Jean Moulin est un haut fonctionnaire et résistant français, né le à Béziers (département de l'Hérault) et mort le près de Metz (Moselle annexée, actuel département français de la Moselle) dans un convoi à destination de l'Allemagne nazie, à la suite des tortures subies préalablement.

Préfet de l'Aveyron puis d'Eure-et-Loir, il est engagé à gauche et participe au Front populaire. Refusant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint en la France libre à Londres, en passant par l'Espagne et le Portugal. Il est reçu par le général de Gaulle, à qui il fait un compte-rendu de l'état de la résistance en France et de ses besoins, notamment financiers et en armement.

Envoyé à Lyon par le général de Gaulle pour réunir les principaux mouvements de la Résistance française, il crée et dirige le Conseil national de la Résistance. Il est arrêté à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue de Lyon, le et conduit au siège de la Gestapo à Lyon, où il est torturé ; il est ensuite transféré à la Gestapo de Paris. Il meurt dans le train qui le transporte en Allemagne peu avant le passage de la frontière, le .

Considéré comme l'un des principaux héros de la Résistance, il est fait compagnon de la Libération en 1942, nommé général de brigade à titre posthume lors de la Libération, puis général de division en 1946Décret du du ministère des Armées, Journal officiel du .. Un cénotaphe lui est dédié au Panthéon ; son corps n'ayant jamais été identifié avec certitude, l'urne qui s'y trouve ne contient que ses cendres présumées.

Biographie Jeunesse vignette|upright=0.8|Acte de naissance de Jean Moulin le à Béziers (Hérault).|gauche Jean Pierre Moulin naît au d'Alsace à Béziers, fils d'Antoine-Émile Moulin, professeur d’histoire-géographie au collège Henri-IV dans cette ville, et de Blanche Élisabeth Pègue. Il est le petit-fils d'un insurgé de 1851Anne-Laure Pineau, « Le Village sans hommes », Causette, février 2013, , .. Antoine-Émile Moulin est un enseignant laïc au grand collège de la ville, partie intégrante du lycée Henri-IV, ainsi qu'à l’université populaire, et il est franc-maçon à la loge Action sociale. Son fils, Jean, est baptisé le par le père Guigues en l'église Saint-Vincent de Saint-Andiol., village d'origine de ses parents : son parrain est son frère Joseph Moulin et sa marraine est sa cousine Jeanne SabatierActe de baptême (1899) de la paroisse de Saint-Andiol, , cité par Thomas Rabino, L'autre Jean Moulin : l'homme derrière le héros, Paris, Perrin, 2013..

Il passe une enfance paisible en compagnie de sa sœur Laure et de son frère Joseph (qui meurt d'une maladie en 1907) et s'adonne à sa passion pour le dessin, où il excelle, au point de pouvoir vendre dessins, aquarelles ou caricatures à des journaux (ce qui ne plaisait pas à son père).. Au lycée Henri-IV de Béziers, il est un élève moyen qui fait preuve d'un talent particulier pour la caricature et les belles lettres. Occitanophone, son père étant un poète provençal admirateur de Frédéric Mistral., il garde un attachement sincère à sa langue familiale et à son lycée de cœur..

Plus tard, dans la lignée de son père élu conseiller général de l'Hérault en 1913 sous la bannière radicale-socialiste, Jean Moulin se forge de profondes convictions républicaines, suivant avec assiduité la vie politique nationale.

En 1917, il s'inscrit à la faculté de droit et science politique de Montpellier, où il n'est pas un étudiant brillant. Grâce à l'entregent de son père conseiller général, il est nommé attaché au cabinet du préfet de l'Hérault sous la présidence de Raymond Poincaré. Quittant son milieu familial, il se met à fréquenter des artistes, se passionne pour les voitures de sport, les beaux vêtements et le ski.

Service militaire Durant la Grande Guerre, le , Jean Moulin est affecté au du génie. Après une formation accélérée, il arrive dans les Vosges à Charmes le et s'apprête à monter en ligne quand l'armistice est proclamé le . Après un passage à Metz en , il est affecté au Plessis-Trévise, en Seine-et-Oise, à Verdun puis à Chalon-sur-Saône ; il est tour à tour menuisier, terrassier, téléphoniste aux 7 et du génie. Il est démobilisé début , retourne à Montpellier pour entamer sa deuxième année de droit et reprend ses fonctions d'attaché au cabinet du préfet, le .

Carrière administrative La qualité de son travail l'amène à être promu chef-adjoint de cabinet fin 1920. En 1921, il obtient sa licence de droit. Parallèlement, il devient vice-président de l'Association générale des étudiants de Montpellier et membre des Jeunesses laïques et républicaines.

Le , il entre dans l'administration préfectorale en qualité de chef de cabinet du préfet de la Savoie, à Chambéry, sous la présidence d'Alexandre Millerand. Au soir des élections législatives de , il se réjouit de la victoire du cartel des gauches en Savoie comme dans tout le pays.

De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il est à l'époque le plus jeune sous-préfet de France, sous la présidence de Gaston Doumergue.

En 1930, il est promu sous-préfet de à Châteaulin dans le Finistère. Il y fréquente des poètes locaux comme Saint-Pol-Roux à Camaret et le poète et peintre Max Jacob à Quimper. Il est reçu chez le sculpteur Giovanni Leonardi et commence à collectionner les tableaux et à dessiner sous le pseudonyme de "Romanin" ; il s'essaie aussi à la céramiqueAndré Cariou, Jean Moulin. Les années bretonnes, éditions Locus Solus, 2020, ..

