L’abbaye de Kylemore (en anglais Kylemore Abbey, en gaélique Mainistir na Coille Móire) est une abbaye bénédictine fondée en 1920 sur le site du château de Kylemore, dans le comté de Galway, dans l'ouest de l'Irlande. Avec son église néo-gothique et ses jardins victoriens, c'est un des principaux lieux touristiques de la région du Connemara.

Localisation vignette|gauche|Vue du château. L'abbaye de Kylemore se situe dans une zone appelée Kylemore Pass, au bord du lac Pollacappull (Pollacappull Lough) qui est relié à Kylemore Lough situé plus à l'est. Les bâtiments sont au pied de Duchruach Mountain, et au sud des lacs se trouvent les Twelve Bens et le parc national du Connemara.

Les bâtiments historiques se composent du château proprement dit, de son église néo-gothique et des jardins victoriens. De nos jours, un restaurant et une boutique de souvenirs ont été ajoutés. L'ensemble est entouré d'arbres, le nom gaélique de Kylemore signifiant « grande forêt ». Une partie des bâtiments, ainsi que les jardins, sont ouverts au public.

Le château Construction par Mitchell Henry gauche|vignette|271x271px|Reconstitution de l'intérieur de l'abbaye du temps des Henry. Le château de Kylemore (Kylemore Castle) est construit par , un riche homme politique anglais né à Manchester de parents irlandais. L'idée lui serait venue lors de son voyage de noces au Connemara, où lui et sa femme Margaret auraient particulièrement apprécié Kylemore.

En , Mitchell Henry achète Kylemore Lodge, un rendez-vous de chasse situé en bordure du Pollacapull Lough, ainsi que les terrains environnants et les droits de chasse et de pêche sur ces terrains. L'ensemble des terrains achetés représente environ , soit quasiment .

Il entreprend alors de construire un château à la place du rendez-vous de chasse ; cependant, les plans, dessinés par l'architecte Samuel Ussher Roberts, permettent de garder le bâtiment original intact au cœur du nouveau. La première pierre du château est posée le , et sa construction prend quatre ans et coûte un peu plus de . Les ouvriers participant à la construction du château sont presque tous des Irlandais ; en plus du château, Mitchell Henry fait également construire des bâtiments permettant d'améliorer les conditions de vie des habitants de la région, comme un bureau de poste non loin du château, une pompe dans le village voisin de Letterfrack, et une école à Lettergesh destinée aux enfants de ses fermiers et construite en 1868.

Dès sa construction, le château reçoit tous les équipements les plus modernes de l'époque : il dispose de l'eau courante à tous les étages, de l'éclairage au gaz, de monte-charges, et de bouches d'incendie ; une caserne de pompiers est même construite, abritant une brigade de pompiers volontaires dirigée par Alexander Henry, un des fils de Mitchell Henry. En 1893, une turbine hydroélectrique est installée sur la rivière qui coule du Lough Touther situé plus haut, afin d'alimenter le château en électricité en remplacement du gaz. Une aile complète du château était destinée aux domestiques.

À l'origine, Kylemore Castle comporte un « bain turc » de plusieurs pièces toutes équipées de l'eau chaude courante.

Afin de préserver la tranquillité de son domaine, Mitchell Henry fait modifier en 1871 la route de Clifden à Westport, qui passait à l'origine juste devant Kylemore Castle, pour la faire passer de l'autre côté du Lough Pollacappul, l'ancienne route servant d'avenue principale au domaine ; elle est plantée d'arbres.

Mitchell Henry fait établir à l'ouest du château, sur le flanc sud de Duchruach Mountain, un jardin entouré d'un mur de briques et de pierre, destiné à la fois à l'agrément et à l'alimentation ; un ruisseau issu du Lough Touther effectuait naturellement la séparation entre les deux parties du jardin. Les jardins possédaient également des serres, reliées entre elles pour former un jardin d'hiver. Elles contenaient des plantes exotiques, comme des bananiers, et étaient chauffées par le sol. Le jardin comportait également des logements pour le jardinier en chef et pour les ouvriers ; le tout premier jardinier en chef de Kylemore Castle, James Garnier, y vécut.

