La mandoline est un instrument de musique à cordes pincées et à manche court . Descendant du luth (caisses bombées) et du cistre (caisses plates), utilisé en musique classique, folklorique ou traditionnelle, cet instrument est surtout répandu dans les pays méditerranéens et en Amérique du nord (où il est employé dans plusieurs styles de musique country-bluegrass). La mandoline est connue, par exemple, comme instrument d'accompagnement.
Lutherie
Longue de , la mandoline typique comporte une caisse de résonance bombée en lamellé-collé, une table d'harmonie avec une grande ouïe centrale ovale, ainsi qu'un manche court, étroit et muni de frettes, se terminant par un chevillier qui sert à accrocher les cordes maintenues parallèlement à la table d'harmonie par un chevalet plat.
Mandolines traditionnelles italiennes
On distingue deux grands types de mandolines traditionnelles dans la musique italienne : mandoline milanaise ou mandurina d'une part, et napolitaine d'autre part.
La mandoline milanaise ou mandurina, est le plus souvent désignée sous le nom de mandolino par les organologues. Elle compte six chœurs (cordes doubles) — en boyau, que l'on joue avec les doigts — accordées en quartes et une tierce (à l'unisson) comme suit : sol2, si2, mi3, la3, ré4, sol4. Elle dérive directement des instruments appelés quintern par Sebastian Virdung dans son Musica getutscht (1511) et pandurina par Michael Praetorius dans son Syntagma musicum (1619). D'après Davide Rebuffa, la première source écrite mentionnant cet instrument sous le nom mandolino, due à Francesco Redi, date de 1685. Sa caisse de résonance est en forme d'amande, son dos bombé est composé de « côtes » en bois dur, et sa table d'harmonie comporte une ouïe circulaire.
La mandoline napolitaine est apparue plus tard, vers le milieu du . Accordée en quintes comme le violon, et pourvue de quatre doubles cordes (sol, ré, la, mi, du grave vers l'aigu) métalliques jouées avec un plectre, Cette mandoline est actuellement de loin la plus répandue. Sur les instruments dits classiques (surtout italiens et allemands), la table d'harmonie adopte la forme d'une larme et comporte une pliure à hauteur du chevalet, tandis que son dos est bombé, à l'instar de celui du luth, et plus fortement bombé que celui du mandolino ou mandoline dite milanaise ; la table d'harmonie est percée d'une bouche circulaire — à côté de laquelle est incrustée une plaque d'écaille ou de bois dur évitant ainsi à l'instrument d'être endommagé par les coups de plectre.
thumb|Mandoline Gibson de 1921, modèle A4. thumb|1920 Gibson F-4 mandoline1917 Gibson H-2 mandole1924 Gibson K-4 mandoloncelle1929 Gibson mando-basse
À partir du , les mandolines forment une famille d'instruments comportant, de l'aigu vers le grave : la soprano ; l'alto ou mandole, accordée do, sol, ré, la du grave vers l'aigu ; la mandoline basse ou mandoloncelle, accordée comme un violoncelle, à l'octave grave de la mandole ; La mandoline contrebasse ne possède que quatre cordes, accordées en quartes (mi, la, ré, sol). Rien ne la distingue donc fondamentalement d'une basse acoustique, si ce n'est qu'elle est généralement jouée debout, à la manière d'une contrebasse.
Ces quatre instruments forment un « quatuor de mandolines ». Il a existé des mandolines sopranino, à la quarte supérieure de la soprano.
L'instrument ténor, qui semble être apparu vers la fin du , est accordé une octave au-dessous de la mandoline (sol, ré la, mi) et généralement nommé, en toute logique, octave mandolin, par les anglophones, mais aussi parfois octave mandola. Mandoloncelle se traduit par mandocello.