Il est également illustrateur du morlaisien Tristan Corbière pour son recueil de poèmes Armor. Parallèlement, il publie des caricatures et des dessins humoristiques dans la revue Le Rire, dans Candide ou Gringoire sous le pseudonyme de "Romanin" du nom d'un lieu-dit des Alpilles. Sa passion pour l'art et notamment pour l'art contemporain s'exprime aussi à travers son amitié pour Max Jacob et sa collection de tableaux où sont représentés Chirico, Dufy et FrieszDessins et aquarelles de Jean Moulin, présentés par Jacques Lugand, Montpellier, Presses du Languedoc, 1993, à l'occasion de l'exposition Jean Moulin, peintre et dessinateur au Musée des beaux-arts de Béziers, qui possède la collection d'art de Jean Moulin, donnée à sa ville natale par sa sœur Laure Moulin en 1975 ; rééd. Paris, Éditions de Paris, 2005 ... vignette|upright=0.8|Pierre Cot, ministre de l'Air, 1933.|gauche

En , Pierre Cot, homme politique radical-socialiste, le nomme chef-adjoint de son cabinet aux Affaires étrangères sous la présidence de Paul Doumer.

En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement la fonction de chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air sous la présidence d'Albert Lebrun. Il est promu sous-préfet de et, le , il est nommé sous-préfet de Montargis mais n'occupe pas cette fonction, préférant demeurer au cabinet de Pierre Cot. Au début du mois d', il est rattaché à la préfecture de la Seine et s'installe à Paris.

Le , il prend ses fonctions de secrétaire général de la préfecture de la Somme, à Amiens, auprès du préfet André Jozon, qu'il remplace régulièrement en raison de son état de santé., fonction qu'il va quitter deux ans plus tard en ..

En 1936, il est nommé chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air du Front populaire. En accord avec le ministre, conformément à la politique décidée par Léon Blum, il aide clandestinement les républicains espagnols en leur envoyant des avions et des pilotes. Il participe à cette époque à l'organisation de nombreux raids aériens civils comme la traversée de l'Atlantique sud par Maryse Bastié, la . À cette occasion, Pierre Cot étant officiellement en convalescence., il doit remettre le chèque aux vainqueurs (un équipage italien) parmi lesquels se trouve le propre fils de Benito Mussolini. Au dire de sa sœur Laure, ..

En , à l'âge de trente-sept ans, il est nommé préfet de l'Aveyron ; c'est à l’époque le plus jeune préfet de France. Ses actions en faveur de l'aviation lui permettent de passer cette même année, en tant que réserviste, du génie de l'armée de terre à l'Armée de l'air, armée officiellement créée à compter de et soumise à l'autorité du ministre de l'Air, structure mise en place à compter de 1928. Il est affecté à partir de à la base de Marignane avec le grade de caporal-chef (), puis en au bataillon de l'air basé à Issy-les-Moulineaux. Il est nommé sergent de réserve le Registre Matricule , recrutement de Béziers, classe 1919, Archives départementales de l'Hérault, 1328 p. 319-325..

En , il est nommé préfet d'Eure-et-Loir à Chartres.

Résistance Occupation allemande et révocation de sa fonction de préfet d'Eure-et-Loir alt=Hommage de la ville de Chartres.|vignette|redresse|Hommage de la ville de Chartres.|gauche vignette|redresse|Plaque en hommage à Jean Moulin à la préfecture d'Eure-et-Loir.|gauche vignette|redresse|Monument Jean-Moulin à Chartres.|gauche

Après la déclaration de guerre, Moulin demande à plusieurs reprises à être dégagé de ses fonctions de préfet, persuadé, comme il l'écrit, que . Il se porte donc candidat à l'école des mitrailleurs en allant à l'encontre de la décision du ministère de l'Intérieur. Il passe sa visite médicale d'incorporation à l'école le sur la d'Issy-les-Moulineaux. Il est déclaré inapte le lendemain pour un problème de vue. Il force alors le destin en exigeant une contre-visite à Tours qui, cette fois, le déclare apte.

Toutefois, le ministère de l'Intérieur l'oblige dès le lendemain à reprendre immédiatement son poste de préfet, d'où il s'emploie, dans des conditions difficiles, à assurer la sécurité de la population. Devant l'arrivée imminente des troupes allemandes de la Wehrmacht à Chartres, Jean Moulin écrit à ses parents, le : .

Jean Moulin est arrêté le sur ordre du colonel von Thünge, commandant le régiment de la Wehrmacht qui a combattu devant Chartres, parce que, en sa capacité de préfet d'Eure-et-Loir, il refuse de signer un protocole rédigé par les Allemands : il s'agit de reconnaître faussement qu'une section de tirailleurs sénégalais de l'armée française aurait commis des atrocités envers des civils. Jean Moulin est emmené à La Taye, un hameau de Saint-Georges-sur-Eure, où gisent des cadavres de civils français mutilés. En réalité, ceux-ci ont été victimes de bombardements allemands à partir du sur la gare de cette commune.. Les soldats mis en cause sont les tirailleurs du 26 régiment de tirailleurs sénégalais ( RTS) du colonel Perretier ( DLIC du général Gillier, corps d'armée du général Gransard) qui ont combattu l'avancée de la division de cavalerie du général Kurt Feldt (1887-1970) dont fait partie le Reiterregiment 21 (offensive en direction de la Loire de la IV armée du général Günther von Kluge, qui sera nommé feldmarschall fin juin par Hitler). De furieux combats ont eu lieu à Berchères-la-Maingot Feucherolles, Chartainvilliers, Saint-Piat, Néron et Bouglainval, entre Rambouillet et Chartres ; ces troupes coloniales causent de nombreuses victimes au sein de la Wehrmacht les 15, 16 et . vignette|upright=0.8|Fresque représentant Jean Moulin à Chartres.|gauche