En , Mitchell Henry et sa famille font un voyage en Égypte, au cours duquel sa femme Margaret contracte la dysenterie dont elle meurt le . Son corps est embaumé et rapatrié en Irlande. Un mausolée est construit pour elle à Kylemore Castle, puis Mitchell Henry fait bâtir une église de style gothique, évoquant une cathédrale miniature, de 1877 à 1881. L'intérieur de l'église est construit en pierre de Caen et ses piliers sont réalisés en marbres irlandais : marbre vert du Connemara (Connaught), marbre rose de Cork (Muster), marbre noir de Kilkenny (Leinster) et gris d'Armagh (Ulster). Mitchell Henry choisit pour son église une décoration évoquant les femmes, comme des gargouilles en forme d'anges à visage féminin, ou un vitrail représentant cinq vertus sous forme d'allégories féminines : le Courage, la Foi, la Charité, l'Espoir et la Chasteté.

Le , une des filles de Mitchell Henry, Geraldine, se tue dans un accident de calèche à deux miles du château de Kylemore, sur le pont Derryinver au-dessus de la rivière Dawros, alors qu'elle se promenait avec sa petite fille et sa nourrice. Ce nouveau décès, ainsi que des difficultés financières, conduisent Mitchell Henry à vendre Kylemore Castle et son domaine, et une première vente aux enchères a lieu le à Londres. En 1903, le roi Édouard VII visite le château, désirant l'acquérir pour en faire une résidence royale, mais l'achat ne se fait finalement pas, car le roi trouve le prix trop élevé.

Occupation par les Manchester Le roi n'en ayant pas voulu, Kylemore Castle et son domaine (ce dernier réduit à , soit environ ²) sont finalement vendus le à William Angus Drogo Montagu, le neuvième duc de Manchester, pour . Connu pour avoir le goût du luxe et du jeu, le duc s'était endetté durant sa jeunesse et devait sa fortune à son mariage avec une héritière américaine, Helena Zimmerman, qu'il épouse le . Le père d'Helena, l'industriel américain Eugene Zimmerman, paie alors les dettes de son gendre et finance en partie l'acquisition du château par le couple, le reste étant financé par un emprunt.

Le roi Édouard VII annonce son intention de se rendre à nouveau en Irlande en et de passer par Kylemore, ce qui amène la duchesse de Manchester à entreprendre de grands aménagements dans le château en prévision de cette visite. Elle fait agrandir plusieurs chambres et en convertit une en « suite royale » ; elle fait également retirer plusieurs décorations gothiques des pièces du rez-de-chaussée, comme des marbres, et fait abattre des cloisons pour transformer d'anciennes salles à manger en grandes salles de réception. La salle de bal gothique des Henry est transformée en une grande cuisine en prévision des banquets à donner en l'honneur du roi. Cependant, ces banquets n'ont pas lieu, car Édouard VII annule finalement son séjour à Kylemore.

Eugene Zimmerman meurt le , en ayant laissé par testament sa fortune à sa seule fille. Celle-ci refuse de payer l'emprunt contracté pour acheter Kylemore, si bien que le château revient à son débiteur, le banquier Ernest John Fawke, qui n'habite jamais le château et se contente de gérer le domaine tout en recherchant un nouvel acheteur. Ce n'est qu'en qu'il le vend pour à la communauté des Dames Bénédictines Irlandaises d'Ypres.

