Kurt Tucholsky, né le à Berlin et mort le à Göteborg, est un journaliste et écrivain allemand.

Il est l'un des auteurs les plus importants de la république de Weimar. Journaliste engagé politiquement et coéditeur de l'hebdomadaire Die Weltbühne, il s'est révélé un critique social dans la tradition de Heinrich Heine. Il est également satiriste, auteur pour le cabaret, poète, parolier, romancier, critique littéraire, critique de cinéma, et critique musical. Il se définit lui-même comme démocrate de gauche, socialiste, pacifiste et antimilitariste et met en garde contre le renforcement de la droite, notamment dans les domaines politique, militaire et judiciaire, et la menace du national-socialisme.

Biographie Jeunesse, scolarité, études vignette|gauche|redresse|Kurt Tucholsky en 1890. Tucholsky grandit au sein d'une famille juive ashkénaze. La maison de ses parents, dans laquelle il naît le , se trouve à Berlin-Moabit au 13 Lübecker Straße. Il passe sa jeunesse à Stettin où son père et sa famille se sont installés pour des raisons professionnelles. Son père, Alex Tucholsky, cadre bancaire d'origine juive, a épousé en 1887 sa cousine Doris Tucholsky, avec laquelle il a eu trois enfants : Kurt, l'aîné, puis Fritz et Ellen. En 1899, la famille retourne à Berlin.

Les relations de Tucholsky avec sa mère sont conflictuelles, alors qu'il admire son père. Lorsque celui-ci meurt en 1905, il laisse à sa femme et à ses enfants une fortune appréciable qui permet à l'aîné de poursuivre ses études.

En 1899, Kurt Tucholsky est scolarisé au lycée français de Berlin. En 1907, il s'inscrit au lycée König-Wilhelm (Königliches Wilhelms-Gymnasium), qu'il quitte cette même année pour préparer son Abitur avec un enseignant particulier. Après l'examen en 1909, il commence en octobre de la même année des études de droit à Berlin, dont il accomplit le deuxième semestre au début de l'année 1910 à Genève.

Durant ses études, Tucholsky s'intéresse surtout à la littérature. C'est ainsi qu'il se rend lors d'un voyage avec son ami Kurt Szafranski à Prague, pour faire une visite surprise à l'écrivain Max Brod, un ami de Franz Kafka, qu'il appréciait particulièrement. Tucholsky apporte en cadeau à Brod un paysage miniature qu'il a lui-même confectionné. Il rencontre Kafka, qui note dans son journal le :

Il ne fera pourtant jamais une carrière juridique. Comme Tucholsky est à la fin de ses études déjà fortement engagé dans le journalisme, il renonce en 1913 à passer le premier examen de droit, et par conséquent à envisager une carrière d'avocat. Toutefois, il passe en son doctorat de droit à l'université d'Iéna.

Sa thèse sur le droit hypothécaire, déposée en , initialement rejetée, finit par être acceptée après de nombreuses modifications. Elle porte le titre « Die Vormerkung aus § 1179 BGB und ihre Wirkungen ». Tucholsky l'a soutenue le et a reçu une mention honorable. Après l'impression et la remise des copies de dépôt, le certificat de doctorat lui a été remis le .

Premiers succès comme écrivain Déjà du temps de sa scolarité, Tucholsky s'essaie au journalisme : l'hebdomadaire satirique Ulk publie en 1907 un court texte intitulé Märchen (conte) dans lequel le jeune homme de 17 ans raille les goûts artistiques de l'empereur Guillaume II. Pendant ses études, il intensifie ses activités de journaliste entre autres en faveur du journal social-démocrate Vorwärts. Il prend part en 1911 à la campagne électorale du parti social-démocrate. Tucholsky publie en 1912 une histoire Rheinsberg ein Bilderbuch für Verliebte (Rheinsberg : un livre d'images pour les amoureux), écrit dans un style frais et léger, inhabituel à l'époque, qui touche un large public. Ce livre est inspiré par un week-end passé avec Else Weil en . Afin de promouvoir la diffusion de son livre, Tucholsky ouvre avec Szafranski, l'illustrateur de l'histoire, un bar à livres sur le Kurfürstendamm à Berlin. Chaque acheteur d'un livre se voit gratifié d'un petit verre d'eau-de-vie. Cette plaisanterie ne dure que quelques semaines.

