Don Giovanni, K. 527 (titre complet : Il dissoluto punito ossia il Don Giovanni ; titre français : Don JuanLe titre complet est littéralement « Le dévoyé puni ou Don Juan ».

L'expression « Don Juan » est passée dans l'usage dans de nombreuses langues pour désigner un personnage séducteur. La traduction littérale qui serait en français « Seigneur Jean » n'est jamais utilisée. Le Don Giovanni de Mozart, bien que chanté en italien, est ainsi parfois titré en France Don Juan (la pièce de théâtre de Molière, écrite et jouée en français, porte quant à elle le titre Dom Juan ou le Festin de pierre : voir l'explication donnée dans l'article Don). On rencontre aussi l'expression « Don Juan de Mozart » comme dans Réminiscences de Don Juan de Mozart (S.418), œuvre pour piano de Franz Liszt ou Le Don Juan de Mozart, livre de Charles Gounod (1890)), est un opéra en deux actes et en langue italienne du genre « dramma giocoso » (« drame joyeux »)Sur son catalogue personnel, Mozart indique opera buffa ; sur le livret de Da Ponte, on trouve « dramma giocoso », et sur l'affiche de la création à Vienne, « singspiel ». J. et B. Massin, Wolfgang Amadeus Mozart, Fayard, p. 1048. de Wolfgang Amadeus Mozart, créé au Théâtre des États de Prague le , sur un livret de Lorenzo Da Ponte inspiré du mythe de « don Juan ».

Don Giovanni est, avec La Flûte enchantée, l'opéra qui eut le plus d'influence sur les compositeurs romantiques par son mélange d'éléments comiques (buffa) et tragiques (seria). L'ouvrage est aujourd'hui considéré comme l'un des opéras majeurs de Mozart, avec Les Noces de Figaro, Così fan tutte et La Flûte enchantée, mais aussi de tout l'art lyrique. Richard Wagner le qualifiait d'« opéra des opéras »L’Avant-scène Opéra, n° 24, p. 3..

Genèse Deuxième collaboration entre Mozart et da Ponte après Les Noces de Figaro, le sujet est proposé par le librettiste (selon ses MémoiresMémoires et Livrets, sous la direction de Jean-François Labie, Livre de Poche, coll. Pluriel, 1980.) au compositeur à la fin du printemps 1787, pour répondre à une commande du théâtre national de Prague passée en , après le succès de leur ouvrage précédent (une avance de cent ducats ayant été versée).

L'histoire de Don Juan, popularisée par la pièce de Tirso de Molina El Burlador de Sevilla (1630), venait de faire l'objet d'un opéra composé par Giuseppe Gazzaniga sur un livret de Giovanni Bertati et créé avec succès en 1787 à Venise : . Da Ponte se permettra de faire quelques emprunts au livret de son confrère.

Mozart travaille à la composition à la villa Bertramka, du mois de juillet à la veille de la création (sa célèbre ouverture aurait été ainsi écrite durant la nuit précédant la répétition généralePlusieurs anecdotes circulent à ce sujet : Mozart recevait des amis lorsque l'un d'eux, à minuit lui rappelle qu'il n'a toujours pas écrit l'ouverture de l'opéra qui devait se jouer le lendemain. Mozart feint l'anxiété et se retire immédiatement dans sa chambre où, aidé par sa femme qui lui raconte des histoires pour l'empêcher de s'endormir, il termine l'ouverture en trois heures. Cf. Kobbé, Tout l'opéra, Paris, Robert Laffont, 2000, p. 549. L'orchestre aurait ainsi déchiffré le morceau à vue lors de la générale, sur des copies dont l'encre était à peine sèche.), le au théâtre Nostitz de Prague, par la troupe qui y avait repris Les Noces de Figaro et sous la direction du compositeur. Selon certaines sources, Giacomo Casanova, présent dans la salle, aurait servi pour partie de modèle, voire aurait apporté une contribution au livret.