La communauté bénédictine Les débuts de la communauté à Ypres La communauté de sœurs bénédictines qui habitent actuellement l'abbaye est celle des « Dames irlandaises d'Ypres » ou Irish Dames of Ypres. Cette communauté trouve ses origines en 1598, quand Lady Mary Percy, fille du comte de Northumberland, fonde une communauté de religieuses anglaises à Bruxelles. La communauté s'étend et fonde d'autres abbayes à Gand, Pontoise, Dunkerque et Ypres ; cette dernière élit sa première abbesse, Dame Marina Beaumont, en 1665. Cependant, l'abbaye d'Ypres ne recevait que très peu de novices et était menacée de fermer faute de religieuses, si bien qu'avec l'aide de l'abbesse de Gand, elle est convertie en communauté irlandaise et des religieuses originaires d'Irlande y sont envoyées. Flavia Carey, élue le , est considérée comme la première abbesse de la communauté irlandaise. À la mort de Flavia Carey le , la communauté élit comme abbesse Mary Joseph Butler, qui est la première abbesse irlandaise de la communauté des Dames d'Ypres.

En 1688, le roi Jacques II d'Angleterre, qui s'est converti au catholicisme, envoie un émissaire aux Dames d'Ypres pour leur proposer de fonder un monastère à Dublin ; Dame Mary Joseph Butler se rend à Dublin le où elle est reçue par le roi. Elle s'installe avec quelques autres religieuses dans les bâtiments que le roi leur a offerts et y ouvre même une école pour les jeunes filles nobles irlandaises. Cependant, la défaite de Jacques II et le couronnement de Guillaume d'Orange en remettent en cause l'existence de ce monastère : malgré le retour de Jacques II en Irlande, il est à nouveau vaincu par Guillaume d'Orange, et les sœurs décident de quitter Dublin pour rentrer à Ypres.

C'est à cette époque que les religieuses d'Ypres reçoivent de l'armée irlandaise le « Flag of Ramillies », une bannière qui, selon la tradition, fut prise à l'armée britannique pendant la bataille de Ramillies. La bannière est précieusement gardée par les sœurs et peut toujours être vue à l'abbaye.

L'installation à Kylemore De 1689 à 1914, la communauté bénédictine des Dames irlandaises d'Ypres connait des périodes d'expansion et de récession du nombre de religieuses, mais reste à Ypres sans être inquiétée, sauf en 1793, où, le , des soldats de l'armée française envahissent l'abbaye, mais s'en retirent sur l'ordre de leur général et quittent la Belgique plus tard dans l'année.

Cependant la Première Guerre mondiale menace leur communauté. D'abord en 1914, suivant la loi ordonnant l'expulsion des citoyens allemands de Belgique, quatre religieuses allemandes doivent quitter la communauté. vignette|gauche|Intérieur de l'église néo-gothique. Alors que les bombardements approchent d'Ypres, à la fin du mois d', l'abbesse Mary Scholastica Bergé est envoyée à Poperinge pour assurer sa sécurité. Les autres religieuses devaient la rejoindre plus tard, mais les combats qui faisaient rage dans la ville les en empêchent. Elles profitent d'une accalmie au début du mois de novembre pour quitter Ypres et rejoindre l'abbesse à Poperinge, puis elles décident de rejoindre l'abbaye d'Oulton en Angleterre, où se trouvent les religieuses de l'ancienne abbaye bénédictine de Gand. Elles y arrivent, avec l'aide de l'armée britannique, le .

Ypres ayant subi d'autres bombardements intenses en avril et , l'abbaye est presque entièrement détruite par les bombes et les incendies. Les religieuses doivent abandonner leurs projets d'y retourner. La communauté s'installe temporairement à Highfield House à Londres, puis décide de retourner dans son pays d'origine, l'Irlande. En , les sœurs s'installent au château de Macmine dans le comté de Wexford, où elles ouvrent une nouvelle école. Cependant le château, laissé à l'abandon depuis plusieurs années, est humide et insalubre, si bien que les religieuses doivent chercher un autre endroit pour abriter leur communauté et leur école. Grâce à l'aide de personnalités irlandaises, elles parviennent à réunir les fonds pour acheter le château de Kylemore le ; le domaine a été à nouveau réduit et couvre désormais (soit environ ). Le , l'abbesse Maura Ostyn obtient le transfert des privilèges abbatiaux d'Ypres vers Kylemore, ce qui officialise la création de l'abbaye de Kylemore.

L'abbaye vignette|droite|L'église de l'abbaye de Kylemore.