De plus longue durée est par contre l'engagement que prend Tucholsky au début de l'année 1913. Le paraît son premier article dans l'hebdomadaire de critique théâtrale Die Schaubühne qui deviendra plus tard Die Weltbühne du journaliste et critique Siegfried Jacobsohn, lequel sera jusqu'à sa mort le mentor et ami de Tucholsky. À propos de cette relation privilégiée, Tucholsky écrira dans le récit de sa vie, deux ans avant sa mort en Suède : « Tucholsky doit tout ce qu'il est devenu, à l'éditeur de cette feuille, qui est mort en 1926 ». Chaque numéro de la Schaubühne contenait d'habitude deux ou trois articles de Tucholsky.

Soldat durant la Première Guerre Le début de sa carrière journalistique est interrompu par la première Guerre mondiale. Entre et ne paraît qu'un seul article de Tucholsky. À l'opposé de nombreux autres écrivains et poètes, il ne partage pas l'enthousiasme patriotique du début de la guerre. Après l'obtention de son diplôme en 1915, il est mobilisé en avril de la même année et envoyé sur le front de l'Est. Il participe d'abord à la guerre de tranchées comme soldat chargé de l'approvisionnement en munitions puis est secrétaire de la compagnie. À partir de , il rédige un journal pour sa compagnie : Der Flieger. C'est à Alt-Autz, dans l'administration de l'école d'artillerie et d'aviation qu'il fait la connaissance de sa future épouse Mary Gerold. Ces postes de secrétaire et de rédacteur d'une feuille militaire lui offrent la possibilité d'échapper à la guerre de tranchées. Évoquant ses souvenirs, il écrit :

Les moyens en question avaient un côté comique, comme il le révèle dans une lettre à Mary Gerold :

La rencontre avec le juriste Erich Danehl débouche sur sa nomination en 1918 au grade d'adjudant et à son transfert dans le Royaume de Roumanie comme commissaire de police militaire (Danehl devenu ami de Tucholsky apparaîtra plus tard dans plusieurs textes, comme Wirtshaus im Spessart sous le nom de « Karlchen »). Tucholsky se fait baptiser protestant pendant l'été 1918 dans la localité roumaine de Drobeta-Turnu Severin. Il avait déjà quitté la communauté juive le .

Bien que Tucholsky ait participé à un concours de tracts pour inciter à la souscription du de guerre, il rentre en Allemagne à l'automne 1918 comme antimilitariste convaincu et comme pacifiste.

Combat pour la république Dès , Tucholsky prend en charge la direction de la rédaction du journal Ulk, direction qu'il conservera jusqu'en . Ulk est le supplément hebdomadaire satirique du journal de la gauche libérale Berliner Tageblatt, édité par Rudolf Mosse.

Il travaille à nouveau régulièrement pour la Weltbühne. Afin de ne pas lasser les lecteurs de l'hebdomadaire de la gauche démocratique avec une même signature, il utilise dès 1913 trois pseudonymes qu'il conservera tout au long de ses activités journalistiques: Ignaz Wrobel, Theobald Tiger et Peter Panter. Comme Theobald Tiger est plutôt réservé à Ulk, un quatrième pseudonyme apparaît comme signature d'une poésie dans la Weltbühne : Kaspar Hauser. Rarement, en tout cinq fois, il fait paraître des textes sous d'autres pseudonymes : Paulus Bünzly, Theobald Körner et Old Shatterhand.

Rétrospectivement, Tucholsky expliqua ainsi l'origine de ses pseudonymes :

Les nombreux pseudonymes sont nécessaires, car c'est à peine s'il y a une rubrique à laquelle Tucholsky ne participe pas : qu'il s'agisse des éditoriaux, des comptes rendus judiciaires, des commentaires et satires, des poésies ou de la critique littéraire. De plus, il écrit des textes et des chansons pour le cabaret, par exemple pour le théâtre Schall und Rauch et pour des chanteuses comme Claire Waldoff et Trude Hesterberg. En paraît son recueil de poésies Fromme Gesänge.