Par ailleurs, d'autres types, plus régionaux, de mandoline se sont développés : la mandoline génoise dérive directement de la mandoline milanaise dont elle ne se distingue que par son manche plus étroit et par ses cordes simples, au nombre de 5 ou 6 ; la mandoline florentine au corps plus petit mais au manche plus long que la mandoline napolitaine, peut comporter soit 5 doubles cordes (ré, sol, do, mi, la, du grave vers l'aigu), soit 4 cordes simples (accord actuel, comme le violon).
Principales variantes créées et jouées depuis la fin du
Dès le début du , il existe une très grande variété de mandolines (de type « napolitaine » ou dérivées de celles-ci), comme le souligne Graham McDonald. Depuis les années 1890, les luthiers ont en effet rivalisé d'imagination et d'inventivité. Ainsi, les mandolines à dos bombé ont commencé à coexister avec d'autres à dos plat ; la table d'harmonie n'a plus nécessairement toujours comporté un « pli ». De circulaire, l'ouverture pratiquée dans la table d'harmonie (rosace) a évolué vers d'autres formes (ovale en largeur ou, beaucoup plus rarement, en hauteur ; U décalé vers les basses, aussi appelé bouche asymétrique, chez de Cristoforo ; triangulaire aux angles arrondis ; etc.). La forme de la table d'harmonie, certes la plupart du temps en forme de larme, a adopté de nombreuses autres formes dont, surtout aux États-Unis, celle de la mandoline « bluegrass » de type F, avec une sorte de volute du côté des basses ; de manière plus anecdotique, au moins trois types de table d'harmonie en forme de cœur Hambly, Scott, Mandolins in the United States since 1880: An industrial and sociocultural History of Form, thèse de doctorat, University de Pennsylvanie, 1977, fig. 21, p. 227. et deux en forme d'étoile à cinqUne mandoline de ce type (luthier anonyme, Naples, deuxième moitié du ) est exposée à Rome, au Museo Nazionale degli Strumenti Musicali. et à six rais ont été inventés.
La firme Vega a commercialisé un modèle dont le centre du dos, bombé en hauteur, est appelé « cylindrique », d'après un brevet accordé à D.L. Day en 1913Brevet américain 44,838.. Le luthier américain Joseph Bohmann est l'un des très rares à avoir ajouté des cordes sympathiques. Les luthiers allemands fabriquant des instruments pour la musique populaire ont quasi toujours adopté d'une part la « frette zéro » et d'autre part le fond légèrement arqué et décoré de motifs en bois.
Une variante utilisée dans la folk américaine de style bluegrass est la mandoline dite country ou bluegrass, qui, à part ses quatre doubles cordes, n’a plus grand-chose en commun avec la mandoline baroque, grâce au travail qu’effectua Orville Gibson à partir de 1898. Cette nouvelle forme de mandoline présente un dos légèrement arqué (plus du tout bombé), une table d’harmonie également arquée à la forme différente (forme de poire puis asymétrique), des ouïes en forme de f remplaçant la rosace, un manche un peu plus long, un chevalet réglableBrevet américain 1,365,839 accordé à T.J. McHugh et L.A. Williams le 18 janvier 1921., etc.
Le mandolinetto, une mandoline dont la caisse de résonance a la forme d'une très petite guitare, est inventé par Edward F. HoweBrevet américain n° 27,560 accordé en 1897. , cet instrument a été fabriqué, principalement aux États-Unis, entre 1897 et environ 1920.
La mandoline Wappen, dont la forme adopte celle d'une petite guitare, a des « épaules » (éclisses à partir du manche) tombantes, et est pourvue de deux ouvertures approximativement en forme de triangle ; cet instrument, typiquement allemand, a été fabriqué vers les années 1930. ;
Dans le banjoline, la table d'harmonie en bois fait place à celle d'un banjo, c'est-à-dire munie d'une peau tendue.
La mandoline irlandaise, anglaise ou « folk », adopte presque toutes les caractéristiques de la mandoline napolitaine sauf en ce qui concerne son fond et sa table d'harmonie (plats ou très légèrement arqués), son manche (un peu plus large), et sa taille (un peu plus grande) ; les deux luthiers les plus connus sont le Dublinois Joe Foley, et Stephan Sobell Gr. McDonald, op. cit., p. 270., installé en Angleterre.