L'œuvre rencontre un immense succès, contrairement à la création viennoise, le au Burgtheater, qui se heurte au goût conservateur du public local (« La musique de Mozart est beaucoup trop difficile pour le chant » écrit le le comte , intendant du Théâtre impérial), malgré les modifications effectuées par Mozart : des airs supplémentaires pour le ténor Francesco Morella, interprète de Don Ottavio (« Dalla sua pace », K 540a, composé le ) et la soprano Catarina Cavalieri (« In quali eccessi … Mi tradì quell'alma ingrata », K 540c, composé le ) ainsi qu'un duo entre Zerlina et Leporello (« Per queste tue manine » K 540b, composé le ), la modification du finale de l'acte I (fin de l'acte au milieu du quatuor "Non ti fidar o misera") et la suppression de la scène finale de l'acte II, qui voit revenir tous les protagonistes après la mort de Don GiovanniDe nos jours cette scène est jouée presque systématiquement, bien qu'elle n'apporte rien si ce n'est le futur des personnages. Le trio précédant le finale (Commandeur, Don Giovanni, Leporello) reste bien plus dramatique.. Il y eut néanmoins quatorze représentations.

Après sa redécouverte au milieu du , le succès de cet opéra n'a fait que s'accroître. Le philosophe danois Søren Kierkegaard lui consacra un long passage dans son livre Ou bien... ou bien (1843), parlant d'. Le Finale dans lequel Don Giovanni refuse de se repentir a été repris par de nombreux philosophes et artistes, dont George Bernard Shaw, qui le parodie dans sa pièce Homme et surhomme (1903). vignette|Présentation de Don Juan lors de l'ouverture de l'Opéra de Vienne le 25 mai 1869. Lors du centenaire de sa création, l'œuvre aura été jouée 532 fois à Prague, 491 fois à Berlin et 472 fois à VienneDictionnaire chronologique de l'opéra, éd. Ramsey, 1977.. Au répertoire de la plupart des maisons d'opéras à travers le monde, il était neuvième dans le classement des opéras les plus joués en Amérique du Nord en 2009-2010 selon l'association Opera America, totalisant 269 productions différentes entre 1991 et 2014« Opera America: Schedule of Performances ».

Manuscrit alt=Coffret contenant le manuscrit.|vignette|Coffret contenant le manuscrit de Don Giovanni.|263x263px Le manuscrit original, pour sa part, connut une histoire étonnante puisqu'il est aujourd'hui propriété de l’État français. Constance Mozart l'avait cédé en 1800 à l'éditeur de son mari, Johann André. En 1854, le gendre d'André, Streicher, un facteur de pianos, essaya sans succès de le vendre à différents musées avant d'entrer en relation avec Pauline Viardot par l'intermédiaire du pianiste Ernst Pauer. La célèbre cantatrice, qui avait chanté le rôle de Zerline à Saint-Pétersbourg, acquit ainsi le précieux manuscrit pour la somme, considérable à l'époque, de 150 livres. Elle fit confectionner un coffret en bois de thuya et le conserva plus de 50 ans avant de le léguer en 1903 au Conservatoire de musique de Paris. À la suite du transfert, en 1942, des collections de la bibliothèque du Conservatoire au Département de la musique de la Bibliothèque nationale de France, la partition constitue l'un des trésors de cette dernièreBertrand Dermoncourt, « Trésors de la BNF : Le Don de Mozart », lexpress.fr, 11 juillet 2005, consulté le 21 août 2013Exposition « Le siècle des Lumières », manuscrit de l'opéra Don Giovanni de Mozart, site bnf.fr..

Argument L'action se déroule à Séville en Espagne au . Le livret reprend le mythe du séducteur puni, mythe né dans le contexte du Baroque espagnol. Comme l'explique le musicologue Jean-Victor Hocquard, . La particularité de Don Giovanni est en effet de se situer à la charnière entre l'Ancien Régime et le romantisme anti-rationaliste. vignette|Ouverture (1 page) du manuscrit de Don Giovanni de Mozart.|263x263px

Ouverture Un grave et solennel Andante correspondant à la scène finale de l'opéra (mais sans les trombones) est suivi par un vif allegro dont le caractère fougueux et puissant symbolise excellemment le personnage impulsif de Don Giovanni dont la seule obsession est la recherche à tout prix du plaisir. Sans aucune pause, Mozart enchaîne avec une modulation en fa majeur la coda de l'ouverture avec la première scène.