Dans l'immédiate après-guerre s'ouvre un chapitre moins glorieux de la vie de Tucholsky : sa participation brève mais lucrative à la feuille de propagande Pieron. Avant le référendum qui devait fixer en Haute-Silésie la frontière définitive entre l'Allemagne et la Pologne, le gouvernement du Reich a chargé ce bulletin d'influencer l'opinion contre la Pologne. Cet engagement, vertement critiqué par différents journaux, vaut à Tucholsky d'être interdit de publication dans les organes du Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD). Tucholsky a considéré plus tard cette collaboration au journal Pieron, due à ses difficultés financières, comme une erreur.

En tant qu'écrivain politique, Tucholsky avait déjà commencé dans la Weltbühne la série d'articles antimilitaristes « Militaria », une attaque contre l'état d'esprit des officiers restés fidèles à l'époque impériale, état d'esprit renforcé encore par la guerre et qui perdure sous la république. Sa propre attitude comme soldat pendant la guerre ne s'écarte pas sensiblement de celle qu'il critiquait si vivement dans le corps des officiers allemands. Des biographes voient dans cette série d'articles une sorte de « confession publique » (Hepp). Dans le premier article de la série, on peut lire :

C'est de façon aussi violente que Tucholsky met au pilori les nombreux meurtres politiques qui secouent les premières années de la république de Weimar. Les attentats et assassinats se répètent contre des figures politiques de gauche, pacifistes ou seulement libéraux, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, Walther Rathenau, Matthias Erzberger et Philipp Scheidemann ou Maximilian Harden. En tant qu'observateur des procès contre les auteurs d'extrême-droite de ces meurtres, il lui faut bien constater que les juges montrent de la sympathie pour ces accusés monarchistes et nationalistes. Dans son article « Procès Harden », il écrit :

Tucholsky n'épargne pas ses critiques aux politiciens démocrates qui lui semblent trop indulgents avec leurs opposants. Après le meurtre du ministre des affaires étrangères Walther Rathenau en 1922, il rédige un appel à une république se respectant elle-même :

Onze ans avant que la première démocratie allemande ne rende son dernier souffle, Tucholsky a déjà désigné ses fossoyeurs. Il ne se contente pas de son activité journalistique mais intervient directement dans l'action politique. Il participe entre autres en à la création du Friedensbund der Kriegsteilnehmer (Ligue des Anciens Combattants pour la paix) et s'engage au côté de l'USPD (scission de gauche du parti socialiste) auquel il a adhéré en 1920. L'appartenance à un parti n'empêche pas Tucholsky de critiquer certains de ses membres, comme Rudolf Hilferding, rédacteur en chef du journal USPD Freiheit:

Il attaque violemment le Parti social-démocrate (SPD) et sa direction, en lui reprochant la trahison de ses membres pendant la révolution de novembre. Au sujet de Friedrich Ebert, il écrit en 1922 dans « Le procès Harden » :

Pendant la phase aiguë de l'inflation, Tucholsky se voit contraint de cesser ses activités de journaliste au profit d'un travail dans les affaires. Mais ce ne sont pas seulement des soucis financiers qui l'y conduisent. À l'automne 1922, il souffre d'une dépression sévère : il se met à douter de l'utilité de ses écrits et aurait même fait une tentative de suicide. Le , il entre enfin dans la banque berlinoise Bett, Simon & Co. comme secrétaire privé de Hugo Simon, le directeur de la banque. Mais le il conclut un nouveau contrat de travail avec Siegfried Jacobsohn : c'est en tant que correspondant de la Weltbühne et du journal Vossische Zeitung qu'il part au printemps 1924 pour Paris.

Tucholsky connaît aussi dans sa vie privée de profonds bouleversements en 1924 : en février il divorce d'avec Else Weil, épousée en . Le de la même année, il épouse Mary Gerold avec qui il était resté en correspondance depuis son départ de Alt-Autz. Pourtant, au cours d'une rencontre à Berlin au début de l'année 1920, il constate combien ils se sont éloignés l'un de l'autre. Il s’avère aussi à Paris qu'ils ne peuvent vivre ensemble sur le long terme.

Entre la France et l'Allemagne