La bandolim brésilienne, se reconnaît à sa table d'harmonie pratiquement circulaire, percée d'une rosace, et dont le fond est plat.
La mandoline a été adoptée au début du dans la musique arabo-andalouse algérienne, pour l'interprétation de la nouba et du chaâbi algérien, sous le nom de snitra. Le mandole algérien, qui en est dérivé, a un long manche et une caisse plate.
Autres variantes
La mandoline sicilienne offre cinq, voire six chœurs (10 ou 12 cordes); la mandoline à quatre chœurs de trois cordes est typiquement utilisée du début à la fin du pour l'accompagnement d'œuvres vocales.
Il existe des mandolines électriques, dépourvues de caisse de résonance et munies de micros. Une variante est la mandoline indienne : U. Srinivas a été le premier musicien à utiliser la mandoline dans la musique carnatique. Il a modifié l'instrument pour l'adapter au pitch et aux ragas carnatiques et lui a donné ses lettres de noblesse en lui faisant jouer les ragas.
La mandriola comporte des triples cordes, et non des doubles cordes : sol-sol-sol ré-ré-ré la-la-la mi-mi-mi.
Enfin, plusieurs luthiers contemporains fabriquent des mandolines dont le corps adopte des formes de plus en plus éloignées de celle des mandolines baroques ou irlandaises. On peut noter les créations d'André Sakellaridès (luthier à Marseille, qui a créé une famille de mandolines modernes, à fond plat, asymétriques), de Murry Kuun, Tim Philips, Arik Kerman, Richard Morgan, Philippe Berne, etc.
Mandoline portugaise
Improprement appelée « guitare », en traduction de guitarra, terme portugais qui est en réalité générique, la mandoline portugaise est à fond plat et se distingue par sa tête dotée de mécaniques en éventail, ainsi que par son accordage particulier.
Jeu
Tenu entre le pouce et l'index (ou l'index plus le majeur), le plectre — souvent appelé « médiator » en France, ou « pic » au Québec et en Amérique francophone — est l'objet avec lequel on pince les cordes de la mandoline en staccato (notes détachées) ou en tremolos pour produire une sonorité continue ou des passages legato, jeu utilisé surtout à partir de la fin du . Le plectre a été fabriqué dans différentes matières au cours des siècles : os, plume, ivoire, écaille… Sa forme évolue avec la matière utilisée pour les cordes ainsi que les modifications de la forme de l'instrument : en musique baroque, la « plume » (de corbeau ou d'autruche) est utilisée avec les cordes en boyau dont les graves sont filées d'un brin de soie ; le plectre de forme ovoïde, en tortue ou en ivoire, est utilisée dès l'apparition des cordes métalliques (on utilisait alors des cordes de clavecin parfois vrillées pour les graves) ; le plectre en os, en ivoire ou en pierre polie, plus rigide, pour la mandoline napolitaine ; sa forme devient alors moins allongée et l'extrémité moins pointue.
Répertoire
vignette|gauche|Joueuse de mandoline. Peinture de Julie Wilhelmine Hagen-Schwarz (1851).
La mandoline est très vite devenue un instrument populaire car sa facilité de jeu l'emportait sur le luth, de même que son coût.
Les premiers exemples connus de pièces musicales pour mandoline remontent aux environs de 1700 ; disposés en tablature (et non comme une partition), écrits pour la mandoline milanaise, ils sont dus à Francesco Contini (Sonate al mandolino solo) et Filippo Sauli (un manuscrit entier, conservé dans une bibliothèque tchèque). D'après Richard Campbell, Fétis prétendit par ailleurs qu'un certain Johann Strohbach aurait composé des concertos pour mandoline avant 1700.
Ensuite, bon nombre de compositeurs — surtout des Italiens — composèrent des pièces pour mandoline dans le courant du .