Mais Mozart, sachant que l'on interprète les ouvertures seules lors de concerts, composa une autre coda de 13 mesures qui, après la modulation en fa majeur, fait se terminer l'ouverture par un basculement en ré majeur et sans enchaînement. Cette version est très peu souvent interprétée (Bruno Weil chez Sony avec son orchestre baroque nous la fait entendre) et une autre fin est bien plus fréquemment jouée : cette version, que l'on doit en 1799 au compositeur et éditeur de musique Johannes André (qui avait acquis plus d'une centaine de manuscrits de Mozart), finit brillamment l'ouverture en ré majeur, mais sans la modulation en fa majeur de Mozart.

Acte I Le jardin de la maison de Donna Anna, la nuit Leporello monte la garde devant la maison dans laquelle Don Giovanni s'est introduit afin de forcer Anna, fille d'un haut dignitaire, le Commandeur, et fiancée d'Ottavio (introduction « Notte e giorno faticar »). Soudain, Anna apparaît, poursuivant Don Giovanni. Elle veut savoir qui il est et appelle à l'aide ; le Commandeur survient et provoque en duel l'agresseur, qui le blesse mortellement (« Ah ! Soccorso ! ») puis prend la fuite sans avoir été reconnu. Anna est en état de choc ; Ottavio tente alors de la réconforter, et tous deux jurent de la venger (récitatif « Ma qual mai » et duo « Fuggi, crudele, fuggi ! »).

Une rue près d'une auberge à l'aube Don Giovanni et Leporello arrivent (récitatif « Orsù, spicciati presto »). Elvira, qu'il a séduite puis abandonnée, apparaît. Don Giovanni ne la reconnaît pas et essaie d'engager la conversation (trio « Ah, chi mi dice mai » et récitatif « Stelle ! che vedo ? »). L'ayant reconnue, il s'esquive, la laissant avec Leporello, qui essaie de la consoler en lui présentant la liste des conquêtes de son maître (air « Madamina, il catalogo è questo »). Elvira fait vœu de vengeance (récitatif et air « In questa forma »).

La campagne, le matin Une procession de villageois qui préparent le mariage de Masetto et Zerlina apparaît (duo et chœur « Giovinette che fate all'amore »). Don Giovanni remarque Zerlina, qui lui plaît, et se débarrasse du fiancé jaloux (récitatif « La Zerlina senza me non può star » et air « Ho capito »). Resté seul avec Zerlina, il entreprend de la séduire (récitatif « Alfin siam liberati » et duo « Là ci darem la mano »).

Elvira les rejoint et entraîne Zerlina avant qu'elle ne cède (air « Ah, fuggi il traditor »). Don Giovanni rencontre alors Anna et Ottavio. Elvira, de retour, les met en garde contre celui qui l'a abandonnée (quatuor « Non ti fidar »). Don Giovanni répond à ses reproches en essayant de la faire passer pour folle, sans toutefois parvenir à convaincre ses interlocuteurs. Après son départ, Anna pense avoir reconnu en Don Giovanni le meurtrier de son père et raconte l'agression à Ottavio ; celui-ci décide de la venger (récitatif « Don Ottavio, son morta ! » et air « Or sai chi l'onore »). Leporello informe Don Giovanni que les invités pour le mariage sont arrivés, qu'il a réussi à occuper Masetto, mais que le retour de Zerlina a tout compromis. Il a toutefois pu se débarrasser d'Elvira. Don Giovanni, extrêmement insouciant et joyeux (air « Finch' han dal vino »), s'en retourne chez lui.

Le jardin de la maison de Don Giovanni Zerlina suit Masetto et essaie d'apaiser sa jalousie (récitatif et air « Batti, batti, o bel Masetto »). Don Giovanni les invite tous les deux au bal. Leporello invite aussi Elvira, Ottavio et Anna, qu'il n'a pas reconnus, car ils ont le visage masqué (septuor « Bisogna aver coraggio »).

Une salle de bal chez don Giovanni Trois airs de danse se succèdent : menuet, contredanse et danse allemande. Don Giovanni entraîne Zerlina à l'extérieur, tandis que Leporello attire l'attention de Masetto. Lorsque Zerlina crie à l'aide, Don Giovanni joue la comédie en poussant Leporello de son épée et l'accuse d'avoir voulu séduire Zerlina. Personne ne le croit, et la foule l'encercle, mais il réussit à s'enfuir.

Acte II vignette|upright|Luigi Bassi dans le rôle de don Giovanni en 1787 (, canzonetta : Deh, vieni alla finestra, o mio tesoro !« De grâce, viens à ta fenêtre, ô ma bien-aimée ! »)

Une rue, la nuit