, le coût pour un maillet, pour un tablier, pour un tapis de loge, etc. était précisément stipulé. L'existence de la loge prendra rapidement fin. Ulysse Capitaine rapporte un transfert massif de « frères » se fera vers la loge , patente reçue en 1775 du Grand Orient de France. Rapidement une scission aura lieu dans cette loge, avec la création de « La Parfaite Égalité ». Celle-ci sera également reconnue par le Grand Orient de France en 1776. Une autre loge, , à Spa sera créée par la Grande Loge de Hollande en 1778, elle rejoindra, en 1787, le Grand Orient de France (d'après Ulysse Capitaine).

Le Grand Orient de Bouillon thumb|left|1787 : en rouge foncé le duché de Bouillon, en gris foncé la principauté de Liège, en gris clair les Pays-Bas autrichiens.